Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Audrey Lauro : Life is Knife (Setola di maiale, 2012)

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En deux duos, découvrir  ici, l’alto singulier d’Audrey Lauro.

En duo avec la violoncelliste Isabelle Sainte-Rose, l’unisson se consomme large. S’effaçant ou s’intensifiant, le grain se voile, s’allonge, bruisse, racle, craquelle. Parfois se crispe, interrompant ainsi une traversée pourtant bien engagée.

En duo avec la voix, tout aussi singulière, de Jean-Michel Van Schouwburg, le dialogue se dresse en plusieurs axes. S’émancipe en des spectres inouïs (pleurs, écartèlements, douceurs, mélodies) et se détermine totalement en un ardent unisson. La boucle est donc bouclée.

Audrey Lauro, Isabelle Sainte Rose, Jean-Michel Van Schouwburg : Life Is Knife / Systers (Setola di Maiale)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ La pendule 02/ Chambre froide 03/ Bruissements d’elles 04/ Essuie-glaces 05/ Les inséparables 06/ Un train sec 07/ Avis 08/ Feed Backing Fish 09/ Feed Back Fishing 10/ Talki Walki 11/ Ancrages 12/ Rappel
Luc Bouquet © Le son du grisli



SFE : Positions & Descriptions (Clean Feed, 2011)

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Sous la conduite de Clark Rundell, trouver ici quinze musiciens de choix, dont Simon H. Fell (qui signe ce disque pour avoir écrit la composition à y entendre), Jim Denley, Alex Ward, Tim Berne, Rhodri Davies, Joe Morris, Steve Beresford, Mark Sanders… Suffisant pour revenir aux chimères orchestrales…  

Découpées en neuf parties, Composition No. 75 débute au son de dissonances sur swing clair qui s’entendront sur une progression très écrite et en conséquence interprétée avec application – la découpe rappelle le Braxton de partition. Entre les lignes, des improvisations sont commandées : les instruments déboîtent les uns après les autres, la machinerie électronique jouant l’élément perturbateur de l’ensemble.

Au mitan, la harpe et le violon élaborent les secondes les plus convaincantes de l’enregistrement : leur association vaut tous les discours, mais déjà le groupe retourne au swing, aux unissons communs voire à une musique d’illustration. Redisons-le, les plus beaux moments de l’expérience sont ceux commandés par une écriture en perdition : les souffles déviants la gonflent de folie et les frappes la raniment. La conclusion, de jouer de graves derniers et de leurs entrelacs, d’un piano arbitrant une joute de cordes frottés et d’unissons emportés derrière lesquels Fell saura disparaître, en meneur impérieux.

SFE : Positions & Descriptions (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01/ Movt. I 02/ Who's The Fat Man? 03/ Movt. II 04/ FZ pour PB 05/ Movt. III 06/ Graphic Description 07/ Movt. IV 08/ Plusieurs Commentaires de PB pour DR 09/ Movt. V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Delphine Dora, Bruno Duplant, Paulo Chagas : Onion Petals as Candle Light (Wild Silence, 2012)

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Ici, le trio Dora / Duplant / Chagas brouille les pistes. Les mélodies sont esquissées, et c’est leur envol, leur évanouissement, leur transformation qui importe. Le piano, préparé, se fait percussion, la clarinette flûte ou violon, la contrebasse violoncelle ou guitare. Tout est suspension, mais la brèche s’ouvre parfois aux emballements, aux précipitations, aux rebonds qui, finalement, n’éloigneront jamais la musique d’un périmètre resserré.  Mais point d’étouffement, de claustrophobie, de monotonie en ces lieux.

C’est grâce à cette circonscription, cette proximité des notes jouées que cette musique nous semble si proche. Instantanément proche. C’est à notre oreille que son souffle s’adresse, à elle seule, en une confidence dont l’enchantement ne s’évanouira jamais des 41 minutes (et 10 morceaux) que durera  ce voyage. Car, non plus, la circonscription, l’assignement à résidence n’empêcheront les trois musiciens de pratiquer l’art de l’exploration méthodique et poétique de territoires forcément intérieurs.

Delphine Dora, Bruno Duplant, Paulo Chagas : Onion Petals as Candle Light (Wild Silence)
Edition : 2012.
CD : Onion Petals as Candle Light
Pierre Lemarchand © le son du grisli


Eve Risser : En corps (Dark Tree, 2012)

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Le mouvement choisi par Eve Risser, Benjamin Duboc et Edward Perraud n’est pas de ceux qui se contractent ou s’échappent. C’est un mouvement-situation, un mouvement qui, trouvant son centre, ne va plus le lâcher. Il faudra quelques minutes pour qu’à l’intérieur de ce centre se distingue  une pulsation. Maintenant, exposée au grand jour, elle s’entête, grandit. C’est à peine si l’on remarque ces balises qui viennent, régulièrement, apostropher l’improvisation.

Obstinés, nos amis improvisateurs ne desserrent pas le fil qu’ils ont tendu. Ils persistent, insistent. Les saillies sont rythmiques et envoûtantes. Piano, batterie et contrebasse ne font qu’un. La fusion est totale. Maintenant, la vibration s’est tue. Mais son souvenir demeure. Fort et poignant.

EN ECOUTE >>> Trans & Chant d'entre (extraits)

Eve Risser, Benjamin Duboc, Edward Perraud : En corps (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 mars 2012. Edition : 2012.  
CD : 01/ Trans 02/ Chant d’entre
Luc Bouquet © le son du grisli


Watercoloured Well : Arsonist’s Rebirthday Audition (Monochrome Vision, 2012)

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Après un concert, huit Allemands que l’art torture  (Brandstifter, Ronnie Oliveras, Dirk Huelstrunk, Tanja Roolfs, Daniel Voigt, Johannes Lauxen, Mr. Ebu & Barbara Rössler) improvisèrent jusqu’à plus soif. Arsonist’s Rebirthday Audition rapporte l’expérience de musique et d’éthylisme que signent les… Watercoloured Well.

Le tout commence sur une rythmique étrange et un faux-air de post-indus pour aller ensuite voir du côté d’une ambient rock expérimentale (ou d’un krautrock planant, au choix) puis vers une ambiance de train fantôme où des larsens et des notes de synthé sortent des cercueils  plantés à la verticale. Tout à coup, un drone ajoute au mélange un je ne sais quoi d’indian vibes. Une pincée de basse donne à la préparation une couleur noire et c’est Earth ou Sun O))) qu’invoquent les membres – sont-ils encore huit à l’heure qu’il est ? – de Watercoloured Well. En deux mots ? Foutraquement plaisant.

Watercoloured Well : Arsonist’s Rebirthday Audition (Monochrome Vision)
22 janvier 2011. Edition : 2012
CD : 01/ Gathering 02/ 100-01 - Feedback 03/ All Songs All Time 04/ Cosmic Kisses 05/ Backdrift Gallow 06/ Bottle Fight - Perfect Bird 07/ Cosmic Interlude-Gently Down
Pierre Cécile © Le son du grisli



Axel Dörner, Jassem Hindi : Waterkil (Corvo, 2012) / Dörner, Rodrigues, Moimême, Guerreiro : Fabula (Creative Sources, 2012)

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Réunies sous le nom de Waterkil : deux pièces récemment improvisées en concerts à Stockholm et Berlin par Axel Dörner et Jassem Hindi (musicien plus discret sur disque, entendu en duo déjà avec Jakob Riis sur Trunking). Le quarante-cinq tours a la taille d’un trente-trois.  

Il ne faudra donc pas oublier de vérifier la vitesse sélectionnée quand partira le disque. La première face, de poussières tournant en anneaux, attire à elles craquements et déflagrations, sons de principe allant déclinant, notes parallèles de trompette, d’électronique ou d’objets, enfin, qui s’entendent sur un art instinctif de la synchronisation.

Plus virulente, la seconde face est celle de réactions en chaîne qui en démontrent individuellement : son instrument, Dörner le tord et le contraint pour mieux supporter les assauts d’Hindi ; ses machines, Hindi les brique pour soigner l’acidité de leur chant. Deux faces d’une même rencontre dont l’instabilité est gage de réussite.

Axel Dörner, Jassem Hindi : Waterkil (Corvo Records)
LP : A/ Caol: B/ Able:
Enregistrement : 6 octobre 2011 & 11 juin 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Enregistré le 3 décembre 2011, Fabula donne à entendre Axel Dörner en compagnie d’Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême et Ricardo Guerreiro. Sur paysage lunaire – si l’on s’accorde à attribuer à la lune lignes grêles et râles profonds, sifflements et larsens, suspension de bruits – le trompettiste progresse en discret. C’est une présence expérimentée en champ de mines que jalonnent des instruments détournés. Un monochrome, enfin, qui tient parfois de l’atmosphère.

Axel Dörner, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême, Ricardo Guerreiro : Fabula (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 3 décembre 2011. Edition : 2012.
CD :
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Filipe Felizardo : Guitar Soli for the Moa and the Frog (Shhpuma)

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Je n’ai pas aimé ces soli de guitare tout de suite et c’est de leur faute. Le son était trop clair pour moi, même si la guitare saturait rapidement dans les accentuations de jeu. Et puis les notes laissées en suspens à la fin des phrases dans une atmosphère de film de David Lynch : rien de neuf.  Les plaines arides – comme la musique cinématographique m’ennuie –, les arpèges-tirants-bootleneck faciles, rien de bien transcendant.

Tant et si bien que quand le silence prend le pas sur la guitare de Filipe Felizardo, les nuages se dissipent. Le début de Guitar Soli n’était donc que d’une facilité passagère ! La preuve : un blues blanc prend corps (on pense aux duos Loren Connors / Alan Licht), au loin des combats entre les aigus et les graves et même le ronron de l’ampli trouve quelque chose à dire. Malgré ses imperfections, le CD parvient à force à se faire une place de choix dans notre discothèque de guitare-héros fatigués.

Filipe Felizardo : Guitar Soli for the Moa and the Frog (Shhpuma)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Against the Day 02/ A Conference of Stones and Things Previous – The Dance of the Moa 03/ A Conference of Stones and Things Previous – Particulars of a Descent 04/ A Conference of Stones and Things Previous – Of Obsidian, Doubly Refracting 05/ A Conference of Stones and Things Previous – De Vi Centrifiga 06/ II 07/ Of the Excrement and the Frog 08/ The Dreidl Upon the Nose of the Sphynx
Pierre Cécile © Le son du grisli


Øyvind Skarbø : Die, Allround Handwerker! (+3dB, 2012)

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Øyvind Skarbø est batteur de son état. C’est pourquoi on peut imaginer qu'est représentée sur la couverture de Die, Allround Handwerker ! une batterie étendue au maximum des possibilités permises par la (raisonnable) taille humaine. Ou encore une ville réduite et prête à résonner (un hommage à John Cage, encore ?). Ou un atelier au bois épais pour mieux supporter les coups.

La musique de Skarbø (et de Kresten Osgood qui joue avec lui) est pourtant minimaliste, tout du moins d’aspect. Les frappes et les constructions sont minces, la lutherie électronique craquèle contre le bruit de conques et un goût pour l’électronique s'impose. Grâce à elle, le batteur propulse des billes qui tournent dans un plateau ou repasse à l’envers une cymbale agressive. Elle contrastera avec la charley coincée en fin de parcours, comme sont coincés de beaux moments dans la volubilité de cet enregistrement explosif.  

Øyvind Skarbø : Die, Allround Handwerker! (+3dB)
Edition : 2012.
CD : Die, Allround Handwerker!
Héctor Cabrero © Le son du grisli


London Jazz Composers Orchestra : Harmos (Intakt, 2012)

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Des contours flous et quel autre effet détachent étrangement la musique de l’image dans cette captation d’Harmos du London Jazz Composers Orchestra, donné en 2008 au festival de jazz de Schaffhausen.

Qu’importe. Le temps pour Barry Guy de présenter la pièce – enregistrée déjà en 1989 pour Intakt – et de la dédier à Paul Rutherford, disparu quelques mois plus tôt, et voici trois trombones (Conny Bauer, Johannes Bauer, Alan Tomlinson) entamant la partition. Celle d’une composition aux airs de vaisseau d’envergure que dirige Guy avec le concours d’Howard Riley : mélodies lustrées à l’unisson, progressions dramatiques, morceaux de classique sévère ou d’opéra bouffe, convocations de jazz – orchestral, swing (dont l’éclat peut parfois décontenancer : intervention de Pete McPhail), free… – et inévitables charges héroïques (Mats Gustafsson, Phil Wachsmann, Evan Parker).

Au jeu des comparaisons, si cet Harmos n’atteint pas les sommets de son prédécesseur – vingt ans plus tôt, Howard Riley, Barre Phillips, Paul Lytton, Evan Parker, Trevor Watts et Phil Wachsmann donnaient déjà de leur personne auprès de Guy, en présence de Paul Rutherford, Paul Dunmall et Radu Malfatti –, sa hauteur n’est pas non plus à négliger : qui le fait dépasser tout autre orchestre du genre d’au moins une quinzaine de têtes.  

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Harmos, Live at Schaffhausen (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 21 mai 2008. Edition : 2012. 
DVD : 01/ Harmos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Paul Van Kemenade : Kaisei Nari (Stemko / Orkhêstra International)

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De Paul Van Kemenade, quinquagénaire néerlandais, on ne connait que peu de choses. A l’occasion de ce Kaisei Nari, on lui découvre une sonorité d’alto sèche et tranchante se partageant entre Art Pepper pour la férocité du phrasé, Bobby Watson pour les vives contorsions et Ornette Coleman pour le côté tête chercheuse.

En duo avec Aki Takase, le grain s’invite tendre et sableux puis se perd en une inutile virtuosité quand entre en piste la caisse claire d’Han Bennink. Avec le Three Horns and a Bass (Angelo Verploegen, Louk Boudesteijn, Wiro Mahieu), les contrepoints sucrés de la west-coast ne sont jamais très loin. Mais avec le Renaissance Vocal Ensemble, c’est un alto sans âme qui brode autour d’une messe de Pierre de la Rue puis s’égare en un flamenco masadien particulièrement sirupeux. Le pire ne s’évite pas et offre ainsi une triste conclusion à cet enregistrement en demi-teinte.

Paul Van Kemenade : Kaisei Nari (Stemko / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.  
CD : 01/ Cherry 02/ Kaisei Nari 03/ For A.T. 04/ Eva 05/ Song for Hope 06/ The Joy 07/ Mex 08/ Lullaby for a Petulant Guy 09/ Une couleur différente
Luc Bouquet © Le son du grisli



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