Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Gunter Hampel : Gentle Joy (Birth, 2012)

gunter hampel gentle joy

Cette fois, le bop n’échappe pas à Gunter Hampel et à son European New-York Septet. Et il n’échappe à personne leur désir de s’en éloigner malgré la rigidité de la partition.  

Malgré tout et au risque d’enchaîner les couacs, le saxophone de Johannes Schleiermacher fâche l’harmonie ; Steve Swell signe de courts mais embrasés solos ; la rythmique (Andreas Lang, Bernd Oezsevim) prend quelque liberté avec la métrique tandis que les voix bien trop fragiles de Cavana Lee-Hampel et d’Olga ? ébranlent l’équilibre trouvé auparavant. Mais ne pointer que les moments faibles de ces deux sets serait bien trop injuste : il y a suffisamment de musique ici pour nous transporter vers quelques palpables bonheurs. Et la caméra tremblée captant le concert ainsi que son avant et son après, de nous confirmer que l’instabilité du jazz sera toujours bonne conseillère.

Gunter Hampel : Gentle Joy (Birth)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
DVD 1 : 01/ Turbulence 02/ Smiling Energy 03/ Clean 04/ Jazzlife – DVD 2 : 01/ Experience 02/ Geil 03/ Contact with the Bird 04/ Workout 05/ Who Is Controlling Whom?
Luc Bouquet © Le son du grisli



Steve Lehman : Dialect Fluorescent (Pi, 2012)

steve lehman dialect fluorescent

Pour avoir plusieurs fois regretté que Steve Lehman ne mette sa sonorité singulière au service d’une musique qui le soit au moins autant, faudra-t-il dire de Dialect Fluorescent – enregistré en trio avec le contrebassiste Matt Brewer et le batteur Damion Reid – qu’il est un disque qui n’est pas loin de tenir de l’exception ?

Sans savoir si, enhardi par l’exception, Lehman envisagera de changer de cap, goûtons pour l’heure aux effets sur son langage d’airs choisis (Mr.E. de Jackie McLean et Jeannine de Duke Pearson, que l’alto soumet avec délice à l’épreuve de ses phrases courtes et bancales) et même à quelques compositions originales : Allocentric, dont la marche contrariée sans cesse par une fièvre inspirante que se transmettent les musiciens engage son auditeur, ou Pure Imagination sur lequel Lehman démontre sa force de frappe et convainc de ses dispositions pour l’art du rebond.

Mais – est-ce rassurant ? – Lehman reste Lehman, et voici qu’en Dialect Fluorescent se glissent quelques brouillons (euphémisme) qui le lestent : Foster Brothers et Fumba Rebel (tentatives perdues d'avance de funk hors de portée si ce n'est hors-sujet) ou, moins avilissant tout de même, Moment’s Notice, reprise de Coltrane épaissie par une section rythmique bravache. Ceci étant : trop tard, le mieux est fait et, si l’on sait qu'il est l’ennemi du bien, rien n’empêche de profiter d’un mieux quand l’occasion s’y prête.

Steve Lehman : Dialect Fluorescent (Pi Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Allocentric (Into) 02/ Allocentric 03/ Moment’s Notice 04/ Foster Brothers 05/ Jeannine 06/ Alloy 07/ Pure Imagination 08/ Fumba Rebel 09/ Mr. E.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Lol Coxhill (1932-2012)

coxhill

A la fin des années 1940, pour être chargé de programmer des musiciens américains en clubs anglais, Lowen Coxhill rencontre Charlie Parker sur le modèle duquel il pratiquait jusque là le saxophone alto. Plus tard, il s’essaye pourtant au ténor et au soprano au son desquels il intègre une suite d’orchestres dont les Afro-Cubists de Denzil Bailey, consacrés au répertoire de Dizzy Gillespie. S’il entre en contact avec quelques compatriotes singuliers (Tubby Hayes, Joe Harriott), Coxhill passe la majeure partie des années 1960 à défendre le rhythm and blues auprès de Tony Knight ou Dave Hunt et à accompagner d’autres Américains de passage (Rufus Thomas, Screamin’ Jay Hawinks, Mose Allison) avant de s’essayer à un mélange de jazz et de rock en compagnie de Steve Miller. Dans le même temps, le saxophoniste soigne sa réputation d’improvisateur : au son d’Ear of Beholder qu’il enregistre pour le label de John Peel, Dandelion ; en tant que membre du Brotherhood of Breath de Chris McGregor ou du Moiré Music de Trevor Watts ; en participant, enfin, aux premières manifestations Company organisées par Derek Bailey et Evan Parker. Poussé par un goût insatiable pour les expériences nouvelles, le saxophoniste interroge ensuite la musique électroacoustique en compagnie du guitariste Mike Cooper et du batteur Roger Turner dans The Recedents, le rock en membre impliqué de The Damned ou encore la chanson et l’illustration sonore sous le nom de Melody Four en association avec Steve Beresford et Tony Coe. Parvenant à se détacher de préoccupations qui le conduisent à multiplier solos et duos (avec Pat Thomas, Veryan Weston ou encore Howard Riley), Lol Coxhill pourra prendre place en Dedication Orchestra ou London Improvisers Orchestra. Guillaume Belhomme, Way Ahead. Jazz en 100 autres figures, Le mot et le reste, 2011.


Jean-Marc Montera, Yves Robert, Gérard Siracusa : Anna S. et autres histoires (GRIM, 2012)

montera robert siracusa anna s

Comme Raymond Boni par exemple, Jean-Marc Montera fait partie de ces guitaristes qui peuvent se fondre dans milles atmosphères. Ici, nous sommes loin de l’ambiance des disques enregistrés avec Loren Connors et Thurston Moore, avec Lee Ranaldo ou encore Mike Cooper. Ici, il improvise avec Yves Robert et Gérard Siracusa.

C’est donc une toute autre aventure, qui date de 1983 et s’est déroulée à Dunois (c’est normalement nato qui se charge de faire reparaître les disques qui y furent enregistrés). Cette fois, c’est au GRIM (ô combien cher à Montera), d’accoucher de la réédition (sur LP, noblesse oblige). Pour notre plus grand bonheur, d’ailleurs, puisque qu’on y entend le guitare-héros évoluer avec un tromboniste volant et un batteur électrique. Montera compte ses effets et sa préoccupation est moins de faire hurler sa six cordes que de créer des champs magnétiques.

Sûr que Dunois a vu ce jour-là des nuages pastels se déplacer entre ses murs. Les musiciens s’y sont cachés, y ont fait des trous ou les ont dissipés, au choix. Au final, leur jeu a anéanti tous les styles qu’on serait tentés de post-iter sur le front des musiciens : impro, rock, expé, noise, concret… Osera-t-on le terme d’ambient rock ? d’expérimentation abstraite ? d’évanescence concrète ? ou enfin, de préludes féériques qui vont pas mal à l’évocation de cette mystérieuse Anna S.

Jean-Marc Montera, Yves Robert, Gérard Siracusa : Anna S. (GRIM)
Enregistrement : 11 et 12 avril 1983. Edition : 2012.
LP : A1/ Anna S. A2/ Invitus-Invitam A3/ Partage A4/ Les métamorphoses d’une illusion A5/ Le jeune-homme’s mère A6/ Tokonoma B1/ Dan, mouvement tremblé B2/ Une certaine inclinaison B3/ Le rêve d’Antiochus B4/ Rivières
Pierre Cécile © Le son du grisli


Wozzeck : Act III: Comics (Intonema, 2012)

wozzeck comics

Evadés du jazzcore, le saxophoniste Ilia Belorukov et le bassiste électrique Mikhail Ershov invitent quelques-uns de leurs amis musiciens (Dmitriy Vediaskhin, Dmitriy Krotevich, Mikhail Tsypin, Maria Grigpryeva) à venir partager leur tendu capharnaüm.

Avec pour référant le Zorn des Cobra et autre Archery, voici donc que s’incrustent quelques échos familiers : grouillements et gargouillis, chocs et chaos, irruptions et mitraille sonique. Rien de neuf sous le soleil, on en conviendra. Le remix à la charge d’Arturas Bumsteinov et Piotr Kurek bénéficie, lui, d’une horizontalité perturbée par la clarinette lancinante du second. Le résultat, ici, est plus convaincant.

Un disque de courte durée : 33 minutes. En aurions-nous supporté plus ?

Wozzeck : Act III : Comics (Intonema)
Enregistrement : 2008, 2010 & 2011 / Edition : 2012
CD : 01/ Act III: Comics  02/ Act III: Remix
Luc Bouquet © Le son du grisli



Sortie de Free Fight #4

free fight #4


free fight #4

free fight #4


The Thing, Barry Guy : Metal! (NoBusiness, 2012)

the thing barry guy metal

Inviter un quart à venir l’augmenter tient maintenant de l’habitude pour The Thing. Joe McPhee, Ken Vandermark, Otomo Yoshihide, Jim O’Rourke… Aujourd’hui, les conviés ont pour noms Neneh Cherry (sur The Cherry Thing dont l’écoute s’avère bien dispensable, pour ne pas dire déconseillée) et Barry Guy – contrebassiste avec lequel Gustafsson avait déjà signé Sinners, Rather than Saints sous étiquette NoBusiness.

Le 3 avril 2011, ce sont donc deux contrebasses et quatre amateurs de graves qui échangèrent à l’église Sainte Catherine de Vilnius – où fut enregistré le disque Guy / Gustafsson plus tôt mentionné. Håker Flaten à gauche, Guy à droite, Gustafsson à l’avant et Nilssen-Love à l’arrière : l’équipe ne tarde pas à développer un discours commun, âpre et surtout moins cadré que de coutume. Bien sûr, The Thing joue encore des épaules, mais il entame dans le même temps une conversation avec l'instrument basse qui change ses manières.

Ainsi les cordes lustrent-elles le cuir épais de « la chose » – Guy et Håker Flaten profitant de beaucoup d’espace (Praseodymium, Neodymium) – et la transformation agit, sans toutefois réussir à étouffer toute la furie du baryton, tous les grondements de la batterie. Et puis, au contact de Guy, The Thing perd de son intérêt pour le crescendo implacable : son inspiration joue maintenent de déliages et de contrastes. Les arabesques sensibles de la quatrième face abandonnées enfin pour une récréation-réceptacle de tous emportements racontent ainsi assez bien de quoi retourne cet impressionnant goût de Metal!

EN ECOUTE >>> Lanthanum >>> Europium

The Thing, Barry Guy : Metal! (NoBusiness)
Enregistrement : 3 avril 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ Lanthanum A2/ Cerium B1/ Praseodymium B2/ Neodymium C1/ Promethium C2/ Samarium C3/ Europium D1/ Gadolinium D2/ Terbium D3/ Dysprosium D4/ Ride the Sky
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jazz à luz grisli Barry Guy est trois fois annoncé au programme du festival Jazz à Luz. Le samedi 7 juillet aux côtés du danseur Thomas Hauert, le dimanche huit en solo et le lundi 9 en trio avec Evan Parker et Paul Lytton.

 

 


Sylvain Guérineau, Jean Rougier, Didier Lasserre : Ligne (Improvising Beings, 2012)

sylvain guérineau jean rougier didier lasserre ligne

C’est à volume restreint, pour que les micros attrapent au mieux la contrebasse, que Sylvain Guérineau, Jean Rougier et Didier Lasserre ont improvisé Ligne. Quatre temps (Cîme et abîme sur la même ligne, découpé), qui respectent la retraite engagée par le trio. Sur l’air d’une ballade lasse que le saxophone ténor entame au son de graves célébrant les noces d’Hawkins et d’Ayler, de Webster et de Shepp. Puis, sur les conseils d’une nonchalance, que les trois hommes défendent comme un seul qui revendiquerait non pas son « droit à la paresse » mais son désir de détachement.

Ses roulements sont sages et ses coups portés aux cymbales délicats, mais Lasserre fait figure d’excentrique en sourdine : les virgules, parenthèses et points de suspension, qu’il dépose au creux du discours le portent tout bonnement. A Rougier, alors : son accompagnement est lâche mais sa force n’en est pas moins décisive, l’archet se faisant baroque ou décidant de la vitesse à laquelle tourne la lumière qui donnera ses ombres fantastiques au tableau. Guérineau, enfin : au « Sedimental Mood » de ses partenaires, le ténor préfère inventer In a Sentimental Mood, et l’opposition est heureuse. Voilà pourquoi, pas plus que sa nonchalance – toute contemporaine –, l’atmosphère surannée qui se dégage de Ligne n’est asphyxiante. Elle distille même du nouveau : Free Jazz for Distingués Lovers de facture rare.

EN ECOUTE >>> Cîme

Sylvain Guérineau, Jean Rougier, Didier Lasserre : Ligne (Improvising Beings)
Enregistrement : 16 avril 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Cîme 02/ Et abîme 03/ Sur la même 04/ Ligne
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

jazz à luz grisli Didier Lasserre inaugurera ce vendredi 6 juillet, en compagnie de Beñat Achiary, la nouvelle édition du festival Jazz à Luz.

 

 



Craig Shepard : On Foot (Edition Wandelweiser, 2011)

craig shepard on foot

Craig Shepard a parcouru la Suisse pendant un mois en 2005. De ce voyage fait à pied, On Foot révèle les compositions que l’homme a écrites et interprétées in situ à la trompette de poche (bien que son instrument de prédilection soit le trombone). Les bruits quotidiens (et parfois mystérieux) de la Suisse y rencontrent la musique de Shepard, jouée maintenant sur ce CD, dans l’ordre d’apparition : par Antoine Beuger (flûte), Katie Porter (clarinette), Christian Wolff (mélodica), Jürg Frey (clarinette), Tobias Liebezeit (percussions) & Marcus Kaiser (violoncelle).

Certains reviennent de voyage et disent qu’ils « ont fait » tel pays – comment souffrir d’entendre parler ainsi de leur expérience? Shepard, par la voix de ses colporteurs, raconte ses découvertes de vent dans les sapins, de cloches qui se balancent, de transports lents, de résonances (le duo Kaiser / Liebezeit revient sur ces résonances pendant une merveilleuse demi-heure)… Pour leur part, les mélodies d’On Foot sont des respirations dans toutes ces vignettes. Leur poésie relève du quotidien et leur joliesse tient de l’évidence.

Craig Shepard : On Foot (Edition Wandelweiser)
Edition : 2011.
CD : 01/ Crêt de La Neuve, Le 20 juillet 2005 02/ Grottes de L’Orbe, le 22 juillet 2005 03/ Vallorbe, le 23 juillet 2005 04/ St. Cergue, le 19 juillet 2005 05/ Genève, le 17 juillet 2005 06/ Dornach, Den. 2, August 2005
Héctor Cabrero © le son du grisli


Toshimaru Nakamura, John Butcher : Dusted Machinery (Monotype, 2011)

toshimaru nakamura john butcher dusted machinery

Le fruit de l’association Nakamura / Butcher que retient Dusted Machinery reprend l'appendice aux sombres travaux extraits des grottes d'Ustunomiya (Cavern with Nightlife, publié en 2004 sous étiquette Weight of Wax). C’est qu’à Londres, le 18 mars 2009, le duo interrogeait le souvenir, cherchait encore et soignait ses affinités. Les prospections sont sérieuses, bipolaires, qui ont pour noms Leaven et Knead, Maku et Nobasu.

Butcher aux saxophones (soprano, ténor, feedback) tisse des aigus longs dont la finesse peut rivaliser de mystère avec le chant du no-input mixing-board. Au bout d’une ligne discrète, il peut dévier sous l’effet de courants contraires et même, sur Maku, vriller et, à force, renverser le cours des choses : derrière lui, il emporte maintenant les rumeurs et sifflements de la machine de Nakamura. L’événement décide d’autres usages : Butcher et Nakamura s’opposent à coups d’interventions hachées tandis qu’en secret ils rapatrient larsens et grincements plus tôt relégués aux confins du terrain de jeu. Nappes et drones refont surface : les paysages de Dusted Machinery retrouvent des couleurs, que se disputent l’ombre et la lumière quand ceux enregistrés à Tokyo tiraient leur force de l’ombre seulement. L’exercice pourrait commander un troisième échange. Doit, même.



Toshimaru Nakamura, John Butcher : Dusted Machinery (Monotype)
Enregistrement : 18 mars 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Leaven 02/ Maku 03/ Knead 04/ Nobasu
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pheonix-apophonics

La BBC propose pour quelques jours sur son site l'écoute d'une émission consacrée à The Apophonics, trio réunissant John Butcher, John Edwards et Gino Robair. Ici donc.  

 



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