Cannonball Adderley : Live in ’63 (Naxos, 2008)

Poursuivant son œuvre d’archivage de films donnant à voir de grands noms du jazz donner des concerts en Europe, la série Jazz Icons publiait en fin d’année dernière sept nouveaux titres, dont un consacré à Cannonball Adderley.
En 1963, le saxophoniste se produit notamment à Lugano et Baden-Baden : en quintette, dans lequel rivalisent de présence Nat Adderley, Joe Zawinul et Yusef Lateef. Ce-dernier, de se voir confier quand même l’attention privilégiée du leader : rendant presque à lui seul la mélodie d’Angel Eyes ou tempêtant sur Jessica’s Day. Ailleurs, le hard bop ciselé du groupe (Jive Samba, Work Song) et un grand hommage adressé par Adderley à Coltrane : Brother John, sur lequel Lateef intervient à la musette en qualité d’idéal intermédiaire de circonstance.
Cannonball Adderley : Live in '63 (Naxos / Abeille)
Edition : 2008.
DVD : 01/ Jessica’s Birthday 02/ Angel Eyes 03/ Jive Samba 04/ Bohemia After Dark 05/ Dizzy’s Business 06/ Trouble in Mind 07/ Work Song 08/ Unit Seven 09/ Jessica’s Birthday 10/ Brother John 11/ Jive Samba
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Getatchew Mekuria, The Ex : 11 Ethio Punk Songs (Buda, 2008)

Filmés à l’occasion d'une récente apparition au festival Banlieues Bleues, le saxophoniste Getatchew Mekuria, les membres de The Ex et quelques invités – parmi lesquels le clarinettiste Xavier Charles – donnent à voir sur 11 Ethio Punk Songs ce qu’ils donnaient à entendre sur Moa Anbessa.
Soit : un précis d’ethio punk, rapprochement hésitant valant définition pour une musique viscérale menée de front autant que développée dans la joie. Aux extraits de concerts, le film ajoute quelques images d’un voyage fait en 2007 à Adis Abeba ainsi qu’une interview de Terry Ex, qui explique là son rapport à la musique éthiopienne et revient sur la collaboration de son groupe avec le plus fier de ses saxophonistes.
Getatchew Mekuria, The Ex & Guests : 11 Ethio Punk Songs (Buda Musique / DG Diffusion)
Edition : 2008.
DVD : 11 Ethio Punk Songs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Guy Girard: Sainkho Namtchylak (La Huit - 2008)

Dans le film que consacre le réalisateur Guy Girard à Sainkho Namtchylak – à l’occasion du concert qu’elle donna en 2004 au festival Banlieues Bleues –, la chanteuse explique souvent ne rien ressentir lorsqu’elle chante. L’explication, refusant le poncif, emboîte ainsi le pas à une pratique vocale hors-norme, que Namtchylak interroge seule, s’échauffant, ou accompagnée : ici, par William Parker et Hamid Drake.
Entre un aller et un retour fantasmés de concert (plan fixe la retenant en taxi), Sainkho Namtchylak ferme les yeux sur scène, semble se laisser happer par le vide, pour donner quelques preuves de vérité que ses partenaires se chargeront d’encadrer. Pendus aux lèvres de la chanteuse, Parker et Drake osent quelques accents, imaginent la suite à venir et parfois la précèdent, se montrent, comme à leur habitude, sensés et délicats. De répétitions enivrantes en discussions découses, l’avant-garde improvisée et nouvelle, jusqu’au développement d’une musique sans frontières et encore convaincante : William Parker à la flûte, Hamid Drake au tabla, Sainkho Namtchylak seule avec eux.
Guy Girard - Sainkho Namtchylak - 2008 - La Huit, collection Freedom Now.

Blue Note, A Story of Modern Jazz (Euroarts - 2007)

Il y a une dizaine d’années, Julian Benedikt réalisait Blue Note : A Story of Modern Jazz, documentaire consacré au label et à l’itinéraire de ses fondateurs : Alfred Lion et Francis Wolff, expatriés allemands partis, en terre lointaine, à la recherche du « black sound ».
Si les débuts du film font craindre l’agencement fruste d’images (pochettes de disques signées Reid Miles, photos en noir et blanc de Wolff) et de son (extraits de concerts et illustration sonore décidée par quelques grands thèmes obligatoires), Benedikt parvient à cerner son sujet lorsqu’il abandonne la technique du clip pour mettre en valeur la parole de témoins convoqués pour l’occasion – parmi d’autres : Max Roach, Ron Carter, Herbie Hancock, Horace Silver, Lou Donaldson ou Rudy Van Gelder.
Au gré des témoignages et d’une trame calquée sur le parcours de Lion (de la création du label en 1939 à son retrait des affaires en 1968), le documentaire saisit l’importance d’une maison qui aura d’abord profité de l’acuité de ses créateurs – l’oreille de Lion et de Wolff, souvent célébrée par les musiciens, davantage que leur sens du rythme – et des relations qu’ils ont su entretenir avec quelques uns des plus emblématiques jazzmen de leur époque.
Blue Note, A Story of Modern Jazz - 2007 - Euroarts. Distribution Harmonia Mundi.

Jackie McLean, Freddie Redd: The Connection (Efor Films - 2007)

Pièce grinçante du Living Theatre transposée au cinéma par la réalisatrice Shirley Clarke, The Connection raconte un soir d'octobre 1962 qu'un réalisateur de documentaire passe en compagnie de marginaux dans un appartement délabré de New York. Parmi ceux-là : Jackie McLean et Freddie Redd.
Comblant comme ils peuvent le temps qui les sépare de leur prochaine prise, les sujets vont de tensions inhérentes au manque en contemplations inquiètes, le tout au son du jazz que jouent quatre des leurs: McLean et Redd, donc, mais aussi le contrebassiste Michael Mattos et le batteur Larry Ritchie. Les paroles, parfois, se mêlent à la musique ; d'autres fois, le film concentre toutes ses attentions à la répétition des musiciens. Interprétant des thèmes que Redd avait écrit spécialement pour la pièce – et enregistrés dès 1960 pour le compte de Blue note -, le quartette sert un bop confronté aux dissonances de l'alto et déploye pour l'occasion un sens amusé de la comédie : impassible, la section rythmique dépose les cadres, quand l'agacement du pianiste contraste avec l'espièglerie de McLean. Alors, sous l'oeil des caméras, le groupe transforme l'attente en moment musical inespéré, et place The Connection entre Shadows et Straight No Chaser dans la liste des films incontournables consacrés au jazz.
Jackie McLean, Freddie Redd - The Connection - 2007 - Efor Films. Distribution Night & Day.

Ari Brown: Live at The Green Mill (Delmark - 2007)

Membre discret de l’AACM, le saxophoniste Ari Brown, souvent entendu aux côtés de Kahil El’Zabar, emmenait en juin 2007 à Chicago un quartette âgé d’une dizaine d’années, qui donne à entendre aussi : Kirk Brown au piano, Yosef Ben Israel à la contrebasse, et Avreeayl Ra à la batterie.
Sur ses propres compositions, Brown défendait là un jazz sobre et élégant, inspectant les possibilités de la modalité (Richard’s Tune) ou servant une ballade travaillée longtemps (One for Skip). Ailleurs, le trompettiste Pharez Whitted est invité à venir, lyrique, soutenir le ténor (Waltz of The Prophets) ou la flûte (Kylie’s Lullaby).
Le film, quant à lui, se satisfait de peu : captation de concert sobre aussi, voire brute, voire rudimentaire, selon les jugements. Instable, en tout cas, mais qui donne à entendre (et donc à voir) un titre de plus que la version cd de cet enregistrement : Evod, marche éléphantesque et enivrante qui vaut qu’on lui pardonne.
DVD: 01/ Richard’s Tune 02/ One For Skip 03/ Waltz of The Prophets 04/ Shorter’s Vibes 05/ Two Gun 06/ Kylie’s Lullaby 07/ Evod
Ari Brown - Live at The Green Mill - 2007 - Delmark. Distribution Socadisc.

Peter Kowald: Off The Road (Rogue Art - 2007)

Deux ans avant sa mort, en 2000, le contrebassiste Peter Kowald sillona les Etats-Unis en compagnie de Laurence Petit-Jouvet, caméra au poing. Dans une Chevrolet achetée sur place, le couple relie les endroits où le contrebassiste est attendu, pour donner concerts auprès d’autres personnages de la Creative Music.
Sur le premier film, les à-côtés d’un périple marqué par les collaborations musicales : avec Kidd Jordan, William Parker, George Lewis, mais aussi Eddie Gale, Marco Eneidi ou Anna Homler. A chaque fois, la simplicité et l’humilité de Kowald densifient les échanges, tous tranquilles, presque tous précis. Au hasard d’autres rencontres, le contrebassiste en apprend sur la vie des déclassés, la politique d’éducation des Etats-Unis ou les discriminations toujours bien présentes.
Plus axé sur la musique, le second film donne à voir Kowald à Chicago : en studio auprès de Ken Vandermark, ou sur scène aux côtés de Günter Baby Sommer et Floris Floridis, ou de Fred Anderson et Hamid Drake. Tous musiciens s’entendant sur les origines du jazz et sur l’importance qu’aura eu sur sa forme actuelle une musique improvisée ayant profité des pratiques différentes, notamment européenne et américaine. En guise de conclusion, un disque reprend les thèmes que le contrebassiste aura abordés durant son voyage, bande-son originale d’un road movie unique et passionnant, complément indispensable de l’hommage élégant.
DVD 1: Off The Road - DVD 2: Chicago Improvisations - CD: 01/ Introduction 02/ New York March 17 2000 03/ New Orleans April 6 2000 04/ Houston April 9 2000 05/ San Diego April 14 2000 06/ Los Angeles April 15 2000 07/ Berkeley May 3 2000 08/ Chicago May 10 2000
Peter Kowald, Laurence Petit-Jouvet - Off The Road - 2007 - Rogue Art.

John Coltrane : Live in ’60, ’61 & ’65 (Naxos, 2007)

Rassemblés ici, trois films de concerts donnés en Europe entre 1960 et 1965 donnent à voir John Coltrane diversement entouré.
A Düsseldorf, d’abord, où le saxophoniste, alors en tournée en tant que sideman de Miles Davis, prend – à la place d’un trompettiste ayant décliné l’invitation – la tête d’une petite formation à l’occasion d’un show radiotélévisé. Auprès de Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb, il interprète un Green Dolphin Street élégant avant d’accueillir Stan Getz puis Oscar Peterson sur une reprise d’Hackensack de Monk.
L’année suivante, c’est en leader que Coltrane revient en Allemagne, participant là à une autre émission, en compagnie de son quartette classique, augmenté d’Eric Dolphy. Célèbre, la séance vaut surtout pour la rencontre des deux saxophonistes, déposant encore l’un après l’autre leurs solos de My Favorite Things ou Impressions.
Plus rares, les images d’un concert donné en Belgique en 1965, toujours auprès de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones, qui attestent d’un tournant inévitable, celui qui mènera Coltrane au seuil d’un free jazz dont Ayler lui attribuera la paternité – l’introduction, en compagnie de Jones, de Vigil, en étant la meilleure preuve. Et l’esquisse aura été faite d’un parcours monumental.
John Coltrane : Live in ’60, ’61 & ’65 - 2007 (Naxos / Abeille Musique).
Edition : 2007.
DVD : 01/ On Green Dolphin Street 02/ Walkin’ 03/ The Theme 04/ Autun Leaves 05/ What’s New 06/ Autumn in NY 07/ Hackensck 08/ My Favorite Things 09/ Ev’rytime We Say Goodbye 10/ Impressions 11/ Vigil 12/ Naima 13/ My Favorite Things
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

The Ex: Building a Broken Mousetrap (Ex Records - 2007)

Des images capturées sur un chantier en construction ouvrent Building a Broken Mousetrap, film que Jem Cohen consacre à un concert donné par The Ex à la Knitting Factory de New York en septembre 2004.
Deux parties – noir et blanc, puis couleur – racontent alors un soir comme un autre dans la vie du groupe hollandais, l’assurance constante de chacun de ses membres étant évidemment au rendez-vous. Sur scène, on donne un rock teinté de punk, qui agence sur l’instant ses plages bruitistes, ses accès de fièvre répétitive et ses rugueux automatismes. Entre – et quelques fois pendant – les morceaux, Cohen glisse des vues nocturnes de New York, où se disputent inquiétude et frénésie, illustration adéquate aux efforts magistraux de The Ex, au chaos magnétique qu’ils martèlent.
The Ex - Building a Broken Mousetrap - 2007 - Ex Records. Distribution Differ-ant.

Dexter Gordon: Live in ’63 & ’64 (Naxos - 2007)

Ayant habité Copenhague pendant plus de dix ans, Dexter Gordon en aura profité pour parcourir l’Europe : afin d’enregistrer à Paris pour le compte de Blue Note, ou donner des concerts de la taille de ceux rassemblés sur ce film : datant de 1963 (en Suisse) et 1964 (aux Pays-Bas et en Belgique).
La première année, au Festival de Lugano, le saxophoniste, entouré du pianiste Kenny Drew, du contrebassiste Gilbert Rovère et du batteur Art Taylor, dispense un bop aux charmes limpides, pétri de cool, et adresse un hommage appuyé à Lester Young, en reprenant notamment You’ve Changed de Billie Holiday. L’année suivante, auprès du pianiste George Gruntz, du contrebassiste Guy Pedersen et du batteur Daniel Humair, il donne un concert en Belgique ou enregistre pour la télévision hollandaise : au programme, l’impeccable – à force d’avoir été étudiée par le ténor – Body and Soul, ou une version élégante de What’s New, thème que Coltrane avait investi plus tôt sur l’album Ballads.
A chaque fois, Dexter Gordon sert, révérencieux, une musique distinguée et opérante, qu’il dispense avec un certain détachement, autre preuve d’une maîtrise capable d’influencer quelques uns de ses confrères : Sonny Rollins, John Coltrane.
Dexter Gordon, Live in '63 & '64 (extraits). Courtesy of Naxos.
DVD : 01/ A Night in Tunisia 02/ What’s New 03/ Blues Walk 04/ Second Balcony Jump 05/ You’ve Changed 05/ Lady Bird 06/ Body And Soul
Dexter Gordon - Live in '63 & '64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.























a>
























