Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird, 2014)

elliott sharp terraplane 4am always

Je ne sais si ce sont deux qualités, mais j’aime l’Elliott Sharp des débuts et les grassroots de Tom Waits. J’aurais dû aimer en conséquence Terraplane, ce projet que le guitariste emmène depuis 1991 avec dans le médiator un va-et-vient entre la country et le blues. Oui mais voilà…

Ce premier CD que j’entends de Terraplane me laisse un goût de variété dans l’oreille. Sharp à la guitare (électrique ou acoustique), Dave Hofstra à la basse et Don McKenzie à la batterie invitent la chanteuse Tracie Morris (j’apprendrais que le groupe a invité avant cela Hubert Sumlin d’Howlin’ Wolf ou Eric Mingus) à jouer avec eux. Malheureusement, leur jeu est « assez facile », se contente du peu que le blues peut apporter aux expérimentations de Sharp et, mises à parts sur deux ou trois exceptions (U.A.V. Blues et New Steel), les arpèges et le bootleneck ne sont de sortie que pour des joutes qui surprennent plus qu’elles ne plaisent !

Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird / Enja)
Edition : 2014.
CD : 01/ Ain’t Got No 02/ U.A.V. Blues 03/ New Steel 04/ Space Rock Comin’ 05/ Sentenced to Life 06/ I Can’t Acquiesce 07/ Sunset to Sunrise 08/ Up from the Bottom 09/ Subtropical
Pierre Cécile © Le son du grisli



Amaury Cornut : Moondog (Le Mot et le Reste, 2014)

amaury cornut moondog

Le syndrome du sensationnel – pour ne pas parler de virus – vulgairement connu sous le nom de « Mate l’aveugle ! » aurait gagné jusqu’à l’édition marseillaise. C’est ce que laisserait en tout cas penser la quatrième de couverture du livre qu’Amaury Cornut consacre à Moondog (autre cornu que lui), je cite : « sans-abri aveugle, coiffé d’un casque à cornes de Viking. » Mais l’auteur d’un livre est rarement celui de sa quatrième de couverture, et le travail de celui-ci relativise rapidement la légèreté de l’accroche.

Spécialiste de Louis Thomas Hardin (qui présenta jadis au grisli ses Moondog Rounds, met à jour l’imposant Moondog, le viking de la 6ème Avenue et applique l’Ensemble Minisym à son art musical), Amaury Cornut remonte ici aux origines d’un compositeur néoclassique qui longtemps chercha les siennes sans tomber dans l’hagiographie – illuminé sûr de son fait, égocentrique en privé, l’antipathie rôde plus d’une fois.

Derrière la chronologie – une première chanson composée à onze ans, la découverte du tambour indien, l’accident qui lui fit perdre et la vue et la foi, sa renaissance en Moondog, à New York, où Tony Schwartz l’enregistrera, une aura puis une influence… –, c’est un dictionnaire Moondog qui apparaît en filigrane, dont les entrées sont « trimba », « madrigaux », « snaketime rhythms », « logründs », « minimalisme » ou « Oo », qu’illustre une discographie commentée d’une quarantaine de pages. Brillante manière d’envisager une musique singulière – certes, inégale –, dont la quatrième de couverture aurait pu se faire l'écho en proclamant, en conclusion : « J’en ai vu des aveugles, mais des comme toi ! »

Amaury Cornut : Moondog (Le Mot et le Reste)
Edition : 2014.
Livre : Moondog
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku, 2014)

peter brötzmann jason adasiewicz john edwards steve noble mental shake

Pour peu que l’on goûte le vibraphone (et l’effet de ses harmoniques), il faut aller entendre ce Mental Shake enregistré par le trio que composent Peter Brötzmann, John Edwards et Steve Noble – dont on se rappelle … the Worse the Better sur le même label – en compagnie de Jason Adasiewicz au Café OTO le 12 août 2013.

Partageant une même conviction – que Noble martèle d’ailleurs –, les quatre musiciens y font en effet preuve d’une inspiration qui met au jour un folk au mystère épais. Ainsi, tarogato puis saxophones et clarinette explorent l’espace avec une fantaisie et une opiniâtreté qui déstabilisent son équilibre : insistants, Edwards et Noble le sont heureusement autant que le souffleur, quand les suspensions vibrantes d’Adasiewicz finissent de fleurir une improvisation courte mais ô combien remuante.

écoute le son du grisliPeter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble
Mental Shake (extrait)

Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku)
Enregistrement : 12 août 2013. Edition : 2014.
CD / LP / DL : 01/ Mental Shake
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Marc Ribot Trio : Live at the Village Vanguard (PI, 2014)

henry grimes marc ribot chad taylor live at the village vanguard

Dans les années 1960, le Village Vanguard accueillit parfois Trane ou Ayler. L’histoire se poursuit-elle aujourd’hui, quand le mythique club new-yorkais invite Marc Ribot, Henry Grimes (qui n’y avait plus joué depuis décembre 66) et Chad Taylor ? A  vrai dire, la question est stupide et je m’en voudrais presque de l’avoir posée...

Ce que je sais et entends ici, c’est que ces Messieurs n’ont pas abandonné l’idée de faire parler quelques poudres noires et soniques. Coltrane se voit célébré par une chaude et précise interprétation de Sun Ship (on sera plus réservé sur Dearly Beloved qui ouvre cet enregistrement). Quant à Ayler, on pourra s’étonner d’entendre son Wizard mâtiné à la sauce country-rock, mais on n’aura pas d’autre choix que de se rendre aux délices, loopings, crochets et ricochets contenus dans Bells.  Et quand la guitare de Ribot associe Hendrix au grand Albert (Bells toujours), on se dit que ces trois-là n’ont pas fait fausse route.

Marc Ribot Trio : Live at the Village Vanguard (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.  
CD : 01/ Darly Beloved 02/ The Wizard 03/ Old Man River 04/ Bells 05/ I’m Confessin’ 06/ Sun Ship
Luc Bouquet © Le son du grisli


I.G.M. : Virgin Skins (Pidgin, 2013) / Chait / McColm : Solo / Solo (Pidgin, 2013) / Nagual : Clear One: Ether(s) (Pidgin, 2012)

igm virgin skins

Voilà de l’expérimentation (tale?) qui se moque bien de rentrer dans des cases (comme toute expérimentation qui se respecte, normalement, mais celle-ci y arrive bel et bien). Derrière I.G.M., il y a Ian G. McColm, multi-instrumentiste du duo Nagual, et derrière Virgin Skins

… il y  a par exemple un solo de batterie que des cris de cymbales plongent dans le noir, un synthé qui habille la vieille carcasse d’un monstre sonore ou encore des harmoniques qui envoûteraient le plus réticent des résistants à l’hypnose. Car chez McColm la ruine menace toujours la cadence. Des relents d’indus, de minimalisme, de B.O. de films de série B, accélèrent la mue de ces « peaux vierges ». Comme sur la couverture du CD, c’est bien du muscle qu'il y a derrière !

écoute le son du grisliI.G.M.
Plus/Minus

I.G.M. : Virgin Skins (Pidgin Records)
Edition : 2013.
CD : 01/ Punctuation Alpha 02/ Gasping for Air 03/ Plus/Minus 04/ The Wind That Blows the Birds 05/ Gamelandria 06/ Blood Memory 07/ All Ways Bounce 08/ Virgin Skins 09/ Psychic Risk 10/ Punctuation Omega
Pierre Cécile © Le son du grisli



ross w shait ian g mccolm solo

On peut retrouver McColm sur la face B d’une cassette Pidgin. En face A, Ross Wallace Chait trempe ses micros dans un piano bar qu’il met à sac avec une furie fantastique (du grand noise !). Quant à McColm, il attrappe une guitare pour faire cracher à un ampli une ambient flippante, prête à servir au prochain exorcisme. Attention encore : cinquante copies seulement !

Ross W. Chait / Ian G. Malcolm : Solo / Solo (Pidgin Records)
Edition : 2013.
Cassette : A1/ Ross W. Chait : In an Airport, etc. A2/ Ross W. Chait : Constrictor B/ Ian G. McColm : En femmes nues
Pierre Cécile © Le son du grisli

nagual clear one ethers

De retour avec David Shapiro et Nagual (dont c’était la première sortie) et dans le drone pour guitares version ambient bruitiste. Le compromis est d’ailleurs épatant, le delay des guitares étirent la musique jusqu’à ce que la batterie parte et tout devient… spatial. Attention encore : cent copies seulement !

Nagual : Clear One: Ether(s) (Pidgin Records)
Edition : 2012.
Cassette : A1/ Clear One A2/ Future Tongues B1/ Beating Demons B2/ Blossming Debris
Pierre Cécile © Le son du grisli



Scott Fields, Jeffrey Lapendorf : Everything Is in the Instructions (Ayler, 2013) / Sharp, Fields : Ostryepolya (Pan Rec, 2013)

scott fields jeffrey lapendorf everything is in the instructions

Par sa tessiture pentatonique sans demi-tons, le shakuhachi semble condamné aux terres apaisantes. Ici, Jeffrey Lapendorf ne déroge pas à la règle. Sa flûte rejette le sombre, accoste des azurs sans nuages, pointe et infiltre des harmonies scintillantes.

La guitare acoustique de Scott Fields aura beau convoquer des accordages défaillants, empoisonner le très peu de son jeu, il ne pourra jamais assombrir le tableau. Tableau que tous deux ont choisi d’argumenter de leurs pastels secs et aimants. En témoigne cette tendre et soyeuse version de la Naima de John Coltrane clôturant ce docte enregistrement.

écoute le son du grisliScott Fields, Jeffrey Lapendorf
She Comes from Nowhere

Scott Fields, Jeffrey Lapendorf : Everything Is in the Instructions (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ She Comes from Somewhere 02/ Terror Babies 03/ Objects in Relation to Other Objects 04/ Oh, Yes 05/ The Politics of Solitude 06/ Tip Bloused 07/ Advice for Some Young Man in the Year 08/ Naima
Luc Bouquet © Le son du grisli

elliott sharp scott fields ostryepolya

Enregistrés (et filmés) le 26 mai 2009 (Loft de Cologne) et le 5 mars 2010 (Nozart Festival, même ville), Elliott Sharp et Scott Fields s'interprètent (car, sur pupitres, des partitions traînent). De l'improvisation de jadis et de l'invention possiblement écrite, rien ne subsiste. Deux guitares acoustiques se répondent quand elles ne s'ignorent pas ; brassent non plus à contre-courant mais avec, et comptant beaucoup sur lui. Même le public attend qu'on lui donne le droit d'applaudir.

Elliott Sharp, Scott Fields : Ostryepolya (Pan Rec)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2013.
DVD : 01/ Branedrance 02/ Betweeln Octopus and Squid 03/ Big, Brutal, Cold Raindrops 04/ Minerali 05/ Shuffle Through the Restaurateur Gauntlet 06/Douabula 07/ Pur Your Pennes in My portuguese Cork Hat 08/ Doubleviz 09/ Freefall 10/ Credits
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sven-Åke Johansson : Jazzbox (SAJ, 2013)

sven-ake johansson jazzbox

Sous l’intitulé Jazzbox, Sven-Åke Johansson met en boîte cinq références de son propre label, SAJ, qui l’exposent en trio (Candy), quartettes (Cool, Tune Up) ou sextette (Cool encore).

Ce Cool Quartett que capteront les micros d’Eric La Casa en 2008 (Dancing in Tomelilla) est ainsi à entendre sur trois disques enregistrés en 2002 (pour les deux premiers), 2009 et 2012 (pour le troisième). Partout, Axel Dörner, Zoran Terzic et Jan Roder, servent un jazz ligne claire que se disputent le west coast et le « cool » annoncé. Au son de standards – George Gershwin, Jerome Kern, Cole Porter… –, le groupe évoque (My Heart Stood Still aidant) Chet Baker flottant sur le lac Wansee ou dépose la Berlin Alexanderplatz quelque part sur la carte entre San Francisco et New York. Sur le troisième volume, trois morceaux donnent à entendre le Quartett augmenté de deux membres : Tobias Delius et Henrik Walsdorff aux saxophones ténor et alto, dont les sonorités encanaillent Bernie’s Tune que popularisèrent Mulligan et Baker. Plus tortueuses, la poignée de compositions de Dörner que le Quartett interprète ici et là comblent le répertoire d’audaces qui, sur la longueur, peuvent manquer.

Plus « poli » encore, ce Candy que le trompettiste et le batteur enregistrèrent, en 2002 toujours, avec le contrebassiste Joe Williamson. Sur l’air de chansons anciennes (Candy, The Way You Look Tonight, Stars Fell on Alabama, Old Devil Moon…), le trio soigne ses gestes et prend garde aux dérapages. La formule souffrira en conséquence de la comparaison avec celle de Tune Up, disque enregistré plus récemment en quartette, dans lequel Johansson retrouvait Delius et Roder en présence d’Aki Takase. Ce sont alors Old Black Magic, Cool Blues ou The Song Is You, qui passent au son d’un swing tranquille que le piano bouscule parfois. Comme le Cool Sextett, le quartette de Tune Up « tombe » sur un équilibre qui flatte ses relectures.

Sven-Åke Johansson : Jazzbox (SAJ / Metamkine)
Enregistrement : 2002-2012. Edition : 2013.
5 CD : CD1/ Cool Quartett Vol. I CD2/ Cool Quartett Vol. 2 CD3/ Cool Quartett / Sextett CD4/ Tune Up CD5/ Candy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Insiden : Above Us (In Paradisum, 2014)

insiden above us

Pour avoir été jeune (et je l’espère l’être encore un peu), je me méfie beaucoup de la jeunesse. Et quand arrive dans ma boîte un LP de jeunes inconnus qui improvisent sur des vidéos, je crains le pire en imaginant un disque de plus de post-kraut-post-rock ou sinon d’impro-nihilo-inculte. Mais j’apprends qu’au mastering il y a James Plotkin (le Plotkin de Lotus Eaters, Isis et, accessoirement, de Plotkin), alors tout s’illumine (c’est bien sûr une façon de parler)…

Et j’ai bien eu raison d’avoir tout de suite fait confiance à ce groupe de (trois) jeunes : Amédée Somaticae De Murcia (programmation et effets), Romain de Ferron (synthé et ahanements) et Guillaume Mikolajczyk (violoncelle préparé et amplifié). Car ce sont des bons jeunes, qui ont retravaillé en studio leurs improvisations pour se construire leur propre cage d’escalier où traîner leur ennui. Quand on y entre à notre tour, on avance prudemment, comme dans une zone dangereuse. Les alarmes, les drones taillés à la tronçonneuse, les nappes de synthé lentement fouettées, les effets utilisés avec justesse et la voix délayée dans ce grand tout… Une dark ambient de caractère, une music for ghost airports ou une dream pop dont le shiny est d’O))). Bref, engageant à plus d’un titre !

écoute le son du grisliInsiden
Le puits et le pendule

Insiden : Above Us (In Paradisum)
Edition : 2014.
LP / DL : A1/ Le puits et le Pendule A2/ La tour A3/ Comme un navire pris dans la glace B1/ Symbols B2/ Reikä B3/ Sitting Near an Imaginary River B4/ Above Us
Pierre Cécile © Le son du grisli


Nick Hennies : Work (Quakebasket, 2014)

nick hennies work

Sur Work, deux travaux de Nick Hennies – percussionniste américain, ancien élève de Steven Schick, entendu notamment auprès de Jürg Frey (Metal, Stone, Skin, Foliage, Air) et de Radu Malfatti (L’effaçage).

Amateur de musique contemporaine – notamment interprète de Cage, Lucier ou Ablinger –, Hennies s’intéresse à une acoustique qui influe sur la perception d’écoute : c’est ce qu’il démontre sans attendre, dix minutes durant, sur Settle for Vibraphone. Là, le percussionniste s’est enregistré jusqu’à trois fois : la veine est minimaliste d'aspect, les coups portés sont d’une régularité fragile, les notes parfois se chevauchent et les harmoniques à naître des insistances lèvent une poignée de chants fantoches.  

C’est en carillonneur moins impatient qu’apparaît Hennies sur Expenditures. Sur vibraphone encore, mais cette fois accompagné, il bat la mesure durant un quart d’heure avant d’altérer sa partition : clarinette (Jonathan Doyle), ondes sinus (Chris Cogburn), trombone (Steve Panker) et archets (violon de Travis Weller et contrebasses de Brent Fariss et Ingebrigt Haker Flaten) en font bouger les lignes avec un allant séditieux. La musique n’est alors plus de mesure, mais d’encombrements, voire de désordres, dont elle tire sa richesse.

écoute le son du grisliNick Hennies
Settle

work

Nick Hennies : Work (Quakebasket / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Settle for Vibraphone 02/ Expenditures
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Henri Roger, Eric-Maria Couturier, Emanuelle Somer, Bruno Tocanne : Parce que ! (Facing You / IMR, 2014)

henri roger eric-maria couturier emmanuelle somer bruno tocanne parce que

Henri Roger fait référence à Pierre Soulages et décide d’improviser Parce que ! en s’abritant derrière une citation : « Pourquoi noir ? La seule réponse, incluant les raisons ignorées, tapies au plus obscur de nous-mêmes et des pouvoirs de la peinture c’est : PARCE QUE ». Le noir (l’outrenoir, pour être exact) du peintre va bien au piano de Roger. En apposant des noires graves et des blanches de lumière il construit un cadre qu’investissent sur son modèle Eric-Maria Couturier au violoncelle, Emmanuelle Somer à la clarinette basse, au cor anglais, au hautbois ou au saxophone, et Bruno Tocanne à la batterie.
 
C’est épais, dense, emporté, secret, soufflant et fier. C’est un peu de Soulages en effet, surtout lorsque celui-ci revient sur les origines de ses Outrenoirs : « Un jour de janvier 1979, je peignais et la couleur noire avait envahi la toile. Cela me paraissait sans issue, sans espoir. Depuis des heures, je peinais, je déposais une sorte de pâte noire, je la retirais, j’en ajoutais encore et je la retirais. J’étais perdu dans un marécage, j’y pataugeais. Cela s’organisait par moments et aussitôt m’échappait… » Ce n’est pas le même « marécage » pour Roger et ses comparses, c’en est un autre, qui s’organise et, heureusement, lui (leur) échappe aussi.

Henri Roger, Eric-Maria Couturier, Emmanuelle Somer, Bruno Tocanne : Parce que ! (Facing You / IMR / Les Allumés du Jazz)
Enregistrement : 18 novembre 2013. Edition : 2014.
01/ Trace ouate 02/ Coulures apparences 03/ Signe banquise 04/ Ratures brumes 05/ Griffures au fond
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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