Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Pierre Favre, DrumSights : Now (Intakt, 2016)

pierre favre drumsights now

Une idée simple : au début était le rythme. Une idée qui fait son chemin : après Singing Drums voici DrumSights. Ils sont donc quatre (Pierre Favre, Chris Jaeger, Markus Lauterburg, Valeria Zangger). Ils ont donc travaillé, improvisé et surtout composé. Ils ont juxtaposé, additionné, associé.

Tout est ici d’une précision remarquable car aucune frappe n’est le fruit du hasard. Il y a d’abord le rythme, ses possibilités, ses conséquences. Il y a ensuite tous les événements possibles (scintillements, réverbération, surimpression, résonance). Il y a enfin ces balais croisés et bruyants, ces roulements trapus, ces accélérations jubilatoires. Il y en aura toujours pour regretter le peu de présence des cymbales au profit des futs et tambours. Il y a donc ici la nouvelle aventure de Pierre Favre et elle n’est pas commune. C’est même tout le contraire.



drumsights

Pierre Favre, DrumSights : Now
Intakt / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Again 02/ Brushes Flock 03/ Roasting Syncope 04/ Dance of the Feline 05/ Sycamore 06/ Along 07/ Pow Wow 08/ Painted Face 09/ Tramping 10/ Woolly Jumper 11/ Nuevel 12/ Games
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Moondog : Beyond Horizons (Moondog Rockwerk, 2015)

moondog mariam tonoyan stefan lakatos beyond horizons

Cette année, vous le savez comme moi (pour l’avoir lu et relu, entendu et réentendu jusque sur… France Inter), Moondog aurait eu 100 ans. C’est beau, un anniversaire, surtout quand le saint du jour n’est plus. Mais dans le cas de Moondog, je crois que c’est préférable : encore vivant, on aurait trimballé le génial'aveugle d’une grande salle de « spectacle » (en présence d’un orchestre régional) à un micro-podium de FNAC rencontres (au bras d’un inculte flagorneur). Ouf!

Bien sûr, Moondog appartient à tout le monde, mais pour ce qui est des hommages je préfère m’en tenir à celui qu’ont enregistré à Cologne last year (l'année de ses 99 ans !) le fidèle Stefan Lakatos (qui n’a cessé de développer la pratique du trimba que lui a légué le compositeur) & la subtile Mariam Tonoyan au piano. Avec quelques invités (dont la violoniste Lilit Tonoyan ou Wolfgang Gnida de l’indispensable site Moondog’s Corner), le duo interprète 27 petites (mais fabuleuses) pièces : canons, pastorales, mazurkas... aux mélodies qui n’ont l’air de rien comparées à leurs formes complexes.

Derrière le bruit des vagues ou celui de la ville, derrière les souvenirs de Chopin ou de Bach, derrière l’art du canon et celui de la fuite (ou celui du canon en fuite) & surtout grâce au savoir-faire de ceux qui savent de quoi ils parlent (Moondog) et de quoi il retourne (une originalité au-dessus du commun des... mortels), Stefan Lakatos et Mariam Tonoyan envoyent là un superbe message à leur cher disparu : non, pas un « happy birthday »... plutôt un « thank you for coming ».



beyond horizons

Moondog, Mariam Tonoyan, Stefan Lakatos : Beyond Horizons
Moondog Rockwerk
2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Canon No. 1 02/ Canon No. 10 03/ Canon No. 3 04/ Snow Flakes 05/ Tom Tom 06/ Multiplication 07/ Canon No. 3 08/ Canon No. 6 09/ Invisible Movements 10/ pastoral in C 11/ Canon No. 11 12/ Canon No. 25 13/ Mazurka 14/ L’Americana 15/ Rubayat 16/ Canon No. 2 17/ Black Oak 18/ Ma petite 19/ Castle Ruins 20/ Canon No. 9 21/ Canon No. 21 22/ Old Mother Hubbard 23/ Unexpected Twosome 24/ Canon No. 24 25/ Canon No. 8 26/ Canon No. 12 27/ Grain of Sand 28/ 9 Couplets
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Horde Catalytique pour la fin : Gestation Sonore (Souffle Continu, 2015)

horde catalytique pour la fin gestation sonore

Enregistrées au Théâtre de Nice en 1971, ces quatre « gestations sonores » feront l’unique élément de la discographie d’Horde catalytique pour la fin (1967-1973) – ici : Richard Accart (saxophones, flûtes…), Franky Bourlier (harpe, vibraphone, mbira…), Jacques Fassola (contrebasse, guitare préparée, banjo…), Gil Sterg (batterie, percussions…) et sans doute un peu de l’esprit d’un Georges Goa Alloro absent ce 26 février là.

C’est en quelque sorte le fruit de quatre années d’expérimentations sonores qui – notons que les cas sont rares – fait encore impression aujourd’hui. Dans une forêt d’instruments, le groupe improvise donc sans se soucier de genres ni même d’intentions : en conséquence, le voilà qui met au jour, souvent nonchalamment, un folk qui siffle à l’oreille du free ou un lot de plaintes d’un psychédélique défait au-delà de toute attente. Dans la discographie, un seul élément, donc : mais de taille, au point de suffire à Bourlier, dont les « strange strings » continueront ensuite, en duo avec Alloro puis avec le même en Arthéa, d'interroger ce concept de « gestation sonore ».



gestation

Horde Catalytique pour la fin : Gestation Sonore
Souffle Continu
Enregistrement : 26 février 1971. Réédition : 2015.
LP : A1/ Gestation Sonore 1 A2/ Gestation Sonore 2 A3/ Gestation Sonore 3 – B1/ Gestation Sonore 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ich Bin N!ntendo : Lykke (Shhpuma, 2016)

ich bin nintendo lykke

D’Ich Bin N!ntendo je sais assez peu de choses, que je vous transmets : c’est un trio de rock (qualifié de « post-punk » ou « post-no wave ») qui a déjà enregistré avec Mats Gustafsson (l’album Ich Bin N!ntendo & Mats Gustafsson). C’est aussi une formation toute classique guitare-voix (Christian Skår Winther) / basse (Magnus Skavhaug Nergaard) / batterie (Joakim Heibø Johansen, par ailleurs membre de Moe) qui se propose de vous électriser pendant une demi-heure (c’est peu, mais il faut quand même tenir).

Lykke, quant à lui (le CD), contient six morceaux en prise directe qui donnent dans une non pas « post » ni « no » no wave mais dans une « new » no-wave, si j’ose dire… On a du mal à saisir les textes, d’autant que les chansons vont à fond de train, alors on s’en remet à l’urgence de ce rock de combat. Excellente entrée en matière, Body est sans doute la plus belle pièce de l'opus qui remue des souvenirs (entre The Ex et Suicide) et dont l’énergie noire contamine tout l’album (un peu longue à un moment, quand même, sa courte durée). Mais ne boudons pas notre plaisir, même si un bon vieux Rhys Chatham ou James Chance aura toujours ce supplément d’âme…



lykke

Ich Bin N!ntendo : Lykke
Shhpuma
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD / LP : 01/ Body 02/ Hyper Sensitive 03/ Growth 04/ Looks 05/ Planes Are at Least Honest 06/ Social Asphalts
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe McPhee : Alone Together (Corbett vs Dempsey)

joe mcphee alone together

D’Alone Together, Joe McPhee disait récemment à Lasse Marhaug : « Ce sont des duos, trios et un quartette de cuivres et d’anches tous joués par moi. Je ne crois pas que ça avait été fait avant » (Personal Best #6). Enregistrés à New York en 1974 et 1979 par le peintre et ami Craig Johnson (CjRecord), les onze pièces du disque donnent à entendre McPhee déposer une phrase sur une autre phrase, intention qu’il a plus tôt enregistrée, et interroger, « sound on sound », différentes combinaisons d’instruments.

Autrement dit : passer d’impressions délicates – du Theme d’ouverture, McPhee pourra néanmoins faire, en conclusion, un bel air martial – en précipitations soudaines et de couplets sinueux en répétitions multiples. Et quand il n’interroge pas son art de la mélodie au gré d’expériences déconcertantes, il travaille l’art qu’il a de retomber sur ses pattes : ainsi deux ou quatre McPhee peuvent faire l’effet d’un ROVA sorti de son orbite : c’est, sur la troisième plage par exemple, un ténor et un alto qui œuvrent au contraste d’un rythme minuscule et de longues notes tenues.

Dire aussi que les enregistrements d’Alone Together attestent les expérimentations auxquelles le souffleur s’adonnait à l’époque – entre ces deux séances d'enregistrement, il mit par exemple au jour d’autres perspectives en compagnie de John Snyder – avant de conclure : quand un McPhee suffisait, Alone Together en aligne deux, trois ou quatre : c’est en vérité, de la présente chronique, l’argument-massue.

alone together

Joe McPhee : Alone Together: The Solo Ensemble Recordings 1974 & 1979
Corbett vs. Dempsey / Orkhêstra International
Enregistrement : 1974 & 1979. Réédition : 2015.
CD : 01/ Theme 02/ Soprano/Alto/Tenor Trio 03/ Tenor/Alto Duo 04/ Flugelhorn/Alto Duo 05/ Trumpet/Tenor Duo 06/ Alto Saxophone Quartet 07/ Brass/Reed Quartet 08/ Reed Quartet 09/ Brass/Reed Quartet II 10/ Alto Horn Quartet 11/ Theme
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pinkcourtesyphone, Gwyneth Wentink : Elision (Farmacia901, 2016)

pinkcourtesyphone gwyneth wentink elision

C’est trois secondes avant sa dix-neuvième minute que cette collaboration Richard Chartier / Gwyneth Wentink, the first sous pseudo Pinkcourtesyphone et the last à la harpe triple (que l’on appelle aussi « harpe à triple rang de cordes » mon petit bonhomme), s’évapore. Mais toutes ces minutes raconteraient-elles autre chose que cette histoire d’évaporation ?

C’est ce qu’on pourrait croire au début, quand les cordes sont pincées « à la médiévale » sur des couches planantes de synthé qui, elles, vont et viennent et vont et viennent... Mais à l’occasion d’un retour, les couches se retirent au profit de leur écho = un retour de nappe-boomerang change la donne et diversifie la pièce. En effet, l’Hollandaise (en voilà, de l’élision !) joue désormais moins en avant et Chartier, dont les plumes ont été alourdies par de petites touches de goudron noir au gré de ses récentes collaborations avec un certain William B., reprend la direction de l’ambient et avec elle tous les timbres de la harpe qu’il ajoute à sa palette. Pas mal.



elision

Pinkcourtesyphone, Gwyneth Wentink : Elision
Farmacia901
Edition : 2016.
CD / DL : 01/ Elision
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Gunwale : Polynya (Aerophonic, 2016)

gunwale polynya

De sa collaboration avec Vandermark, Dave Rempis a gardé cette envie de brouiller les pistes, voire les cartes, en multipliant les projets. En ce Gunwale lancé en décembre dernier – dont Polynya est donc le premier disque –, on le trouve ainsi pour la première fois auprès de deux jeunes musiciens de Chicago : Albert Wildeman (contrebasse) et Ryan Packard (percussions, électronique).

Enregistrés en concerts (Elastic Arts le 7 janvier 2016 et Hungry Brain le 31), les trois improvisations ici consignées démontrent des intérêts divers mais accordés : l’épaisseur – alerte toujours – des saxophones (alto, ténor et baryton) y envisage une horizontalité suggérée par une ligne électronique à peine ciselée par les percussions quand celles-ci n’ont pas directement raison d’elle : c’est alors un trio plus affirmé qui, comme sur Liner, s’amuse de motifs qu’il fait tourner, décoche des coups (grincements, sifflements, déchirures…) capables d’accrocher un riff pseudo-rock… C’est de cette manière que Rempis fait, autrement qu’en Wheelhouse, dériver l’exercice du trio saxophones / contrebasse / percussions.



polynya

Gunwale : Polynya
Aerophonic
Enregistrement : 7 & 31 janvier 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Wire 02/ Bevel 03/ Liner
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ultraphallus : The Art of Spectres (Sub Rosa, 2016)

ultraphallus the art of spectres

Après Micro_penis, il fallait bien qu’Ultraphallus pointe le bout de son bout. Et c’est le label Sub Rosa qui le lui permet / ou le leur permet puisque cet ultra membre en compte en fait plusieurs : Phil Maggi (voix, synthés, samples, electronics), Xavier Dubois (guitares), Ivan del Castillo (basse) & Julien Bockiau (batterie). A quoi il faut ajouter de temps à autre les verves de Gabriel Severin (orgue et claviers et voix additionnelles) et de Sébastien Schmit (percussions électroniques).

Au nom de certains, on devinera la provenance de ce phallus de compétition : la douce Belgique, qui nous crache ce quatrième album (en plus de dix ans de carrière). Un gros goût de métal (dans le genre amateur de sludge = Swans / Lynyrd Skynyrd / Melvins, mais aussi avec un peu des premiers Ministry ou du Sepultura période Carlinhos) inoculé par une basse omniprésente, des tribal mantras (lest’ rock, mon gros bonhomme) et (parfois malheureusement) une théâtrale’poétique assourdissante. A qui aime les chansons, les guitares et les millefeuilles, cet Ultraphallus ne peut que faire de l’effet !





the art of spectres

Ultraphallus : The Art of Spectres
Sub Rosa
Enregistrement : août 2013. Edition : 2016.

CD : 01/ The Blood Sequence 02/ Madrigal Lane 03/ Let Him Be Alistair 04/ The Death of Mark Frechette 05/ Whitewasher 06/ Eva Ionesco 07/ Sinister Exagerator
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Harris Eisenstadt : Old Growth Forrest (Clean Feed, 2016)

harris eisenstadt old growht forest

En bons frères de souffles qu’ils sont, Jeb Bishop et Tony Malaby s’amusent de la complexité rythmique des partitions d’Harris Eisenstadt. Il est vrai que leur facilite la tâche le jeu tout en suavité et en bienveillance de Jason Roebke : la contrebasse gravite, dissimule le quart de mesure en plus (ou en moins : on m’excusera de n’avoir pas fait de relevés ici).

Souvent, la partition s’effrite en milieu de plage pour ouvrir la voie à des entrelacs de cuivres. Les réseaux ainsi ouverts, on découvre un ténor sinueux (rien de neuf chez Malaby mais toujours la même présence) et un trombone au lyrisme juteux. Il faudra dire ici le sens de la danse et du zigzag constant. Entre décalages et rapprochements, tous vont relâcher la pression, assumer la souplesse de leur art et, ainsi, réactiver un trio (le saxophoniste, ici, s’ajoutant) de très bonne mémoire.  

old growth

Harris Eisenstadt : Old Growth Forest
Clean Feed / Orkhêstra International

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Larch 02/ Pine 03/ Hemlock 04/ Redwood 05/ Spruce 06/ Fir 07/ Big Basin 08/ Cedar
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Pierre-Yves Martel : Estinto (E-tron, 2016)

pierre-yves martel estinto

Je n’ai d’abord pas voulu savoir de quel instrument joue Pierre-Yves Martel. J’ai écouté, et j’ai entendu une cymbale, un souffle d’anches, un melodica, etc. qui y allaient de leur note tenue quelques secondes les uns après les autres et parfois (plus sauvage) en même temps. Mystérieux, tout ça (d’autant qu’entre les notes il y a des silences qui font réfléchir).

A force de ruminer, je suis allé lire les inscriptions de la pochette : viole de gambe (soprano) et harmonica. Comme je suis de mauvaise foi, je peux avouer que je ne me suis pas tellement trompé, si l’on prend en compte que Martel joue souvent simultanément la même note aux deux instruments = c’est une sorte de nouvel instrument qu’il m’aurait fallu deviner. Reste un nouveau mystère : comment fait-il pour nous tenir en haleine avec cette suite de sons crissants (& improvisés) ? Son minimalisme (réductionnisme, si j’osais…) nous scotche par sa haute tenue. Et quand ce n’est pas le cas, c’est qu’il nous surprend en vrillant mélodique. Entre Feldman et Capece, pour les amateurs…



estinto

Pierre-Yves Martel : Estinto
E-tron
Edition : 2016.
CD : 01/ Estinto
Pierre Cécile © Le son du grisli

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