Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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François J. Bonnet : Les mots et les sons, un archipel sonore (Editions de l'éclat, 2012)

françois j bonnet les mots et les sons

« La musique découpe en virtualités tout ce qui est concrètement présent… jusqu'à ce que le monde entier ne soit plus rien qu'une profusion qui vibre doucement et, à perte de vue, un océan de virtualités dont on n'a besoin de saisir aucune », écrit Rilke dans Worpswede, un siècle avant David Toop.

Dans Ocean of Sound (Kargo, 2004), celui-ci tentait de donner forme et consistance à ces « virtualités », et un nom aux plus fameux « visiteurs » de cette singulière Solaris. De Debussy à Aphex Twin, en passant par Eno et Lee Perry, les ambassadeurs de l'éther réunis pour l'occasion étaient aussi pourvoyeurs d'ondes émotionnelles. Ce livre important racontait surtout une expérience sensible, l'otographie d'un compositeur, critique à The Wire, rêvant de connexions enfouies. De la part d'explorateurs venus de territoires culturels et spatio-temporels fort éloignés les uns des autres, le « sonore » y était l'objet de toutes les attentions.

« L'archipel sonore » imaginé par François J. Bonnet, compositeur et membre du GRM né en 1981, reprend en partie les choses là où David Toop les avait laissées –  mais en changeant d'échelle (et non, suivant la métaphore, en identifiant  des concrétions territoriales que l'océan aurait laissé tantôt émergées tantôt immergées). Car au fond Ocean of Sound restait tributaire d'une esthétique classiquement musicale de ces « voix de l'éther » sensées révéler la nature du son (au singulier), véritable noos semblable au cerveau-océan décrit dans le roman de Lem. Bien des ouvrages récents (comme De la Musique au son, de Makis Solomos), et toute une culture – voire un culte – contemporains indiquent son avènement. Les mots et les sons – au pluriel – invite à comprendre et analyser les pouvoirs de ce surprenant fétiche, de ce pôle magnétique, en le ramenant à sa juste proportion : celle d'objet de désir – désir de sublime, justement. Où l'on s'aperçoit que le paysage sonore de Murray Schaffer, l'écoute réduite de Pierre Schaeffer, et d'autres conduites d'écoute et de production visant au son pur, sont les avatars d'un nouveau formalisme esthétique, dont les intentions émancipatrices ne sont pas moins prises dans un ordre de désirs et de discours que l'ancien.

Toute l'importance du livre de François J. Bonnet réside dans l'exploration de ces désirs et de ces discours, qui constituent et transmuent le sonore, « soumis au désir comme une branche l'est au courant d'une rivière », « carrière percée par la machinerie de l'écoute », en audible. Des références rares (Konstantin Raudive, Jean-Luc Guionnet) et d'autres plus classiques (de Sun-Tzu à Eno) servent un propos qui le leur rend bien. Face à « l'inavéré » dont l'oreille est l'organe, de contrôle comme de production, la musique apparaît alors comme un cas particulier, une cristallisation dont la vocation n'est plus de « donner forme » au matériau son. Libérée de toute sommation, étendre son empire vers l'inouï redeviendrait ainsi, pour elle, une possibilité.

François J. Bonnet : Les mots et les sons, un archipel sonore (Editions de l'éclat)
Edition : 2012.
Livre : Les mots et les sons, un archipel sonore
Claude-Marin Herbert © Le son du grisli

france cultureSur France Culture, François J. Bonnet a fait l'objet en 2012 d'un atelier de création, par Thomas Baumgartner, ainsi que d'un entretien par Alain Veinstein.

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Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 / Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture, 2013)

seattle phonographers union building 27 wnp-5

De ses archives personnelles de field recordings, le collectif Seattle Phonographers Union tire depuis plus de dix ans le matériau d’intrigantes improvisations organisées en endroits peu commun. Sur ce disque Prefecture – label que dirige de main de maître le percussionniste Paul Kikuchi –, le groupe prend place, à Seattle, dans un hangar à avion désaffecté puis dans la tour à refroidissement d’une centrale nucléaire abandonnée sur chantier.

Ecoutant plus encore qu’ils ne jouent, Perri Howard, Steve Peters, Toby Paddock, Doug Haire, Jonathan Way, Dale Loyd, Pete Comley, Christopher DeLaurenti et Steve Barsotti, investissent le Building 27 avec un art de l’accumulation qui profite de résonances suspendues et d’accords au sol. Bien sûr, la rumeur enfle, dessine par le son un croquis de carlingue avant de décider d’un repli en lignes ténues qui chanteraient l’érosion de structures métalliques.

A l’épreuve du temps, Comley, Lloyd, DeLaurenti et Barsotti, obligeront aussi la tour WNP-5. Architecture n'ayant jamais servi – et donc sans souvenir à faire entendre –, l’endroit résonne d’un futur interdit : ce sont-là un remue-ménage lointain, des présences anxieuses et des sirènes aphones qui mesurent l’espace d’un cratère éteint avant de le faire respirer. Avec une invention distante qui, dans l’un comme l’autre cas, impressionne.

écoute le son du grisliSeattle Phonographers Union
WNP-5
(Extrait)

Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 (Prefecture Music)
Enregistrement : 2007 & 2009. Edition : 2013.
LP / DL : A/ Building 27 B/ WNP-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

greg sinibaldi jesse canterbury ascendant

Sur l’écho naturel de la Dan Harpole Cistern de Port Townsend, Greg Sinibaldi (saxophone ténor, clarinette basse) et Jesse Canterbury (clarinette et clarinette basse) accordent d’abord leurs influences – qui pourraient avoir pour noms Richard Landry et John Surman. Consignant un minimalisme captivant sur sa première face, le disque le trahit néanmoins sur sa seconde : au son de sur-délicatesses ou d’industrieux bavardages. Ugly Beauty (reprise ici), avait prévu Monk.

Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture Music)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Wade A2/ Second Thoughts A3/ Two or Three Back, and Around A4/ Beside Ourselves A5/ Ugly Beauty 06/ If You Look Too Close – B1/ Not Forever, Just for Now B2/ Web of Lies B3/ Hold This B4/ Dreaming in Two Million
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Objets trouvés : Fresh Juice (Intakt, 2013)

objets trouvés fresh juice copy

Se libérant d’une lévitation inaugurale, nos Objets trouvés (Gabriela Friedli, Co Streiff, Jan Schlegel, Dieter Ulrich) observent quelques plats terrains avant de se délivrer par quelque trait compositionnel hardi. Mais ne pas croire pour autant que ce Fresh Juice ne trouve son salut que par la seule écriture.

Car, à vrai dire, cette écriture n’est là que pour baliser un itinéraire  aux tracés intimes. Presque pas d’éclats fanatiques ici mais une mise en espace de blocs (duo ou trio, rarement quartet) intensifiant sa force en des crescendos entretenus. A ce petit jeu, la saxophoniste gagne la mise : timide au début, elle fore des tracés onctueux qu’elle magnifie  avec un aplomb remarquable. De même, le jeu modal de la pianiste ne s’embarrasse d’aucune rupture mais impose assurance et souplesse au récit emprunté. De ces Objets trouvés – et faussement fragiles – on admirera la sage pertinence, le paysage familier.

Objets Trouvés : Fresh Juice (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Gessang der nacht 02/ Terris Hut 03/ Weisser Zwerg 04/ Equilibre tendu 05/ Faden der Ariadne 06/ Straying Horn
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Roro Perrot & Vomir Expéditives

roro perrot expéditives

exécution des hautes oeuvres

Roro Perrot : Exécution des hautes œuvres (Premier Sang, 2011)
Je souhaite bien du courage aux copistes de la Sacem (dont le logo est apposé sur le CD) au cas où Roro Perrot aurait un jour l’idée de les mettre au défi de « partitionner » ces mini-chansons enregistrées en 2011. C’est que dans un geste désinvolte, il gratte sa guitare classique d’une main et de l’autre tape sur le manche en brayant ou aboyant des balivernes touchantes, en tout cas osées… Derrière lui, des enfants crient « maman » ?...

blotto folk

Roro Perrot : Blotto Folk (Décimation sociale, 2012)
… papa a l’air de se plaindre de l’estomac (dont il ne manque pas) ! Réécoutons la cassette marquée au gros feutre rouge Blotto Folk. C’est qu’il aurait encore trop bu hier et qu’on se passe déjà le dernier document de sa soulographie sous l’imper d’exhibitionniste : amateurs de folk étranglé, de mélodies hirsute & de star system pileux, savourent goutte-à-goutte (en remuant bien fort la bouteille) ces mélopées jouées au moignon…

saboteurYves Botz, Roro Perrot : Saboteur (Décimation sociale, 2012)
... les borborygmes qui s’en suivent accompagneront sur une autre cassette le face-à-face de deux derviches buveurs que sont Yves Botz (Dust Breeders, Mesa of the Lost Women) & Roro Perrot. Saboteur, c’est une face électrique contre une face acoustique, et deux folkeux industrieux qui inventent des débuts de chef-d’œuvre à la mode du Facteur Cheval, frappent sur une enclume ou frotte de la guitare en relativisant l’intérêt d’utiliser des accords… Damned : cheval-facteur et sabot-âge…

héroroïneRoro Perrot et son héroroïne : Ta bouche de fraise me rend si sauvage (Décimation sociale, 2013)
… mais pour décimer encore plus efficacement, voilà que le Perrot touche à l’héroroïne – ce qui ne lui interdit pas de recourir en même temps à l’alcool. Forcément, le mélange fait effet, et voilà qu’il tâte de la guitare électrique en plus alors que son amie Pauline tripote une drum machine comme une enfant sauvage jouerait Mozart à la flûte traversière. Et tout à coup, c’est Prince qui joue Jealous Rock… Va comprendre…

musique vaurienneRoro Perrot : Musique vaurienne (Décimation sociale, 2013)
One for the money… Ayant pris goût à la guitare (ou au luth) électrique et au rythme de synthèse, notre homme s’y donne en entier sur Musique vaurienne avec une mollesse qui trahit son état : cataleptique narcoleptique, mais qui fait un pas vers la mélodie et les paroles (ce « oyaah, ahooyah, et alors ? oyaah, eh ouais », je le tiens maintenant, et cet « à chier » n’est-il pas à danser ?) et même rétropédale en No Wave Mars ou DNA

vomir

Vomir : Les escaliers de la cave (Décimation sociale, 2013)
… Alors, vite, retour à l’essentiel : pour Romain Perrot, c’est Vomir dans Les escaliers de la cave : il y en a deux (un petit et un qui n’en finit pas), où déferle un harsh noise qui noie le « folk de merde » sous des tombereaux de bruits blanc, gris ou noir… On n’y entend plus une interjection, plus de guitare, plus rien du bruit du moignon, mais le mur de saturation et son néo-dada de bâillon : moi aussi, la tête dans un pochon !

sonic youth pierre cécilePierre Cécile sort ces jours-ci son premier livre : Sonic Youth (Souvenir de Kurt Cobain), dont le son du grisli vous offre un extrait : Combien d’heures ai-je passé dans les médiathèques à la recherche d’enregistrements de Sonic Youth ? Combien de CD – c’était le temps du CD, le vinyle n’était pas encore arrivé sur le marché – ai-je fait défiler sous mes doigts ? J’empruntais tout, j’écoutais tout, je lisais tout. Le groupe m’avait déconnecté de mes contemporains. J’en étais le cinquième membre, le sixième quand Jim O’Rourke était là. Qu’ils ignorent mon existence ne me posait pas de problème. J’étais bel et bien là, toujours avec eux, je les tutoyais et les appelais par leurs prénoms. « Thurston, là t’exagères… t’en fais des caisses à la voix ! » Direct j’avisais Lee, qui pouvait me faire un clin d’oeil, et alors là ça partait en fou rire !

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Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY, 2013)

polwechsel traces of wood

Sans plus de souffle – même si le violoncelle singe parfois l’orgue –, Polwechsel enregistrait en mars 2010 et janvier 2011 ce Traces of Wood ayant valeur de tournant : « Faire moins de bruit, c’était se taire », explique Michael Moser. Alors, Polwechsel passe commande à ses quatre éléments de partitions qu’il fleurira d’improvisations.

Sur Adapt/Oppose, Burkhard Beins fait des archets l’instrument principal (sur contrebasse, violoncelle et cymbales), qui lentement vont ensemble avant de se répondre, comme d’une vallée à l’autre et sur peaux frottées : les combinaisons sonores, minuscules, forment un corps fragile qui basculera pour démontrer son adhérence. Les archets seront distants, sur l’ouverture de Grain Beinding #1, de Moser. La composition est plus nette, dramatique au fond, qui peu à peu focalise les quatre voix avec un art plus fabriqué.

Nia Rain Circuit, respecte, lui, les courants usages de son auteur, Martin Brandlmayr. La pièce échapperait pourtant au répertoire de Trapist ou de Radian pour jouer de nombreuses pauses et de redirections tranchées avant de convoquer des archets unanimes sur les résonances d’un vibraphone. Les coordonnées de l’endroit du monde où Werner Dafeldecker enregistra le blizzard qu’il injecte à sa composition donnent à celle-ci son titre : S 64°14’’ W 56°37’’. Plus effacé, mais perturbé d'autant, le groupe lutte contre les éléments à coups d’éclats et de drones qui laissent en effet des traces. Trois, au moins. Et tenaces.

Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Adapt/Oppose 02/ Grain Bending #1 03/ Nia Rain Circuit 04/ S 64°14’’ W 56°37’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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MoE : Oslo Janus (Conrad Sound, 2013)

moe oslo janus

On m’a dit tout le bien du monde de MoE (trio guitare / basse / batterie norvégien qui rassemble dans un élan métal-brusqué la Sult bassite-vocaliste Guro Skumsnes Moe, Håvard Skaset et Joakim Heibø Johansen) et j’en ai même lu, du bien de MoE (interview de Moe en personne par Lasse Marhaug dans Personal Best #3), c’est donc avec entrain que je disposais, tout bien couvert de cuir, Oslo Janus sur le lecteur CD qui devait me les révéler enfin.

Or, si mon écoute n’a pas été pénible et si l’ardeur ne manquait point, voici que la déception pointa et que je me retrouvai glapissant sur deux notes de basse plus fort et plus terrible que la (pourtant hargneuse) demoiselle. En vérité, l’envie de tout casser m’a effleuré un temps. C’est qu’on trouve sur ce CD – certes, je n’ai entendu qu’un seul CD de MoE – un gras mélange de Therapy?, Superchunk et (oui, disons-le) L7, quand je m’attendais à ce « Noise Rock from The North » qu’on m’avait promis. Ceci étant, sur un instrumental, on en vient au doom metal, mais à un doom metal sans véritable ampleur.

Voilà pourquoi vous pourrez apercevoir, si vous traînez tard le soir dans le vieux Lille, un homme hurlant à son tour à la lune « Where’s the DJ? » Cet homme-là, c’est moi : « T’as pas un autre truc de MoE à me faire écouter ?... Non ?... Alors, retour à Sult ! »

MoE : Oslo Janus (Conrad Sound)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ride Another Dove 02/ Fighting Light 03/ David Yow 04/ Where’s the DJ? 05/ I.I.I.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Kate Soper, Wet Ink Ensemble : Voices from the Killing Jar (Carrier)

kate soper wet ink voices from the killing jar

Possible petite sœur de Shelly Hirsch, Kate Soper tient à mettre en scène des personnages aussi antithétiques que Murakami, Henry James, Camille Desmoulin ou Emma Bovary. Et on ne sait, à vrai dire, comment cela tient debout.

Ce que l’on sait par contre c’est que son chant – encensé par ses admirateurs pour ses ruptures de ton et autres sorties de route – résulte ici d’une clarté absolue. Ce sont plutôt les meurtrissures et le côté inéluctable des compositions de la jeune femme qui garantissent à cet enregistrement une aura de mystère insondable. Brouillages et unissons poreux, débrayages acides, chant mortuaire et répétitif, opéra classique, accents carnatiques, parodies de musique médiévale : autant de détails sagement entretenus ayant pour but de maintenir éveillée notre bienveillante écoute.

écoute le son du grisliKet Soper, Wet Ink
Voices from te Killar Jar (extraits)

Kate Soper, Wet Ink Ensemble : Voices from the Killing Jar (Carrier)
Edition : 2013.
CD : 01/ Prelude: May Kasahara 02/ My Last Duchess: Isabel Archer 03/ Palilalia: Iphigenia 04/ Midnights Tolling: Lucile Duplessis 05/ Mad Scene: Emma Bovary 06/ Interlude: Asta Solija 07/ The Owl and the Wren: Lady Macduff 08/ Her Voice Is Full of Money: Daisy Buchanan
Luc Bouquet © Le son du grisli 

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Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming, 2013)

jean-luc guionnet eric lacasa philip samartzis stray shafts of sunlight

Des extraits de concerts datant du printemps 2007 (Munich, Berlin, Hambourg, Venise, Grenoble et Montreuil) permettent à Jean-Luc Guionnet, Eric LaCasa et Philip Samartzis, de prolonger les effets d’un Soleil d’artifice enregistré à la même époque.

La lumière a quelque chose à voir – un aigu qui perce et résiste, une voix inquiète de détails, des notes d’alto refoulées qu’une sonde cherche, dans le corps de l’instrument, à récupérer, quelques moteurs branlants, des enregistrements de phénomènes naturels qui déposent plus qu’ils n’érodent, d’autres notes de saxophones, longues cette fois, parasitant une électronique de mitraille – et même à réfracter : les sous-bassement tanguent si, à la surface, les musiciens ne trahissent aucun remous.

Voilà pourquoi leur promenade en sons donnés et paysages réinventés ajoute à l’irréalité des choses, voire, puisque l’association est ingénieuse, à la poignante vérité des choses abstraites.  

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming / Metamkine)
CD : 01/ - 02/ - 03/ -
Enregistrement : mai-juin 2007. Edition : 2013.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lars Åkerlund, Kasper T. Toeplitz : INERT/E (ROSA, 2013)

lars akerlund kasper t toeplitz inerte

A force d’avoir partagé les collaborateurs (Dror Feiler, le regretté Zbigniew Karkowski, CM von Hausswolff, pour tout bien citer mon dossier de presse), Lars Åkerlund (electronics) et Kasper T. Toeplitz (electronics, basse électrique) devaient bien un jour travailler ensemble. C’est maintenant chose faite : le second éditant sur son Recordings of Sleaze Art leur projet INERT/E (qui est peut-être aussi le nom de leur duo ?).

Disons-le sans attendre : cette collaboration fait grands bruits (oui, au pluriel), même si l’on n’est pas à l’abri de chutes de volumes qui impressionnent presque autant. Enregistré dans les studios du GRM, les deux compositions ont une forme qui rappelle les « collages » concrets et un fond proche de l’ambient noise. Alpagué par leurs champs électromagnétiques, l’auditeur n’est plus qu’un parasite parmi les milliers de parasites de l’ « écosystème électronique » qu’Åkerlund et Toeplitz (vérification faite, INERT/E est bien le nom de leur duo) revendiquent. Mais par n'importe quel parasite : un parasite plutôt flatté.

INERT/E : INERT/E (Recordings Of Sleaze Art / Metamkine)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Les masses sont l’inertie, la puissance du neutre
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Matthias Schubert : 9 Compositions for the Multiple Joy[ce] Ensemble (Red Toucan, 2013)

matthias schubert 9 compositions

Profitant d’être à la tête du Multiple Joy[ce] Ensemble, Matthias Schubert célèbre quelques-uns de ses inspirateurs à travers neuf compositions aux senteurs pluri-contemporaines.

Ainsi Conlon Nancarrow (récits itératifs, scansion soutenue), Helmut Lachenmann-Axel Dörner (dérèglements salivaires, rauques harmoniques), Anthony Braxton (jaillissement de cuivres, alto torrentueux), Duke Ellington-Billy Strayhorn (trombone au blues profond), Fred Frith (succession de silences et de contusions), Pierre Boulez-Igor Stravinsky (clarinette loyale sur tapis de dissonances et fusées rythmiques), Olivier Messiaen (violon en péril) et John Cage-Hans Martin Müller (flûte enragée) voient quelques-uns de leurs traits exaltés par le saxophoniste allemand.

Et offre aux solistes convoqués (Philip Zoubek, Udo Moll, Frank Gratkowski, Matthias Muche, Holger Werner, Axel Lindner, Angelika Sheridan) l’occasion de s’éloigner de leurs registres habituels. Disque étonnant et à réécouter souvent.

Matthias Schubert : 9 Compositions for the Multiple Joy[ce] Ensemble (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Colon Zoubeck 02/ Moose 03/ Anthonykowski 04/ Duke Muche 05/ Frith Fields 06/ Boulevinsky 07/ Ende der zeit 08/ Akkorstudie 09/ John Müller
Luc Bouquet © Le son du grisli

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