Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

In Memory of Bahru Kegne (Terp, 2013)

In Memory of Bahru Kegne

Si les refrains avaient la valeur du pétrole, Total ou Shell auraient, croyez-moi, fort foré en Ethiopie ! Or, c’est à Terp, filiale de The Ex, que l’on doit cette rétrospective des productions de Bahru Kegne : In Memory Of. The Cassette Years 1988-1996.

C’est drôle, l’effet de la cassette sur le son (plonge ta cassette dans un liquide, et il en ressortira un CD vintage !). Je me souviens avoir succombé aux charmes des premiers Youssou N’Dour en banlieue de Dakar (c’était sur cassette, impossible de trouver ces « premiers » morceaux aux basses bien présentes sur CD). Amateur d’Ethiopiques, voilà que je découvre maintenant Bahru Kegne, chanteur et joueur de … masinko. Critique musical sûr de son fait, je vous avouerais avoir toujours connu le masinko. C’est comme ça, y’a des instruments qu’on connaît depuis toujours, sans jamais les avoir entendus. Mais que dire de la voix du chanteur ? Il est des voix qui viennent d’une autre planète, et c’est le cas de sa voix à lui.

Le premier morceau du CD vous fait l’effet d’une claque : ainsi il existait une autre planète que la mienne à quelques centaines de kilomètres d’où je vis ? Le refrain fébrile, la fragilité instrumentale, le swing saxophoné de Derbabaye, le Mela Mela excentricisé (« excentricisé », j’ai bien dit), la valse chaloupée (Nil oblige) de Ye Gebere Leza, et même l’expérimental de Tew Tew… Mon coin de France ou de Belgique ne pourra plus faire sans ce coin d’Ethiopie qui gagne depuis quelque temps le monde entier. Des « légendes » comme celles-là, j’en redemande !

Bahru Kegne : In Memory of Bahru Kegne (Terp)
Enregistrement : 1988-1996. Edition : 2013.
CD : 01/ Sela Beyligne 02/ Ambassel 03/ Yegebere Leza 04/ Tezetaye 05/ Endet New Gedawo 06/ Bati 07/ Mela Mela 08/ Tew Tew 09/ Derbabaye 10/ Shemounmoun 11/ Yehuna 12/ Tenayewa
Pierre Cécile © Le son du grisli



Barry Guy New Orchestra : Amphi + Radio Rondo (Intakt, 2014)

barry guy new orchestra amphi rondo copy

L’agencement de passages solos au sein des rigoureuses compositions de Barry Guy n’est pas chose nouvelle. Homme de fluidités et de tuilages, le contrebassiste britannique creuse à nouveau ce sillon avec son New Orchestra (Agustí Fernández, Maya Homburger, Evan Parker, Jürg Wickihalder, Mats Gustafsson, Hans Koch, Herb Robertson, Johannes Bauer, Per-Ake Holmlander, Paul Lytton, Raymond Strid).

Aux avant-postes d’Amphi, contrebasse et violon prennent le parti de lier et de relier dans un même mouvement ce qui ne le fut que rarement : les deux cent ans séparant la musique baroque de la musique contemporaine, l’effervescence d’un trio saxophone-trompette-piano opposé aux effets contrapunctiques de ces mêmes cordes.

Radio Rondo régénère quelques dissonances titubantes avant de débrider la masse orchestrale. Terrain plus connu ici et où solos brûlants, clusters, vagues et crescendos retrouvent les justes effusions de jadis. Soit deux figures bien connues de l’ami Barry Guy. Bien connues, mais toujours autant appréciées.

écoute le son du grisliBarry Guy New Orchestra
Amphi + Radio Rondo (extraits)

Barry Guy New Orchestra : Amphi. Radio Rondo (Intkat / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/Amphi 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli


Thomas Buckner, Gerald Oshita, Roscoe Mitchell : New Music for Woodwinds and Voice (1750 Arch, 1981)

thomas buckner gerald oshita roscoe mitchell new music

Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Qui ne connaît le son du conn-o-sax devra aller entendre New Music for Woodwinds and Voice. Peut-être l’instrument en question – dont jouait ici Gerald Oshita en plus du sarrussophone et du saxophone baryton –, allié à la technique vocale étendue (« extended voice ») de Thomas Buckner et à l’iconoclaste usage que fait Roscoe Mitchell d’instruments moins rares (saxophones basse et ténor, clarinette), engagea-t-il le trio à promettre cette épreuve de New Music, quitte à donner comme tant d’autres dans cet espoir rebattu de nouveauté, si ce n’est même, confiance aidant, d’inédit.

Le titre du disque – que Mutable, label de Buckner, rééditera en même temps qu’une improvisation datée de 1984, An Interesting Breakfast Conversation – incitait donc le trio à la démonstration. En guise de nouvelle musique, cet éternel rapprochement de l’écriture et de l’improvisation. Précision : c’est ici dans les compositions qu’on improvise, face A consacrée à celles d’Oshita (« Marche », « Textures for Trio ») et face B faisant défiler deux pièces de Mitchell (« Prelude », « Variations on Sketches from Bamboo, No.1 & 2 »).  

thomas buckner  roscoe mitchell

Ayant plus tôt percé le « secret de l’ancienne musique » – appelée jazz ou classique –, les musiciens aguerris (la photo est de Kris Buckner) s’en prenaient donc à la nouvelle en composant avec leurs influences éclatées : « Marche » dira sans ambages de quoi il retourne au son d’expressions affirmées toutes et emmêlées (construction anguleuse et répétitive du sarrussophone fait champ de bataille lyrique pour clarinette et voix). L’allure est entraînante et mène rapidement la troupe restreinte en paysages changeants : « Textures for Trio », seul titre qui ne fut pas enregistré en studio mais à la Pacific School of Religion de Berkeley, est un endroit aussi paisible qu’inquiétant où flâner un quart d’heure. Les graves y sont étirés puis triés par couches, les lignes se mêlent à l’horizontale, dont elles modifient sans cesse la direction. « Prelude », sur l’autre face, fera son œuvre des mêmes patiences, les graves lestant cette fois la chanson que Buckner attrape au vol, tandis que « Variations on Sketches from Bamboo, No.1 & 2 » agencera différemment encore un lot de fausses parallèles. Appliqué, voire studieux, le trio sert la mélodie écrite avec un art enrichissant du déséquilibre.

Cette nouvelle musique ne serait-elle d’ailleurs envisageable qu’en déséquilibre ? Le cours intitulé « New Concepts in Composition » que donna Oshita à l’occasion d’une université d’été organisée par Mitchell le disait peut-être. Des soupçons de réponse, forcément, s’y trouvaient. Comme d’autres se trouvent en ce disque-programme d’un trio formé en 1979 au Creative Music Studios de Woodstock et qui prit Space pour nom – preuve qu’une information peut échapper à la pochette d’un disque, même de grande taille. Avec ce Space oublié, celle de New Music for Woodwinds and Voice n’est donc pas irréprochable ; elle qui n’avait pourtant pas omis de faire figurer le nom du conn-o-sax…

lester bowie


Bolide : Soaks (Gaffer, 2013)

bolide soaks

Bolide : possible ogre sonique né en 2007 du côté de Brighton.

Bolide : gargarismes et accumulations, trajet intestinal perturbé. Aime le surplace et les crescendos terrifiants. Musique de pygmées anamorphosés et passée au filtre de caissons anxiogènes. Quelque chose d’ancestral et d’aquatique. Acier grouillant et ténébreux. Rien de bien nouveau dans les décombres.

Bolide ou l’éloge des pseudos : ici Dr. Spiceberg, F. Ampism, The Sultan Cal-Mag Boron, Dick Moss. On aime à le répéter : rien de nouveau dans les décombres.

Bolide : Soaks (Gaffer Records)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Surfactant 02/ In and Out of Weeks 03/ Unhandled 04/ Phenorebarbatif 05/ Forced Meat  06/ Rephenoperidot
Luc Bouquet © Le son du grisli


Deborah Walker, Silvia Tarozzi : Le bruit du geste, 23 avril 2014 à Paris

silvia tarozzi deborah walker centre culturel italien 26 avril 2014

Fin du concert, rappel : un air traditionnel italien descend sur l'ambassade. Un moment, on croirait l’avoir vu emporter l'institut culturel et ses lambris. On est le 23 avril, avant-veille de l'anniversaire de la Libération (de la Résistance !) italienne. Silvia Tarozzi, violon, et Deborah Walker, violoncelle, donnent de la voix entre deux coups d'archets aiguisés et une série d'harmoniques subtiles, pour célébrer cette date à leur façon.

Auparavant, le programme intitulé, avec un certain bonheur, « Le bruit du geste » avait éveillé instincts aimants et réflexes de lutte. Quatre pièces superbes et complémentaires : Escondido, de Stefano Scodanibbio ; Per Arco, de Giuseppe Chiari (écrite en 1963 pour Charlotte Moorman) ; Circle Process, de Pascale Criton et Silvia Tarozzi ; Occam River II, d'Eliane Radigue.

Gestes « contre » (protestation) du violoncelle et de la bande enregistrée (Chiari) ; gestes « autour » (circonvolution), tension dans l'air, aberrations nécessaires et lignes de fuite (Criton) ; gestes « avec » (immersion) des deux archets, de l'espace et du son, intervalles longuement tenus et hallucinations subséquentes (Radigue). Quatre pièces a priori dissemblables, voire de facture et d'intentions franchement opposées (Chiari/Radigue) – sauf l'intensité d'une interprétation – cadeau.

De manières stylistiquement moins contrastive (encore que), Silvia Tarozzi fera paraître prochainement un album réunissant des pièces d'Eliane Radigue, Pauline Oliveiros et Pascale Criton (Circle Process).

Deborah Walker & Silvia Tarozzi : « Le Bruit du Geste », jouant Stefano Scodanibbio, Giuseppe Chiari, Pascale Criton, Eliane Radigue
Institut culturel italien, mercredi 23 avril 2014.
Claude-Marin Herbert © Le son du grisli



Peter Brötzmann, Steve Noble : I Am Here Where Are You (Trost, 2013)

peter brötzmann steve noble i am here where are you

La ballade que Peter Brötzmann s’autorisa au creux du concert qu’il donna avec Steve Noble à Bruxelles en janvier 2013 est une parenthèse et une respiration. Partout ailleurs, non pas sous l’influence de Noble mais parfois remotivé par son effervescence, il agite, voire étrangle, son instrument (saxophones alto ou ténor, clarinette ou tarogato) comme s’il lui fallait dire à la fois pour lui-même et pour un John Edwards absent (…the worse the better).

Avec la même urgence, Brötzmann et Noble déboîtent donc, attrapent dans leur course un premier hymne, le font tourner pour l’enrichir, le posent et le finissent sur leur métier commun. Passé au tarogato, Brötzmann gagne des aigus qui rendent Noble exotique – d’un exotisme renfrogné, toutefois. De quoi retourner plusieurs fois les Ateliers Claus, à Bruxelles, par où la tornade a passé.  

Peter Brötzmann, Steve Noble : I Am Here Where Are You (Trost)
Enregistrement : 19 janvier 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ I Am Here Where Are You 02/ If Find Is Found 03/ Mouth on Moth 04/ No Basis 05/ A Skin Falls Off
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Arturas Bumšteinas : Epiloghi (Unsounds, 2014)

arturas bumsteinas epiloghi

C’est presque agréable de se rendre compte qu’on n’est pas sensible à tout (à tout ce qui est « expérimental », j’entends, et qui, en plus, paraît sur tel label qu’on apprécie). « Je ne suis pas un auditeur facile », me félicitai-je par exemple après l’écoute d’Epiloghi. Six Ways of Saying Zangtumbtumb d’Arturas Bumšteinas (récipiendaire pour cette composition du prix Palma Ars Acustica 2013).

Non, cher Arturas, on ne m’a pas comme ça, moi. Votre réponse au tout premier opéra, La Dafne de Jacopo Peri, couplée aux effets qu’ont fait sur vous L’art des bruits de Luigi Russolo et Les passions de l’âme de Descartes, ne m’a pas emballé. Peu de goût pour le clavecin, les collages hirsutes et la folie facile… Certes, votre baroque est futuriste mais, à mon avis, rétropédale. Votre imachination sonore m’accable, et Descartes m’explique pourquoi : « L’admiration est une subite surprise de l’âme, qui fait qu’elle se porte à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires ». Or dans Epiloghi, j’ai trouvé l’expérimental d’un ordinaire accablant…

Quant à Night on the Sailship, c’est un peu mieux, mais guère chavirant.

écoute le son du grisliArturas Bumšteinas
Epiloghi

Arturas Bumšteinas : Epiloghi. Six Ways of Saying Zangtumbtumb (Unsounds / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01-06/ Epiloghi. Six Ways of Saying Zangtumbtumb 07/ Night on the Sailship
Pierre Cécile © Le son du grisli


Paul Dunmall, Mark Hanslip, Philip Gibbs, Ed Ricard : Weeping Idols (FMR, 2014)

paul dunmall mark hanslip philip gibbs ed ricard weeping idols

Les cinquante-et-une minutes de Weeping Idols disent beaucoup des talents de Paul Dunmall et Mark Hanslip (saxophones ténor), Philip Gibbs et Ed Ricard (guitares). Elles disent que les contrepoints inauguraux de cette impro de chambre n’auront qu’un temps. Et que se pointeront d’autres visages. Bien sûr, les guitares grouilleront de leurs échos souterrains. Bien sûr, les saxophonistes envenimeront leurs souffles. Bien sûr, les colères seront rentrées ici, brûlantes ailleurs.

Mais le temps prendra son envol : les arpèges préserveront les phrasés anxiogènes des deux saxophonistes (Bhutan). Plus loin (Better Than Words), ces deux mêmes saxophonistes se souviendront des denses reflets de la West-Coast avant de visiter des microtonalités plus récentes. A l’arrivée (Weeping Idols), ce sont les deux guitaristes qui, en un final saturant, déborderont le cadre d’un disque souvent passionnant.

écoute le son du grisliPaul Dunmall, Mark Hanslip, Philip Gibbs, Ed Ricard
4 Souls, 8 Eyes

Paul Dunmall, Mark Hanslip, Philip Gibbs, Ed Ricard : Weeping Idols (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ 4 Souls, 8 Eyes 02/ Bhutan 03/ Better Than Words 04/ Weeping Idols
Luc Bouquet © Le son du grisli


Los Amargados : El dia de los Amargados (Unusual, 2014)

los amargados el dia de los amargados

C’est une cassette rouge, conservée dans un sachet de plastique, avec un piment sec et une bande-dessinée petit format. Le strip semble raconter la virée des deux musiciens – Petr Vrba et George Cremaschi – dans le désert mexicain : répondant favorablement à l’invitation que leur fait un squelette de jouer pour lui, les musiciens s'emmêleront les moustaches… confondues, celles-ci symboliseraient, à en croire le panthéon tchéco-mexicain, la bande que renferme la cassette.

Là, trouver en première face le trompettiste et le contrebassiste retournant la bande de l’intérieur le temps d’une bataille rangée qui rapproche électroacoustique bruitiste et artisanat pétaradant. En seconde face, Susanna Gartmayer rejoint le duo : à la clarinette basse, elle dépose quelques graves capables d’en démontrer à la contrebasse avant de racler le fond de son instrument en chercheuse d’atout radical. Qu’elle trouve bientôt : gimmick de trois notes qu’elle fait tourner et qui change Vrba et Cremaschi en poupées-souvenir qui valent leur pesant de piment.

Los Amargados : El dia de los Amargados (Unusual Records)
Edition : 2014.
K7 : A/ Los Armagados B/ Los Armagados with Suzanna Gartmayer
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Pierre-Alexandre Tremblay : La marée (Empreintes DIGITALes, 2014)

pierre-alexandre tremblay la marée

Sur La rupture inéluctable, la première des pièces de ce double CD, Pierre-Alexandre Tremblay ne raconte pas notre histoire, mais j’y vois des coïncidences. Un homme (le soliste ?) seul face à des haut-parleurs. En 2011 (c’est l’année de la composition). Une clarinette basse (celle d’Heather Roche) lui lance un appel. Il ne bouge pas. Une deuxième basse, maintenant, sur la première. Cela lui rappelle un air folklorique, ou plutôt (il hésite, maintenant), une composition de Braxton. L’acoustique contre les schémas électroniques, l’homme contre la machine. Un homme seul face à des haut-parleurs qui l’envoutent.

Je remercie Pierre-Alexandre Tremblay pour La rupture inéluctable et pour Mono No Aware, ses pièces les plus récentes. Dans Mono No Aware, je vois d’autres coïncidences. Dans ces rubans de sons qui m’encerclent et tournent. J’entends en eux la corne de brume de la table de Babel de Jean-François Laporte, mais elle est multipliée. Je cherche d’où vient l’appel et me tourne dans l’autre direction.

Comme je ne vois pas des coïncidences dans tout ce que j’entends, je passerais à côté des trois autres compositions : Le tombeau des fondeurs, où le piano Baschet-Malbos de Sarah Nicolls sonne des cloches électronique, Still, Again, où la soprano Peyee Chen fait face à un désordre électronique aussi, et Un clou, son marteau, et le béton, où Sarah Nicolls revient au piano pour un exercice romantique que mon pauvre cœur ne peut souffrir… C’est le hasard des coïncidences et le vouloir des compositions. Deux, pour moi, coïncidaient.

écoute le son du grisliPierre-Alexandre Tremblay
La marée (extraits)

Pierre-Alexandre Tremblay : La marée (Empreintes DIGITALes)
Edition : 2014.
CD1 : 01/ La rupture inéluctable (2011) 02/ Le tombeau des fondeurs (2008) 03/ Mono No Aware (2013) – CD2 : 01/ Still, Again (2012-13) 02/ Un clou, son marteau, et le béton (2008-2009)  
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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