Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Joseph Ghosn : Sun Ra. Palmiers et pyramides (Le Mot et le Reste, 2014)

joseph ghosn sun ra

Dans un français que pourrait ô combien lui envier Guillaume Musso – pour sa simplicité, ses raccourcis terribles, ses fautes grammaticales et lourdeurs (« pas un instant ces gens-là ne semblent pas sérieux », « un groupe né à Chicago qui existe depuis au moins le milieu des années 50 », etc.) –, Joseph Ghosn a signé un petit livre sur Sun Ra. « Petit » est, précisons-le, à prendre dans tous les sens du terme : un sous-titre « à la » Sébastien Tellier (Palmiers et Pyramides) et la nécessité vitale ressentie par quelques poseurs incultes l’y engageaient sans doute.

En guise de portrait, un pot-pourri d’une quarantaine de pages qui mêle approximations historiques (en 1956, Sun Ra jouait « dans la continuité du hard bop » comme « Miles Davis ou John Coltrane » ; heureusement, le conditionnel existe), affirmations à l’emporte-pièce (l’Arkestra serait le « dernier grand orchestre de jazz » ; pour avoir interprété un morceau de musique tiré d’un film que Nat King Cole aura repris avant lui, on soupçonnera Sun Ra d’être fasciné par Hollywood ; quant à Coltrane, lorsqu’il salue après un concert la prestation de John Gilmore, le voici encaissant cette délirante appréciation de l’auteur : Gilmore jouant, je cite, « comme Coltrane tentait de le faire et tenterait de le faire jusqu’à la fin de ses jours, cherchant un idiome qui se démarquerait de la tradition, allant vers quelque chose d’à la fois plus sensible, énergique, spontané et spirituel. » Ouch.

Tout ça fait déjà beaucoup, mais notre affaire est loin d’être pliée. Car, si l’on ne peut douter de l’honnêteté de l’intérêt que Ghosn porte à tout ce qui brille (ou à ce qui, au moins, « fait original »), pourquoi applaudir au rituel d’un Arkestra déclinant qui défile entre les tables d’un restaurant à la fin des années 1990 ou s’émerveiller au moindre emploi d’un instrument rare (trautonium sur Electronics, boîte à rythmes sur Disco 3000) ? Mû par le « tout sensation », et enhardi par quelques recherches Discogs / INA / Wikipédia, le goût de Ghosn pour la curiosité accouche là d’une curieuse biographie, que se disputent sottises et phrases vides de sens. D’anecdotes en broutilles, l’auteur passe donc à côté de son sujet (si tant est que ce sujet n’est pas, en fait, sa propre personne), quand il ne lui marche pas tout bonnement dessus. A coup de digressions nombrilistes (souvenirs de lycée, absurdes affinités musicales…) notamment.

A titre personnel, je me moque de savoir par quel truchement tel ou tel auteur a pu, un jour ou l’autre, tomber sur l’objet de ses désirs qui lui permettra de démontrer au monde sa profonde nullité. Me voici, ceci étant, surpris d’apprendre que l’Arkestra, ce « groupe si atypique », « sait maîtriser la tradition avec un brio extrême. Comme pour mieux s’en moquer, s’en départir. » A l’auteur qui aurait aimé l’interroger sur le sujet, j’ose espérer que le Sun Ra en question aurait eu l’audace de retourner une claque intergalactique…

Aussi intergalactique, en tout cas, que les poncifs qui se succèdent dans ce livre – la musique de Sun Ra est bel et bien « venue d’ailleurs », « moderne et exotique », « improbable » (toujours moins que ce même livre), « extra-terrestre »… En ces termes, tout est dit, soit : très peu de choses (si ce n’est rien). Quid des premiers écrits de Sun Ra, de sa poésie revendicative, de l’influence – voire, de l’emprise – qu’il exerça sur ses troupes… ? Certes, il était plus essentiel de parler des « hommages » rendus au musicien par quelques projets récents (UNKLE, Zombie Zombie, Lady Gaga…).

Suite au minable portrait, une discographie sélective – soixante-dix pages cette fois, à l’introduction desquelles l’auteur ne dit plus « je » mais « nous ». Là, des formules creuses et des accroches à suspens, des approximations encore, du vide toujours... Journalisme. Et pour qui aura espéré se consoler à la lecture de la bibliographie : peine perdue. Une quinzaine de références (dont une bonne moitié abordant le sujet Sun Ra de très loin seulement : ouvrages de Carles et Comolli, Kofsky (on ne sait pourquoi changé ici en « Stofsky »), Bardin, Corbett ou Caux…). Aux curieux véritables, voici de vrais conseils de lecture :

CAMPBELL, Robert, The Earthly Recordings of Sun Ra, Cadence, 1994.
KAPLAN, Marc, The Last Temptation of Sun Ra, Xlibris, 2011.
PEKAR, Harvey, Sun Ra, Vendetta, 2005.
SINCLAIR, John, Sun Ra: Interviews & Essays, Headpress, 2010.
SUN RA, The Wisdom of Sun Ra - Sun Ra's Polemical Broadsheets and Streetcorner Leaflets, Chicago Press, 2006.
SUN RA, This Planet Is Doomed, Kicks, 2013.
SZWED, John, Space is the Place: The Lives and Times of Sun Ra, Mojo, 2000.
TCHIEMESSOM, Aurélien, Sun Ra : un noir dans le cosmos, L’Harmattan, 2005.
ZERR, Sybille, Picture Infinity: Marshall Allen and the Sun Ra Arkestra, Zerr, 2011.
 
Pardon maintenant, le papier est un peu long – une heure d’écriture, guère plus (on l’espère) que le temps qu’il fallut à Ghosn pour pondre la chose incriminée – mais finira sur une note positive : pour ce traité de « palmiers et pyramides », la catastrophe économique n’est pas à craindre : au royaume des poseurs, les derniers seront les premiers. 

Joseph Ghosn : Sun Ra. Palmiers et pyramides (Le Mot et le Reste)
Edition : 2014.
Livre : Sun Ra. Palmiers et pyramides.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente

 

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HATI : Wild Temple (Monotype, 2014)

hati wild temple

Cueillies par des gongs brumeux, nos oreilles découvrent le duo Hati (Rafał Iwański, Rafał Kołacki). Aujourd’hui, le duo polonais héberge Slawek Ciesielski, membre du combo rock Republika.

Ce sont les métaux (gongs, cymbales, crotales) qui dirigent la procession. Un petit motif de marimba, sec et empoisonnant, ouvre le bal. Les gongs s’activent, créent de blanches cérémonies. Le crescendo sera de toutes les plages. La traversée sera longue et souterraine. Parfois de profondes grosses caisses ou de sifflants fouets viennent ébranler la procession. Psaume intime et cruel, cette musique navigue entre merveilleux et cauchemar. Le cauchemar me semble particulièrement convaincant.



HATI : Wild Temple (Monotype)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
CD : 01/ Introduction 02/ Sen 03/ Wild Temple 04/ Ocean 05/ The Cave 06/ Last Breath of Ra 07/ Limbus
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Perrot, Wittmer, Meirino : In Absence of Song (Geräuschmanufaktur, 2014) / Meirino : Shell-Shocked (Noisendo, 2013)

romain perrot gerritt wittmer francisco meirino absence of song

On sait le goût de Romain Perrot, Gerritt Wittmer et Francisco Meirino, pour les tremblements intentionnels. Ensemble, les voici interrogeant l’absence : de chanson, d’abord, mais aussi de peine, de son, de vie et de mort (« notes » de jaquette).

Or, cette absence est un refus, qui se concrétise au son par un drone grêle mais tenace aussi, qui court le long d’une apparition en public (Live at the Ende Tymes Festival, Brooklyn, 2013, en première face) et d’une réécriture en studio (Studio « reversed-engineered » version, 2013-2014, en seconde face). A chaque fois, la réunion est obscure et ses instruments « dissimulés » : c’est que Perrot, Wittmer et Meirino, chantent ensemble un Tableau pour la Fin des Temps qu’une anxiété partagée confine – devant l’enjeu, n’était-il pas nécessaire de s’inquiéter d’absence, ou de refus ? – et, mystérieusement, illumine.

écoute le son du grisliRomain Perrot, Gerritt Wittmer, Francisco Meirino 
In Absence of Song
(extrait)

Romain Perrot, Gerritt Wittmer, Francisco Meirino : In Absence of Song (Geräuschmanufaktur)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
K7 : A/ Live at the Ende Tymes Festival, Brooklyn, 2013 B/ Studio « reversed-engineered » version, 2013-2014
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

francisco meirino shell-shoked

C’est au tamis aigus électroniques et larsens que Francisco Meirino passe en ouverture de Shell-Shoked. Divise, aussi, jusqu’à les réduire en une poudre qui promet quelques détonations. De premiers râles se font entendre, que Meirino organise en miniatures concrètes qui feront les mouvements d’une bruyante symphonie où piano détruit, cordes et graillements, vitupèrent tour à tour ou ensemble.

Francisco Meirino : Shell-Shocked (Noisendo)
Edition : 2013.
CDR : 01/ Triceps 02/ Beckett 03/ Knife 04/ Cage 05/ Drops 06/ Acidmodular 07/ Motors 08/ Vil 09/ Strings 10/ Hysteria 11/ Reeltoreel 12/ Pendervox 13/ Keys 14/ Revkeys
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird, 2014)

elliott sharp terraplane 4am always

Je ne sais si ce sont deux qualités, mais j’aime l’Elliott Sharp des débuts et les grassroots de Tom Waits. J’aurais dû aimer en conséquence Terraplane, ce projet que le guitariste emmène depuis 1991 avec dans le médiator un va-et-vient entre la country et le blues. Oui mais voilà…

Ce premier CD que j’entends de Terraplane me laisse un goût de variété dans l’oreille. Sharp à la guitare (électrique ou acoustique), Dave Hofstra à la basse et Don McKenzie à la batterie invitent la chanteuse Tracie Morris (j’apprendrais que le groupe a invité avant cela Hubert Sumlin d’Howlin’ Wolf ou Eric Mingus) à jouer avec eux. Malheureusement, leur jeu est « assez facile », se contente du peu que le blues peut apporter aux expérimentations de Sharp et, mises à parts sur deux ou trois exceptions (U.A.V. Blues et New Steel), les arpèges et le bootleneck ne sont de sortie que pour des joutes qui surprennent plus qu’elles ne plaisent !

Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird / Enja)
Edition : 2014.
CD : 01/ Ain’t Got No 02/ U.A.V. Blues 03/ New Steel 04/ Space Rock Comin’ 05/ Sentenced to Life 06/ I Can’t Acquiesce 07/ Sunset to Sunrise 08/ Up from the Bottom 09/ Subtropical
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Amaury Cornut : Moondog (Le Mot et le Reste, 2014)

amaury cornut moondog

Le syndrome du sensationnel – pour ne pas parler de virus – vulgairement connu sous le nom de « Mate l’aveugle ! » aurait gagné jusqu’à l’édition marseillaise. C’est ce que laisserait en tout cas penser la quatrième de couverture du livre qu’Amaury Cornut consacre à Moondog (autre cornu que lui), je cite : « sans-abri aveugle, coiffé d’un casque à cornes de Viking. » Mais l’auteur d’un livre est rarement celui de sa quatrième de couverture, et le travail de celui-ci relativise rapidement la légèreté de l’accroche.

Spécialiste de Louis Thomas Hardin (qui présenta jadis au grisli ses Moondog Rounds, met à jour l’imposant Moondog, le viking de la 6ème Avenue et applique l’Ensemble Minisym à son art musical), Amaury Cornut remonte ici aux origines d’un compositeur néoclassique qui longtemps chercha les siennes sans tomber dans l’hagiographie – illuminé sûr de son fait, égocentrique en privé, l’antipathie rôde plus d’une fois.

Derrière la chronologie – une première chanson composée à onze ans, la découverte du tambour indien, l’accident qui lui fit perdre et la vue et la foi, sa renaissance en Moondog, à New York, où Tony Schwartz l’enregistrera, une aura puis une influence… –, c’est un dictionnaire Moondog qui apparaît en filigrane, dont les entrées sont « trimba », « madrigaux », « snaketime rhythms », « logründs », « minimalisme » ou « Oo », qu’illustre une discographie commentée d’une quarantaine de pages. Brillante manière d’envisager une musique singulière – certes, inégale –, dont la quatrième de couverture aurait pu se faire l'écho en proclamant, en conclusion : « J’en ai vu des aveugles, mais des comme toi ! »

Amaury Cornut : Moondog (Le Mot et le Reste)
Edition : 2014.
Livre : Moondog
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku, 2014)

peter brötzmann jason adasiewicz john edwards steve noble mental shake

Pour peu que l’on goûte le vibraphone (et l’effet de ses harmoniques), il faut aller entendre ce Mental Shake enregistré par le trio que composent Peter Brötzmann, John Edwards et Steve Noble – dont on se rappelle … the Worse the Better sur le même label – en compagnie de Jason Adasiewicz au Café OTO le 12 août 2013.

Partageant une même conviction – que Noble martèle d’ailleurs –, les quatre musiciens y font en effet preuve d’une inspiration qui met au jour un folk au mystère épais. Ainsi, tarogato puis saxophones et clarinette explorent l’espace avec une fantaisie et une opiniâtreté qui déstabilisent son équilibre : insistants, Edwards et Noble le sont heureusement autant que le souffleur, quand les suspensions vibrantes d’Adasiewicz finissent de fleurir une improvisation courte mais ô combien remuante.

écoute le son du grisliPeter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble
Mental Shake (extrait)

Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku)
Enregistrement : 12 août 2013. Edition : 2014.
CD / LP / DL : 01/ Mental Shake
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marc Ribot Trio : Live at the Village Vanguard (PI, 2014)

henry grimes marc ribot chad taylor live at the village vanguard

Dans les années 1960, le Village Vanguard accueillit parfois Trane ou Ayler. L’histoire se poursuit-elle aujourd’hui, quand le mythique club new-yorkais invite Marc Ribot, Henry Grimes (qui n’y avait plus joué depuis décembre 66) et Chad Taylor ? A  vrai dire, la question est stupide et je m’en voudrais presque de l’avoir posée...

Ce que je sais et entends ici, c’est que ces Messieurs n’ont pas abandonné l’idée de faire parler quelques poudres noires et soniques. Coltrane se voit célébré par une chaude et précise interprétation de Sun Ship (on sera plus réservé sur Dearly Beloved qui ouvre cet enregistrement). Quant à Ayler, on pourra s’étonner d’entendre son Wizard mâtiné à la sauce country-rock, mais on n’aura pas d’autre choix que de se rendre aux délices, loopings, crochets et ricochets contenus dans Bells.  Et quand la guitare de Ribot associe Hendrix au grand Albert (Bells toujours), on se dit que ces trois-là n’ont pas fait fausse route.

Marc Ribot Trio : Live at the Village Vanguard (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.  
CD : 01/ Darly Beloved 02/ The Wizard 03/ Old Man River 04/ Bells 05/ I’m Confessin’ 06/ Sun Ship
Luc Bouquet © Le son du grisli

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I.G.M. : Virgin Skins (Pidgin, 2013) / Chait / McColm : Solo / Solo (Pidgin, 2013) / Nagual : Clear One: Ether(s) (Pidgin, 2012)

igm virgin skins

Voilà de l’expérimentation (tale?) qui se moque bien de rentrer dans des cases (comme toute expérimentation qui se respecte, normalement, mais celle-ci y arrive bel et bien). Derrière I.G.M., il y a Ian G. McColm, multi-instrumentiste du duo Nagual, et derrière Virgin Skins

… il y  a par exemple un solo de batterie que des cris de cymbales plongent dans le noir, un synthé qui habille la vieille carcasse d’un monstre sonore ou encore des harmoniques qui envoûteraient le plus réticent des résistants à l’hypnose. Car chez McColm la ruine menace toujours la cadence. Des relents d’indus, de minimalisme, de B.O. de films de série B, accélèrent la mue de ces « peaux vierges ». Comme sur la couverture du CD, c’est bien du muscle qu'il y a derrière !

écoute le son du grisliI.G.M.
Plus/Minus

I.G.M. : Virgin Skins (Pidgin Records)
Edition : 2013.
CD : 01/ Punctuation Alpha 02/ Gasping for Air 03/ Plus/Minus 04/ The Wind That Blows the Birds 05/ Gamelandria 06/ Blood Memory 07/ All Ways Bounce 08/ Virgin Skins 09/ Psychic Risk 10/ Punctuation Omega
Pierre Cécile © Le son du grisli



ross w shait ian g mccolm solo

On peut retrouver McColm sur la face B d’une cassette Pidgin. En face A, Ross Wallace Chait trempe ses micros dans un piano bar qu’il met à sac avec une furie fantastique (du grand noise !). Quant à McColm, il attrappe une guitare pour faire cracher à un ampli une ambient flippante, prête à servir au prochain exorcisme. Attention encore : cinquante copies seulement !

Ross W. Chait / Ian G. Malcolm : Solo / Solo (Pidgin Records)
Edition : 2013.
Cassette : A1/ Ross W. Chait : In an Airport, etc. A2/ Ross W. Chait : Constrictor B/ Ian G. McColm : En femmes nues
Pierre Cécile © Le son du grisli

nagual clear one ethers

De retour avec David Shapiro et Nagual (dont c’était la première sortie) et dans le drone pour guitares version ambient bruitiste. Le compromis est d’ailleurs épatant, le delay des guitares étirent la musique jusqu’à ce que la batterie parte et tout devient… spatial. Attention encore : cent copies seulement !

Nagual : Clear One: Ether(s) (Pidgin Records)
Edition : 2012.
Cassette : A1/ Clear One A2/ Future Tongues B1/ Beating Demons B2/ Blossming Debris
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Scott Fields, Jeffrey Lapendorf : Everything Is in the Instructions (Ayler, 2013) / Sharp, Fields : Ostryepolya (Pan Rec, 2013)

scott fields jeffrey lapendorf everything is in the instructions

Par sa tessiture pentatonique sans demi-tons, le shakuhachi semble condamné aux terres apaisantes. Ici, Jeffrey Lapendorf ne déroge pas à la règle. Sa flûte rejette le sombre, accoste des azurs sans nuages, pointe et infiltre des harmonies scintillantes.

La guitare acoustique de Scott Fields aura beau convoquer des accordages défaillants, empoisonner le très peu de son jeu, il ne pourra jamais assombrir le tableau. Tableau que tous deux ont choisi d’argumenter de leurs pastels secs et aimants. En témoigne cette tendre et soyeuse version de la Naima de John Coltrane clôturant ce docte enregistrement.

écoute le son du grisliScott Fields, Jeffrey Lapendorf
She Comes from Nowhere

Scott Fields, Jeffrey Lapendorf : Everything Is in the Instructions (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ She Comes from Somewhere 02/ Terror Babies 03/ Objects in Relation to Other Objects 04/ Oh, Yes 05/ The Politics of Solitude 06/ Tip Bloused 07/ Advice for Some Young Man in the Year 08/ Naima
Luc Bouquet © Le son du grisli

elliott sharp scott fields ostryepolya

Enregistrés (et filmés) le 26 mai 2009 (Loft de Cologne) et le 5 mars 2010 (Nozart Festival, même ville), Elliott Sharp et Scott Fields s'interprètent (car, sur pupitres, des partitions traînent). De l'improvisation de jadis et de l'invention possiblement écrite, rien ne subsiste. Deux guitares acoustiques se répondent quand elles ne s'ignorent pas ; brassent non plus à contre-courant mais avec, et comptant beaucoup sur lui. Même le public attend qu'on lui donne le droit d'applaudir.

Elliott Sharp, Scott Fields : Ostryepolya (Pan Rec)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2013.
DVD : 01/ Branedrance 02/ Betweeln Octopus and Squid 03/ Big, Brutal, Cold Raindrops 04/ Minerali 05/ Shuffle Through the Restaurateur Gauntlet 06/Douabula 07/ Pur Your Pennes in My portuguese Cork Hat 08/ Doubleviz 09/ Freefall 10/ Credits
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sven-Åke Johansson : Jazzbox (SAJ, 2013)

sven-ake johansson jazzbox

Sous l’intitulé Jazzbox, Sven-Åke Johansson met en boîte cinq références de son propre label, SAJ, qui l’exposent en trio (Candy), quartettes (Cool, Tune Up) ou sextette (Cool encore).

Ce Cool Quartett que capteront les micros d’Eric La Casa en 2008 (Dancing in Tomelilla) est ainsi à entendre sur trois disques enregistrés en 2002 (pour les deux premiers), 2009 et 2012 (pour le troisième). Partout, Axel Dörner, Zoran Terzic et Jan Roder, servent un jazz ligne claire que se disputent le west coast et le « cool » annoncé. Au son de standards – George Gershwin, Jerome Kern, Cole Porter… –, le groupe évoque (My Heart Stood Still aidant) Chet Baker flottant sur le lac Wansee ou dépose la Berlin Alexanderplatz quelque part sur la carte entre San Francisco et New York. Sur le troisième volume, trois morceaux donnent à entendre le Quartett augmenté de deux membres : Tobias Delius et Henrik Walsdorff aux saxophones ténor et alto, dont les sonorités encanaillent Bernie’s Tune que popularisèrent Mulligan et Baker. Plus tortueuses, la poignée de compositions de Dörner que le Quartett interprète ici et là comblent le répertoire d’audaces qui, sur la longueur, peuvent manquer.

Plus « poli » encore, ce Candy que le trompettiste et le batteur enregistrèrent, en 2002 toujours, avec le contrebassiste Joe Williamson. Sur l’air de chansons anciennes (Candy, The Way You Look Tonight, Stars Fell on Alabama, Old Devil Moon…), le trio soigne ses gestes et prend garde aux dérapages. La formule souffrira en conséquence de la comparaison avec celle de Tune Up, disque enregistré plus récemment en quartette, dans lequel Johansson retrouvait Delius et Roder en présence d’Aki Takase. Ce sont alors Old Black Magic, Cool Blues ou The Song Is You, qui passent au son d’un swing tranquille que le piano bouscule parfois. Comme le Cool Sextett, le quartette de Tune Up « tombe » sur un équilibre qui flatte ses relectures.

Sven-Åke Johansson : Jazzbox (SAJ / Metamkine)
Enregistrement : 2002-2012. Edition : 2013.
5 CD : CD1/ Cool Quartett Vol. I CD2/ Cool Quartett Vol. 2 CD3/ Cool Quartett / Sextett CD4/ Tune Up CD5/ Candy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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