Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Semaine agitée du 27 février au 2 mars

Certes courte, c’est une semaine « française » et surtout « agitée » qui attend le son du grisli du 27 février au 2 mars prochain. A l’occasion de la parution d’Agitation Frite, livre de Philippe Robert consacré à l’underground musical français de 1968 à nos jours, le son du grisli publiera une poignée de chroniques en rapport avec quelques-uns des musiciens concernés (voir la liste ci-dessous) en plus de deux entretiens inédits tirés de l’ouvrage...  

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Au gré d'une quarantaine de conversations – inédites, sinon publiées jadis dans Vibrations, Octopus, Revue & Corrigée… –, Philippe Robert compose un panorama de l’underground musical français, qui documente la pratique de Magma, Urban Sax, Catalogue, Mahogany Brain, Soixante Etages, Etron Fou Leloublan, Camizole, Vidéo-Aventures, Heldon, Lard Free, Workshop de Lyon, Un drame musical instantané, Les I, Dust Breeders, Vomir… ou de labels tels que Saravah, Futura ou Potlatch.

Par ordre d’apparition : Gérard Terronès, François Billard, Pierre Barouh, Michel Bulteau, Jac Berrocal, Jacques Debout, Dominique Grimaud, Albert Marcoeur, Christian Vander, Richard Pinhas, Gilbert Artman, Pascal Comelade, Christian Rollet, Guigou Chenevier, Jean-Jacques Birgé, Pierre Bastien, Bruno Meillier, Daunik Lazro, Dominique Lentin, Jean-Marc Montera, Didier Petit, Yves Botz, Dominique Répécaud, Camel Zekri, Noël Akchoté, Christophe & Françoise Petchanatz, Lê Quan Ninh, Jean-Marc Foussat, Jérôme Noetinger, Jean-Louis Costes, Jacques Oger, Jean-Noël Cognard, Sylvain Guérineau, Julien Palomo, Yann Gourdon, Romain Perrot.

Animateur du blog Merzbo-Derek, collaborateur de Revue & Corrigée et ancien collaborateur de Jazz Magazine, Les Inrockuptibles, Octopus ou Mouvement, Philippe Robert a consacré plusieurs ouvrages à la musique créative, parmi lesquels : Musiques expérimentales (Le Mot et le Reste), Post-Punk, No Wave, Indus & Noise (Le Mot et le Reste) et, en collaboration avec Guillaume Belhomme, Free Fight This Is (Our) New Thing (Camion Blanc). Récemment, il évoquait dans le son du grisli #1 sa visite de la Dream House de La Monte Young.



Talweg : Est un chemin, loin en sombre (Up Against the Wall, Motherfuckers!, 2017)

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Si Talweg – jusque-là Erle (Joëlle Vinciarelli) à la voix et Fels (Eric Lombaert) à la batterie – n’est pas au bout de ce « chemin » emprunté en 2010 au son de Substance Mort, c’est qu’à force de sillonner (c’est ici leur second vinyle), il a fini par le changer en paysage. Dans ce paysage, le duo s’est enfoncé ; sous ses pas – c’est à dire : par sa faute –, le chemin s’est encore assombri.

Aux râles d’hier, Erle opposera d’autres râles, mais pas seulement. C’est qu’elle et son camarade ont augmenté leur instrumentarium d’une vielle, d’une trompette, de synthétiseurs et de la flûte d’Arnaud Marguet. Alors, avec force, ils agitent d’autres mythologies – c’est, par exemple, un (une ?) Léandre qu’on y trouve, un archet planté dans la gorge – en un noir diptyque exposé à la verticale prêt à avaler crissements, déviations, grippages…

Certes, la batterie et les cornes prendront garde à ne pas effaroucher l’enfant qui calme son angoisse au son d’une comptine, un piano à pouces l’amadouera même, mais un temps seulement. En seconde face, ce sont chez Erle d’autres respirations avant de nouvelles incantations : on ne saurait dire combien de voix s’élèvent sur combien de roulements, ni à quelles hauteurs les premières façons de Talweg (voix contre batterie) évoluent désormais.


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Talweg : est un chemin, loin en sombre
Up Against the Wall, Motherfuckers! / Les disques en rotin réunis
Enregistrement : 2016. Edition : 2017.
LP : A/ Est un chemoin – B/ Loin en sombre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

 

 


Mars : Rehearsal Tapes And Alt-Takes (Anòmia, 2013)

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Dans mon top 10 de l’année (1978), y’a ces Rehearsal Tapes And Alternate Takes de Mars. Bon, d’accord, le son vient de loin, mais imaginez la distance… plus de trente ans que diable ! entre ces enregistrements et leur (troisième et dernière) publication par les Espagnols d’Anòmia. Revoilà donc, en 2013 (2014 pour la Néo-Zélande), le retour du non-retour du retour de la No Wave & de Mars, j’ai nommé Sumner Crane (guitare, piano, voix), China Burg (guitare, voix), Mark Cunningham (basse, voix), Nancy Arlen (batterie) et en 1976 Jody Harris en guitare de supplément

Ah, cette bonne odeur de cassette – pas moins de trois, dans un grand boîtier plastique qui fleure bon le matériau d’apprentissage de langue étrangère… Victor toca el piano – qui nous ramène à l’été 76 : Crane au piano pour des piano sessions par exemple que le rock tourmente autant que le blues pour le plus bel effet d’une musique de déglingue. Car l’apanage de Mars c’était de ne pas avoir de repère sous couvert de tous les mélanger : blues, punk, rock extatique, furibard, lambin, peu importe le tiroir pourvu qu’on ait l’ivresse. J’m’en foutiste (le correcteur de Word me propose « flutiste », que faire ?), Mars ? On ne peut tirer aucune conclusion de ces enregistrements de répétitions. Par contre, alors qu’on peine à trouver la moindre originalité aux versions définitives de la plupart des groupes de rock débranchouilles actuels, on saluera ces efforts de répétitions et la belle sélection qu’en a faite Mark Cunningham (himself).

Mars : Rehearsal Tapes And Alt-Takes NYC 1976-1978 (Anòmia)
Enregistrement : 1976-1978. Edition : 2013.
3 Cassettes : K71 : A1/ Sumner Piano Solo A2/ Pale Blue Eyes A3/ Cry A4/ Leather Jacket B1/ Look At You B2/ Crazy Like You B3/ Cry B4/ 3E B5/ Plane Separation B6/ Cats B7/ Don’t Be So Sensitive – K72 : A1/ 11000 Volts A2/ 1000 Volts A3/ Cats A4/ 11000 Jam B1/ Helen Fordsdale B2/ Puerto Rican Ghost B3/ Puerto Rican Ghost B4/ Hairwaves B5/ Tunnel – K73 : A1/ RTMT A2/ Cairo A3/ Cairo A4/ Scorn A5/ Tunnel A6/ Hairwaves A7/ Untitled Mystery B1/ NN End B2/ Scorn B3/ Monopoly – 2 Takes B4/ Immediate Stages of the Erotic
Pierre Cécile © Le son du grisli


Jean-Marie Massou : Sodorome (Vert Pituite, 2017)

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Pendant quarante ans, dans une forêt du Lot, Jean-Marie Massou a creusé, aménagé et décoré des puits, des galeries, des salles. Un homme sans collier, plus encore qu’un homme des bois, dont l’un des loisirs est aujourd'hui d’enregistrer sur cassettes des airs qu’il fredonne ou des suppliques adressées à un panthéon de vierges à même – pour combien de temps encore ? – de tenir le monde à distance de l’Apocalypse qui lui est promise. En 2010, Antoine Boutet lui avait consacré un documentaire, Le Plein Pays.

En août 2015, Olivier Brisson, du label Vert Pituite (sous l’étiquette, on se souvient du Maison.House II.V de Jean-Luc Guionnet et Eric La Casa), est allé trouver Massou, chez lui. Cette première rencontre sera suivie de trois autres, qui permettront à Brisson d'écrire un article et de composer Sodorome, double vinyle et première référence de la collection « La Belle Brute ». C’est donc là une rétrospective ; un concentré d’art burt ou naïf, en somme, de « surréalisme spontané » et d’ « art immédiat », pour reprendre la belle invention de Bruno Montpied du Poignard subtil, dont il faudra aller lire les articles à Massou consacrés.

De centaines d’heures de cassettes « noircies », Brisson – aidé de Julien Bancilhon et Matthieu Morin – a arrangé quatre faces saisissantes, d'un art musical forcément à la marge, fait de rengaines entonnées à même le disque (La Paloma, La Marie, Douce Nuit…) ou sur vidéo (Mary Poppins, dont il connaît les airs sur le bout des ailes), de confessions (sur la troisième face, c’est bien le début d’une autobiographie à la Wölfli) et de diatribes qui cachent sous la vindicte la recherche angoissée d’un bien inquiétant « bien-être ».   

Faux, inquiet, en peine, oublieux, interrompu même – « ça gueule comme un putois, c’est pas la peine », le chant de Massou porte encore et toujours, attestant chez l’homme une poésie sonore en butte à une littérature analphabète. Un des fous d’André Blavier qui gueulerait à la lune, dont cet ajout tardif (et apocryphe) à la Nurse With Wound List apaise peut-être l’angoisse. D’autant que La Belle Brute assure vouloir lui revenir bientôt : T'en fais pas la Marie j'reviendrai, lui chante-t-elle, Nous aurons du bonheur plein la vie

a3942121459_16Jean-Marie Massou : Sodorome
Vert Pituite / Metamkine
Edition : 2017.
2 LP : A/ Les complaints à la citerne – B/ Massou chante avec – C/ Le goût des jouets – D/ La médecine à couler et les petits oiseaux
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Jonas Kocher & Joke Lanz à Nantes, le 27 janvier 2017

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Certes Jonas Kocher et Joke Lanz n’ont pas la même histoire mais, en termes d’improvisation, ils peuvent aujourd’hui faire front commun. Née en 2015 (cinq dates), leur association donna un concert l’année suivante à Berlin et puis sept autres ces jours-derniers en Belgique et en France. A Nantes, le duo était programmé au Blockhaus DY10, petit endroit dont la politique est de donner à entendre toutes sortes de musiques contre une participation tenant du symbole – deux impératifs qui fidélisent un public nombreux (pour la surface) et jeune en plus, c’est à dire : pas encore rompu aux us et coutumes de la « gestuelle free » ou du « noise entendu ».

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De quoi inspirer autrement les deux musiciens en leur faisant en plus oublier, ne serait-ce que le temps de leur prestation, ô combien de barbus circonspects... C’est donc un coup d’élastique qui claque et met le duo en branle : aux platines, Lanz décoche ses premiers sons ; à l’accordéon, Kocher semble s’échauffer un peu. Est-ce par ce qu’il est debout et sur ressorts que le premier semble mener la danse ? Est-ce par ce qu’il est assis et à l’écoute que le second lui emboîte le pas avec une perspicacité confondante ?  

Car bientôt – si ce n’est lorsque Kocher opère un retour exclusif à son instrument le temps d’étendre quelques graves ou de filer une suite d’aigus fragiles qui pourrait être estampillée Wandelweiser si elle ne trouvait son compte dans la courte durée – on ne fera plus forcément la distinction entre les trouvailles de l’un et les réactions de l’autre. Les rôles, d’ailleurs, pourront être inversés : torsions et contorsions partagées propulseront alors avec exubérance éclats et hoquets, collages et pliages, clins d’œil et même coups d’esbroufe assumés. Sur le porte-vinyles de Lanz, il y avait de quoi surprendre Kocher quand le soufflet de celui-ci s’est avéré prompt en plus d’être fertile. Le produit de la rencontre – non pas la somme, d’autant qu’au sortir du concert les musiciens peineront à s’accorder sur leur souvenir préféré : Nantes ou Amiens ? – est en conséquence enthousiasmant. On s'en rendra compte bientôt sur disque, semble-t-il, puisque le duo a profité de son passage au Havre (ci-dessous, un extrait du concert) pour entrer en studio... 



Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Dessin (une) : Nantes, l'aventure d'une île, éditions Autrement.

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Myra Davies, Beate Bartel, Gudrun Gut : Sirens (Moabit, 2017)

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Au début des années 1990, Myra Davies et Gudrun Gut ont entamé une collaboration sous le nom de Miasma (Miasma 1, 2 & 3 ont fini par donner ce nom au duo) ce qui n’a pas empêché la première de sortir un autre album de mots parlés / chantés avec la seconde à la musique, c’était Cities and Girls en 2004. Voilà donc que Davies (à l’écriture et à la voix) et Gut (à la musique sur la moitié des morceaux) remettent ça (nous sommes alors en 2015-2016).

Mais quid de la musique de l’autre moitié des morceaux ? Eh bien c’est Beate Bartel qui s’en charge, la Bartel qu’on se souvient avoir entendu avec Einstürzende Neubauten et qui a aussi connu des projets communs avec Gut (Matador et Mania D., pour ne pas les citer). Notons avant de parler du « comment sonne » Sirens que le label publie dans le même temps Instrumentals for ‘’Sirens’’, soit les dix mêmes compositions mais privées de la piste des voix.

Partant de là (je veux dire d’Armand Monroe, le premier titre du disque), on craint un peu l’hommage intello aux DJ du temps des premiers… DJ. Mais non, la voix de Davies, qu’on pourrait curseuriser entre Patti Smith et Laurie Anderson, et sa plume nous interpellent et nous intéressent « par-dessus » la musique. Dans un souffle elle referme même ce club intello où s’entendaient les premières minutes une scansion hip-hop et des synthés de retro-techno… C’est alors un tout autre genre de musique auquel on a droit, une électronique mécanico-robotico-répétitive au rythme souvent soutenu qui n’empêche pas qu’on parle de John Cage ou de Wagner, qu’on raconte une anecdote qui ramène à la Seconde Guerre mondiale ou qu’on s’essaye à une poésie métaphysique. Particulier, et percutant ouvrage de spoken-word.  


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Myra Davies, Beate Bartel, Gudrun Gut : Sirens
Moabit Musik
Edition : 2017.
CD : Sirens
Pierre Cécile © Le son du grisli


Martin Küchen : Live at Vilnius Jazz Festival (NoBusiness, 2016)

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C’est la bande-originale d’un film muet – The Lost World (1925), arrangé pour l’occasion par Artūras Jevdokimovas – que le trio Martin Küchen / Mark Tokar, contrebassiste entendu sur disque avec Vandermark (Resonance) ou Sabir Mateen (Collective Four) / Arkadijus Gotesmanas, batteur sorti du Vilnius Jazz Orchestra et récemment remarqué sur le même label au côté de Charles Gayle (Our Souls: Live in Vilnius) improvisa le 17 octobre 2016 dans le cadre du Vilnius Jazz Festival. La manifestation vit aussi Küchen se produire seul et à la tête d’Angles 8.

A l’écoute du disque, manqueront bien sûr les images de cette première adaptation cinématographique du Monde perdu de Conan Doyle. Mais il suffit de quelques secondes au trio – bien que débutant – pour focaliser notre attention sur la seule musique. C’est d’abord la trace d’une « blessure » qu’un saxophone laisse sur son passage puis le baume d’une flûte qui recadre l’épreuve. On pense alors à Roland Kirk sur moments lâches ou à certains airs du Straight Ahead d’Abbey Lincoln et Max Roach.

Mais l’improvisation, détachée des images qu’elle a illustrées, gagne forcément en abstraction : alors, entre Clo's Blues de Coleman Hawkins et New York Eye And Ear Control d’Albert Ayler, Küchen élabore un no man’s land dans lequel injecter beaucoup de ses préoccupations (recherches sur le timbre de l’instrument, expressions dissimulées en souffles, déséquilibres imposés par un va-et-vient entre relâchement et tension…), ce que saisissent ses partenaires. De circonstance, l’association Tokar / Gotesmanas l’est ainsi à plus d’un titre : les cordes élastiques du premier relançant sans cesse le saxophone quand la frappe du second l’enveloppe en toute discrétion. C’est ici donc un live particulier, qu’il est nécessaire de rattraper.

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Martin Küchen : Live at Vilnius Jazz Festival
NoBusiness
Enregistrement : 17 octobre 2016. Edition : 2016.
LP : A-B/ Live at Vilnius Jazz Festival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Bill Nace, Greg Kelley : Live at Disjecta (Open Mouth, 2016)

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Deux faces tournant sur elles-mêmes quarante-cinq fois par minute reviennent sur un concert donné en duo par Bill Nace (guitare électrique) et Greg Kelley (trompette). Daté du 9 mars 2016, ce Live at Disjecta, enregistré par Daniel Menche, est la quatrième référence de la série « Live at » que Nace alimente sur catalogue Open Mouth depuis 2013 – en d’autres mots, depuis ce Live at Spectacle que le même duo avait donné avec Steve Baczkowski et Chris Corsano.

Du public arrive un sifflement puis ce sont les premiers grésillements d’un ampli au medium prononcé, et aussi les premiers souffles blancs – l’heure est encore à la dissociation possible. Les grisailles et les graves d’une guitare interrogée au poing, quelques boucles crachées par une inédite machine à drones, et la trompette court maintenant seule, ou presque – quelques larsens déstabilisent en effet la trajectoire des vents qui s’en échappent en musicalisant.

Il ne faut plus, alors, chercher à distinguer la guitare de la trompette : les larsens et les notes accrochées, les grésillements et les ronflements – les graves jouent toujours un rôle prépondérant dans le jeu de guitare de Nace : « A 12 ans, un ami est venu me dire qu’il cherchait un bassiste pour son groupe, j’ai donc joué sur la seule corde de Mi grave de ma guitare jusqu’à ce que je puisse me payer une basse – assouvissent un désir bruitiste que les deux musiciens servent sans chercher à se faire entendre l’un davantage que l’autre. Certes, la trompette osera ici répéter une seule et même note, et de plus en plus fort encore, mais c’est sur cette note que le duo choisira d’entamer sa descente. C’est alors le retour à la dissociation possible, et la fin d’un échange très convaincant.

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Bill Nace, Greg Kelley : Live at Disjecta
Open Mouth / Metamkine
Edition : 2016.
LP : A-B/ Live at Disjecta
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec (Shinkoyo, 2016)

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Sur la table que se partagent Alan Courtis et Cyrus PirehCoils on Malbec est le souvenir de leur rencontre, le 6 octobre 2013, à Buenos Aires : échange enregistré puis revu et, même, composé –, on trouve une console, un Zoom et un walkman, quelques fils rouge et blanc, enfin, des bobines électroniques et du vin d’Argentine. Le Malbec a été versé dans de petits récipients de métal que les générateurs, assoiffés peut-être, approchent déjà.  

De la miniaturisation des instruments et d’une expression abrégée – mais non pas diminuée –, Courtis et Pireh ont su faire un handicap inspirant. De leur association informelle, aussi d’ailleurs. Ainsi, les remous et les rumeurs que font naître les maigres (certes, mais insistants) éclairs, les troubles-sons (froufroutements, infimes dérapages, aigus tremblants…) et les bruits-intrus (parasites, buzzs, boucles…) battent la mesure de ces deux pièces de longueur égale.

Et la mesure ici importe, qui éloigne le duo des bruits faciles et des exercices entendus, rappelant à l’Argentin – le « ramenant », presque, à – cette Buenos Aires Tape qu’il enregistra jadis avec Günter Müller et Pablo Reche dans le même temps qu’il atteste l’intérêt du multi-instrumentiste américain pour les gestes comptés autant que chargés.

Qui, après avoir tourné et retourné le vinyle rouge, étourdi par ces chants d’instruments qui n’en sont pas, en chercherait naïvement la clef, devra s’en remettre à un seul et unique espoir : s’essayer à Uritorco, performance enregistrée quelques jours plus tard par les mêmes au Casa América, qui peut être trouvée sur cassette DumpsterScore.


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Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec
Shinkoyo
Enregistrement : 6 octobre 2013. Edition : 2016.
LP : A/ Coils on Malbec – B/ Malbec on Coils
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sophie Agnel, Daunik Lazro : Marguerite d'or pâle (FOU, 2016)

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Tandis que l’harmonique rode et que les insectes grouillent à l’intérieur du piano, d’autres séismes se préparent. Sophie Agnel et Daunik Lazro sont à Moscou. Le 22 juin 2016, pour être précis ; et au DOM Cultural Centre, si vous voulez tout savoir. L’harmonique et les insectes donc…

Et puis leurs chuchotis, leurs ondulations maléfiques. On frotte, on grésille dans l’antre des secrets. Ils sont en périphérie mais on ne sait si cette périphérie est douceur ou poison. Fraternelle, ça, on n’en doute pas. On entend la tension en partage, se cristalliser sans jamais se craqueler. On martèle, on se cabre. On va traquer les hauts reliefs. On surprend le cri dans sa propre tanière. On le déniche, on lui offre quelques secondes de gloire et on l’abandonne sans espoir de retour. Ce soir de juin, ce soir-là justement, ces deux-là n’ont rien laissé filer. Absolument rien.

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Sophie Agnel, Daunik Lazro : Marguerite d’or pâle
Fou Records
Enregistrement : 22 juin 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Avec Ki 02/ Avec Ka 03/ Cat’s Shoe 04/ Ma-Ox-An 05/ Bbystro ! 06/ Ochi Chornye
Luc Bouquet © le son du grisli



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