Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Nate Wooley Sextet : (Sit In) The Throne of Friendship (Clean Feed, 2013)

nate wooley sextet sit in the throne of friendship le son du grisli

En se découvrant peu à peu, les cuivres (Josh Sinton, Dan Peck) libèrent les composites compositions de Nate Wooley. On oublie facilement ces dernières (un fort air de déjà entendu) pour s’agripper à tel tuba salivaire, à tel barbare baryton ou à telle clarinette basse en pleine crise convulsive.

Il y a alors lieu de se détacher du labyrinthe compositionnel et de se laisser aller au souffle cassant, fractionné, frictionné et métallique du leader, ici dresseur de souffre, ailleurs astre de tendresse. Et ainsi oublier une peu vibrante section rythmique (Eivind Opsvik, Harris Eisenstadt) quand le calme et inspiré Matt Moran vient offrir ampleur et inspiration à une partition qui ne demandait que cela.

EN ECOUTE >>> Make Your Friend Feel Loved

Nate Wooley Sextet : (Sit In) The Throne of Friendship (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Old Man on the Farm 02/ Make Your Friend Feel Loved 03/ The Berries 04/ Plow 05/ Executive Suites 06/ My Story, My Story 07/ Sweet and Sad Constitency 08/ A Million Billion Btus
Luc Bouquet © Le son du grisli



Akio Suzuki, Lawrence English : Boombana Echoes (Winds Measure, 2012)

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On peut voir ici ou ci-dessous à quoi ressemble l'analapos, création d'Akio Suzuki et instrument de lui seul. Qui voudra l'entendre pourra appuyer , où l'on trouve un enregistrement de l'instrument par Eric La Casa, essayer de mettre la main sur de vieux vinyles du maître (Analapos, premier de tous) ou plus simplement commander Boombana Echoes, souvenir consigné sur disque d'une collaboration avec Lawrence English, datée de 2005.

En concert, l'électronique gonflée de field recordings d'English se laisse envahir par un halètement, un chant miniature que l'on boucle, deux à trois notes fredonnées, toutes propositions sonores développées par un écho fantastique (celui de l'analapos en question) qui peut évoquer celui des territoires immergés de Michel Redolfi. Loin de l'ambient léchée souvent commise par English, l'enregistrement met la voix et ses transformations au centre de ses préoccupations : illustratif, voire devenu simple accompagnateur, l'Australien gagne étrangement en présence.

EN ECOUTE >>> Ficus Watkinsiana (extrait)

Akio Suzuki, Lawrence English : Boombana Echoes (Winds Measure / Metamkine)
Enregistrement : décembre 2005. Edition : 2012.
CD : 01/ Ficus Watkinsiana 02/ Manorina Melanophrys 03/ Eucalyptus Signata
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


NYMPH : New Millennium Prayer (Northern Spy, 2013)

nymph new millennium prayer le son du grisli

Alors, bon, quoi, disons le une bonne quoi fois pour toutes, tout en musique serait question d'équilibre. Posons même la question franchement : en musique tout ne serait que question d'équilibre ? Qu'en dit NYMPH, « sept pièces Brooklyn habitant » (Brooklyn-based seven-piece, je cite), qui oeuvre (labeure ?) dans le psych noise jazz (je cite encore, et c'est pas fini).

Sept ans d'expérience (dernière citation), et quid de l'équilibre ? Sept ans à chercher à tenir debout sur un fil tiré sec entre deux buildings pour quel résultat ? Une bonne basse, certes, un gimmick no wave comme on en fait encore plein, ok, mais une poudre asiatique dans la voix d'Eri Shoji, chanteuse qui tire la couverture à elle, c'est à dire : vers le bas. Le free rock est hystérique ? Super, en concert... mais sur disque ?

Sur disque, on s'ennuie ferme au bout de quelques minutes (des minutes qu'on a passées à rêver qu'on tenait entre les mains un disque un peu fou et formidable)... Tout est long, et peut-être même feint, à entendre ces instrumentaux sans tête ni queue, le blah blah de la guitare et cette voix (encore) qui prend son micro pour une lanterne. New Millennium Prayer est le second enregistrement de NYMPH ; sa seconde tentative de tenir debout sur un fil.

EN ECOUTE >>> Battle Funk

NYMPH : New Millennium Prayer (Northern Spy)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Beyond 02/ Battle Funk 03/ Raag Mon 04/ New Millennium Prayer
Pierre Cécile © Le son du grisli


Giuseppi Logan : More (ESP, 2013) / ...And They Were Cool (Improvising Beings, 2012)

giuseppi logan more

Ce qui était OVNI hier le reste aujourd’hui. Chez Giuseppi Logan, la dissonance est une nature première. Rarement chez un souffleur de la new-thing (Marzette Watts, Bill Dixon pour me faire mentir), la périphérie n’aura jamais été aussi évidente, aussi inspirante. Il y a chez Logan un besoin incompressible de pervertir une matière déjà bien débauchée. Nul doute qu’ailleurs, dans d’autres sphères, le résultat aurait été le même.

Ici, le voici flûtiste aux bouffées sataniques, clarinettiste aux instances baroques, pianiste impudique, altiste transgressif. A ses côtés, le pianiste Don Pullen (longues coulées d’instabilité), les contrebassistes Reggie Johnson ou Eddie Gomez et le batteur Milford Graves (tous les tambours du monde en un seul set), tirent plus d’une fois la couverture à eux (Logan se greffant sur l’improvisation plus que ne la dirigeant) mais, toujours, abondent de justes chaleurs et ingéniosités. Un OVNI bienveillant donc.

Giuseppi Logan : More (ESP / Orkhêstra International)
Energistrement : 1965. Réédition : 2013.
CD : 01/ Mantu 02/ Shebar 03/ Curve Eleven 04/ Wretched Saturday
Luc Bouquet © Le son du grisli

giuseppi logan and they were cool

Le guitariste Ed Pettersen a un jour retrouvé Giuseppi Logan après s’être demandé (comme beaucoup) où (si ?) il était (encore). Enregistrer avec lui était donc la moindre des choses : suite au Giuseppi Logan Project, le duo retournait en studio accompagné de Jessica Lurie (flûte) et de Larry Roland (basse). Free des origines ragaillardi par les insistances encourageantes du guitariste (Taking A Walk In The Park), mystère déroutant enfoui sous les rumeurs d’un accompagnement réfléchi (With My Dog Sam), jusqu’à ce que le piano (Logan posté derrière) brise l’harmonie. Alors, des titres plus conventionnels, de poursuites en minauderies, disent que deux faces de quarante-cinq tours auraient suffi aux retrouvailles.

Giuseppi Logan : … And They Were Cool (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 26 juin 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Taking A Walk In The Park 02/ With My Dog Sam 03/ Singing The Blues 04/ Trying To Decide 05/ Which Path To Choose 06/ And Which To Avoid
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Rishin Singh : Three Weevils (Avant Whatever, 2013) / Ulrich Krieger : Up & Down 23 (B-Boim, 2009)

rishin singh three weevils le son du grisli

Partenaire de Jim Denley et Sam Pettigrew dans le projet Embedded ou intervenant auprès de Jason Kahn sur Open Space, Rishin Singh dit « essayer de ne pas imposer son propre son aux sons qui l'environnent ». Three Weevils, enregistrement solo que publie aujourd'hui Avant Whatever, brouille pourtant les cartes.

En guise de repère, reste alors le son d'une corne de brume (le trombone de Singh, en vérité) arrivant d'un lointain dont les vagues conservent une mystérieuse force de chant : c'est Ablute, et un peu plus de trois minutes. Au-delà, ce sera le vacarme d'une rafale de grisailles dont l'intensité n'aménage le moindre espace à la musique : c'est Kambah, sur six minutes et demi.

Entre les deux plages, vingt minutes durant, Vinyl joue de craquements attendus sur lesquels se poseront, délicates et à distance, de longues notes de trombone. L'art est patient et l'épreuve habile, qui rappelle, à un autre instrument, le passage d'Ulrich Krieger chez B-Boim (Up & Down 23) et engage l'auditeur à en apprendre davantage sur ce trombone des antipodes.

EN ECOUTE >>> Trois extraits

Rishin Singh : Three Weevils (Avant Whatever)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ablute 02/ Vinyl 03/ Kambah
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ulrich krieger up & down 23

Enregistré en janvier 2005, Up & Down 23 donne à entendre Ulrich Krieger prendre un peu de distance avec le minimalisme qui l'a beaucoup occupé. Etonnant passage de relais entre notes de (jusqu'à quatre) saxophones soprano qui font cas de silence et d'harmonie, la longue pièce installe une polyphonie défaite capable d'insistances autant que d'abandons. Le livret avait prévenu : « This is instrumental electronic music ». Les réécoutes attestent quant à elles : une référence dans le domaine.

Ulrich Krieger : Up & Down 23 (B-Boim)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009.
CD : 01/ Up & Down 23
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Ed Bear, Lea Bertucci : Controlled Burn (Peira, 2012)

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D’abord l’unisson. Rester unis. Se trouver et envelopper la matière. L’étendre sans jamais la brusquer. Stagner dans la gangue.

Ensuite, faire surgir de fines lames : trilles ou triolets se dégageant du leurre sonique. Décoller mais rester unis. Animer les harmoniques de ces souffles-paquebots. Puis les oublier et s’étaler en une autre dimension. Voici un drone. Voici des vents zébrés. Voici une impulsion. Voici une courte mélodie. Voici un court motif, sujet incongru au milieu de cet océan glacé. Et enfin, tout taire des soubresauts et cabrioles que n’autoriseront jamais le saxophone baryton d’Ed Bear et la clarinette basse de Lea Bertucci.

Ed Bear, Lea Bertucci : Controlled Burn (Peira)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Somniferum 02/ Scelsi Girls 03/ Tooth 04/ Fanfare 05/ Things Have to Change 06/ Rare Earths 07/ Lines and Sirens 08/ Please
Luc Bouquet © Le son du grisli


Woodger Speece / Thierry Burnhout : 14 Rhythms for Jamilla / This Beehive State (Tanuki, 2013)

woodger speece 14 rhythms for jamilla thierry burnhout this beehive state

Enfourner une cassette dans le vieux lecteur quand on ne connaît aucun des intervenants de ladite cassette n'est pas chose aisée. Mais cela peut réserver des surprises.

Face A Woodger Speece, Face B Thierry Burnhout. L’un et l’autre s'en donnent à cœur joie pour vous changer les habitudes expérimentales. D'abord dans une noise à crachements et larsens des moins originales, certes. Mais ensuite dans une cadence qui s'installe, broyant toutes les régularités : ça crache encore, ça vous fait sursauter, mais aussi fredonner sur bandes, ou siffler sur des cracks à la Richard Chartier revenu d'Amityville. Bref, Woodger Speece quelques fois et Burnhout surtout ont de quoi remuer de fond en comble toutes les idées que vous vous faisiez de la noise, et toutes celles que vous vous faisiez de l'ambient. Pas mal, pour des inconnus.

Woodger Speece / Thierry Burnhout : 14 Rhythms for Jamilla / This Beehive State (Tanuki)
Edition : 2013.
Cassette : A/ Woodger Speece : 14 / Rhythms / For / Jamilla B/ Thierry Burnhout : This Beehive State
Pierre Cécile © Le son du grisli


The Whammies : Play the Music of Steve Lacy (Driff, 2013)

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Décidés à « jouer la musique de Steve Lacy », The Whammies le font effectivement... mais ne font que s'y tenir – là où le sopraniste espérait que ses partitions, ouvertes sur l'improvisation, serviraient de tremplins vers un « other stuff »...

Certainement la tâche n'est-elle pas si aisée, et c'est bien ce que montrent, près de dix ans après la disparition du compositeur, plusieurs des groupes qui s'attellent à son énorme répertoire : les uns appuyant le trait (on pensera au trio Lacy Pool), les autres « re-composant » (comme Ideal Bread qui enregistre son troisième disque, Beating the Teens, d'après les années Saravah de Lacy).

Jorrit Dijkstra (saxophone alto et lyricon), Pandelis Karayorgis (piano), Jeb Bishop (trombone), Mary Oliver (violon, alto), Nate McBride (contrebasse) et Han Bennink (batterie) semblent avoir choisi, de leur côté, une forme de reconstitution – d'un son, d'un univers (jusqu'au clin d'œil monkien final), voire d'un groupe, bien que l'effectif éclate souvent en petites combinaisons instrumentales. Bien sûr, on ne peut que saluer le soin et l'allant de l'entreprise, l'apport d'une pièce lacyenne inédite et la fidélité au « texte », mais la quantité de morceaux regroupés entrave leur exploitation, l'exploration de leurs propositions. Avec ce second volume, sans doute The Whammies aèrent-ils les partitions et dressent-ils un bon aide-mémoire, mais ce « patrimoine » n'est-il pas assez solide pour être mieux secoué ou plus sauvagement cannibalisé ?!

The Whammies : Play the Music of Steve Lacy Volume 2 (Driff Records)
Edition : 2013.
CD : 01/ Skirts 02/ Pregnant Virgin 03/ Lumps 04/ Art 05/ Somebody Special 06/ The Oil 07/ Feline 08/ Saxovision 09/ Threads 10/ Hanky-Panky 11/ Wickets 12/ Shuffle Boil
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Correction, Mats Gustafsson : Shift (NoBusiness, 2013)

correction mats gustafsson shift

L’idée est bien celle d’une mise au point nécessaire, commandée par un retour de Mats Gustafsson à un jazz sémillant – comprendre à un « retour à l’ordre » ? Après quelques expériences bruitistes, pour beaucoup réussies, repli donc vers la ligne claire à l’invitation de Correction – soit : Sebastian Bergström (piano), Joacim Nyberg (contrebasse) et Emil Åstrand-Melin (battrie).

Hélas, le piano brille jusqu’en son for intérieur – cordes mollement chatouillées quand Bergström s’y porte en-dedans – et multiplie (ô combien) les notes sans jamais rien déranger de la Face A. A peine mieux ensuite : le même jouant les accompagnateurs d’un baryton qui tire l’association à lui – certes, avec force. La correction n’est pas suffisante : on n'y voit rien qui vaille, voire point, et ce des lointains contours à l'introuvable noyau.

EN ECOUTE >>> Winters Within >>> Four Is A Sufficient Condition for Amendment

Correction, Mats Gustafsson : Shift (NoBusiness)
Enregistrement : 2 & 3 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A1/ Looking up. Birds A2/ Winters Within A3/ Personal Note No. 3 – B1/ Four Is a Sufficient Condition for Amendment B2/ Correct This! B3/ A New Ghost B4/ Shift
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree, 2013)

steve dalachinsky joëlle léandre the bill has been paid le son du grisli

Ça sent la liberté ici. Ça sent la sueur. Ça sent ceux qui ne se ménagent pas. Ça sent les esprits. Ici, il ne peut être question que de liberté et d’évocation-hommage à celles et à ceux qui n’ont cessé de l’illustrer. En quelque sorte, la poésie de l’un (Steve Dalachinsky) n’est rien d’autre qu’une lutte acharnée. Et chez Joëlle Léandre, chaque note n’est rien d’autre que la marque d’une vraie indépendance.

Il faut donc les écouter, ne rien lâcher, ne rien perdre de la liberté qu’ils sont allé débusquer depuis si longtemps. Une liberté si familière pour nous tous. Qu’il doit être bon de découvrir ces mots, ces musiques pour la première fois. Certain(e)s tomberont donc sur ce disque. Et il y a des chances pour qu’ils ne s’en remettent pas. Adoration ou rejet : point d’autre chemin semble-t-il. Quant à nous, nous ne pourrons qu’écrire, encore et encore, que cette liberté-là est inestimable. Essentielle voire vitale.

EN ECOUTE >>> Son of the Sun (After Magic)

Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vocalise (for Jeanne Lee) 02/ Interlude #1 03/ Son of the Sun (After Magic) 04/ Interlude #2 05/ Sweet & Low (Word of Light and Love/The Bill Has Been Paid) 06/ Interlude #3
Luc Bouquet © le son du grisli



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