Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Carate Urio Orchestra : Sparrow Mountain /Joachim Badenhorst, John Butcher, Paul Lytton : Nachtigall Suite (Klein, 2013)

carate urio orchestra sparrow mountain

Quel que soit le format, quel que soit le timing, la résolution adviendra. Tel semble être le moteur des compositions de Joachim Badenhorst.

Premier exemple, premier thème (Lorvae) : nous voici dans la galaxie des sombres nébuleuses. Les instruments s’étirent, cherchent refuge, se réveillent difficilement. Le processus exaspère : déjà vu, déjà entendu. Puis s’impose l’enchaînement harmonique. Facilité de la forme : tout le monde comprend (approuve ?). On mise sur le crescendo : on gagne. On pressent la décomposition, le chaos : on gagne encore.

Deuxième exemple, deuxième pièce (Germana) : une chanson, tout simplement. Rien de nouveau. La mélodie est belle, suave. Et au mitan, un désordre apparent. Puis, de nouveau, la consonance. L’éden après orage.

Et ainsi de suite… Mais entre temps, l’improvisation s’est perdue. Apparaissent maintenant de nouveaux contours : pop contrariée – mais pas contrariante –, post-rock assumé.

Ainsi vogue sans frémir le Carate Urio Orchestra (Joachim Badenhorst, Nico Roig, Erikur Orri Ólafsson, Frantz Loriot, Brice Soriano, Pascal Niggenkemper, Jean Carpio), orchestre  empli de quiétudes et d’évidences.

écoute le son du grisliCarate Urio Orchestra
Sparrow Mountain

Carate Urio Orchestra : Sparrow Mountain (Klein)
Enregistrement : 2013. Edition: 2013.
CD : 01/ Lorvae 02/ Germana 03/ Sparrow Mountain 04/ Cemacina Dreaming 05/ Een schen hemd 06/ Sidereal 07/ Laglio 08/ Genoes Geodronken
Luc Bouquet © Le son du grisli



joachim badenhorst paul lytton john butcher nachtigall suite

Enregistrée les 23 et 24 mars 2013, cette Nachtigall Suite donne à entendre Joachim Badenhorst improviser entre John Butcher et Paul Lytton. Au ténor, le jeune homme tient au moins le coup si l’échange, remonté, n’est pas d’une originalité saisissante. Pour se montrer plus persuasif, le trio attendra les septième et huitième plages : la vaillance de Badenhorst (Nief Gerief), voire son invention (Nachtingall), atteignant maintenant les sommets que, jusque-là, arpentait seul John Butcher.   

Joachim Badenhorst, John Butcher, Paul Lytton : Nachtigall Suite (Klein)
Enregistrement : 23 et 24 mars 2013. Edition : 2013.
CD : 01-03/ Nachtigall Suite : Nikko Blue / Mariesii / Otaska 04/ Upward Down Smile 05/ Spik Plinter 06/ Lightwaves 07/ Nief Gerief 08/ Nachtingall
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

400Ce mardi 18 mars, Joachim Badenhorst est attendu – tout comme le duo Didier Petit / Davu Seru – au Souffle Continu. Le samedi 22, c'est en appartement parisien qu'on pourra l'entendre auprès de Frantz Loriot et Pascal Niggenkemper, domestiqué en Jazz@home.

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Robert Wyatt : '68 (Cuneiform, 2013)

robert wyatt 68

Quoi de quoi ? Jimi Hendrix (oui, le guitariste !) sur un disque de Robert Wyatt (oui, la Soft Machine !) ? L’enregistrement récemment exhumé daterait de 1968 (octobre-novembre pour les puristes), ce qui donnerait son nom à ce CD, présentement intitulé ‘68 ? C’est fou, la vie, y’a jamais de coïncidence…

La rencontre est toute courte (elle ne tiendrait pas dans la queue d’une fin de solo de Foxy Lady) mais a le mérite d’exister, d’autant qu’Hendrix (le guitariste, oui) y joue de la basse. Voilà pour l’anecdote de trois minutes et encore, du nom de Slow Walkin’ Talk. C’est la troisième piste du CD.

Ma première est un morceau signé Wyatt / Ayers pas loin du Procol Harum (Quoi de quoi ? Demis Roussos sur un disque de Robert Wyatt ?). Ma seconde est un alphabet polyglotte au baroque musicalement pauvre. Ma quatrième est musicalement pauvre mais encore plus longue. Mon tout est chiant comme les barricades racontées par tonton beurré, un gros cigare éteint qui pend aux lèvres. Pardon Robert, pardon Jimi.

Robert Wyatt : ’68 (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Chelsea 02/ Rivmic Melodies 03/ Slow Walkin’ Talk 04/ Moon in June
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Yannis Kyriakides : Resorts & Ruins (Unsounds, 2013)

yannis kyriakides resorts & ruins

Parmi les âmes damnées que charrie la musique de Penderecki, quelques rumeurs d’enregistrements de terrain, les ritournelles d’anciens airs populaires, les mirages d’un modernisme antidaté… Yannis Kyriakides est un jour passé pour composer, en souvenir de tous, Resorts & Ruins.

C’est ici une ode hybride à la voix qu’inquiète des sirènes, là une machine qui réanime des antagonismes et illustre leurs enjeux – des foules remontées abruties par un larsen ou un pouls de synthèse – ou un zapping radio qui finit sur grandes orgues. D’une poésie moins distante que celle dont Kyriakides s’est fait une habitude, les collages séquencés de Resorts & Ruins touchent autant que ceux de ce Buffer Zone que l’on salua jadis.

Yannis Kyriakides : Resorts & Ruins (Unsounds)
Edition : 2013.
CD : 01-03-05/ Covertures 02/ Varosha (Disco Debris) 04/ The One Hundred Words
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jeremiah Cymerman : Scars (MNÓAD, 2014)

jeremiah cymerman scars

Avant que d’être au centre de l’histoire, la clarinette de Jeremiah Cymerman traverse quelques rudes épreuves. Fin du monde ou début des mondes, les passages souterrains sont bondés, les drones sont maléfiques. Stoïque, la clarinette rebondit, échappe aux bombardements et autres saturations électroniques.

Une harmonie suffit pour déceler la noirceur des souffles. Passée à la moulinette du salivaire, la clarinette module la frayeur, se fait spectre de sombres demeures. Mais peu à peu émerge, perfore la douceur, éclate en grande nuit. Et aime à se retrouver solitaire, errante. Il aura fallu vingt-neuf petites minutes pour que la clarinette de Jeremiah Cymerman manifeste et grandisse son territoire. Pas de doute(s) : le combat en valait la peine.

Jeremiah Cymerman : Real Scars (MNOAD)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Ode Wounds 02/ Deep Cuts 03/ Family of Origin
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kim Myhr : All Your Limbs Singing (Sofa, 2014)

kim myhr all your limbs singing

Les premiers instants de ce solo de Kim Myhr – dont on aime tant le travail dans le trio Mural (avec Ingar Zach et Jim Denley) – emportent : la densité chorale que le musicien tire de sa guitare acoustique à douze cordes enveloppe et insiste, aspire et hypnotise. Les roulements harmoniques & vrombissements de ce (presque) drone initial ne noient pourtant pas et bientôt s'y discernent nettement des structures, des réitérations qui révèlent un sens de la composition décliné dans les cinq pièces suivantes sous d'autres angles.

Perlées, parfois précieuses, jouant de la répétition d'accords, de l'insertion de détails et de glissements progressifs, ces « chansons » orchestrales et romantiques pâtissent paradoxalement, au bout du compte, de leur rigueur de conception et de leur esthétique éthérée. Il semble que le guitariste finisse, dans ces rhapsodies, par s'écouter un peu... et le beau son qui avait attiré paraît virer à l'emphatique.

Kim Myhr : All Your Limbs Singing (Sofa)
Enregistrement : 28 et 29 août 2013. Edition : 2014.
LP / CD : 01/ Weaving into Choir 02/ Descent 03/ Blinky 04/ Leaping into Periphery 05/ Sleep Nothing, Eat Nothing 06/ Harbor Me
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Tomaž Grom : Sam, za… (Zavod Sploh / L’innomable, 2013)

tomaz grom sam za

Tout seul (et même isolé), Tomaž Grom a enregistré Sam, za… chez lui. J’imagine un ampli et un jack qui lui attache parfois une contrebasse, d’autres fois... peut-être pas. Tout ça sur un tapis, un vieux tapis, de facturque (facture turque) Made in China.

A part à domicile, j’ignore donc tout des conditions dans lesquelles ce solo de contrebasse a été enregistré. Mais ce que j’y trouve m’est familier. Il y a des archets qui se balancent et des retours (d’ampli, d’onde & de parasites), une polyphonie dont la majorité des canaux est bruitiste, tout ça sur un jeu classique. C’est peut-être ce détail qui fait la force de Tomaž Grom et qui fait que Sam, za... ça m’va – y’a des conclusions pires que celle-là, croyez-moi, j’en ai lues.

Tomaž Grom : Sam, za… (Zavod Sploh / Zavod Sploh / L’innomable)
Edition : 2013.
CD : 01/ T.G.V.S. 02/ I.T. 03/ Š.T. 04/ L.Z. 05/ G.V. 06/ P.K. 07/ S.M. 08/ P.Č. 09/ N.N.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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AMM : Place sub. v. (Matchless, 2014)

amm place

Dans quel bas-fond de Lublin, Pologne, John Tilbury et Eddie Prévost ont-ils, avec la savante mesure qu’on leur connaît, extrait pour la polir cette nouvelle pierre à marquer leur maturation lente ? De l’endroit, AMM se fait un devoir et, bientôt, joue sur les mots : « a place » / « to place ».

Par petites touches, le duo sarcle, avise et creuse : permet déjà à la lumière de percer, qui dérangera quelques bêtes enfouies – le ventre du piano s’en fait gravement l’écho quand ce n’est pas la batterie qui chasse une horde de corneilles. Si l’exercice requiert de la précaution, c’est qu’AMM est venu jusque-là – cet « endroit où être » – pour marquer un territoire qui n’appartient qu’à lui et qu’il développe depuis toujours à l’intérieur même de ses frontières : frappes retenues, ritournelles naissantes et puis empêchées, accords courts étouffant sous les longs sifflements d’une cymbale sous archet, et voici que Place sub. v. a, dans un souffle, épousé l’endroit – point, parages et même pays.

AMM : Place sub. v. (Matchless Recordings)
Enregistrement : 16 mai 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Place
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sabir Mateen : The Sabir Mateen Jubilee Ensemble (Not Two, 2012)

the sabir mateen jubilee ensemble

Avec autant de cuivres, de cordes et de rythmiciens (plutôt anti-rythmiciens ici), on pouvait craindre que le Sabir Mateen Jubilee Ensemble passe en force et abandonne sur le bas-côté le chemin des justes sagesses. Et c’est justement ce qui arrive ici. Et c’est, précisément, ce qui rend ce disque attachant.

Ici, l’on flotte et l’on rejette la précision. On emprunte quelques petites choses à Sun Ra et l’on pétrifie les égos. Ce free jazz-là sera collectif ou ne sera pas. On s’abreuve d’approximatif, les harmonies s’opposent, on chaloupe et syncope les ardeurs. On ne craint pas de convulser et d’effriter la mesure. D’ailleurs, la mesure ne sera pas. On la crie, plus rarement on la chuchote (le leader en solo de flûte absolu). Et l’on termine en énumérant les joyeux compères de l’ami Mateen : M Nadar, Lewis Barnes, Matt Lavelle, Masahiko Kono, Mike Guilford, Darius Jones, Joe Rigby, Ras Moshe, Raymond A. King, Derek Washington, Shiau-Shu Yu, Jane Wang, Clif Jackson, Rashid Bakr.

The Sabir Mateen Jubilee Ensemble : The Sabir Mateen Jubilee Ensemble (Not Two Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ We Can Do I 02/ We Can Do II 03/ We Can Do III 04/ A Joy 05/ A Better Place I 06/ A Better Place II 07/ Shades of Brother Leroy Jenkins
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbrook, 2014)

alan courtis aaron moore kppb

Après Brokeboxe Juke (élaboré par correspondance) et Courtis/Moore (enregistré en concert), la folie est la même qui (par correspondance encore) inspire Anla Courtis et Aaron Moore. Les contours de KPPB (King Pancreas et Punk Butter) n’en changent pas moins de ceux des deux références qui la précèdent.

C’est que cette folie inspirante tient au duo lieu de poésie, et que la poésie ne permet pas qu’on la répète. D’autant qu’ici, un millier d’instruments la traduisent à fin de collages hétéroclites. Guitares, saxophones, accordéon, violon, petites percussions et grands tambours... Tout œuvre à une « ambient in opposition » qui multiplie les efforts pour perdre son promeneur : expérimental minimaliste, boucles hallucinées, rengaines angoissées, expressionnisme pressant…

Certes, quelques flottements sur King Pancreas – absorbé par l’éther, le duo tente un air à la Wim Mertens ou boucle un temps des sonorités de peu – que Punk Butter relativise avec une morgue rare : bols en décalages et archets en perdition y introduisent une complainte captivante aux mouvements égaux. Un art musical de la situation et de son beau retournement…  

écoute le son du grisliAnla Courtis, Aaron Moore
KPPB (extraits)

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbook)
Edition : 2014.
CD : 01/ King Pancreas 02/ Punk Butter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

aaron moore anla courtis

Anla Courtis et Aaron Moore entameront ce 10 mars une tournée en Europe. Pour la France et la Suisse, ils sont attendus à Montreuil, Marseille, Toulouse et Genève : Instants Chavirés le 13, GRIM le 14, Myrys le 15, Cave 12 le 16.

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Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata, 2013)

cactus truck live usa

Si John Dikeman (saxophones), Jasper Stadhouders (guitare et basse électriques) et Onno Govaert (batterie) se cachent derrière Cactus Truck c’est qu’ils ne craignent ni l’épine ni la vitesse. D’ailleurs, le power trio sax / guitare / batterie se s’embarrasse pas de présentation : à la place, il déverse directement le même free costaud que Luc Bouquet avait entendu sur Brand New China.

Sur le CD en question, les Hollandais ont placé des morceaux de trois concerts donnés aux USA, parfois avec Jeb Bishop (les deux premiers titres) et parfois avec Roy Campbell (le dernier titre). Et oui, le trio étend sa menace et les murs étasuniens en tremblent. Heureusement que Bishop improvise et que Campbell mélodise pour que le free jazz de Cactus Truck n’abatte pas tout jusqu’au dernier de leurs auditeurs. S’ils ont les épaules assez larges, ces-derniers applaudiront le groupe sur les ruines.

Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Prairie Oyster 02/ Seans Gone 03/ Hot Brown 04/ The Twerk 05/ Magnum Eyebrow 06/ Wedding Present (Sorry Erine) 07/ Ninja
Pierre Cécile © Le son du grisli

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