Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

The San Francisco Tape Music Center (University of California Press, 2008)

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L’histoire du San Francisco Tape Music Center valait bien qu’on lui consacre un livre entier... Voilà qui est chose faite maintenant grâce au travail de David W. Bernstein  qui a collecté les études nécessaires à l'édition de : The San Francisco Tape Music Center 1960s Counterculture and the Avant-Garde.

C'est l'histoire d'une association née au Trips Festival en 1966, d'une association de musiciens pas comme les autres, de musiciens en avance sur leur temps, à la fois parce qu'ils sont doués d'oreille et d'esprit mais sont aussi parce qu'ils sont au fait des outils technologiques qui peuvent transcender leur(s) pratique(s) artistique(s). Parmi ces musiciens, les plus célèbres sont Pauline Oliveros, Ramon Sender, Morton Subotnick, Tony Martin, David Tudor, Terry Riley, Steve Reich, Philip Winson, Bill Maginnis... Les têtes pensantes et chercheuses d'une science musicale, en quelque sorte, dont ce livre retrace l'histoire commune et qu'il donne à entendre (ou presque) via des entretiens et à voir, même, sur un DVD qui complète l'ouvrage. Aux amateurs de mélanges (ici de la pop et du minimalisme, de la musique expérimentale et de la musique contemporaine), on ne peut que recommander la lecture de cette histoire de la contre-culture et de l'avant-garde américaine.

David W. Bernstein : The San Francisco Tape Music Center 1960s Counterculture and the Avant-Garde (University of California Press)
Edition : 2008.
Pierre Cécile © le son du grisli



Georg Gatsas : Five Points (Nieves, 2010)

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L’œil trouve un chemin dans l’envers du décor. En résulte que le Lower Manhattan du photographe suisse Georg Gatsas est charismatique, qu’il ait été capturé en noir et blanc ou en couleurs. Un bout de terre américaine qui apparaît comme isolée, défraîchie, abandonnée ou, puisque ce n’est pas le cas, habitée par des artistes qui s’y accrochent comme les éléments indispensables d'un paysage foklorique (Martin Rev de Suicide, Tom Jarmush, Rita Ackermann) – la vraie pauvreté souffrira toujours d’être moins photogénique.

Aux alentours d’une galerie d’art, l’œil de Gatsas s'écarte peu à peu de son premier chemin et attrape sur le vif des vues d’une Chinetown amputée d'exotisme ou d’un autel bizarre dont les offrandes aux trois bouddhas sont des cartons vides et des détritus. Pour être complet, Gatsas insère dans son cahier des photos couleurs de concerts qui savent se passer de la gloriole du milieu, mais sans convaincre toutefois des preuves de vie qu’ils diffusent. Le plus beau reste sans doute les superpositions de drapeaux américains en berne (ou pas) et de grillages percés qui marquent les abords d’un quartier d’artistes à la désolation superbe. Depuis Baudelaire on sait que c'est là que réside la beauté ultramoderne.

Georg Gatsas : Five Points (Nieves / Les presses du réel)
Edition : 2010.
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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William Parker, Marcello Lorrai : Conversazioni sul jazz (Auditorium, 2010)

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Il faudra d’abord dire que l’Italien de ce livre n’est pas celui, pour ne prendre qu’un exemple, des romans de Bontempelli, soit : est accessible à qui ne pratique pas la langue mais est doué quand même d’un minimum d’entendement. Ensuite, noter qu’il s’agit là d’un long entretien donné par William Parker à Marcello Lorrai, journaliste à qui aucune revue ne peut offrir autant de pages pour un même sujet et scribe qui regretterait sans doute qu’un tel témoignage ne soit pas consigné sur papier.

C’est qu’ici, William Parker revient sur son parcours – passage par le Jazzmobile, formation de l’Aumic Orchestra, interventions au sein de Muntu, de l’Unit de Cecil Taylor ou d’un orchestre emmené par Bill Dixon – et se plaît aussi à raconter dans le détail la journée type d’un lofter new-yorkais dans les années 1970, à évoquer quelques partenaires charismatiques, notamment percussionnistes (Milford Graves, Hamid Drake, Han Bennink) et contrebassistes (Charles Mingus, Peter Kowald, Henry Grimes), ou encore à répondre aux questions touchant à son rapport à la religion (école italienne de journalisme). En une centaine de pages qu’augmente un cahier d’une quarantaine de photos signées Luciano Rossetti, Conversazioni sul jazz peint un William Parker aussi lucide et humble qu’il est imposant.

William Parker, Marcello Lorrai : Conversazioni sul jazz (Auditorium Edizioni)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Théo Lessour : Berlin Sampler (Ollendorff & Desseins, 2009)

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Il faut se méfier des gens qui savent tout, des spécialistes qui n’en sont pas. Ne connaissant pas Théo Lessour, je l’ai soupçonné (à tord, disons-le tout de suite) d’être de ces faux avertis lorsqu’est arrivé ce livre, Berlin Sampler, qui a pour objectif de traiter en 400 pages (dont on peut télécharger ici les 19 premières) des liens qui unissent Berlin à toutes sortes de musique, que Lessour classe en quatre grandes catégories : E-Musik (musique savante), U-Musik (divertissement / chanson / pop), A-Musik (courants alternatifs) et Techno (techno).

Grâce à cette classification, des allusions qui partent dans tous les sens n’entament pas la solidité de l’ensemble : le livre tient plutôt la route, de son évocation d’Arnold Schönberg à celle de Ricardo Villalobos. Dans le dédale des rues, on croise Alban Berg ou Nina Hagen, Lou Reed ou Blixa Bargeld, Nick Cave (période Birthday Party), des bands de punks et des groupes krautrock et bien sûr Einstürzende Neubauten (le groupe est d'ailleurs privilégié par Lessour). De temps en temps, la ballade est charmante (encore qu’il faut avoir un minimum de culture dans le domaine, la vulgarisation n’étant pas forcément l’affaire de ce livre) mais de temps en temps aussi le promeneur tombe sur des impasses : quasiment rien sur la musique électroacoustique de ces dix dernières années et très peu d’espace réservé au free jazz de Peter Brötzmann, par exemple. 

C’est pourquoi (encore qu'il me faut préciser qu''il ne s'agit pas de jeter l'eau du bain avec le bébé : puisque de beaux passages sont consacrés à la musique classique, au rock et à la techno, même si ils peuvent faire figure de simples résumés de travaux plus précis), il arrive souvent que le lecteur / promeneur perde ses repères, et divague parmi une architecture d’où son regard se détache. Le sujet (l’idée est pourtant belle et promise à d'autres volumes) était peut être trop vaste pour être traité par une seule et unique personne, fut-elle vraiment avertie…

Théo Lessour : Berlin Sampler (Ollendorff & Desseins)
Edition : 2009.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Nick Cave : Mort de Bunny Munro (Flammarion, 2010)

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Alors qu’il vient de signer la BO de l’adaptation cinématographique de l’inadaptable Route de Cormac McCarthy, Nick Cave fait paraître un nouveau livre (ou plutôt un scénario retravaillé) qui reprend le thème de l’errance d’un père et de son fils.

Au début, la traduction commet quelques ratés mais elle s'améliore, et l'on poursuit la lecture. Bunny Munro est un adulte à la dérive, alcoolique et obsédé sexuel notoire, que le suicide de sa femme met au pied du mur ; il doit désormais répondre de ses devoirs de père, et embarque son jeune fils dans une dérive de plus en plus sévère. Mort de Bunny Munro est la chronique d'une mort annoncée dès les premières lignes qui trimballe son lecteur dans des paysages sordides. Heureusement, Cave prend garde d'éloigner tout pathos et réussit à passionner (et même divertir) au gré de l'aventure de son personnage de raté charismatique (à la hauteur des grands déjantés qui ont fait l'histoire de la littérature américaine), dont le salut n'est autre que la progéniture.

Nick Cave : Mort de Bunny Munro (Flammarion)
Edition : 2010.
Pierre Cécile © Le son du grisli



Leif Bo Petersen, Theo Rehak : The Music and Life of Theodore “Fats” Navarro (Scarecrow Press, 2009)

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Le 59e volume de la série « Studies in Jazz » des éditions Scarecrow Press s’intéresse dans le détail au parcours de Fats Navarro : chronologique et sans faille.

C’est que Theo Rehak, l’un des auteurs du livre, a commencé ses recherches dès le milieu des années 1960, allant glaner à Key West ses premières informations : origines familiales, parcours d’enfance, avant que commence la chose musicale : intégration du big band d’Andy Kirk (dans lequel Navarro côtoiera un autre trompettiste d’importance : Howard McGhee). Les chapitres se suivent : succession à Dizzy Gillespie dans l’ensemble de Billy Eckstine puis installation à New York (associations avec Illinois Jacquet, Tadd Dameron, Coleman Hawkins, Dexter Gordon), passage par l’orchestre de Lionel Hampton et enregistrements menés en compagnie de McGhee et Dameron. En filigrane, l’héroïne rattrapant tous les efforts.

Leif Bo Petersen, autre auteur du livre et lui-même trompettiste, extirpe du corpus enregistré – discographie forcément réduite (1923-1950) – des solos remarquables, rangés selon les mêmes chapitres. Passionnants, l’hommage et l’enquête ensemble, qui célèbrent une dernière fois la figure du trompettiste sur la scène du Birdland en 1950, auprès d’autres boppers historiques : Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Bud Powell.

Leif Bo Petersen, Theo Rehak : The Music and Life of Theodore “Fats” Navarro (Scarecrow Press / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Joseph Ghosn : La Monte Young (Le mot et le reste, 2010)

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« Une biographie » qui tient plutôt du portrait : celui que Joseph Ghosn trace, en homme pressé mais aussi passionné, de La Monte Young.

Une fois évoquée sa première rencontre avec le compositeur (un nom au dos d'une pochette d'un disque de Spacemen 3) et donnés quelques exemples des affres avec lesquelles doit faire tout collectionneur de disques – assez naïfs pour sacrifier à l'ère du temps (manquait encore un souvenir de lycée), ces chapitres ne sont toutefois qu'une introduction au sujet (et un appât de quatrième de couverture) –, Ghosn peut exposer le parcours de La Monte Young (et celui de sa compagne Marian Zazeela). S'il pare au plus pressé, le texte est vif et complet, se chargeant en plus d'écrire en filigrane une histoire du minimalisme américain qui commande à d'autres figures d'intervenir : Terry Riley, Philip Glass, Maryanne Amacher, Rhys Chatham, Charlemagne Palestine... En amateur éclairé, Ghosn a la bonne idée de ne pas chercher à établir ici la moindre hiérarchie pour se concentrer davantage sur son portrait du musicien en créateur irréductible et en homme qui échappe toujours différemment aux convenances de son temps.

Alors, la lecture est rapide, sans doute pour permettre au lecteur d'aller entendre la musique du compositeur  – « Il est temps, dit-elle, de tout arrêter pour écouter, écouter, écouter » – et celle des références d'une discographie sélective du minimalisme proposée ensuite. Là, quelques manques (l'auteur privilégiant l'influence du minimalisme sur la pop ou la musique expérimentale au détriment de celle ayant touché quelques compositeurs et interprètes de musique contemporaine, par exemple), mais une autre bonne idée : celle d'aller voir au-delà de tout présupposé et conseille en conséquence d'aller chercher tel enregistrement d'Yves Klein, Alvin Lucier ou Oren Ambarchi, aussi bien que les inévitables pièces de Terry Riley, Steve Reich ou Phill Niblock. C'est pourquoi l'ouvrage fait figure d'introduction plus que satisfaisante aux répétitions de La Monte Young comme à une autre façon de penser la musique (et ses représentations).

Joseph Ghosn : La Monte Young Une biographie suivie d'une discographie sélective sur le minimalisme (Le mot et le reste)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Rob Young : The Wire Primers : A Guide to Modern Music (Verso, 2009)

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L’une des rubriques phares du magazine Wire recense les disques essentiels d’un groupe ou d’un genre musical. The Primer (son nom) fait aujourd’hui l’objet d’un livre : The Wire Primers : A Guide to Modern Music.

Quatre grands thèmes découpent cette compilation d’articles et permet à Rob Young, son concepteur, de distribuer les musiciens :  Avant-Rock (Captain Beefhart ou The Fall se retrouvent là, mais aussi Sonic Youth et Zappa ou des dossiers consacrés à la Noise avec Sudden Infant, Merzbow et John Wiese, ou au tropicalisme – un bémol pour le contenu de celui-ci) ; Funk, Hip Hop & Beyond (de James Brown à Fela Kuti en allant jusqu’à aborder le turntablism de Grand Zero) ; Jazz & Improv (d’Ornette à Sun Ra pour le premier et de l’AMM à Derek Bailey pour le second) ; Modern Composition, pour finir (John Cage et Morton Feldman, Pierre Henry, Pierre Schaeffer, François Bayle, Karlheinz Stockhausen et Iannis Xenakis).

Les méthodes des journalistes de Wire ne sont plus à présenter : les chroniques (toutes très accessibles s’il nous est donné de lire l’anglais) se succèdent après une brève présentation ou un recadrage « historique ». A la fois ouvrage de vulgarisation et guide de curiosités musicales, The Wire Primers : A Guide to Modern Music va permettre aux amateurs du journal d’arrêter de tenir ce carnet dans lequel étaient classés par ordre alphabétique les noms de groupes auxquels étaient accolés les numéros de revues et de pages les concernant. Quoi que... On peut encore trouver du plaisir à ce genre de loisir...

Rob Young : The Wire Primers A Guide to Modern Music (Verso)

Edition : 2009.

Pierre Cécile © Le son du grisli


Appendice à "Inside the White Cube"

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Inside the White Cube est un livre d'artiste inspiré à Yann Sérandour par la lecture d'Inside the White Cube de Brian O'Doherty. Il passe en revue des créations réalisées à partir d'objets, d'œuvres ou de textes préexistant. Cet appendice est un clin d'oeil à l'Appendice à "Une et deux chaises", une des oeuvres reproduites dans le livre publié récemment par JRP|Ringier.


Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat, 2009)

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Loin des dogmes et des poses, Daniel Caux aura travaillé sa vie durant à un œuvre d’amoureux de musique plutôt que de critique, d’honnête promoteur plutôt que de producteur intéressé. Recueil d’articles et d’interviews publiés (dans L’Art Vivant, Musique en jeu, Diapason, Art Press ou encore Le Monde) ou inédits, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe atteste de l’immense tâche accomplie.

Celle d’un défricheur de première importance, donc, qui tenait à ce que d’autres aillent entendre – assuré qu’il était que ceux-là pouvaient écouter aussi bien que lui – des « Music of Changes » qui trouvèrent sous sa plume les mots assez justes pour être enfin partagées. Au nombre des sujets abordés dans le livre : John Cage, avant toutes choses, puis Minimalistes qu’il aimait appeler « répétitifs » (LaMonte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Charlemagne Palestine) ; compositeurs aux intérêts divers (Cornelius Cardew ou Glenn Branca, Gavin Bryars ou John Adams) : musiciens de jazz épris de libertés (Albert Ayler, Sunny Murray, Sun Ra, Milford Graves) ; trois femmes sinon rien (Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen) ; excentriques éternels (Alkan, Leon Thermin, Moondog) ; enfin, musiciens obnibulés par l'électronique (Luc Ferrari, Eliane Radigue, Iannis Xenakis).

La liste est bien sûr incomplète, et il faudra au lecteur de la chronique, s’il veut la compléter, aller voir dans le livre et le disque qui l’accompagne – émission de l’Atelier de Création Radiophonique tirant le portrait de Daniel Caux sous forme d’abécédaire. Là, entendre celui-ci défendre encore Oum Kalsoum ou Urban Sax et s’interroger en compagnie de Luc Ferrari sur la nature oubliée d’un son enregistré, tous deux laissant entendre ici leur plaisir évident. Indispensable.

Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat / Orkhêstra International)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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