Le son du grisli

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
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Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient (Camion Blanc, 2013)

olivier bernard anthologie de l'ambient

Si l’ouvrage est épais, c’est que le champ est vaste, dans lequel s’est aventuré Olivier Bernard. Son Anthologie de l’ambient est d’ailleurs davantage une histoire « du » genre qu’une anthologie et se permet, qui plus est, des digressions qui peuvent lui peser – présentant par exemple le theremin et les ondes Martenot, était-il nécessaire d’établir la longue liste des enregistrements qui, tous styles confondus, employèrent l’un ou l’autre ?

Si le style est cursif et apprécie le raccourci – anciens souvenirs d’Annabac peut-être –, le livre n’en est pas moins sérieux : c’est que, remontant à la musique d’ameublement d’Erik Satie, Bernard tient à tout « bien » expliquer (quand on sait que tout ne s’explique pas toujours). A l’origine, Satie donc : « Il y a tout de même à réaliser une musique d’ameublement, c’est-à-dire une musique qui ferait partie des bruits ambiants, qui en tiendrait compte. » Ensuite, ce sont Russolo, Varèse, Schaeffer, Henry, Radigue, Cage, et les Minimalistes américains qui défilent… De près ou de loin, l’ambient est donc envisagée jusqu’à ce que Brian Eno, « précurseur » du genre, entre en scène.

Evening Star élaboré avec Robert Fripp, Discreet Music qu’arrange Gavin Bryars, et puis Ambient 1. Grand admirateur d’Eno, Bernard cerne cette fois son sujet et ose même une définition de ce concept qui occupera jusqu’à aujourd’hui un nombre de musiciens que l’on ne soupçonnait pas : « L’ambient est une musique ne progressant que peu, basée sur des nappes au synthétiseur, avec des arrangements harmonieux et souvent longs, dont l’instrumentation est effacée, induisant un état de calme et des pistes de « réflexion » pour celui qui l’écoute. »

Réfléchie, la définition en question ne pourra cependant pas être appliquée à chacun des « suiveurs » que Bernard répertorie avec minutie. Car l’influence est si grande qu’on pourrait presque parler d’épidémie : aux courants musicaux avec lesquels elle échange (krautrock, prog, indus…) au point de s’en trouver bientôt ramifiée (dark ambient, ambient indus, space ambient, martial ambient, clinical ambient…), l’auteur ajoute quelques genres absorbés (dream pop, gothique, metal, shoegaze, post-rock, musiques électroniques) – au moindre accord en suspens, l’ombre de l’ambient planerait donc.

Plus loin, Bernard aborde les parents pauvres du sujet qui l’intéresse (New Age, lounge music et chill-out des compilations Buddha Bar), quitte à accentuer cette impression de dispersion et, pire encore, aider à ce qu’on le confonde avec tout et son contraire, musique d’ambiance ou de salon, ce que sont ne sont évidemment pas les premiers disques d’Eno ou ceux de William Basinski, BJ Nilsen ou Chris Watson, qu’il présente pourtant avec à-propos. Plus de clarté et de subjectivité auraient ainsi aidé à parfaire cette histoire qui regorge de références.

Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient. D’Erik Satie à Moby : nappes, aéroports et paysages sonores (Camion Blanc)
Edition : 2013.
Livre : Anthologie de l’ambient.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision, 2013)

umpio irr

A la toute fin de l’année dernière, sortait ce disque à la drôle de pochette grise et noire, de deux formations aux noms encore inconnus de moi : Umpio (derrière lequel se cache un certain Pentti Dassum) et irr. app. (ext.) (qu’a imaginé Matthew Waldron, Californien qui a collaboré avec Nurse With Wound ou Stilluppsteypa).

Sur la pochette du CD, on lit que le premier joue dans les groupes Astro Can Caravan et Kroko et qu’il a baptisé la musique qu’il fait seul « Junkyard Elektroautistix ». Et alors, me direz-vous ? Eh bien, c’est que ce « Junkyard Elektroautistix » correspond parfaitement à ce qu’on trouve sur cette collaboration qui entremêle dark ambient et noise. Voilà ce que c’est que d’opposer deux autistes sonores : malgré leur hantise, ils finissent par se toucher. L’Observation affectant The Outcome, voilà qu'ils accouchent de monstres faméliques dans tous les coins !

Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Part I – Part V
Pierre Cécile © Le son du grisli


30/4 (Fragment Factory, 2013)

fragment factory 30

La « fabrique » de compilation est chose difficile – comme l’attestent la plupart des compilations éditées – mais Fragment Factory s’y adonne généralement avec soin, et même art – comme l’atteste cette compilation-là, trentième sortie du label, sur laquelle on trouve, subtilement agencées, des pièces diverses mais bruitistes toutes, singulières mais supportant le voisinage.

A l’origine, retourner à Hugo Ball, dont Joachim Montessuis interprète le Karawane d’une voix qui crache – l’aura-t-elle fait sur les costumes du public de la Fondation Cartier où il a été enregistré en 2012 ? – et mitraille.  Alors défilent quelques agitateurs notoires, beaucoup d’entre eux déjà présents au catalogue FF : AMK sur collages gonflés de field recordings, Michael Esposito (et son jeune fils) sur proto-indus tournant sous l’action d’EVP, Michael Barthel sur chants brillant ou pauvre mais l’un et l’autre travaillés, Aaron Dilloway sur parcours balisé de drones…

Déjà convaincante, la compilation gagne à en rajouter, sous l’effet de Michael Muennich, hôte qui vérifie si sa fantaisie noire est soluble dans l’eau. Au contact d’autres éléments, Krube entamera trop près du feu une courte symphonie pour instruments de bois quand Philip Marshall jouera de courants d’airs (en vérité, de vieilles cassettes trouvées) qui feront tourner des manèges à fantômes. Au contact d’autres spectres, Leif Elggren dictera à un alien qu’il retient le message qui rassurera ses proches. En conclusion – c’est-à-dire, au beau milieu de 30/4 –, GX Juppiter-Larsen brouillera tous les messages délivrés pour en exposer la substantifique moelle : noise créatif et intense fait de mille étrangetés.

COLLECTIF : 30/4 (Fragment Factory)
Edition : 2013.
CD : 01/ Joachim Montessuis: Karawane 02/ AMK : The Oxbow of Christ Night 03/ Aaron Dilloway : Final Date with Uss Urgo 04/ Philip Marshall : Mixtape  05/ KRUBE : Wenn ich die augen schliebe, sehe ich nichts mehr 06/ Michael Barthel : Unbekänntes (Klage 1) 07/ GX Jupitter-Larsen : Radio Abrasion 08/ Michael Muennich : Sekvenser (För Joel) 09/ Giuseppe Ielasi : Untitled. May 2013 10/ Michael Barthel : Die Diener 11/ Leif Elggren :Twenty One Twenty Two 12/ Michael & Basil Esposito : Witches in the Wheat  
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


RLW, Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype, 2013)

rlw srmeixner just like a flower when winter begins

Au départ, c’était un grand morceau sorti de deux plus petits de Ralf Wehowsky (P16.D4 et donc RLW) et Stephen Meixner (Contrastate et donc Srmeixner). Mais aujourd’hui, ce ne sont pas moins de dix morceaux différents, que les deux hommes ont fabriqué en rapprochant leur approche expérimentale de la plus grossière des musiques populaires.

Trois années à manipuler de balourdes chansons, à tricoter des sons bruts, à arranger des samples d’orchestres, des bouts de conversations & des incrustations de mille espèces… Dit comme ça, on pourrait se méfier de Just Like a Flower When Winter Begins. Or, les emprunts discographiques sont assez finement travaillés pour, dans les micro tubes de RLW et Srmeixner, donner naissance à une sorte de space ambient distrayante, parfois étonnante, en tout cas qu’on n’attendait pas là.

écoute le son du grisliRLW & Srmeixner
Just Like a Flower When Winter Begins (extraits)

RLW & Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Blumen für den Prachtjungen 02/ Old Hearts Rejuvenated 03/ Gummidorf (Simply Happiness) 04/ The Man with the Sunglasses 05/ Alle (Everyone) 06/ Wishing to be Entertained 07/ Definition (Konsumation) 08/ Gummidorf 09/ Seligkeit 10/ Spaßbremse 11/ Definition (Degustation)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings, 2014)

itaru oki chorui zukan

Le souffle infiltre le silence. La trompette d’Itaru Oki cueille la  mélodie (lumineux Misterioso & 'Round Midnight), se recueille devant ces histoires si souvent contées (I’m Getting Sentimental Over You, I Wish I Knew). Ici, ce ne sont plus des standards mais de neuves mélodies, crées il y a quelques secondes seulement.

Ailleurs, la trompette du japonais improvise et l’appel n’en est que plus pressant. Bill Dixon avait déjà tutoyé ces étranglements, cette réverbération salivaire, ces grondements zébrés. Itaru Oki lui offre un nouveau moteur, un autre mystère. Parfois les souffles se dédoublent, parfois le blues s’installe et tous les repères historiques et géographiques se perdent. Ou bien, est-ce le contraire. Ce disque solo suffira-t-il à nous convaincre de l’intrépide et singulier talent d’Itaru Oki ? On espère la réponse positive.

Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Janomecho 02/ I’m Getting Sentimental Over You 03/ Oogamadara 04/ I Wish I Knew 05/ Asagimadara 06/ Midorishijimi 07/ Misterioso 08/ You Are Too Beautiful 09/ Karasuageha 10/ I Wish I Knew 11/ Shimokita Blues 12/ Smiling Mr. Nanri 13/ Suminagashi 14/ ’Round Midnight
Luc Bouquet © Le son du grisli



Christoph Korn, Lasse-Marc Riek : Series Invisible Collection 2 (RADIX, Gruenrekorder, 2013)

christoph korn lasse-marc riek series invisible collection 2

A leur collection de field recordings inaudibles mais quand même retranscrits sur papiers (date d’enregistrement et localisation, date d’effacement et localisation, enfin, durée de la chose effacée), Christoph Korn et Lasse-Marc Riek ajoutent aujourd’hui un second tome : Series Invisible Collection 2.

Comme hier – le premier volume peut être consulté ici –, un petit livre noir atteste la brève existence d’une cinquantaine de captations interdites de conservation : un CD, qui aurait pu être vierge, aurait-il donné la preuve qu’il n’y avait désormais là – c’est-à-dire près de la mer à Cascais ou à la Baie des Trépassés, dans un appartement privé de Düsseldorf ou sur la tombe de Kafka à Prague… – plus rien à entendre, même pas la preuve de ce rien-là ?

Alors, les traces de ces sons perdus sont d’encre, et si Barthes et Sebald servent au duo à expliquer son geste, on osera, pour excuser leurs vains transports, le Beckett de Cap au pire : « A force de long vouloir / Tout vouloir envolé ».

Christoph Korn, Lasse-Marc Riek : Series Invisible Collection 2 (RADIX, Gruenrekorder)
Edition : 2013.
Livre : Series Invisible Collection 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Natura Morta : Decay (FMR, 2013)

natura morta decay

C’était le soir, j’étais seul. Assis sur la terrasse d’une maison isolée quand le bruit d’un train m’est parvenu. Je n’imaginais pas le village desservi. Ce train était conduit, de l’archet, par Frantz Loriot, qui avalait les mètres de rails que Sean Ali (à l’archet aussi) et Carlo Costa (aux doigts ou aux baguettes) déroulaient devant lui, et qui les menaient tous à moi.  

A peine étaient-ils arrivés, qu’ils gagnèrent un bout du jardin pour l’aménager. Plantés comme autant de sculptures sonores, leurs instruments diffusaient de premiers sons « aux couleurs » de l’Inde. Poursuivant ses travaux, le trio faisait plus ou moins de bruit (le violon pouvait par exemple crisser sur le roulement des toms basses). Moi, j’écoutais. Je prenais des notes sur les leurs.

Levant le nez : c’est tout un parc qui avait été aménagé à mes pieds. Avant de repartir, le trio y a planté des graines et enterré des œufs. Le Decay de Natura Morta, je m’y promènerai encore. Je compterai sur la brise pour faire tourner ses instruments, sur les frêles oiseaux qui s’y ébattent pour lui ajouter des touches et des variantes. Si la nature a horreur du vide, elle ne craint pas le silence. Ni les bruits quotidien qui ne cessent plus de le révéler.

Natura Morta : Decay (FMR)
CD : 01/ SIrens 02/ Miasmata 03/ The Burial of Memories 04/ As the Dawn Fades
Enregistrement : 30 mars 2012. Edition : 2013.
Héctor Cabrero © Le son du grisli


In Memory of Bahru Kegne (Terp, 2013)

In Memory of Bahru Kegne

Si les refrains avaient la valeur du pétrole, Total ou Shell auraient, croyez-moi, fort foré en Ethiopie ! Or, c’est à Terp, filiale de The Ex, que l’on doit cette rétrospective des productions de Bahru Kegne : In Memory Of. The Cassette Years 1988-1996.

C’est drôle, l’effet de la cassette sur le son (plonge ta cassette dans un liquide, et il en ressortira un CD vintage !). Je me souviens avoir succombé aux charmes des premiers Youssou N’Dour en banlieue de Dakar (c’était sur cassette, impossible de trouver ces « premiers » morceaux aux basses bien présentes sur CD). Amateur d’Ethiopiques, voilà que je découvre maintenant Bahru Kegne, chanteur et joueur de … masinko. Critique musical sûr de son fait, je vous avouerais avoir toujours connu le masinko. C’est comme ça, y’a des instruments qu’on connaît depuis toujours, sans jamais les avoir entendus. Mais que dire de la voix du chanteur ? Il est des voix qui viennent d’une autre planète, et c’est le cas de sa voix à lui.

Le premier morceau du CD vous fait l’effet d’une claque : ainsi il existait une autre planète que la mienne à quelques centaines de kilomètres d’où je vis ? Le refrain fébrile, la fragilité instrumentale, le swing saxophoné de Derbabaye, le Mela Mela excentricisé (« excentricisé », j’ai bien dit), la valse chaloupée (Nil oblige) de Ye Gebere Leza, et même l’expérimental de Tew Tew… Mon coin de France ou de Belgique ne pourra plus faire sans ce coin d’Ethiopie qui gagne depuis quelque temps le monde entier. Des « légendes » comme celles-là, j’en redemande !

Bahru Kegne : In Memory of Bahru Kegne (Terp)
Enregistrement : 1988-1996. Edition : 2013.
CD : 01/ Sela Beyligne 02/ Ambassel 03/ Yegebere Leza 04/ Tezetaye 05/ Endet New Gedawo 06/ Bati 07/ Mela Mela 08/ Tew Tew 09/ Derbabaye 10/ Shemounmoun 11/ Yehuna 12/ Tenayewa
Pierre Cécile © Le son du grisli


Barry Guy New Orchestra : Amphi + Radio Rondo (Intakt, 2014)

barry guy new orchestra amphi rondo copy

L’agencement de passages solos au sein des rigoureuses compositions de Barry Guy n’est pas chose nouvelle. Homme de fluidités et de tuilages, le contrebassiste britannique creuse à nouveau ce sillon avec son New Orchestra (Agustí Fernández, Maya Homburger, Evan Parker, Jürg Wickihalder, Mats Gustafsson, Hans Koch, Herb Robertson, Johannes Bauer, Per-Ake Holmlander, Paul Lytton, Raymond Strid).

Aux avant-postes d’Amphi, contrebasse et violon prennent le parti de lier et de relier dans un même mouvement ce qui ne le fut que rarement : les deux cent ans séparant la musique baroque de la musique contemporaine, l’effervescence d’un trio saxophone-trompette-piano opposé aux effets contrapunctiques de ces mêmes cordes.

Radio Rondo régénère quelques dissonances titubantes avant de débrider la masse orchestrale. Terrain plus connu ici et où solos brûlants, clusters, vagues et crescendos retrouvent les justes effusions de jadis. Soit deux figures bien connues de l’ami Barry Guy. Bien connues, mais toujours autant appréciées.

écoute le son du grisliBarry Guy New Orchestra
Amphi + Radio Rondo (extraits)

Barry Guy New Orchestra : Amphi. Radio Rondo (Intkat / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/Amphi 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli


Thomas Buckner, Gerald Oshita, Roscoe Mitchell : New Music for Woodwinds and Voice (1750 Arch, 1981)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Qui ne connaît le son du conn-o-sax devra aller entendre New Music for Woodwinds and Voice. Peut-être l’instrument en question – dont jouait ici Gerald Oshita en plus du sarrussophone et du saxophone baryton –, allié à la technique vocale étendue (« extended voice ») de Thomas Buckner et à l’iconoclaste usage que fait Roscoe Mitchell d’instruments moins rares (saxophones basse et ténor, clarinette), engagea-t-il le trio à promettre cette épreuve de New Music, quitte à donner comme tant d’autres dans cet espoir rebattu de nouveauté, si ce n’est même, confiance aidant, d’inédit.

Le titre du disque – que Mutable, label de Buckner, rééditera en même temps qu’une improvisation datée de 1984, An Interesting Breakfast Conversation – incitait donc le trio à la démonstration. En guise de nouvelle musique, cet éternel rapprochement de l’écriture et de l’improvisation. Précision : c’est ici dans les compositions qu’on improvise, face A consacrée à celles d’Oshita (« Marche », « Textures for Trio ») et face B faisant défiler deux pièces de Mitchell (« Prelude », « Variations on Sketches from Bamboo, No.1 & 2 »).  

thomas buckner  roscoe mitchell

Ayant plus tôt percé le « secret de l’ancienne musique » – appelée jazz ou classique –, les musiciens aguerris (la photo est de Kris Buckner) s’en prenaient donc à la nouvelle en composant avec leurs influences éclatées : « Marche » dira sans ambages de quoi il retourne au son d’expressions affirmées toutes et emmêlées (construction anguleuse et répétitive du sarrussophone fait champ de bataille lyrique pour clarinette et voix). L’allure est entraînante et mène rapidement la troupe restreinte en paysages changeants : « Textures for Trio », seul titre qui ne fut pas enregistré en studio mais à la Pacific School of Religion de Berkeley, est un endroit aussi paisible qu’inquiétant où flâner un quart d’heure. Les graves y sont étirés puis triés par couches, les lignes se mêlent à l’horizontale, dont elles modifient sans cesse la direction. « Prelude », sur l’autre face, fera son œuvre des mêmes patiences, les graves lestant cette fois la chanson que Buckner attrape au vol, tandis que « Variations on Sketches from Bamboo, No.1 & 2 » agencera différemment encore un lot de fausses parallèles. Appliqué, voire studieux, le trio sert la mélodie écrite avec un art enrichissant du déséquilibre.

Cette nouvelle musique ne serait-elle d’ailleurs envisageable qu’en déséquilibre ? Le cours intitulé « New Concepts in Composition » que donna Oshita à l’occasion d’une université d’été organisée par Mitchell le disait peut-être. Des soupçons de réponse, forcément, s’y trouvaient. Comme d’autres se trouvent en ce disque-programme d’un trio formé en 1979 au Creative Music Studios de Woodstock et qui prit Space pour nom – preuve qu’une information peut échapper à la pochette d’un disque, même de grande taille. Avec ce Space oublié, celle de New Music for Woodwinds and Voice n’est donc pas irréprochable ; elle qui n’avait pourtant pas omis de faire figurer le nom du conn-o-sax…

lester bowie



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