Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Joe Colley : ANTHEM (Misanthropic Agenda, 2012)

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Dépoussiéré par Giuseppe Ielasi à l’occasion de sa réédition (sur vinyle), ANTHEM : Static for Empty Life – publié à l’origine par Crippled Intellect – fait peut-être plus de bruits encore et, couplé à cinq autres pièces assemblées en face B sous le titre Triptych For Paranoia Calibration, démontre que les archives Joe Colley recèlent de trouvailles.

Face A, ce sont donc ces graves tremblants, ces explosifs, torpilles et projectiles, qui perturbent et même changent l’horizon le temps de leurs retentissements, ces crachats d’insectes ou sinon de dragons qui interrogent sur les formes à donner au bestiaire perturbé qu’imagina Colley. D’autres rafales, la face B est faite : une guitare (peut-être), enrouée, balbutie et cherche rengaine en désespérée ; un chant de cinglements en promet sur l’état dans lequel vous sortirez de l’expérience ; un rythme miniature se prend la mesure dans un champ électrique… Enfin, tant que l’auditeur n’interviendra pas, le disque tournera au son d’une boucle infinie.

Joe Colley : ANTHEM (Misanthropic Agenda)
Enregistrement : 1997-2006. Edition : 2012.
LP : A/ ANTHEM B/ Triptych For Paranoia Calibration
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Ivo Perelman : The Passion According to G.H. / The Foreign Legion (Leo, 2012)

ivo perelman sirius quartet

C’est l’histoire d’un saxophoniste ténor qui observe, scrute, guette, tournoie puis s’immisce dans l’épais tapis d’un quatuor à cordes sans peur et sans reproche. C’est donc Ivo Perelman aux prises avec le Sirius Quartet...

Si au quota des stridences, les deux entités font jeu égal, c’est presque toujours le quatuor à cordes qui introduit la matière à explorer – mais échoue à embarquer le saxophoniste dans quelque trait manouche par exemple. Le Brésilien rejoint promptement la ruche et le festin peut commencer : la convulsion sera au centre des débats (archets se crispant sur les cordes, ténor fouillant l’harmonie jusqu’à la distordre totalement), les cordes crisseront et le saxophoniste, plus d’une fois, sera le soliste-mélodiste inspiré que l’on connaît. Ayler, en son temps, avait approché cette structure (deux contrebasses, un violon) mais n’avait jamais osé intégrer un quatuor à cordes sur scène. Ivo Perelman vient de la faire et c’est une totale réussite.

Ivo Perelman with Sirius Quartet : The Passion According to G.H. (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6
Luc Bouquet © Le son du grisli

ivo perelman the foreign legion

Saxophoniste à la convulsion facile, ténor aimant à désintégrer ou refuser la forme, Ivo Perelman affine et approfondit de disque en disque son chant profond. Et la violence gratuite qui entachait certaines de ses improvisations n’est plus ici de rejet mais de stricte nécessité. Le chemin semble trouvé entre fougue (An Abstract Door) et retenue (Paul Klee). Aidé en cela par un Matthew Shipp et un Gerald Cleaver totalement en phase avec le saxophoniste, la musique trouve ici son juste équilibre. Shipp n’envahit plus le cercle et entretient une riche correspondance avec ses deux camarades. Quant à Cleaver, son jeu foisonne mais n’encombre pas. Refusant toute idée de rythme, il devra toutefois admettre que c’est avec ce dernier que se résolvent souvent certains embarras (An Angel’s Disquiet). Ici, l’un des disques les plus aboutis du saxophoniste.

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Gerald Cleaver : The Foreign Legion (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Mute Singing, Mute Dancing 02/ An Angels’ Disquiet 03/ Paul Klee 04/ Sketch of an Wardrobe 05/ An Abstract Door
Luc Bouquet © Le son du grisli


Diamond Terrifier : Kill The Self That Wants To Kill Yourself (Northern Spy, 2012)

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D’abord effrayé par la dégaine branchouilli-commune de Sam Hillmer (Diamond Terrifier), j’ai cru que je ne trouverais rien de bon sur son Kill The Self That Wants To Kill Yourself. La première plage me confirmait que j’avais eu raison : des nappes de synthé dignes de l’ouverture du pire des titres techno jamais enregistré dans les années 90 à Bratislava ou Bucarest et un saxophone qui part un peu dans tous les sens / un free saxophone = un saxophone qui joue faux = un saxophone branchouilli-commun lui aussi.

S’il y eut surprise, c’est qu’il y a plusieurs moments sur ce disque et, passé l’écueil « terrifiant » (édifiant ?), Diamond Terrifier peut susciter l’intérêt. Par exemple lorsqu’il emboîte le pas expérimental et rappeler (en moins abouti quand même) Ulrich Krieger sur Three Things ou lorsqu’il donne dans une polyphonie gonflée à bloc par les résonances. Mais le soufflet peut retomber, et nous voici interloqués à l’écoute de ce morceau de pop baroque au clavecin qu’est Transference Trance ou ailleurs ce saxophone qui retourne vers le futur à la Rencontre du troisième type. La marche à suivre aurait été peut-être de fondre tout bonnement la pop et l’expérimental comme sur Adamantine, ce beau morceau de cosmische programmatique…

Diamond Terrifier : Kill The Self That Wants To Kill Yourself (Northern Spy / Orkhêstra International)
Enregistrement : mai 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Kill The Self That Wants To Kill Yourself 02/ Defile The Style 03/ Transference Trance 04/ Three Things 05/ Becoming A New Object 06/ Confusion Wisdom 07/ Adamantine 08/ Kill The Self That Wants To Kill Yourself (Reprise)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Toma Gouband : Courant des vents (Psi, 2012)

toma gouband courant des vents

L’impression que donne en premier lieu Toma Gouband est de grimper à une échelle de bois avant de lâcher quelques pierres sur des caisses et des fûts de batterie placés au sol. Pourtant, c’est un lithophone post-préhistorique et des « percussions » que le jeune homme dit avoir utilisés le 3 mai 2011 à l'église St. Peter’s de Whitstable.

Au vu de ces informations un autre tableau le peint perçant le plafond de l’édifice afin de laisser les gravats s’occuper de faire sonner son tapis de batterie. Une cymbale résonne encore quand Gouband décide d’attaquer les parois au silex. Il y dessine une nature où prolifèrent les branchages, pièges à palabre où les sons se font prendre. Gouband n'a plus qu'à les récolter : pas de progression dans sa musique ni de changement perceptible. Des chocs, seulement, le bruit que font des sons qui se laissent aller à leur destin de son qui tombe. Mais il y a quand même une accumulation : galets, briques, pommes de pin ? tout y passe avec une régularité qui confère parfois au rythme. De là  découle le charme du Courant des vents

Toma Gouband : Courants des vents (Psi / Metamkine)
Enregistrement : 3 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Courant des vents
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Russell Haswell : Scandinavian Parts (iDEAL, 2012)

russell haswell scandinavians parts

De ses débuts (et surtout son duo avec Masami 'Merzbow' Akita sorti chez Warp) au retentissement des grandes claques sonores sorties plus récemment aux Editions Mego, il aura fallu du temps à Russell Haswell pour faire avaler « à un plus grand nombre » ses mixtures électronoisexplosives

Si l’on peut douter que Scandinavian Parts (Immersive Live Salvage Supplement) élargisse son public, une chose est sûre : le public présent lors des concerts scandinaves dont sont extraits les titres de ce CD y reviendront surement. Ne serait-ce que pour se souvenir avoir vu comment Haswell concocte ses cataclysmes à base d’infrabasses, d’aigus agressifs, de raclements, d’explosions, de maux de gorge, de cris nihilistes… Les effets sont incontestables sur l’humeur et on en redemanderait même mais attention : l’injection de la musique de Russell Haswell doit se faire par pilule microdosée, au risque de voir notre oreille succomber à la fin sous la pugnacité du perce-oreille et de l’écrase-tympan.

EN ECOUTE >>> Gothenburg, April 4, 2010

Russell Haswell : Scandinavian Parts (Immersive Live Salvage Supplement) (iDEAL)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Copenhagen, April 2, 2010, Part 1 (UHJ) 02/ Copenhagen, April 2, 2010, Part 2 (UHJ) 03/ Copenhagen, April 2, 2010, Part 3 (UHJ) 04/ Oslo, April 3, 2010, Part 1 (UHJ) 05/ Oslo, April 3, 2010, Part 2 (UHJ) 06/ Oslo, April 3, 2010, Part 3 (UHJ) 07/ Oslo, April 3, 2010, Part 4 (UHJ) 08/ Gothenburg, April 4, 2010, Part 1 (UHJ) 09/ Gothenburg, April 4, 2010, Part 2 (UHJ) 10/ Encore From Gothenburg, April 4, 2010 (UHJ) 11/ Aarhus, April 5, 2010, Part 1 (UHJ) 12/ Aarhus, April 5, 2010, Part 2 (UHJ) 13/ Aarhus, April 5, 2010, Part 3 (UHJ) 14/ Aarhus, April 5, 2010, Part 4 (UHJ) 15/ Aarhus, April 5, 2010, Part 5 (UHJ)
Pierre Cécile © Le son du grisli



Ned Rothenberg : World of Odd Harmonics (Tzadik, 2012)

ned rothenberg world of odd harmonics

La fronde ne passant pas par le souffle de Ned Rothenberg, le solo de clarinettes de ce dernier ambitionne de fouiller la matière et de ne s’en défaire qu’une fois explorés tous les angles. Ainsi, si se retrouvent et se visualisent des traits communs à chaque pièce, ce n’est que pour mieux intensifier la fluidité irradiante des compositions du clarinettiste.

Avec la clarinette basse, le souffle sera souvent continu et crissant ; avec les clarinettes en la et si bémol, il sera plus modulant, plus répétitif. La polyphonie, s’invitant en de vifs échos, aura droit de cité. Les harmoniques surgiront et le fantôme de Jimmy Giuffre, en plusieurs occasions, viendra hanter un disque en tous points remarquable.

Ned Rothenberg : World of Odd Harmonics (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Preamble 02/ Fingerlace 03/ Deep Perception 04/ Odd Not Odd 05/ Swagger 06/ Line Drawing 07/ Kick Out Of It 08/ Giuff 09/ Elide in Time
Luc Bouquet © Le son du grisli

 


Dennis González : Hymn for Julius Hemphill

hymn for julius hemphill

Hymn for Julius Hemphill, signé Dennis González, est une des postfaces du livre de Guillaume Belhomme et Philippe Robert Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

De la main gauche, je feuillète le premier volume de Free Fight dans lequel un texte est consacré à Raw Materials and Residuals de Julius Hemphill. De la main droite, j’aimerais écrire le souvenir qui me revient régulièrement de cette soirée passée avec Hemphill, il y a des siècles…

J’ai presque toujours été plus en phase avec les saxophonistes… Dès mes débuts, lorsque j’apprenais à jouer, ce sont toujours des saxophonistes qui m’ont ouvert la voie. La trompette est presque trop abstraite pour la personne qui se cache derrière et, bien sûr, pour celui qui l’écoute. Nous devons tous trouver notre chemin parmi les pistons et les tubes du cuivre, et c’est parfois difficile. Dès le début, il y a donc eu cette voie que les saxophonistes ont pavée en musique, qui m’a guidé sur le chemin de territoires inexplorés. Roscoe Mitchell, par exemple : en 1980, j’étais assis en face de lui à Houston. L’Art Ensemble était sur scène, qui en appelait aux Ancêtres, quand mon esprit s’est soudainement connecté à sa logique, à ses motifs répétés et à ses rythmes, à peu près comme quand les mélodies non-abouties de Wayne Shorter m’ont donné ce goût de… eh bien… la mélodie. Avant cela, mon seul véritable professeur fut un autre saxophoniste, le regretté et fantastique Jimmy Lyons, qui m’a surtout appris la patience. Plus tôt encore, en 1976, un mentor est apparu dans ma vie et, heureusement pour moi, celui-ci jouait de la trompette : George Galbreath, qui professait à Dallas où j’enseignais les langues. Après ma journée, je me précipitais dans sa salle de répétition et il me faisait jouer des standards – à la contrebasse, à la batterie, et bien sûr à la trompette. Il me restait encore beaucoup à apprendre, parce que mon souhait était de jouer des phrases longues et logiques à la manière des saxophonistes, alors que, moi, j’avais cette trompette collée aux lèvres…

Julius Hemphill est cet autre saxophoniste qui joua un rôle important dans ma vie. Pour la nouvelle année 1979/1980, je m’étais rendu à Woodstock sur son invitation afin de l’interviewer. Si je vivais à Dallas, je connaissais la magie qui se dégageait du jeu et de la musique d’Hemphill, et la façon dont il a fait son entrée dans ma vie m’a donné une autre preuve de cette magie. J’avais ce disque, Buster Bee, un duo avec Oliver Lake sorti l’année précédente sur Sackville Records, et j’étais captivé par l’audace des deux hommes et par ce qu’ils se montraient capables de faire en se passant de contrebasse et de batterie. Je n’avais jamais entendu une chose pareille et je pensais qu’Hemphill devait ressembler à ça : un peu fou et remonté. Or, lorsque je l’ai rencontré, j’ai plutôt trouvé un homme calme, à la voix hypnotique, qui était heureux de partager son temps avec moi… un peu fou quand même…

Julius m’avait expliqué comment, du Creative Music Studio, rejoindre sa maison et, évidemment, je me suis perdu en route. En fait, j’ai plutôt perdu tous repères. Ça a été comme si j’avais été coincé dans une faille spatio-temporelle. J’ai tourné en rond pendant à peu près une heure – alors que le trajet n’aurait pas dû excéder un quart d’heure – et j’étais à deux doigts de paniquer. Enfin, j’ai décidé de m’arrêter sur le bord de la route pour prendre une bouffée d’oxygène et retrouver mes esprits. A ce moment, un énorme chien s’est rué sur ma voiture : il aboyait furieusement, de la vapeur sortait de sa bouche tellement il faisait froid, bref, ce chien m’a foutu une trouille bleue.  C’est alors qu’un grand type dégingandé est sorti de sa maison en courant et s’est mis à hurler : « Ferme-là, Buster! » C’était le chien de Buster Bee, le titre du LP, et ce type, c’était bien sûr Julius Hemphill. Etrange coïncidence, n’est-ce pas ?

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Hemphill vivait seul, au milieu des bois, en accord avec les principes du « retour à la terre » défendu pendant le Festival de Woodstock ; chez lui, c’était fruits et légumes, même s’il m’a demandé pourquoi je n’avais pas amené avec moi de cette fameuse poitrine à barbecue qui fait la renommée de Fort Worth… Hemphill était fin cuisinier et nous avons merveilleusement dîné. Après quoi, il m’a invité à m’asseoir et, muni de vin et de marijuana – moi, je me suis contenté d’un verre d’eau pure –, s’est mis à parler et à parler encore, de sa vie et de sa musique. Il parlait très lentement et l’a fait pendant quatre ou cinq heures, c'est-à-dire jusqu’au petit matin. Je me souviens qu’il m’a fallu trois cassettes de 90 minutes pour tout enregistrer et qu’il m’arrivait de me perdre dans la résonance de sa voix et de ses mots. Les histoires qu’il me racontait s’évanouissaient dans la fumée et il lui arrivait d’arrêter de parler pendant dix minutes. Je n’ai bien sûr pas vu le temps passer, jusqu’à ce qu’il me dise : « Ecoute, mon gars, je dois aller me coucher maintenant. Dans deux heures, je pars pour New York puis pour l’Europe, je dois faire un petit somme… »

Quelques semaines après, revenu à Dallas où j’avais une émission de radio programmée sur KERA-FM, j’ai annoncé à mes auditeurs que j’allais bientôt diffuser une interview de Julius Hemphill : les gens étaient enthousiastes, connaissant sa musique mais n’ayant jamais eu l’occasion de l’entendre parler. J’ai passé la semaine à retoucher l’interview en vue de sa diffusion tout en écoutant Coon Bid’ness, quelques disques du World Saxophone Quartet, et mon disque préféré du quartette classique d’Hemphill : Flat Out Jump Suite. Ce que j’ai entendu après avoir édité quatre heures et demie d’interview m’a étonné moi-même : quinze minutes de la voix et des mots d’Hemphill, peut-être son plus bel ouvrage de tous les temps ! Ça a été une des plus étranges choses que j’ai réalisées de toute ma vie, ce genre de choses qui vous dépassent.

Cinq ou six ans plus tard, j’ai vu Hemphill pour la dernière fois à Fort Worth. Il avait déjà perdu une de ses jambes des effets du diabète, ce qui ne l’a pas empêché de tourner autour de tout le monde et ce soir-là sur scène. De ces quelques instants passés avec Julius, j’ai fait une composition : « Hymn for Julius Hemphill », qui est l’une des parties de mon Hymn Cycle, que mes fils et moi interprétons quasiment à chaque fois que nous jouons ensemble. Je connais la mélodie de mémoire, mais je ne crois pas avoir jamais réussi à bien improviser dessus. Je joue trop de notes. Je me perds dans la ligne de basse qui fait écho à la manière dont Hemphill parlait et qui, lentement, vous hypnotisait. Voilà pourquoi, des années après sa disparition, et alors que je pense savoir me servir de ma trompette, Julius Hemphill me montre encore de quelle manière jouer de mon instrument – et moi, je suis là, perdu sur la route, dans la fumée et les résonances profondes de la voix de Julius Hemphill.

21 par Dennis Gonzalez


Marielle V Jakobsons : Glass Canyon (Students of Decay, 2012)

marielle v jakobsons glass canyon

Elle a beau avoir bossé avec Helena Espvall (Espers), c’est la toute première fois de ma vie que j’entends un disque de Marielle V Jakobsons – et, comme on dit en anglais, I’m glad I did. Auteure de sculptures sonores qui évoquent à la fois Mia Zabelka et Aaron Copeland, le tout mariant le violon, instrument de base de la musicienne américaine, aux synthétiseurs.

Tout en optant pour un stylé répétitif totalement représentatif de la scène musicale d’outre-Atlantique – qui n’a jamais entendu les boucles infinies de Philip Glass, même si le cas présent, nous en sommes loin – l’artiste d’Oakland ne donne toutefois pas toujours sa pleine mesure. Par instants, on se croirait même en plein revival faux synthkraut, voire même Vangelis (gloups), alors qu’en d’autres lieux, plus avantageux, des échos kosmische à la Tangerine Dream vs Leyland Kirby viennent heureusement compléter le tableau. Incomplet, hélas.

Marielle V Jakobsons : Glass Canyon (Students of Decay)
Edition : 2012.
CD / LP / Digital : 01/ Purple Sands 02/ Crystal Orchard 03/ Cobalt Waters 04/ Dusty Trails 05/ Albite Breath 06/ Shale Hollows
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Evan Parker, John Edwards, Eddie Prévost : All Told (Matchless, 2012)

evan parker john edwards eddie prévost all told

En 2011, Eddie Prévost fit plusieurs rencontres au Network Theatre de Londres : saxophonistes « remarquables » nommés Evan Parker, John Butcher, Jason Yarde, Bertrand Denzler. All Told, premier volume de la série « Meetings with Remarkable Saxophonists », revient sur l’association Prévost / Parker (ici au seul ténor), pas inédite – selon le percussionniste, Parker est le musicien qui sut le mieux comprendre et même faire sienne l’esthétique d’AMM – mais toujours prometteuse. Et qui, en plus, profite ici de la présence de John Edwards.

All Told, en deux parties : de pondérée, l’improvisation se fait ombreuse : le trio élevant puis maintenant un murmure qui joue de références au jazz autant que de débordements libres, qu’ils soient individuels ou associés. La seconde moitié de l’enregistrement agence des phrases plus longues et le discours des musiciens redouble de vigueur. Echappés des ténèbres, Parker, Edwards et Prévost, inventent en fauves affranchis. Sous l’effet de coups d’archet cahotant, les sonorités découvertes – couleurs travaillées à l’oreille fureteuse – s’affolent et s’imbriquent. Le même archet n’a plus qu’à lentement les déposer : All Told !

Eddie Prévost : All Told. Meetings with Remarkable Saxophonistes – Volume 1 (Matchless Recordings / Metamkine)
Enregistrement : 30 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ All Told – part 1 02/ All Told – part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Henry Threadgill Zooid : Tomorrow Sunny / The Revelry, Spp (PI, 2012)

henry threadgill zooid tomorrow sunny

A y écouter de plus près, les propositions harmoniques du Zooid (Liberty Ellman, Jose Davila, Christopher Hoffman, Stomu Takeishi, Elliot Humberto Kavee) d’Henry Threadgill rejoignent souvent l’harmolodie d’Ornette Coleman. C’est sur les tempos binaires – et néanmoins contorsionnés – que le cousinage est le plus évident : la batterie s’invite élastique, jamais statique et le saxophone alto rejette le solo au profit d’interventions éphémères.

Sur tempos lents, le trouble trouve toute sa place. Ici, l’on suggère plutôt que l’on assène : tuba et basse acoustique grandissent l’unisson ou s’investissent dans le contrepoint, la flûte exulte et le violoncelle de Christopher Hoffman, nouveau venu dans le groupe, impose ses lignes claires et vivaces. En ce sens, désapprouve presque le mystère continu et persistant de la musique de Zooid. On le voit : Ornette n’est jamais très loin.

Henry Threadgill Zooid : Tomorrow Sunny / The Revelry, Spp (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ A Day Off 02/ Tomorrow Sunny 03/ So Pleased, No Clue 04/ See the Blackbird Now 05/ Ambient Pressure Thereby 06/ Put on Keep-Frontispiece, Spp
Luc Bouquet © Le son du grisli



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