Le son du grisli

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Tom Varner : Tom Varner Quartet (Soul Note, 1980)

tom varner quartet

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

La pochette de Tom Varner Quartet aurait pu être moins explicite : le meneur, qui signe ici son premier enregistrement, jouerait ainsi du cor d’harmonie. Au dos de la pochette, Varner rend hommage à Steve Lacy, musicien opiniâtre qui imposa sa sonorité propre à un autre instrument difficile que le cor. Au début des années 1990, Varner prendra d’ailleurs place dans l’octette du sopraniste – enregistrant avec lui à New York le disque Vespers.

Au cor d’harmonie (trompe de chasse améliorée afin qu’on l’entende en orchestre), les débuts de Tom Varner furent forcément classiques et, avouera l’intéressé, ennuyeux : c’est qu’au répertoire qu’il sert il préfère le jazz qu’il découvrit au son de Thelonious Monk, de Miles Davis et des références du catalogue Blue Note (Hank Mobley, Freddie Hubbard…). En parallèle, Varner entame donc des recherches pour plier son cuivre aux « lois » du genre avant d’en apprendre auprès de Julius Watkins, musicien qui fit entendre le son du cor dans les formations de Kenny Clarke, John Coltrane, Charles Mingus… ou encore sur le disque Thelonious Monk & Sonny Rollins. Varner fera ensuite ses classes au New England Conservatory de Boston, où il apprendra de Jaki Byard et George Russell, ce dernier l’intégrant à un sextette d’étudiants dans lequel le corniste jouera, comme ce sera souvent le cas, la partition du trombone.

Tom Varner 2  tom varner quartet

De Boston, Varner gagne New York où il exercera la profession de boulanger et enregistrera ce Tom Varner Quartet sur lequel l’accompagnent le saxophoniste Ed Jackson (altiste avec lequel il reprenait déjà à Boston des thèmes d’Ornette Coleman, Eric Dolphy ou Thelonious Monk, et qui intervient à la même époque sur le Film Noir de Ran Blake), le contrebassiste Fred Hopkins et le batteur Billy Hart. Là, le musicien défend ses vues de compositeur et, plus encore, celles de corniste appliqué au jazz, avec application et vélocité. Si, à cette époque, Varner écoute beaucoup Don Cherry, c’est encore Lacy (« The Otter », composition-puzzle aux modules répétitifs qui se chassent ou se répondent) et Monk (thème de « Radiator » et unisson des vents, qui rappelle l’association Watkins / Rouse) qu’il évoque ici. Plus loin, le quartette va voir au-delà du jazz : pour adresser sur « TV TV » un double clin d’œil au minimalisme de Steve Reich et de Philip Glass ; pour investir ensuite avec lenteur « Heaps », pièce singulière élaborée sur construction flottante que battront, après la déposition du thème, des vents en perdition.  

Disque remarquable, Tom Varner Quartet sera remarqué ; et même bientôt suivi, sur Soul Note encore, de Motion/Stillness (même formation, si ce n’est qu’Ed Schuller y remplace Fred Hopkins). Pour ce qui est de Don Cherry, Varner lui consacrera un « tribute » en 2000 : Second Communion. Avant cela, il aura enregistré une poignée de disques sous son nom, sera intervenu dans Dead City Radio de William Burroughs ou dans des formations emmenées par  George Gruntz, Franz Koglmann ou John Zorn, et aura soigné ses collaborations avec Burkhard Stangl et Werner Dafeldecker (en Ton-Art puis en compagnie de Ned Rothenberg et Max Nagl). Depuis 2005, Tom Varner vit à Seattle où il enseigne l’instrument au… Cornish College of the Arts.
 

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Ensemble Cerbère, Lê Quan Ninh : 21 février 2014 à Nantes

cerbère + le quan ninh

Il est de ces fades traditions aujourd’hui encore respectées : le baptême de l’Ensemble Cerbère – à trois têtes, donc : Alexis Degrenier, Toma Gouband et Will Guthrie – nécessitait la présence d’un parrain. Lê Quan Ninh endossa la responsabilité ce 21 février 2014, 14 heures, au restaurant social Pierre Landais de Nantes.

Dans un endroit qui change – et fait même « respirer » – et les musiciens et le public venu les entendre, la cérémonie ouvrait la septième édition du festival CABLE. Pour en finir avec le baptême : passé le premier malaise – le préposé à l’ablution ne présentait-il pas, finalement, quatre têtes au lieu des trois annoncées ? –, l’ensemble de percussionnistes augmenté d’un quatrième apaisa les esprits. Au son de compositions – voilà pourquoi du cerbère on revendique l’ « ensemble » – signées (pour respecter l’ordre établi ce jour-là) Degrenier, Gouband, Lê Quan et Guthrie. S’il va sans dire que, dans ces quatre compositions, l’improvisation a son son à dire, on n’en sentira pas moins l’envie de les confondre : cohérentes ensemble, ce sont pourtant là quatre pièces qui se mesurent en binômes.

Atmosphériques, délicates, celles de Degrenier (grand amateur des silences suspendus de Feldman) et de Gouband (naturaliste capable d’écoute compréhensive) ont une puissance d’évocation qui laissera libre de ses propos tout spectateur les ayant entendues – on sait depuis Rorschach ce qu’on peut mettre de soi dans l’interprétation de la chose qui nous est soumise –,  des effets des quatre éléments aux ronflements des machines humaines (trains, grues, bennes... qu’importe) qui les exploitent et les font sonner. Sur éléments de batterie, les quatre percussionnistes jouent de savoir, d’astuces et d’artifices : matériaux divers jusqu’à l’inoffensif (en d’autres termes : jusqu’au végétal) frottant peaux, métal cutterisant, cymbales sifflant…

En miroir, les compositions de Lê Quan et de Guthrie obligent à davantage de volume : portable, moteurs, coups plus appuyés de mailloches et même de baguettes, font autrement résonner caisses et cymbales. L’art de l’ensemble augmenté est nettement plus grondant, mais son propos n’est pas seulement celui de maintenir en suspension ce grondement qui pèse, plutôt de l’apprivoiser. La chose est délicate ; la rumeur grave plie néanmoins, et sa soumission fait œuvre. Ainsi, quatre fois sur quatre temps, le Cerbère a su convaincre du bon droit de son éclosion – et dans son art, et dans ses attitudes. Dans sa musique, ce genre de musique qui vous environne qu’importe l’endroit – belle architecture, café-concert ou restaurant social – on décela la pulsation : rien d'héroïque, la pulsation y était.

Ensemble Cerbère + Lê Quan Ninh, Nantes, Restaurant Social Pierre Landais, 21 février 2014
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plochingen : 266 minuscules récepteurs paraboliques (Tanuki, 2013)

plochingen 266 minuscules récepteurs paraboliques

Plochingen est de Bruxelles mais fait de l’ambient à la plus au Nord que ça… disons à la Beequeen (quand il n’y a pas de voix dans Beequeen)… Un peu court, jeune homme ? Mais c’est que j’allais poursuivre… et parler de ces deux faces de cassette (téléchargeable) à quatre Baal

Baal 1 et Baal 3, en face A où il y a des guitares, des guitares surtout, mais une sorte de petit synthé à la programmation rythmique minimaliste aussi sur une courte séquence qu’en chasse une autre, et puis une autre une autre, etc. 266 fois ? Il faudrait compter... En tout cas, le tout reste insaisissable sauf dans ses couleurs : blanc de la sonnerie d’un téléphone (qui sonne chez Lynch dirait-on), rouge des juxtapositions rétro-futuristes, or des drones…

Au dos, les Baal 2 et Baal 5, dans un genre plus spatial, mais toujours ambient. On y sent d’ailleurs moins les guitares. A la place un canon à drone qui envoie la note de plus en plus fort. Plochingen a au moins l’art de créer des atmosphères et ce n’est, je crois, pas rien.

écoute le son du grisliPlochingen
266 minuscules récepteurs paraboliques (téléchargement)

Plochingen : 266 minuscules récepteurs paraboliques (Tanuki)
Edition : 2013.
K7 / DL : A1/ Baal 1 A2/ Baal 3 B1/ Baal 2 B2/ Baal 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Eddie Prévost : Workshop Concert (Matchless, 2013)

eddie prévost workshop concert

21 mai 2012 au Café Oto de Londres : le cercle que forment Eddie Prévost et ses cinq « partenaires de workshop » choisis pour l’occasion par Seymour Wright (Jennifer Allum au violon, Ute Kanngiesser au violoncelle, Grundik Kasyansky au theremin, Dimitra Lazaridou-Chatzigoga à la cithare et Daichi Yoshikawa à l’électronique) décide des duos qui, dans un premier temps, improviseront plus d’une demi-heure durant. Invités par l’exercice à faire preuve de parcimonie inspirée, les musiciens s’en tirent avec subtilité : vertus de l’archet (Kanngiesser semblant même travailler à l’harmonie de l’ensemble) et provocations amplifiées, aigus tenaces contre ronflements électroniques, bâtissent une pièce d’abstraction chantante.

Autrement déconcertants, cinq trios suivent sur des prises allant de quatre à douze minutes. Plus virulents aussi, les comités restreints butent sur des pierres d’achoppement faites pour être concassées : ce sont-là les cymbales qui découpent et les graves déflagrations de Yoshikawa qui réduisent en miettes. Voilà qui finit d’arranger ce concert d’habitués des workshops organisés par Eddie Prévost depuis 1999.

Eddie Prévost & Co. : Workshop Concert (Matchless Recordings)
Enregistrement : 21 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Moving Duets DY/JA/GK/DL-C/EP/UK/DY 02/ Trio JA/GK/EP 03/ Trio GK/EP/DY 04/ Trio JA/DL-C/UK 05/ Trio DL-C/UK/GK 06/ Trio JA/EP/DY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ensemble Montaigne, Roland Dahinden : Anthony Braxton (Leo, 2013)

ensemble montaigne roland dahinden

Puisant dans quelques-uns des feuillets des compositions 174, 136, 94 & 98, Roland Dahinden réveille le côté contemporain d’Anthony Braxton, période protoGTM. Celui qui fut l’associé de Braxton à la Wesleyan University de 1992 à 1995 ennoblit avec l’aide de l’Ensemble Montaigne (deux violons, un alto, un cello, une contrebasse + hautbois, clarinette, basson, cor) une musique aux faux désordres.

Si rythmes et improvisations semblent ici absents, Braxton utilise la plupart des codes des musiques contemporaines. En faisant s’affoler et crisper les cordes,  en croisant les unissons défaits, en multipliant les lignes cabossées, le compositeur s’ouvre aux glissades sérielles tout en rameutant de la free music quelques traits fidèles. Témoin, cet hautbois puisant au plus profond de son souffle des harmoniques vitriolées rarement rencontrées dans la musique contemporaine. Un Braxton nouveau, ça ne se refuse pas.

écoute le son du grisliEnsemble Montaigne
Anthony Braxton (extrait)

Ensemble Montaigne (bau 4) 2013, Roland Dahinden : Anthony Braxton (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013
CD : 01/ Composition N° 174 + 96 + 136 + 94 + 98 + 193 + Language Music
Luc Bouquet © Le son du grisli

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EITR : Trees Have Cancer Too (Mazagran, 2013)

eitr trees have cancer too

La compagnie – Pedro Sousa (saxophoniste entendu en Pão ou IKB Ensemble, qui joue aussi d’électronique) et Pedro Lopes (platines, électronique) – semblait attendre qu’on vienne à elle. Or, un grain l’agite, sorti d’une dépression électroacoustique qui a raison de la patience d’un duo dont, en plus, les machines se grippent.

Pour couronner le tout, le saxophone n’est pas celui d’un colosse et se complaît dans la torsion. En conséquence, voici EITR inventant sous les contraintes : lorsque ce n’est pas une musique d’atmosphère que gâtent ses field recordings (jardin d’enfants et conversations radiophoniques), ce sont de sombres morceaux déraillant jusqu’au noise léger : c’est alors qu’EITR évolue dans cette ambient trouble, dérangée sans cesse, qui met dans ses grisailles les deux musiciens en valeur.

EITR : Trees Have Cancer Too (Mazagran)
Enregistrement : 2008-2011. Edition : 2013.
LP : 1/ Eventually The Wind Died 2/ Forth Twice 3/ Bass Wood
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bernard Gagnon : Musique électronique (Tenzier, 2012) / Gisèle Ricard : Electroacoustique (Tenzier, 2013)

bernard gagnon musique électronique 1975-1983

Ah, les surprises que nous réserveront toujours les archives… Aujourd’hui, ce sont les disques Tenzier qui nous (me) font découvrir Bernard Gagnon. Après de brèves recherches sur internet : homme (Bernard !), né à Montréal en 1953, lâche le rock psyché pour la musique électronique au milieu des années 70, rejoint le collectif Cham Pang et, toujours plus près de nous, collabore avec Jean Derome.

Mais ce que Tenzier nous offre sur ce trente-trois, c’est un florilège de compositions qui vont de 1975 à 1983 et des bandes magnétiques aux rewinds invraisemblables à des collages électroacoustiques qui chassent en territoires Schaeffer, Parmegiani ou Genesis P-Orridge, à quoi on ajoutera encore une free noise quand il rejoint un groupe constitué de Michel-Paul Aussant, Jean Bourque, Jean-Pierre Gratton et Michel Courcy. Ce qui fait pas mal de noms à apprendre, je vous l'accorde...

L’autre face, c’est encore autre chose… Gagnon prend une phrase d'une dictée de son souvenir (« Le boa mange Léo ») et joue avec elle, la retourne dans tous les sens, la chante, la plonge en rythmique prépostindus et la noie pour couronner le tout (son œuvre, ce disque) dans un bruyant mélange krautelectro. Qu’importe si cette plage sonore est en fait plusieurs pièces mises bout à bout (je ne cherche pas à savoir) : son effet est immédiat ; d’ailleurs, à en reparler, voilà que j’y retourne.

écoute le son du grisliBernard Gagnon
Dictée

Bernard Gagnon : Musique électronique (1975-1983) (Tenzier / Metamkine)
Edition : 2012.
LP : A1/ Gwendoline descendue ! A2/ Sea Lunch A3/ Totem Ben A4/ Improvisation B1/ Dictée B2/ Nous sommes tous des cré Basile B3/ Gololo-Mashta
Pierre Cécile © Le son du grisli

gisèle ricard électroacoustique 1980-1987

Les trois pièces électroacoustiques que Tenzier rassemble ici sont l’œuvre de Gisèle Ricard (en collaboration avec Bernard Bonnier, pour l’une d’entre elles). Deux noms encore à apprendre pour des sons assez différents puisque Ricard emprunte, pour composer, des couplets à des chansons françaises qui parlent d’amour (Je t’aime) ou fabrique un petit univers en Immersion ou encore une balancelle sonore qui rappelle Ursula Bogner – à moins que Jan Jelinek ne soit aussi derrière Gisèle Ricard ..? Moins percutant à mon goût, ceci dit…

écoute le son du grisliGisèle Ricard
Une autre création du monde

Gisèle Ricard : Electroacoustique (1980-1987) (Tenzier / Metamkine)
Edition : 2013.
LP : A1/ Je t’aime A2/ Immersion B1/ Une autre création du monde
Pierre Cécile © Le son du grisli

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John Butcher, Leonel Kaplan, Christof Kurzmann : Shortening Distance (L’innomable, 2013)

john butcher shortening distance

En concert en avril 2012 à l’Ulrichsberger Kaleidophon Festival, John Butcher, Leonel Kaplan et Christof Kurzmann, firent œuvre de « réduction » jusqu’à revendiquer leur droit à la portion congrue : Shortening Distance.

L’exercice est nocturne, qui oblige au rapprochement de trois arts délicats. Au ppooll, Kurzmann dessine des lignes qui, en suspension, délimiteront le terrain de jeu dont les souffleurs avaient plus tôt retourné la terre – sous leurs chants, une faune miniature a fui. Réagissant avec une inspiration discrète à l’électronique, saxophone (en feedback, parfois) et trompette étendus osent une sensible expression « en retrait ». A Kurzmann, de suivre alors Butcher et Kaplan, en prenant bien soin de conserver la distance qui les sépare et les a férocement inspirés.

John Butcher, Leonel Kaplan, Christof Kurzmann : Shortening Distance (L’innomable)
Enregistrement : 27 avril 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ A Shortening Distance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ivo Perelman : Enigma / A Violent Dose of Anything (Leo, 2013)

ivo perelman enigma

En acceptant la saccade que lui impose d’emblée Matthew Shipp, Ivo Perelman sait qu’il lui faudra jouer collectif. Celui qui ouvrait son souffle en des espaces souvent narcissiques n’a d’autre choix que de faire s’entrecroiser les lyrismes. Et le fait de s’entourer de deux batteurs (Whit Dickey, Gerald Cleaver) participe sans doute du même principe : se rapprocher sans faire masse, lester les ardeurs sans tomber dans le trop plein.

Bien sûr, Perelman reste toujours Perelman : le phrasé est tortueux, cassé-soyeux ou en apesanteur-attente. Sans envol, le voici frôlant parfois le Sun Ship de Trane, disque de référence d’un pianiste, ici inventif et particulièrement habile. On le voit, les ombres et les protecteurs du passé ne sont jamais loin, le double jeu des deux percutants n’étant pas sans rappeler la polyphonie d’un Rashied Ali. Après tant de disques se ressemblant comme deux gouttes d’eau (ce qui n’enlève en rien leur qualité), Ivo Perelman retrouve une épaisseur, ici, particulièrement réjouissante.

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Whit Dickey, Gerald Cleaver : Enigma (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Enigma 02/ Irresistible Incarnation 03/ Annunciation 04/ Supernatural Life 05/ Return to Nature 06/ Ritual 07/ Gentle As a Fawn 08/ A Bourgois Ideal
Luc Bouquet © Le son du grisli

ivo perelman a violent dose of anything

La boulimie excessive d’Ivo Perelman finirait-elle par lasser l’auditeur-chroniqueur ? Ou, plus exactement, attendait-on trop de cette rencontre Perelman-Mat Maneri ? Le violoniste ici excessivement effacé ne trouve que rarement chaussure à son pied. Les systématiques contrepoints des uns et des autres sentent le réchauffé, l’autocitation. Face au couple Perelman-Shipp, Maneri échoue à trouver sa place. Et quand les particules semblent se fixer, quand l’écoute se fait réelle, elle se refuse à tout avenir. Les plus radicaux diront ratage. Les plus bienveillants diront déception.

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Mat Maneri : A Violent Dose of Anything (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Brasilia 02/ Pedro 03/ Virginia 04/ Lucas 05/ Jeus, el vasco 06/ Cristalina 07/ Bia 08/ Sao Joao del Rei
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Voice Studies Expéditives : Aki Onda, Maurizio Bianchi, Bryan Lewis Saunders, Z'EV, Ludo Mich, AG Davis, Sindre Bjerga...

voice studies my dance the skull expéditives

9

Sindre Bjerga : Voice Studies 09 (My Dance The Skull, 2012)
Amateur de bruits en tous genres, Sindre Bjerga rassemble sur cette neuvième cassette de la série « Voice Studies » qu’édite le label My Dance The Skull deux performances, données à Moscou (en 2010) et à Stavanger (en 2011). Muni d’un micro et d’un ampli, il met au jour en dadaïste revenu du noise une série d’expérimentations que se disputent airs de fausset et grognements qui, s’ils semblent satisfaire le public, peinent à souffrir la comparaison avec d’autres de ses nombreux travaux (ses collaborations avec Robert Horton, notamment).

écoute le son du grisliSindre Bjerga
Voice Studies 09

10

Daniel Spicer : Voice Studies 10 (My Dance The Skull, 2012)
Chroniqueur à Wire, Daniel Spicer rend ici hommage à deux associés du Velvet Underground, Angus Maclise et Henry Flynt, au son d’une poésie musicale en face A (récitant sur les percussions d’Evie Spicer, se pose en héritier de Moondog), plus sonore en face B (faisant d’une courte phrase, « The Diamond Life », un motif capable d’accuser les assauts de sons additionnels que lui adressent Stewart Greenwood, Dylan Nyoukis, Ian Murphy, Duncan Harrison, Tom Roberts et Evie Spicer. Ainsi la tentative convainc deux fois.

écoute le son du grisliDaniel Spicer
Let The Body Attend (For Angus Maclise)

13

Ludo Mich : Voice Studies 13 (My Dance The Skull, 2013)
Artiste estampillé Fluxus qui collaborait récemment avec le couple Hjuler/Bär, Ludo Mich joue Odysseus Insanity, c’est-à-dire un de ses cauchemars (qu’il a l’habitude de souffrir devant public), puis glisse un hommage à Raymond Roussel au creux d’une improvisation libre de Djuna Michielsen, Barney De Krijger, Maarten Tibos et Krist Torfs. Au rapport : la première performance en impose, quand la seconde se laisse écouter.

écoute le son du grisliLudo Mich
Odysseus Insanity

14

AG Davis : Voice Studies 14 (My Dance The Skull, 2013)
Autre collaborateur d’Hjuler, le poète performant qu’est AG Davis signe-là des « stances à Sophie » qui pourraient bien perturber l’intéressée davantage que la convaincre. Ayant fui les borborygmes, les renâclements et les onomatopées, le voici engageant une bataille avec sa propre inspiration. Bruyante, sa poésie plie sous l’effet de souffles terribles mais ne rompt pas : voici même qu’elle invente d’autres langues étrangères avant d’oser quelques arpèges de guitare dans un délirant exercice de persuasion sonore.

écoute le son du grisliAG Davis vs 14
Sophie (Past I.)

15

Maurizio Bianchi : Voice Studies 15 (My Dance The Skull, 2013)
C’est en bonze ânonnant que Maurizio Bianchi se fait ici entendre sur bande, répétant une phrase sur les résonances de percussions de métal avant d’amorcer un chant inintelligible. Pas convaincu – c’est du moins ce qu’il donne à croire –, il abandonne sa tentative de nouer contact et retourne à ses percussions. Sur résonances, ses résidus parviennent sans lui à toucher amateurs d’indus frelaté et d’étrange – si ce n’est inquiétant – poésie.

écoute le son du grisliMaurizio Bianchi 
Voice Studies 15

16

Bryan Lewis Saunders, Z’EV : Voice Studies 16 (My Dance The Skull, 2013)
Parce qu’ils ont déjà plusieurs fois collaboré, ce « Me and my shadow » lancé à Z’EV par Bryan Lewis Saunders expliquerait-il (aussi) de quoi retourne leur relation ? Si rien n’est moins sûr, la cassette recèle quand même de beaux arrangements : souffles prolongés et battements de Z’EV contre susurrations d’un Saunders harcelé par le moindre fantôme à passer et à qui le percussionniste s’empresse d’insuffler la vie. La conséquence du geste sur le parleur angoissé est toujours efficiente.  

écoute le son du grisliBryan Lewis Saunders, Z'EV
Me And My Shadow

17

Aki Onda : Voice Studies 17 (My Dance The Skull, 2013)
On sait Aki Onda voyageur, et ses Voice Studies insistent tout en nous en apprenant : où qu’il se trouve, le Japonais écoute la radio de nuit, et même, l’enregistre. Ainsi, de tous les bruits du monde à passer par les ondes, Onda fait là un bouquet sonore : conversations en espagnol ou en arabe, infiltrations, parasites et sons indéfinis, tout concourt à dévoiler des vérités que l’on raconte et quelques mystères cachés derrière. Pas seulement vocal, la poésie d’Onda est celle de toutes qui s’en remet le plus à l’autre – un autre dont il ne cesse de transformer le concret et la parole.

écoute le son du grisliAki Onda
Radio 1

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