Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec (Shinkoyo, 2016)

alan courtis cyrus pirey coils on malbec

Sur la table que se partagent Alan Courtis et Cyrus PirehCoils on Malbec est le souvenir de leur rencontre, le 6 octobre 2013, à Buenos Aires : échange enregistré puis revu et, même, composé –, on trouve une console, un Zoom et un walkman, quelques fils rouge et blanc, enfin, des bobines électroniques et du vin d’Argentine. Le Malbec a été versé dans de petits récipients de métal que les générateurs, assoiffés peut-être, approchent déjà.  

De la miniaturisation des instruments et d’une expression abrégée – mais non pas diminuée –, Courtis et Pireh ont su faire un handicap inspirant. De leur association informelle, aussi d’ailleurs. Ainsi, les remous et les rumeurs que font naître les maigres (certes, mais insistants) éclairs, les troubles-sons (froufroutements, infimes dérapages, aigus tremblants…) et les bruits-intrus (parasites, buzzs, boucles…) battent la mesure de ces deux pièces de longueur égale.

Et la mesure ici importe, qui éloigne le duo des bruits faciles et des exercices entendus, rappelant à l’Argentin – le « ramenant », presque, à – cette Buenos Aires Tape qu’il enregistra jadis avec Günter Müller et Pablo Reche dans le même temps qu’il atteste l’intérêt du multi-instrumentiste américain pour les gestes comptés autant que chargés.

Qui, après avoir tourné et retourné le vinyle rouge, étourdi par ces chants d’instruments qui n’en sont pas, en chercherait naïvement la clef, devra s’en remettre à un seul et unique espoir : s’essayer à Uritorco, performance enregistrée quelques jours plus tard par les mêmes au Casa América, qui peut être trouvée sur cassette DumpsterScore.


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Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec
Shinkoyo
Enregistrement : 6 octobre 2013. Edition : 2016.
LP : A/ Coils on Malbec – B/ Malbec on Coils
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Sophie Agnel, Daunik Lazro : Marguerite d'or pâle (FOU, 2016)

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Tandis que l’harmonique rode et que les insectes grouillent à l’intérieur du piano, d’autres séismes se préparent. Sophie Agnel et Daunik Lazro sont à Moscou. Le 22 juin 2016, pour être précis ; et au DOM Cultural Centre, si vous voulez tout savoir. L’harmonique et les insectes donc…

Et puis leurs chuchotis, leurs ondulations maléfiques. On frotte, on grésille dans l’antre des secrets. Ils sont en périphérie mais on ne sait si cette périphérie est douceur ou poison. Fraternelle, ça, on n’en doute pas. On entend la tension en partage, se cristalliser sans jamais se craqueler. On martèle, on se cabre. On va traquer les hauts reliefs. On surprend le cri dans sa propre tanière. On le déniche, on lui offre quelques secondes de gloire et on l’abandonne sans espoir de retour. Ce soir de juin, ce soir-là justement, ces deux-là n’ont rien laissé filer. Absolument rien.

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Sophie Agnel, Daunik Lazro : Marguerite d’or pâle
Fou Records
Enregistrement : 22 juin 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Avec Ki 02/ Avec Ka 03/ Cat’s Shoe 04/ Ma-Ox-An 05/ Bbystro ! 06/ Ochi Chornye
Luc Bouquet © le son du grisli


Daunik Lazro, Joe McPhee : The Cerkno Concert (Klopotec, 2016) / Evan Parker, Lazro, McPhee : Seven Pieces (Clean Feed, 2016)

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Même après tant d’années, on ne sait jamais comment ça marche, un duo ; à quoi ça tient... On n’ira pas voir (réécouter) en arrière ni faire la somme de ce qui a été fait. On attendra plutôt que tombe le nouvel échange pour constater la fidélité, l’éternelle entente, l’impossible fausse note.

Le 21 mai dernier, Daunik Lazro et Joe McPhee se retrouvaient au festival de jazz de Cerkno, en Slovénie – leur premier enregistrement en duo date de 1991, qui a donné Duet (In Situ). Leur expérience commune en associations différentes a, depuis, scellé des liens que les premières secondes du disque, déjà, donnent à entendre. Lentement, les musiciens engagent une nouvelle conversation ; alors qu’ils sont tous deux au saxophone, leurs langues se délient.

D’un bout du disque à l’autre, c’est un chassé-croisé agissant : la volupté du baryton peut permettre à l’alto de progresser en électron libre, les fantaisies de la trompette de poche (comme celles de la voix de McPhee) faire naître des souffles graves, la moindre extravagance mener à la rêverie. Sur un thème écrit (Voices For Alto And Tenor) ou la reprise d’un motif d’Ayler (auquel le duo rend, en l’associant à Ornette Coleman, hommage en fin de concert), McPhee et Lazro opèrent aussi d’impeccables rétablissements. C’est d’ailleurs là que leur duo atteste cette « éternelle entente », cette « impossible fausse note » : en improvisant, comme si de rien n’était, un ordre rétabli.  

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Daunik Lazro, Joe McPhee : The Cerkno Concert. Music for Legendary Heroes
Klopotec
Enregistrement : 21 mai 2016. Edition : 2016.
CD : 01-07/ The Cerkno Concert. Music for Legendary Heroes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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En 1995, Willisau était encore Willisau et – avec l’aide du CCAM de Vandoeuvre-les-Nancy – accueillait Evan Parker, Daunik Lazro et Joe Mc Phee. Alors, chacun y allait de son souffle, prenait position en un acte solidaire et accompli. En basses ou moyennes fréquences (trio) ou en hautes cimes (duo Parker / Lazro, trio parfois), les connexions étaient fortes, extensives. Les souffles cherchaient parfois le continu (Parker solo) mais toujours aimaient à pénétrer-engendrer le réel. Ces trois-là étaient grands de présence. Et s’ils remettaient le couvert ?

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Evan Parker, Daunik Lazro, Joe McPhee : Seven Pieces. Live in Willisau 1995
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 1995. Edition : 2016.
CD : 01/ Echoes of Memory 02/ Sweet Dreams of Flying 03/ Broadway Limited 04/ Florid 05/ Concertino in Blue 06/ Tree Dancing 07/ To Rush at the Wind
Luc Bouquet © Le son du grisli

 


Vide-Grisli : désintégration progressive du grisli

lsdg 7 mars 2013

Jusqu'au 11 décembre prochain, le son du grisli vous invite à une expérience unique : assister à la désintégration progressive de la charpente de son site internet. Le dézingage sera quotidien.

C'est que, dès le lundi 12 décembre, l'adresse www.lesondugrisli.com ne devra plus afficher qu'un seul et unique message redirigeant le lecteur à une autre adresse où il pourra (s'il le souhaite) se procurer la version papier du son du grisli, qui paraîtra désormais deux fois l'an (les 11 juin et 11 décembre).

A côté de ce message, quand même, une playlist et quelques liens. Les archives (2004-2016) seront conservées, que viendront grossir à distance interviews, comptes-rendus de concerts ou de festivals et chroniques des disques apparaissant dans la playlist. 

En remerciement de leur fidélité, le son du grisli propose d'offrir à ses lecteurs un bout de sa charpente qu'ils pourront conserver comme le beau souvenir d'un site internet qui a - comme le veut l'époque - peu à peu été gangréné par le papier. Les demandes peuvent êtres adressées ici.

En espérant quand même vous revoir, voire vous revoir lire,

la rédaction du son du grisli

jason_kahn

   


Cheval de Frise : Cheval de Frise (Sonore, 2000)

cheval de frise cheval de frise

Duo de rock expérimental formé à Bordeaux en 1998, Cheval de Frise (Thomas Bonvalet, guitare, et Vincent Beysselance, batterie) donne à entendre une énergie fulgurante, un langage puissant. Riffs assymétriques et géographies alambiquées se bousculent pour nous donner l'essentiel.

Cheval de Frise compose une musique en constante évolution où les connexions entre les deux musiciens sont presque palpables. On sent des influences du côté de Gastr del Sol ou Don Caballero.



cheval de frise

Cheval de Frise : Cheval de Frise
Sonore
Edition : 2000.
CD : 01/ Connexion monstrueuse entre un objet et son image 02/ Noblesse de l'échec 03/ Construction d'écorces d'arbres 04/ Langue hastee 05/ Lundi deux mars 06/ Un pont et des eaux noires limoneuses 07/ Incline et chenu 08/ Le feu, le lin et la bougie 09/ Les canaux sont ouverts, les moustiques meurent, le monstre disparait 10/ Mille courbettes 11/ Douche froide, harmonium 12/ Le vestibule de lâches 13/ Noblesse de l'échec
Colin Faivre © Le son du grisli

le son du grisli

faivre colin

Musicien improvisant au banjo baryton, Colin Faivre s'apprête à sortir son troisième disque, Les dormeurs des abysses.



Vladimir Tarasov, Eugenijus Kanevičius, Liudas Mockūnas : Intuitus (NoBusiness, 2016)

vladimir tarasov eugenijus kanevicius liudas mockunas intuitus

On sait le Mockūnas épais, mais aussi capable de contorsions : grave en clarinette – basse, c’est presque obligé ; en Si bémol, davantage… Si bémol –, le voici brassant l’air au ténor et singeant au soprano. La singularité n’est certes toujours pas d’actualité (à la clarinette, on croirait entendre un sous-Vandermark et, au ténor, un sous-Brötzmann), mais pourquoi s’en tenir là ?

Sorti de toute « inquiétude identitaire », que reprocher à Mockūnas ? Pas grand-chose, à vrai dire : les improvisations qu’il emmène s’écoutent sans qu’on s’en plaigne – à la contrebasse, Eugenijus Kanevičius intrigue même, et plus d'une fois, quand Vladimir Tarasov travaille en toute discrétion. Comme beaucoup – et combien d’autres moins talentueux que lui ? – Mockūnas pratiquerait donc une avant-garde... de tradition. Ayant accepté cela, on accepte de l'entendre jouer libre et faire comme si rien n’avait existé avant lui.

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Vladimir Tarasov, Eugenijus Kanevičius, Liudas Mockūnas : Intuitus
NoBusiness
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2016.
2 LP : A1/ Celebrating Life A2/ Once Around the Corner – B1/ Broken Christmas B2/ Time Loop Backwards – C1/
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Kalimi : Otona No Kagaku (Silent Water, 2014)

kalimi otona no kagaku

C’est pour le moment la seule référence de Kalimi, duo que forment Giovanni Di Domenico (électronique et claviers) et Mathieu Calleja (batterie) – la paire est déjà associée dans le quartette Going –, mais elle promet.

De voir se développer, notamment, une association qui fait de l’acharnement instrumental le premier élément de ses franches conversations. Au Rhodes, Di Domenico sature souvent quand son électronique multiplie les sorties de piste ou façonne de longs signaux. Quant à Calleja, qu’il agace son partenaire ou marque mollement le temps, il bout sans discontinuer et entretient la flamme qui fait de cette improvisation ex abrupto un bien joli baptême.


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Kalimi : Otona No Kagaku
Silent Water
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
LP : A1/ Forever High A2/ 7 .1 A3/ Selfie My Ass A4/ B’hier – B1/ Mad at The Machine B2/ Otona No Kagaku B3/ 9.2   
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Putrefier : Cog Dominance (Industrial Recollections, 2012)

putrefier cog dominance

En 1987, le label Broken Flag (= Gary Mundy de Ramleh) sortait une cassette de Putrefier (comme j’aime ce nom de groupe) : Cog Dominance. Retour de flamme grâce à Industrial Recollections !

C’est aujourd’hui sur un CD qu’on retrouve les provocations soniques de Mark Durgan. A quelques mètres, une voiture traîne un paquet de boîtes de conserve mais ce n’est pas « just married » qu’on peut lire sur la plaque mais « just died ». Un peu de reverb, des crashs, des graves et un étrange attirail électronique qui tire des rafales : louder than bombs, les Putrefier ? D’un martial vindicatif, pour le moins !

Putrefier : Cog Dominance (Industrial Recollections)
Enregistrement : 1987. Réédition : 2012.
CD : 01-05/ Cog Dominance
Pierre Cécile © Le son du grisli


The Milo Fine Free Jazz Ensemble : You Will Not Be Pressed to Buy (Shih Shih Wu Ai, 2012)

the milo fine free jazz ensemble you will not be pressed to buy

Si Earlier Outbreaks of Iconoclasm revenaient sur les premières années du Milo Fine Free Jazz Ensemble (1976-1978), ce double disque consigne deux enregistrements récents : concerts donnés en 2011 à la West Bank School of Music en compagnie de la vocaliste Viv Corringham et du cornettiste John O’Brien.De quoi faire passer l’Ensemble non plus pour un duo mais pour un grand groupe de trois, et aussi changer les formes qu’il improvise.

Le 1er avril, Fine et Gnitka se produisent avec Corringham qui, à ses vocalises, ajoute un peu d’électronique. L’échange est vif mais la théâtralité de l’invitée – comme sur ce Senilità publié plus tôt par Emanem – plombe l’ensemble des cinq pièces données ce soir-là.  

« Loin du jazz, loin du rock, loin des douceurs », disait hier Luc Bouquet. C’est aujourd’hui (ou presque) la même chose : avec O’Brien, le 7 octobre de la même année, l’Ensemble alterne les façons de faire, qui conservent quand même quelques points communs : nervosité, diversité, éclat. Auprès du duo, O’Brien sait se faire entendre : son souffle est même porteur de surprises qui, de l’ensemble, augmente l’art. 

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : In Concert at the West Bank School of Music (Shih Shih Wu Ai)
Enregistrement : 1er avril & 7 octobre 2011. Edition : ?
2 CD : CD1 : 01/ 4111T1 02/ 4111T2 03/ 4111T3 04/ 4111T4 05/ 4111T4 05/ 4111T5 – CD2 : 01/ 10711T1 02/ 10711T2 03/ 10711T3 04/ 10711T4 05/ 10711T5 06/ 10711T6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Joséphine Michel, Mika Vainio : Halfway to White (Touch, 2015)

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Premier livre-CD (bel ouvrage, avec couverture en toile !) à paraître chez Touch, Halfway to White associe la musique de Mika Vainio et les photographies de Joséphine Michel dans un jeu commun de… surexpositions. Vibratoire, l’association des deux !

Car les bruits travaillés de Vainio (par plaques = du cristal, des reverses, des zoom sur microcosmos et sur la fin de l’ambient électriquonique) retombent bien à plat sur les photos. Il y a donc relation entre ce que l’on voit et ce que l’on entend puisqu’un visuel noise prend le dessus. Quand le regard ne peut pas dire ce qu’on trouve dans les photos (parfois floues) l’oreille prend le dessus et se charge de la mise au point. Au point ou au pixel… Les détails (visuels & sonores) deviennent des quartiers entiers et les quartiers entiers sont résumés en un point ou un pixel. Qui voudra s’y retrouver tracera des quadrillages sur le livre mais ne s’y retrouvera pas pour autant. Plus que l’Highway to Hell l’Halfway to White est « d’enfer ».

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Joséphine Michel, Mika Vainio : Halfway to White (Touch)
Edition : 2015.
Livre + CD : 01/ Fade From Black 2/ Missing a Border 03/ Notes on the Exposures 04/ Line of a Curve 05/ White Out
Pierre Cécile © Le son du grisli



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