Le son du grisli

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WhyOakTreeOh : Here Nor There (dEN, 2013)

WHYOAKTREEOH here nor there

Le plus souvent, le souffle droit et timbré de Lawrence Williams tournoie sans trouver proie. C’est un saxophone qui brode. C’est un souffle épais. Très épais. A la limite de la rupture des jugulaires. C’est un saxophone qui flirte avec les sucreries. Parfois, il s’écartèle, s’emballe. Reprend Zorn dans le texte. En deux occasions, il se fait voix : chant d’égorgé, chant d’étranglé.

Le plus souvent, la contrebasse d’Ernö Hock ne fait que rassembler l’harmonie. Ne brille jamais par sa dextérité. Mais tient la barre. Pétrifie le mouvement de sa lenteur. Ne semble jamais vouloir se libérer. Puis, dans un contexte incongru et en solitaire, se fait petit frère de Jimmy Garrison. Et cela, est intense.

Le plus souvent la batterie de Zsolt Sarvari Kovacs ne fait rien d’autre que cadencer des ballades perverses. Perverses parce que lentes et rétives à s’émanciper d’une gangue somnambule et lancinante. Pire, chouchoute les ralentissements. Puis, l’on ne sera jamais pourquoi, carbure aux terres sèches d’une Afrique transportée.

Ainsi va WhyOakTreeOh, étonnant trio anglo-hongrois, entre crimes soniques et étrangeté pétrifiée.

EN ECOUTE >>> The Wild Party

WhyOakTreeOh : Here Nor There (dEN)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Ceres Weeps 02/ The Wild Party 03/ Reka’s Days Are All the Same 04/ Ejjel-Nappali ABC 05/ From the Fields to the Opera 06/…Horses 07/ Meanwhile, Otters Dance…
Luc Bouquet © Le son du grisli

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RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech, 2012)

rm74 two angles of a triangle

Two Angles of a Triangle sonne le retour de Reto Mäder et par voie de conséquence de ses idées fixes (de dark ambient, de minimalisme, de petits arpèges, de parasites angoissants…). Sur deux CD, qui plus est, où il peut se montrer (au choix) inventif, naïf, gentil, terrible…

Débiteur d’ambiances sur le CD1, notre homme glisse sur les cordes de métal de sa guitare, sur des nappes d’ombres synthétiques et recourt ici ou là à des instruments d’une Mäder-Kabbale qui cherche des bruits secrets. Sur le CD2, un piano enfantin n’est cependant pas de taille à révéler quoi que ce soit digne d’intérêt ou des cloches alourdissent un peu la cérémonie. Mais, quelques instants plus tard…

… des glissandi calment les impatiences de l’auditeur au point que Mäder ne donnera dorénavant plus que dans la berceuse. Il double un carillon et la magie opère (d’autant que la petite mélodie dévisse jusqu’à réveiller tous les fantômes qui dorment dans les placards des chambres d’enfants). Comme la peur finira par s’emparer de lui, Madër invente des draps de sons qu’il baptise Laid Open et Show Me the Shadow of the Sun (où son goût des orgues réapparaît). Là-dessous, il est à l’abri, reprend son courage à deux mains et souffle tout ce qu’il a dans le coffre : alors il impressionne !  

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Betwixt 02/ Spineless 03/ Between And Forever 04/ Orka's Dream 05/ A Shimmer Of Bronce 06/ May 30, 2012 2:58 07/ Bees And Ghosts – CD2 : 01/ Anthem For A Windmill 02/ Fen Fire 03/ Because Of The Slow Shutter Speed 04/ Samsa 05/ We Run In Vicious Circles 06/ Laid Open 07/ Show Me The Shadow Of The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Manuella Blackburn : Formes audibles (empreintes DIGITALes, 2012)

manuella blackburn formes audibles

Période apparamment propice aux premières parutions discographiques, le début 2013 nous amène sur les traces de Manuella Blackburn et ses Formes Audibles.

Marchant sur un sentier qui mène du bruitisme alla Gert-Jan Prins à l’électroacoustique de Iannis Xenakis, avec un net penchant pour le second, la compositrice de Manchester raye de son vocabulaire les notions de facilité et de colère. Pas foncièrement accessible au néophyte, son œuvre mérite plusieurs écoutes attentives avant de dévoiler ses saveurs, étrangement pernicieuses et sensuelles.

Manuella Blackburn : Formes Audibles (empreintes DIGITALes / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : 01/ Vista Points (2009) 02/ Switched on (2011) 03/ Karita oto (2009) 04/ Kitchen Alchemy (2007) 05/ Cajón! 06/ Spectral Spaces (2008)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Sun Ra : Cosmo Earth Fantasy (Art Yard, 2012)

sun ra cosmo earth fantasy

Ce qu’Art Yard édite sous le nom de Cosmo Earth Fantasy est un fourre-tout qui célèbre l’univers éclaté de Sun Ra. Musiciens et chorale engoncés en vaisseaux de carton et d’aluminium chantent là le jazz libre, l’expérimentation sonore, l’illustration à usage chorégraphique…

Des enregistrements datés de 1967 à 1974, de répétitions et prestations mêlant danse et musique : nouvelles strange strings en ouverture, explorations de l’intérieur des instruments (piano, premier de tous), joutes auxquelles se livrent Hohner clavinet et hautbois de Marshall Allen, tambours remontés et percussions frénétiques qui défont sur leur passage les réunions opportunes des gestes que l’on imagine aux danseurs et d’une musique directive (claques de Danny Ray Thomson et Atakatune, voix d’Eddie Thomas et Akh Tal Ebah), abstraite (Sun Ra en double éclaireur), répétitive (voix de June Tyson), romantique même (John Gilmore au saxophone ténor). A huit, l’(Astro Infinity) Arkestra sonne un retour au jazz frisant hard bop ; réduit à quatre, il soumet le meneur, Gilmore, Ronnie Boykins et Thomas Hunter, à la mélodie d’Autumn in New York.

C’est ensuite un enregistrement (Saturn) de concert, daté de 1975. « We ran the Cosmos, my brothers and I » : d’hallucinations collectives en surenchères vocales, la formation s’adonne à un théâtre musical plus anecdotique. Ce n’est l’affaire que de dix minutes, et encore, à relativiser seulement.

Sun Ra and His Astro Infinity Arkestra : Cosmo Earth Fantasy (Art Yard / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Cosmo Earth Fantasy 02/ Love Is For Always 03/ The Song Of Drums 04/ The World Of Africa 05/ What's New 06/ Wanderlust 07/ Jukin' 08/ Autumn In New York 09/ Space Is The Place, We Roam The Cosmos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Duo Autinet Marty : Vitesse locale (Musique en friche, 2013)

david audinet sylvain marty vitesse locale

David Audinet est tromboniste, Sylvain Marty est percussionniste. Leur vertu consiste à ne jamais rompre le mouvement et à ne jamais briser la course. En ce sens, le miniature des objets activés sur les peaux par l’un et le souffle zébré de l’autre font plus que débusquer les sons : ils leur donnent vie.

Si ce mouvement, souvent circulaire, ne peut se séparer de sa résonnance (souvent ample et profonde), il admet aussi que tremblements et raclements balaient sa surface. Tels des vents déchaînés, les voici engagés dans de sombres galops, striant et craquelant l’écorce d’une improvisation en de nombreux points passionnante.

Duo Audinet Marty : Vitesse locale (Musique en friche)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Précipitations 02/ Espaces troués 03/ Overdose 04/ Agitation 05/ Moment 06/ Déplacements  07/ Propagation
Luc Bouquet © Le son du grisli

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P16.D4 : Passagen (Monotype, 2012)

p16

C’est à un projet complètement fou (donc nécessaire) que s’est attelé le label Monotype : la réédition de la discographie de P16.D4, groupe allemand qui sévit dans les années 1980 et fit grand bruit quels que furent la nature (électronique, électriques, cassettes, bandes) de ses instruments. Si l’on craint pour Monotype la catastrophe industrielle, on se réjouit d’une telle entreprise !

Car elle nous permet de mettre l’oreille sur des enregistrements labellisés Selektion qui étaient devenus rares et qui nous font un effet d’une rare modernité… Ralf Wehowsky (RLW), membre le plus endurant (si je puis m’exprimer ainsi), et ses comparses Roger Schönauer (RS), Ewald Weber (EW) et bientôt Stefan E. Schmidt (SES), pourraient en effet faire passer Throbbing Gristle pour un gentil groupe de hit parade. Dès Kühe in ½ Trauer, leur premier disque enregistré entre 1982 et 1983, tout est dit (ou presque) : instruments traditionnels (piano, guitares, synthétiseurs, orgues, voix…), loops rutilantes, cassettes réemployées à vau-l’eau, arrangent des atmosphères étouffantes : dans un blockhaus fermé à double tour, vous voilà spectateur des frasques des plus cinglés fantômes Dada. Malgré tout, les musiciens respectent encore un format court de chanson estampillé punk.

Après ce coup de maître, le groupe signe Distruct en retouchant des bandes de Merzbow (qui collaborera souvent avec le groupe), Smegma, De Fabriek, The Haters, Nurse with Wound ou encore du guitariste et saxophoniste Yoshiaki Kinno. P16.D4 y donne dans une sorte d’indus pour ensuite casser tous les codes, mis à part peut-être ceux de la musique concrète (il n’y a qu’à entendre le disque suivant, Nichts Niemans Nirgends Nie, et Bruitiste avec Alchim Wollscheid, l’un des Three Projects publiés par RRRecords et Selektion entre 1988 et 1990). Au diable les punks, donc, voici le temps venu des ingénieurs « studio » farfelus.

Comme pour faire le pont, mais a-posteriori, le gruppe concocte en 1987 Acrid Acme [Of] qui regorge de réutilisations d’enregistrements qui datent, eux, de 1981. On reprend des chansons punks et on les taille au cutter comme s’il s’agissait de vieux jean. Et les bouts qui tombent, on se les arrache aux cris de collages de bouts de chants de guitares ou de cymbales,, de déformations de sons d’orgues, de constructions tranchantes … La pratique est la même pour les morceaux que P16.D4 distribuera sur des compilations k7 publiées aux quatre coins du monde, morceaux compilés sur le disque Tionchor.

Pour terminer en beauté, le grand coffret contient un DVD (neuf vidéos de Markus Caspers et Horst Maus diffusés sur scène pendant les prestations du groupe + quatre films tiré des archives de Caspers qui montrent des inscription ou le tapage fait par des musiciens armés de marteaux ou chatouillant un piano ou les murs d’un studio…), un livret (qui reprend une histoire de P16.D4 publiée signée Dan Warburton pour Wire en 2005 et renferme des photos, des chroniques et les discographies de P16.D4 et RLW) et enfin 4 cartes cartonnées (à jouer puisqu’elles pourraient bien être des non-partitions, qui sait ?). Bref, de quoi tenir quelques mois en bonne et bruyante compagnie !

P16.D4 : Passagen (Monotype)
Enregistrement : 1982-1991. Edition : 2012.
5 CD + 1 DVD : CD1/ Kühe in ½ Trauer CD2/ Distruct CD3/ Nichts Niemand Nirgends Nie CD4/ Tionchor LP CD5/ Acrid Acme – DVD / Ethereal Ephemera
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Irene Kurka : Hildegard von Bingen : John Cage (Edition Wandelweiser, 2012)

irene kurka john cage hildegard von bingen

Quand on se rend compte qu'une idée est bonne, on se demande quelquefois si l'on aurait pu l'avoir. C’est ce qui m'est arrivé en écoutant cet enregistrement de la soprano Irene Kurka. Associer la voix profonde d’Hildegard von Bingen et le chant intérieur de John Cage (ou vice-versa), quelle belle idée, n'est-ce pas ?

Et c’est Irene Kurka elle-même qui semble l'avoir eu. Elle qui interprète neuf fois Hildegard et elle qui donne sa version de Sonnekus² (en neuf temps que Je te veux de Satie inspira à Cage). Elle qui mélange, enfin, les dix-huit pièces déjà chantées. Elle qui fait se confondre l’attachement à la foi et le détachement envers toutes choses, le latin et l'élévation qu'il encourage et l'anglais pressé et sa fuite en avant, le sens des mots et le non-sens de leur expression, etc. Elle : Irene Kurka. Qui ressucite une langue morte et cristallise notre modernité. C'est elle, qui a eu l'idée.

Irene Kurka : Hildegard von Bingen : John Cage (Wandelweiser)
Enregistrement : 22 juin 2011. Edition : 2012.
CD : 01-09/ Hildegard von Bingen 10-10/ John Cage : Sonnekus² 19-36/ Hildegard von Bingen, John Cage
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Languages : Live at Vortex (Gaffer, 2012)

languages live at vortex

D’un pas décidé, Colin Webster (sax), Mark Holub (batterie) et Sheik Anorak (guitare) posent quelques conditions : penser la transe de façon stratégique, débloquer l’inutile et ne mener l’assaut qu’après avoir lentement infusée l’harmonie. En différant et ne solutionnant jamais le chaos qui rode et en insistant longuement sur un trait (libre improvisation, accords soyeux, étrange boléro électrique) Languages démine les codes convenus du genre.

Ainsi, le brutal ne sera jamais systématique et à la déconstruction le trio préférera toujours la solidification des chantiers. Soit pour Languages, le cabossé des drailles ancestrales plutôt que la vitesse limitée de nos mornes autoroutes.

Languages : Live at Vortex (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ Il fait chaud 02/ Languages 03/ Speeche 04/ The Last Vord
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured, 2012)

under the carpet

Comme dans les moutons de poussière que l’on glisse discrètement sous la carpette, il y a de tout dans l’Under the Carpet d’Under the Carpet (Stéphane Rives au laptop, Fadi Tabbal à la guitare élec-trique et Ipad, Paed Conca à la basse électrique et à la clarinette) : de l’expérimental, de la pop, du néo folk, de l’ambient, de l’indus mignon, de la proto dance… et tout ça improvisé.

Ca commence d’ailleurs plutôt bien avec des structures rythmiques qui se chevauchent, une belle guitare électrique sur le feu mais on a bien vite l’impression que le groupe se défoule en passant d’un style à l’autre sans avoir de vision d’ensemble de ce que doit être son magma sonre. Peu avant la moitié du CD, on commence à jouer de racks d’effets sans se montrer ni dans le jeu ni dans le son vraiment original. Après ça c’est la grand naufrage, un saxophone branchouilli-free, une boîte à rythmes branchouilli-ringarde, une guitare branchouilli-héroïque ou des bidons-reverses se montrent incapables d’intéresser. On attend quand même la suite, qui sait ?

Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured)
Edition : 2012.
CD : Under the Carpet
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Enrico Sartori, Tobias Delius, Tristan Honsinger : Baboon (Rudi, 2013)

sartori delius honsinger baboon

Voir associés les noms de Tobias Delius (saxophone ténor, clarinette) et de Tristan Honsinger (violoncelle) c'est, qu'on le veuille ou non, commencer à façonner ses attentes ; c'est convoquer une « mémoire hollandaise » et relier ces musiciens à une famille. Constater ensuite que les compères s'allient, pour ce concert à Munich en janvier 2012, à Enrico Sartori (clarinettes et saxophone alto) c'est espérer que ce dernier les aide à déjouer nos pressentiments et à écarter leurs vieux démons...

Il n'y parvient pas vraiment – et l'auditeur doit se rabattre (sans déplaisir, mais sans excitation, il faut l'avouer) sur ces instant compositions qui mêlent savoir-faire à la désinvolture travaillée et poésie de l'absurde : le set se déroule, dérive à tiroirs, avec ses saynètes, numéros en lambeaux et intermèdes vocaux. Parties de maigres échafaudages, certaines constructions finissent par prendre, s'élever et finalement intéresser, mais justifient-elles la publication de cet enregistrement qui documente un « moment de scène » ?



Enrico Sartori, Tobias Delius, Tristan Honsinger : Baboon (Rudi Records)
Enregistrement : 29 janvier 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Father 02/ Mother 03/ Brother 04/ Sister 05/ Four short stories 06/ Trialogues 07/ Nientese 08/ Fastidi 1 09/ Fastidi 2 10/ Ten, Eleven, Twelve 11/ Paesaggio lunare
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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