Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Woodger Speece / Thierry Burnhout : 14 Rhythms for Jamilla / This Beehive State (Tanuki, 2013)

woodger speece 14 rhythms for jamilla thierry burnhout this beehive state

Enfourner une cassette dans le vieux lecteur quand on ne connaît aucun des intervenants de ladite cassette n'est pas chose aisée. Mais cela peut réserver des surprises.

Face A Woodger Speece, Face B Thierry Burnhout. L’un et l’autre s'en donnent à cœur joie pour vous changer les habitudes expérimentales. D'abord dans une noise à crachements et larsens des moins originales, certes. Mais ensuite dans une cadence qui s'installe, broyant toutes les régularités : ça crache encore, ça vous fait sursauter, mais aussi fredonner sur bandes, ou siffler sur des cracks à la Richard Chartier revenu d'Amityville. Bref, Woodger Speece quelques fois et Burnhout surtout ont de quoi remuer de fond en comble toutes les idées que vous vous faisiez de la noise, et toutes celles que vous vous faisiez de l'ambient. Pas mal, pour des inconnus.

Woodger Speece / Thierry Burnhout : 14 Rhythms for Jamilla / This Beehive State (Tanuki)
Edition : 2013.
Cassette : A/ Woodger Speece : 14 / Rhythms / For / Jamilla B/ Thierry Burnhout : This Beehive State
Pierre Cécile © Le son du grisli



The Whammies : Play the Music of Steve Lacy (Driff, 2013)

the whammies play the music of steve lacy 2 le son du grisli

Décidés à « jouer la musique de Steve Lacy », The Whammies le font effectivement... mais ne font que s'y tenir – là où le sopraniste espérait que ses partitions, ouvertes sur l'improvisation, serviraient de tremplins vers un « other stuff »...

Certainement la tâche n'est-elle pas si aisée, et c'est bien ce que montrent, près de dix ans après la disparition du compositeur, plusieurs des groupes qui s'attellent à son énorme répertoire : les uns appuyant le trait (on pensera au trio Lacy Pool), les autres « re-composant » (comme Ideal Bread qui enregistre son troisième disque, Beating the Teens, d'après les années Saravah de Lacy).

Jorrit Dijkstra (saxophone alto et lyricon), Pandelis Karayorgis (piano), Jeb Bishop (trombone), Mary Oliver (violon, alto), Nate McBride (contrebasse) et Han Bennink (batterie) semblent avoir choisi, de leur côté, une forme de reconstitution – d'un son, d'un univers (jusqu'au clin d'œil monkien final), voire d'un groupe, bien que l'effectif éclate souvent en petites combinaisons instrumentales. Bien sûr, on ne peut que saluer le soin et l'allant de l'entreprise, l'apport d'une pièce lacyenne inédite et la fidélité au « texte », mais la quantité de morceaux regroupés entrave leur exploitation, l'exploration de leurs propositions. Avec ce second volume, sans doute The Whammies aèrent-ils les partitions et dressent-ils un bon aide-mémoire, mais ce « patrimoine » n'est-il pas assez solide pour être mieux secoué ou plus sauvagement cannibalisé ?!

The Whammies : Play the Music of Steve Lacy Volume 2 (Driff Records)
Edition : 2013.
CD : 01/ Skirts 02/ Pregnant Virgin 03/ Lumps 04/ Art 05/ Somebody Special 06/ The Oil 07/ Feline 08/ Saxovision 09/ Threads 10/ Hanky-Panky 11/ Wickets 12/ Shuffle Boil
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Correction, Mats Gustafsson : Shift (NoBusiness, 2013)

correction mats gustafsson shift

L’idée est bien celle d’une mise au point nécessaire, commandée par un retour de Mats Gustafsson à un jazz sémillant – comprendre à un « retour à l’ordre » ? Après quelques expériences bruitistes, pour beaucoup réussies, repli donc vers la ligne claire à l’invitation de Correction – soit : Sebastian Bergström (piano), Joacim Nyberg (contrebasse) et Emil Åstrand-Melin (battrie).

Hélas, le piano brille jusqu’en son for intérieur – cordes mollement chatouillées quand Bergström s’y porte en-dedans – et multiplie (ô combien) les notes sans jamais rien déranger de la Face A. A peine mieux ensuite : le même jouant les accompagnateurs d’un baryton qui tire l’association à lui – certes, avec force. La correction n’est pas suffisante : on n'y voit rien qui vaille, voire point, et ce des lointains contours à l'introuvable noyau.

EN ECOUTE >>> Winters Within >>> Four Is A Sufficient Condition for Amendment

Correction, Mats Gustafsson : Shift (NoBusiness)
Enregistrement : 2 & 3 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A1/ Looking up. Birds A2/ Winters Within A3/ Personal Note No. 3 – B1/ Four Is a Sufficient Condition for Amendment B2/ Correct This! B3/ A New Ghost B4/ Shift
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree, 2013)

steve dalachinsky joëlle léandre the bill has been paid le son du grisli

Ça sent la liberté ici. Ça sent la sueur. Ça sent ceux qui ne se ménagent pas. Ça sent les esprits. Ici, il ne peut être question que de liberté et d’évocation-hommage à celles et à ceux qui n’ont cessé de l’illustrer. En quelque sorte, la poésie de l’un (Steve Dalachinsky) n’est rien d’autre qu’une lutte acharnée. Et chez Joëlle Léandre, chaque note n’est rien d’autre que la marque d’une vraie indépendance.

Il faut donc les écouter, ne rien lâcher, ne rien perdre de la liberté qu’ils sont allé débusquer depuis si longtemps. Une liberté si familière pour nous tous. Qu’il doit être bon de découvrir ces mots, ces musiques pour la première fois. Certain(e)s tomberont donc sur ce disque. Et il y a des chances pour qu’ils ne s’en remettent pas. Adoration ou rejet : point d’autre chemin semble-t-il. Quant à nous, nous ne pourrons qu’écrire, encore et encore, que cette liberté-là est inestimable. Essentielle voire vitale.

EN ECOUTE >>> Son of the Sun (After Magic)

Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vocalise (for Jeanne Lee) 02/ Interlude #1 03/ Son of the Sun (After Magic) 04/ Interlude #2 05/ Sweet & Low (Word of Light and Love/The Bill Has Been Paid) 06/ Interlude #3
Luc Bouquet © le son du grisli


Bruce Gilbert, BAW : Diluvial (Touch, 2013)

bruce gilbert baw diluvial

Ce sont sept pièces – et pas six, ni neuf ou treize, la faute à Russell Haswell, qui a tout découpé (sequenced) alors que Diluvial aurait pu faire une seule plage qu'on n'aurait pas vu la différence – dont Bruce Gilbert (c'est la rentrée, et Gilbert est encore prof principal ?) et BAW (pour le Beaconsfield Artworks de David Crawforth et Naomi Siderfin) nous gratifient.

Gratifient, j'ai bien dit ! Loin derrière, le passé pop-ambient-indus de Gilbert (en solo, je parle) ; loin devant, les visions de BAW. Alors voilà que se lève un rideau de fumée, l'ambient rampe sur quatre coudes, les bruissements opèrent comme jamais (comme toujours ?). Le plus de la chose réside dans les graves, dans les silences, dans les éléments inattendus (harmonica, grands vents, criquets inframodernes...). Pas assez orgueilleuse, la collaboration se dit “diluvienne”. Elle se nourrit d'eau (forcément), mais aussi de profondeur et de peuples grouillant qu'elle accueille. Pas assez orgeilleux, le titre de cette collaboration ne dit pas ce dont il est capable : vous envoyer (valser) l'arche de n'importe quel Noé à trois millions de coudées. Pour les simples d'esprit (tout heureux qu'ils sont) : c'est beau, très beau.

Bruce Gilbert, BAW : Diluvial (Touch)
Edition : 2013.
CD : 01/ The Void 02/ The Expanse 03/ Dry Land 04/ Lights 05/ Creatures of Sea and Air 06/ Beasts of the Earth 07/ Rest/Reflection
Pierre Cécile © Le son du grisli



Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Live at Théâtre Vidy-Lausanne (Intakt, 2013)

sylvie courvoisier mark feldman live at thépatre vidy-lausanne

A distance ou en proximité, véloces ou en suspens, Sylvie Courvoisier et Mark Feldman regorgent d’éclairs fougueux ou réfléchis. Il y a chez eux des fracas de tendresse, des mélodies qui collent aux oreilles. Il y a Bartok et Fauré qui passent par là. Il y a ce jazz démonté qui pointe un peu son swing. Il y a de l’agilité tzigane dans le jeu du violoniste. Il y a de l’inquiétude grandissante dans les graves de la pianiste.

Il y a deux musiciens passant de l’intime au drame. Deux musiciens connaissant le sens des résonnances et des raclements soniques. Il y a des heures de travail et de concentration. Il y a cette tendresse affirmée, cette justesse du dire qui ne peut que nous éblouir. Et puis il y a, bien sûr, cette complicité essentielle sans quoi rien ne serait possible.

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Live at Théâtre Vidy-Lausanne (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Five Senses of Keen 02/ For Alice 03/ Orpheus and Eurydice 04/ Pindar 05/ Melpomene 06// Simonides 07/ Calliope  
Luc Bouquet © Le son du grisli


Quat Quartet : Live at Hasselt (NoBusiness, 2013)

quat quartet live at hasselt

L'étude – enregistrée en public le 18 juin 2011 – est périlleuse. Son sujet : l'effet du temps sur la force de frappe de Fred Van Hove et de Paul Lovens. Sa conclusion est rassurante, voire heureuse.

Auprès des deux frappeurs annoncés, en trouver deux autres : Els Vandeweyer, jeune vibraphoniste belge, et Martin Blume, percussionniste entendu jadis aux côtés de Phil Wachsmann, Frank Gratkowski ou Joëlle Léandre. Alertes, impulsives, en d'autres mots faites pour s'entendre, quatre pratiques célèbrent un art de l'emportement qui accuse un faible pour les répétitions et les incartades bravaches.

Sur la troisième pièce, les musiciens se passent le relais avant que Van Hove et Vandeweyer (dont le vibraphone s'interdit tout bavardage – chose rare dans le métier) rivalisent de fantaisie : ardents eux aussi, voici les accords transportés par les franches coupes de Lovens, les rattrappages rythmiques de Blume. Du bout des doigts, il est déjà temps de conclure : l'étude qu'est ce Live at Hasselt n'était, tous comptes faits, pas périlleuse, mais promise  à de merveilleux accidents ; surtout, elle fut menée de mains de maîtres.

EN ECOUTE >>> 2 >>> 3

Quat Quartet : Live at Hasselt (NoBusiness)
Enregistrement : 18 juin 2011. Edition : 2013.
CD : 01-04/ 01-04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

meteo Ce samedi 31 août, Fred Van Hove improvisera à Mulhouse en duo avec Shih-Yang Lee. Pour cadre... Météo.


Mats Gustafsson, John Russell, Raymond Strid : Birds (dEN, 2012)

mats gustafsson john russell raymond strid birds

Pour John Russell, Mats Gustafsson et Raymond Strid – intimes, ces deux-derniers, au point de constituer une paire affûtée –, l'exercice de l'improvisation n'est pas une nouveauté. Birds, fait de deux pièces enregistrées en concert à l'Hagenfesten, dit qu'elle est gage quand même de bon temps et même capable de moments précieux.

Ainsi les trois hommes rivalisent-ils de discrétions en ouverture d'une plage longue de trois-quarts d'heure : effleurements, retenues, congestions, jusqu'à ce que les baguettes provoquent chez Gustafsson (là au soprano, plus tard au baryton) une furieuse allergie à l'accortise. Vrillant, le saxophone entraîne la guitare : accords incomplets mais se bousculant, précipitations de notes isolées qui, par paquets, peuvent convaincre Strid de redoubler de dextérité à mains nues. Soit deux pièces données le temps d'une nouvelle épreuve, imparable.

Mats Gustafsson, John Russell, Raymond Strid : Birds (dEN)
Enregistrement : 6 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ The Earth As The Sun And The Ravens Are Watching 02/ The Birds. They Fly As They Want, Don't They?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

meteoJohn Russell, Mats Gustafsson et Raymond Strid, désormais devenus Birds, se produiront au Festival Météo de Mulhouse, Chapelle Saint-Jean, ce 30 août 2013.


Sophie Agnel, John Edwards, Steve Noble : Météo (Clean Feed, 2013)

sophie agnel john edwards steve noble

D’une vibration qui ne se taira jamais vraiment mais qui empruntera de multiples masques, il faut dire l’évidence. Une évidence portée par Sophie Agnel, John Edwards et Steve Noble – ici enregistrés lors du festival Météo 2012. Une évidence qui passe par le détail, par la concentration, par la confiance et par l’écoute.

Soudés, les voici happés par une première station : une vibration qui s’invite obsessionnelle et possédée. Elle vivra le temps qu’elle doit vivre. Puis viendront d’autres mouvements, d’autres froissements, d’autres battements. Des battements d’âme plus précisément. Il y aura de la tension et de la friction, des sons se libérant, des mises en silence. Il y aura des passages secrets, des saccades et des ruades. Une contrebasse prendra le large puisqu’elle ne trouvera pas d’autres chemins et que, celui-ci, sera le plus juste. Le plus juste, précisément, parce que celui choisi. Cette improvisation est intense. Elle nous semble courte. Mais la beauté ne se mesure pas au chronomètre. D’ailleurs la beauté ne se mesure pas : elle s’engouffre dans les élans des protagonistes. Ici, précisément.

Sophie Agnel, John Edwards, Steve Noble : Météo (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Météo
Luc Bouquet © Le son du grisli


John Butcher, Thomas Lehn, John Tilbury : Exta (Fataka, 2013)

john butcher thomas lehn john tilbury exta

Le titre de l'enregistrement (comme les intitulés de ses cinq improvisations) a beau annoncer des entrailles tirées de quelque cérémonie antique, la photo de pochette promettre des viscères pendus sur crocs, le beau sang de bœuf du disque préparer à l'hémoglobine, l'audition de cette heure de musique (extraite d'une séance de studio en juin 2012) ne révèle aucun étal de tripier...

C'est pourtant à l'écoute d'un organisme – celui que forment et sondent John Butcher (saxophones ténor & soprano), Thomas Lehn (synthétiseurs) et John Tilbury (piano) – dans sa temporalité propre, sa pénombre, son mystère, qu'il faut se placer : un pouls insensible, des villosités parcourues de fines ondes électriques, des cavités qu'ouvre le synthétiseur échographe.

Inédite, l'association de ces trois musiciens qui se sont indépendamment fréquentés dans AMM, MIMEO, Thermal ou le Cortet de Fuhler, installe chacun au plus discret, dans une suspension qui agit comme une force d'attraction sur l'auditeur ; frôlant parfois une sorte de torpeur hypnotique, penché sur les humeurs et rumeurs de ce corps, l'exercice est d'une absorbante splendeur.

EN ECOUTE >>> Pulmo II

John Butcher, Thomas Lehn, John Tilbury : Exta (Fataka)
Enregistrement : juin 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Pulmo I 02/ Cor 03/ Pulmo II 04/ Iecur 05/ Fel
Guillaume Tarche © Le son du grisli

meteoJohn Tilbury se produira ce jeudi 29 août à Mulhouse, en compagnie d'Isabelle Duthoit, Keiji Haino et Franz Hautzinger. Deux jours plus tard, dans la même ville, John Butcher apparaîtra seul à la Friche DMC. Dans les deux cas, le cadre sera le même, qui a pour nom Météo.



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