Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Myra Davies, Beate Bartel, Gudrun Gut : Sirens (Moabit, 2017)

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Au début des années 1990, Myra Davies et Gudrun Gut ont entamé une collaboration sous le nom de Miasma (Miasma 1, 2 & 3 ont fini par donner ce nom au duo) ce qui n’a pas empêché la première de sortir un autre album de mots parlés / chantés avec la seconde à la musique, c’était Cities and Girls en 2004. Voilà donc que Davies (à l’écriture et à la voix) et Gut (à la musique sur la moitié des morceaux) remettent ça (nous sommes alors en 2015-2016).

Mais quid de la musique de l’autre moitié des morceaux ? Eh bien c’est Beate Bartel qui s’en charge, la Bartel qu’on se souvient avoir entendu avec Einstürzende Neubauten et qui a aussi connu des projets communs avec Gut (Matador et Mania D., pour ne pas les citer). Notons avant de parler du « comment sonne » Sirens que le label publie dans le même temps Instrumentals for ‘’Sirens’’, soit les dix mêmes compositions mais privées de la piste des voix.

Partant de là (je veux dire d’Armand Monroe, le premier titre du disque), on craint un peu l’hommage intello aux DJ du temps des premiers… DJ. Mais non, la voix de Davies, qu’on pourrait curseuriser entre Patti Smith et Laurie Anderson, et sa plume nous interpellent et nous intéressent « par-dessus » la musique. Dans un souffle elle referme même ce club intello où s’entendaient les premières minutes une scansion hip-hop et des synthés de retro-techno… C’est alors un tout autre genre de musique auquel on a droit, une électronique mécanico-robotico-répétitive au rythme souvent soutenu qui n’empêche pas qu’on parle de John Cage ou de Wagner, qu’on raconte une anecdote qui ramène à la Seconde Guerre mondiale ou qu’on s’essaye à une poésie métaphysique. Particulier, et percutant ouvrage de spoken-word.  


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Myra Davies, Beate Bartel, Gudrun Gut : Sirens
Moabit Musik
Edition : 2017.
CD : Sirens
Pierre Cécile © Le son du grisli



Martin Küchen : Live at Vilnius Jazz Festival (NoBusiness, 2016)

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C’est la bande-originale d’un film muet – The Lost World (1925), arrangé pour l’occasion par Artūras Jevdokimovas – que le trio Martin Küchen / Mark Tokar, contrebassiste entendu sur disque avec Vandermark (Resonance) ou Sabir Mateen (Collective Four) / Arkadijus Gotesmanas, batteur sorti du Vilnius Jazz Orchestra et récemment remarqué sur le même label au côté de Charles Gayle (Our Souls: Live in Vilnius) improvisa le 17 octobre 2016 dans le cadre du Vilnius Jazz Festival. La manifestation vit aussi Küchen se produire seul et à la tête d’Angles 8.

A l’écoute du disque, manqueront bien sûr les images de cette première adaptation cinématographique du Monde perdu de Conan Doyle. Mais il suffit de quelques secondes au trio – bien que débutant – pour focaliser notre attention sur la seule musique. C’est d’abord la trace d’une « blessure » qu’un saxophone laisse sur son passage puis le baume d’une flûte qui recadre l’épreuve. On pense alors à Roland Kirk sur moments lâches ou à certains airs du Straight Ahead d’Abbey Lincoln et Max Roach.

Mais l’improvisation, détachée des images qu’elle a illustrées, gagne forcément en abstraction : alors, entre Clo's Blues de Coleman Hawkins et New York Eye And Ear Control d’Albert Ayler, Küchen élabore un no man’s land dans lequel injecter beaucoup de ses préoccupations (recherches sur le timbre de l’instrument, expressions dissimulées en souffles, déséquilibres imposés par un va-et-vient entre relâchement et tension…), ce que saisissent ses partenaires. De circonstance, l’association Tokar / Gotesmanas l’est ainsi à plus d’un titre : les cordes élastiques du premier relançant sans cesse le saxophone quand la frappe du second l’enveloppe en toute discrétion. C’est ici donc un live particulier, qu’il est nécessaire de rattraper.

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Martin Küchen : Live at Vilnius Jazz Festival
NoBusiness
Enregistrement : 17 octobre 2016. Edition : 2016.
LP : A-B/ Live at Vilnius Jazz Festival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Bill Nace, Greg Kelley : Live at Disjecta (Open Mouth, 2016)

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Deux faces tournant sur elles-mêmes quarante-cinq fois par minute reviennent sur un concert donné en duo par Bill Nace (guitare électrique) et Greg Kelley (trompette). Daté du 9 mars 2016, ce Live at Disjecta, enregistré par Daniel Menche, est la quatrième référence de la série « Live at » que Nace alimente sur catalogue Open Mouth depuis 2013 – en d’autres mots, depuis ce Live at Spectacle que le même duo avait donné avec Steve Baczkowski et Chris Corsano.

Du public arrive un sifflement puis ce sont les premiers grésillements d’un ampli au medium prononcé, et aussi les premiers souffles blancs – l’heure est encore à la dissociation possible. Les grisailles et les graves d’une guitare interrogée au poing, quelques boucles crachées par une inédite machine à drones, et la trompette court maintenant seule, ou presque – quelques larsens déstabilisent en effet la trajectoire des vents qui s’en échappent en musicalisant.

Il ne faut plus, alors, chercher à distinguer la guitare de la trompette : les larsens et les notes accrochées, les grésillements et les ronflements – les graves jouent toujours un rôle prépondérant dans le jeu de guitare de Nace : « A 12 ans, un ami est venu me dire qu’il cherchait un bassiste pour son groupe, j’ai donc joué sur la seule corde de Mi grave de ma guitare jusqu’à ce que je puisse me payer une basse – assouvissent un désir bruitiste que les deux musiciens servent sans chercher à se faire entendre l’un davantage que l’autre. Certes, la trompette osera ici répéter une seule et même note, et de plus en plus fort encore, mais c’est sur cette note que le duo choisira d’entamer sa descente. C’est alors le retour à la dissociation possible, et la fin d’un échange très convaincant.

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Bill Nace, Greg Kelley : Live at Disjecta
Open Mouth / Metamkine
Edition : 2016.
LP : A-B/ Live at Disjecta
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec (Shinkoyo, 2016)

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Sur la table que se partagent Alan Courtis et Cyrus PirehCoils on Malbec est le souvenir de leur rencontre, le 6 octobre 2013, à Buenos Aires : échange enregistré puis revu et, même, composé –, on trouve une console, un Zoom et un walkman, quelques fils rouge et blanc, enfin, des bobines électroniques et du vin d’Argentine. Le Malbec a été versé dans de petits récipients de métal que les générateurs, assoiffés peut-être, approchent déjà.  

De la miniaturisation des instruments et d’une expression abrégée – mais non pas diminuée –, Courtis et Pireh ont su faire un handicap inspirant. De leur association informelle, aussi d’ailleurs. Ainsi, les remous et les rumeurs que font naître les maigres (certes, mais insistants) éclairs, les troubles-sons (froufroutements, infimes dérapages, aigus tremblants…) et les bruits-intrus (parasites, buzzs, boucles…) battent la mesure de ces deux pièces de longueur égale.

Et la mesure ici importe, qui éloigne le duo des bruits faciles et des exercices entendus, rappelant à l’Argentin – le « ramenant », presque, à – cette Buenos Aires Tape qu’il enregistra jadis avec Günter Müller et Pablo Reche dans le même temps qu’il atteste l’intérêt du multi-instrumentiste américain pour les gestes comptés autant que chargés.

Qui, après avoir tourné et retourné le vinyle rouge, étourdi par ces chants d’instruments qui n’en sont pas, en chercherait naïvement la clef, devra s’en remettre à un seul et unique espoir : s’essayer à Uritorco, performance enregistrée quelques jours plus tard par les mêmes au Casa América, qui peut être trouvée sur cassette DumpsterScore.


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Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec
Shinkoyo
Enregistrement : 6 octobre 2013. Edition : 2016.
LP : A/ Coils on Malbec – B/ Malbec on Coils
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sophie Agnel, Daunik Lazro : Marguerite d'or pâle (FOU, 2016)

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Tandis que l’harmonique rode et que les insectes grouillent à l’intérieur du piano, d’autres séismes se préparent. Sophie Agnel et Daunik Lazro sont à Moscou. Le 22 juin 2016, pour être précis ; et au DOM Cultural Centre, si vous voulez tout savoir. L’harmonique et les insectes donc…

Et puis leurs chuchotis, leurs ondulations maléfiques. On frotte, on grésille dans l’antre des secrets. Ils sont en périphérie mais on ne sait si cette périphérie est douceur ou poison. Fraternelle, ça, on n’en doute pas. On entend la tension en partage, se cristalliser sans jamais se craqueler. On martèle, on se cabre. On va traquer les hauts reliefs. On surprend le cri dans sa propre tanière. On le déniche, on lui offre quelques secondes de gloire et on l’abandonne sans espoir de retour. Ce soir de juin, ce soir-là justement, ces deux-là n’ont rien laissé filer. Absolument rien.

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Sophie Agnel, Daunik Lazro : Marguerite d’or pâle
Fou Records
Enregistrement : 22 juin 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Avec Ki 02/ Avec Ka 03/ Cat’s Shoe 04/ Ma-Ox-An 05/ Bbystro ! 06/ Ochi Chornye
Luc Bouquet © le son du grisli



Daunik Lazro, Joe McPhee : The Cerkno Concert (Klopotec, 2016) / Evan Parker, Lazro, McPhee : Seven Pieces (Clean Feed, 2016)

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Même après tant d’années, on ne sait jamais comment ça marche, un duo ; à quoi ça tient... On n’ira pas voir (réécouter) en arrière ni faire la somme de ce qui a été fait. On attendra plutôt que tombe le nouvel échange pour constater la fidélité, l’éternelle entente, l’impossible fausse note.

Le 21 mai dernier, Daunik Lazro et Joe McPhee se retrouvaient au festival de jazz de Cerkno, en Slovénie – leur premier enregistrement en duo date de 1991, qui a donné Duet (In Situ). Leur expérience commune en associations différentes a, depuis, scellé des liens que les premières secondes du disque, déjà, donnent à entendre. Lentement, les musiciens engagent une nouvelle conversation ; alors qu’ils sont tous deux au saxophone, leurs langues se délient.

D’un bout du disque à l’autre, c’est un chassé-croisé agissant : la volupté du baryton peut permettre à l’alto de progresser en électron libre, les fantaisies de la trompette de poche (comme celles de la voix de McPhee) faire naître des souffles graves, la moindre extravagance mener à la rêverie. Sur un thème écrit (Voices For Alto And Tenor) ou la reprise d’un motif d’Ayler (auquel le duo rend, en l’associant à Ornette Coleman, hommage en fin de concert), McPhee et Lazro opèrent aussi d’impeccables rétablissements. C’est d’ailleurs là que leur duo atteste cette « éternelle entente », cette « impossible fausse note » : en improvisant, comme si de rien n’était, un ordre rétabli.  

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Daunik Lazro, Joe McPhee : The Cerkno Concert. Music for Legendary Heroes
Klopotec
Enregistrement : 21 mai 2016. Edition : 2016.
CD : 01-07/ The Cerkno Concert. Music for Legendary Heroes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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En 1995, Willisau était encore Willisau et – avec l’aide du CCAM de Vandoeuvre-les-Nancy – accueillait Evan Parker, Daunik Lazro et Joe Mc Phee. Alors, chacun y allait de son souffle, prenait position en un acte solidaire et accompli. En basses ou moyennes fréquences (trio) ou en hautes cimes (duo Parker / Lazro, trio parfois), les connexions étaient fortes, extensives. Les souffles cherchaient parfois le continu (Parker solo) mais toujours aimaient à pénétrer-engendrer le réel. Ces trois-là étaient grands de présence. Et s’ils remettaient le couvert ?

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Evan Parker, Daunik Lazro, Joe McPhee : Seven Pieces. Live in Willisau 1995
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 1995. Edition : 2016.
CD : 01/ Echoes of Memory 02/ Sweet Dreams of Flying 03/ Broadway Limited 04/ Florid 05/ Concertino in Blue 06/ Tree Dancing 07/ To Rush at the Wind
Luc Bouquet © Le son du grisli

 


Vide-Grisli : désintégration progressive du grisli

lsdg 7 mars 2013

Jusqu'au 11 décembre prochain, le son du grisli vous invite à une expérience unique : assister à la désintégration progressive de la charpente de son site internet. Le dézingage sera quotidien.

C'est que, dès le lundi 12 décembre, l'adresse www.lesondugrisli.com ne devra plus afficher qu'un seul et unique message redirigeant le lecteur à une autre adresse où il pourra (s'il le souhaite) se procurer la version papier du son du grisli, qui paraîtra désormais deux fois l'an (les 11 juin et 11 décembre).

A côté de ce message, quand même, une playlist et quelques liens. Les archives (2004-2016) seront conservées, que viendront grossir à distance interviews, comptes-rendus de concerts ou de festivals et chroniques des disques apparaissant dans la playlist. 

En remerciement de leur fidélité, le son du grisli propose d'offrir à ses lecteurs un bout de sa charpente qu'ils pourront conserver comme le beau souvenir d'un site internet qui a - comme le veut l'époque - peu à peu été gangréné par le papier. Les demandes peuvent êtres adressées ici.

En espérant quand même vous revoir, voire vous revoir lire,

la rédaction du son du grisli

jason_kahn

   


Cheval de Frise : Cheval de Frise (Sonore, 2000)

cheval de frise cheval de frise

Duo de rock expérimental formé à Bordeaux en 1998, Cheval de Frise (Thomas Bonvalet, guitare, et Vincent Beysselance, batterie) donne à entendre une énergie fulgurante, un langage puissant. Riffs assymétriques et géographies alambiquées se bousculent pour nous donner l'essentiel.

Cheval de Frise compose une musique en constante évolution où les connexions entre les deux musiciens sont presque palpables. On sent des influences du côté de Gastr del Sol ou Don Caballero.



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Cheval de Frise : Cheval de Frise
Sonore
Edition : 2000.
CD : 01/ Connexion monstrueuse entre un objet et son image 02/ Noblesse de l'échec 03/ Construction d'écorces d'arbres 04/ Langue hastee 05/ Lundi deux mars 06/ Un pont et des eaux noires limoneuses 07/ Incline et chenu 08/ Le feu, le lin et la bougie 09/ Les canaux sont ouverts, les moustiques meurent, le monstre disparait 10/ Mille courbettes 11/ Douche froide, harmonium 12/ Le vestibule de lâches 13/ Noblesse de l'échec
Colin Faivre © Le son du grisli

le son du grisli

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Musicien improvisant au banjo baryton, Colin Faivre s'apprête à sortir son troisième disque, Les dormeurs des abysses.


Vladimir Tarasov, Eugenijus Kanevičius, Liudas Mockūnas : Intuitus (NoBusiness, 2016)

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On sait le Mockūnas épais, mais aussi capable de contorsions : grave en clarinette – basse, c’est presque obligé ; en Si bémol, davantage… Si bémol –, le voici brassant l’air au ténor et singeant au soprano. La singularité n’est certes toujours pas d’actualité (à la clarinette, on croirait entendre un sous-Vandermark et, au ténor, un sous-Brötzmann), mais pourquoi s’en tenir là ?

Sorti de toute « inquiétude identitaire », que reprocher à Mockūnas ? Pas grand-chose, à vrai dire : les improvisations qu’il emmène s’écoutent sans qu’on s’en plaigne – à la contrebasse, Eugenijus Kanevičius intrigue même, et plus d'une fois, quand Vladimir Tarasov travaille en toute discrétion. Comme beaucoup – et combien d’autres moins talentueux que lui ? – Mockūnas pratiquerait donc une avant-garde... de tradition. Ayant accepté cela, on accepte de l'entendre jouer libre et faire comme si rien n’avait existé avant lui.

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Vladimir Tarasov, Eugenijus Kanevičius, Liudas Mockūnas : Intuitus
NoBusiness
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2016.
2 LP : A1/ Celebrating Life A2/ Once Around the Corner – B1/ Broken Christmas B2/ Time Loop Backwards – C1/
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Kalimi : Otona No Kagaku (Silent Water, 2014)

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C’est pour le moment la seule référence de Kalimi, duo que forment Giovanni Di Domenico (électronique et claviers) et Mathieu Calleja (batterie) – la paire est déjà associée dans le quartette Going –, mais elle promet.

De voir se développer, notamment, une association qui fait de l’acharnement instrumental le premier élément de ses franches conversations. Au Rhodes, Di Domenico sature souvent quand son électronique multiplie les sorties de piste ou façonne de longs signaux. Quant à Calleja, qu’il agace son partenaire ou marque mollement le temps, il bout sans discontinuer et entretient la flamme qui fait de cette improvisation ex abrupto un bien joli baptême.


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Kalimi : Otona No Kagaku
Silent Water
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
LP : A1/ Forever High A2/ 7 .1 A3/ Selfie My Ass A4/ B’hier – B1/ Mad at The Machine B2/ Otona No Kagaku B3/ 9.2   
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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