Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Yong Yandsen : Disillusion (Doubtful Sounds, 2013)

yong yandsen disillusion

Être passé par la guitare avant de se consacrer au seul saxophone ténor a-t-il eu une influence sur la musique de Yong Yandsen ? Les sept titres de Disillusion posent (et répondent à) la question.

C'est que le musicien malaisien y affiche un tel intérêt pour les torsions et contorsions qu'on l'imagine tirant sur les clés de son instrument avec autant de facilité qu'il le ferait sur six cordes. Vibrionnant, dérapant, vociférant, empêchant un grave ou insistant dans l’aigu, jusqu’à ce bel air qu’a Yandsen de coincer tout à coup : dans un sillon, le voici maintenant réfléchissant : levant le nez, il avise l’échappatoire et, avec la même inspiration soumise à tempérament, s’y engouffre. Voilà deux faces fortes d’emportements et d’hésitations, loin du solo de saxophone entendu et confiant : lumineuses.

EN ECOUTE >>> - (extrait)

Yong Yandsen : Disillusion (Doubtful Sounds / Souffle Continu / Metamkine)
Edition : 2013.
LP : 1-7/ Disillusion
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Convergence Quartet : Slow and Steady (NoBusiness, 2013)

the convergence quartet slow and steady

Le désir de renouveler les formes, le besoin de chercher de nouvelles pistes est au centre du Convergence Quartet (Taylor Ho Bynum, Alexander Hawkins, Dominic Lash, Harris Eisenstadt). Et ainsi, chacun à tour de rôle, d’y chercher solution. Les pistes proposées ici  ne font que récidiver des schémas mille fois rabâchés ailleurs. L’idée de laisser l’harmonie indemne et de diversifier les mouvements rythmiques n’est pas nouvelle et n’apporte rien de neuf. De même les accélérations et ralentissements ne surprennent plus personne.

Restent malgré tout quelques vives fulgurances : les interventions solistes d’un cornet et d’un piano, parfaitement aiguisés et gourmands d’irrévérence et l’une des compositions du contrebassiste (Oat Roe + Three by Three) qui, trouvant un centre à travers des sombres unissons, permet au pianiste de dérouler quelques volutes cinglantes. La prochaine fois, peut-être…

EN ECOUTE >>> Equals - Understand (Totem) >>> The Taf End

The Convergence Quartet : Slow and Steady (NoBusiness)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Assemble - Melancholy 02/ Third Convergence 03/ Remember Raoul – Piano Part Two 04/ Equals – Understand (Totem) 05/ Oat Roe + Three by Three 06/ The Taff End 07/ Slow and Steady
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lerman, Matthews, Raz : Growing Carrots in A Concrete Floor (Aural Terrains, 2013) / Thanos Chrysakis : SYNEUMA (Aural Terrains)

ayelet lerman wade matthews carmel raz growing carrots in a concrete floor

Si l'on veut bien prendre en compte le titre de leur collaboration enregistrée en mars 2012 à Jérusalem, Ayelet Lerman (alto), Carmel Raz (violon) et Wade Matthews (aux ordinateurs) sont de bien curieux jardiniers.

Après avoir semé des orthoptères (sur field recordings), des archets caressant, des vents et de la pluie (toujours sur field recordings) et des graines d'électronique, tout pousse bizarrement. Les formes de leur culture sont nombreuses, par exemple l'improvisation des cordes, qui serait toute classique si Matthews ne jouait pas le rôle de tuteur en les contraignant avec des basses synthétiques. Ailleurs, il communique avec un langage d'homme-monstre et invite ses compagnes à bêcher. A force, ils retournent bien des choses qui font de leur électroacoustique une plantation dont on goûte les coins d'ombre et les jeux de lumière.

Ayelet Lerman, Wade Matthews, Carmel Raz : Growing Carrots in A Concrete Floor (Aural Terrains)
Enregistrement : mars 2012. Edition : 2013.
CD : Growing Carrots in A Concrete Floor
Héctor Cabrero © Le son du grisli

thanos chrysakis, james osullivan, jerry wigens syneuma

Sur son propre Aural Terrains, Thanos Chrysakis a pris l'habitude de publier des paysages sépulcraux. A l'intérieur de son piano et sur chimes ou vibraphone, ceux qu'ils composent sont souvent saisissants. Sur SYNEUMA, enregistré avec James O'Sullivan (guitare électrique) et Jerry Wigens (clarinettes), il passe de valses hésitantes en flottements inspirants au son d'une électroacoustique déjà ingénieuse.

Thanos Chrysakis, James O’Sullivan, Jerry Wigens : SYNEUMA (Aural Terrains)
Edition : 2012.
CD: 01-05/ I-V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


70 Years of Sunshine (Monotype, 2013)

70 years of sunshine

Il y a vingt ans, pour célébrer les cinquante ans du premier voyage  fait sous LSD (par le docteur Albert Hofmann), Kim Cascone sortait sur Silent Records 50 Years of Sunshine, une compilation où l'on trouvait Timothy Leary (enregistré par Genesis P-Orridge), Nurse with Wound, Elliott Sharp ou Psychic TV. Aujourd'hui, le label Monotype présente la suite de la chose : 70 Years of Sunshine.

Toujours sous la direction de Cascone, le voyage se fait en deux étapes : une montée (CD1) et une descente (CD2). La folk interstellaire de Makoto Kawabata inaugure l'ascension. Pupilles dilatées, les formes et les couleurs s'en trouvent modifiées alors que s'engouffrent en plus par les pavillons la pop astrale de Chihei Hatakeyama, les drones alanguissants de Rafael Anton Irisarri, les visions refroidissantes des Legendary Pink Dots ressuscités, les pansements analgésiques d'Ethernet ou la dose de morphine synthétique d'Invisible Path.  

Hallucinogège, tout ça, bien sûr. Reste maintenant à gérer maintenant la descente, et Cascone s'en charge pour nous : amorcée par les arpèges de guitare folk d'Andrew Liles, elle nous faire perdre les nouveaux repères entre lesquels on évoluait avec les entêtants Rapoon (guitares électriques, loops, trompette et piano déglinqués) ou la schizophrénie sonore de Komora A, les larsens de (Darius Ciuta) et le minimalisme paranoïaque de Lonely Crowd. Des chansons plus straight (pour tout dire moins passionnantes) nous ramènent peu à peu à la (dure) réalité. Malgré tout, revenus du voyage, rien à déclarer, sinon qu'on est ravis de l'avoir fait.

70 Years of Sunshine (Monotype / Metamkine)
Edition : 2013.
2 CD : CD1 (Ascent) : 01/ Kawabata Makoto : Lost Milky Way 02/ Lord Tang : Blue Sunshine 03/ Chihei Hatakeyama : Border Feather 04/ Makyo : Octopi (Underwater Dub 2) 05/ Rafael Anton Irisarri : Scilla Im Scilla 06/ Legendary Pink Dots : Don't Worry Dear, I'll Be Holding Your Hand 07/ Ethernet : Owsley 08/ Invisible Path : Stare Deep Into the Clouds 09/ Phil Legard : Lifting the Veil – CD2 (Descent) : 01/ Andrew Liles : Bloodbury 1988 02/ Rapoon : Back On The Bus 03/ Komora A : Come Down 04/ (Darius Ciuta) : seR-v 05/ Mike Rooke : Sliding Spaces 06/ Lonely Crowd : It's Getting Near Dawn 07/ Mystical Sun : Echodyssey 08/ Mirt : Soul Disorder 09/ Ceremonial Dagger : Synesthesia 10/ Cotton Ferox : How About That? 11/ Andy Rantzen : No One Plays Upon Your Mind
Pierre Cécile © Le son du grisli


Nate Wooley Sextet : (Sit In) The Throne of Friendship (Clean Feed, 2013)

nate wooley sextet sit in the throne of friendship le son du grisli

En se découvrant peu à peu, les cuivres (Josh Sinton, Dan Peck) libèrent les composites compositions de Nate Wooley. On oublie facilement ces dernières (un fort air de déjà entendu) pour s’agripper à tel tuba salivaire, à tel barbare baryton ou à telle clarinette basse en pleine crise convulsive.

Il y a alors lieu de se détacher du labyrinthe compositionnel et de se laisser aller au souffle cassant, fractionné, frictionné et métallique du leader, ici dresseur de souffre, ailleurs astre de tendresse. Et ainsi oublier une peu vibrante section rythmique (Eivind Opsvik, Harris Eisenstadt) quand le calme et inspiré Matt Moran vient offrir ampleur et inspiration à une partition qui ne demandait que cela.

EN ECOUTE >>> Make Your Friend Feel Loved

Nate Wooley Sextet : (Sit In) The Throne of Friendship (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Old Man on the Farm 02/ Make Your Friend Feel Loved 03/ The Berries 04/ Plow 05/ Executive Suites 06/ My Story, My Story 07/ Sweet and Sad Constitency 08/ A Million Billion Btus
Luc Bouquet © Le son du grisli



Akio Suzuki, Lawrence English : Boombana Echoes (Winds Measure, 2012)

akio suzuki lawrence english boombana echoes


On peut voir ici ou ci-dessous à quoi ressemble l'analapos, création d'Akio Suzuki et instrument de lui seul. Qui voudra l'entendre pourra appuyer , où l'on trouve un enregistrement de l'instrument par Eric La Casa, essayer de mettre la main sur de vieux vinyles du maître (Analapos, premier de tous) ou plus simplement commander Boombana Echoes, souvenir consigné sur disque d'une collaboration avec Lawrence English, datée de 2005.

En concert, l'électronique gonflée de field recordings d'English se laisse envahir par un halètement, un chant miniature que l'on boucle, deux à trois notes fredonnées, toutes propositions sonores développées par un écho fantastique (celui de l'analapos en question) qui peut évoquer celui des territoires immergés de Michel Redolfi. Loin de l'ambient léchée souvent commise par English, l'enregistrement met la voix et ses transformations au centre de ses préoccupations : illustratif, voire devenu simple accompagnateur, l'Australien gagne étrangement en présence.

EN ECOUTE >>> Ficus Watkinsiana (extrait)

Akio Suzuki, Lawrence English : Boombana Echoes (Winds Measure / Metamkine)
Enregistrement : décembre 2005. Edition : 2012.
CD : 01/ Ficus Watkinsiana 02/ Manorina Melanophrys 03/ Eucalyptus Signata
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


NYMPH : New Millennium Prayer (Northern Spy, 2013)

nymph new millennium prayer le son du grisli

Alors, bon, quoi, disons le une bonne quoi fois pour toutes, tout en musique serait question d'équilibre. Posons même la question franchement : en musique tout ne serait que question d'équilibre ? Qu'en dit NYMPH, « sept pièces Brooklyn habitant » (Brooklyn-based seven-piece, je cite), qui oeuvre (labeure ?) dans le psych noise jazz (je cite encore, et c'est pas fini).

Sept ans d'expérience (dernière citation), et quid de l'équilibre ? Sept ans à chercher à tenir debout sur un fil tiré sec entre deux buildings pour quel résultat ? Une bonne basse, certes, un gimmick no wave comme on en fait encore plein, ok, mais une poudre asiatique dans la voix d'Eri Shoji, chanteuse qui tire la couverture à elle, c'est à dire : vers le bas. Le free rock est hystérique ? Super, en concert... mais sur disque ?

Sur disque, on s'ennuie ferme au bout de quelques minutes (des minutes qu'on a passées à rêver qu'on tenait entre les mains un disque un peu fou et formidable)... Tout est long, et peut-être même feint, à entendre ces instrumentaux sans tête ni queue, le blah blah de la guitare et cette voix (encore) qui prend son micro pour une lanterne. New Millennium Prayer est le second enregistrement de NYMPH ; sa seconde tentative de tenir debout sur un fil.

EN ECOUTE >>> Battle Funk

NYMPH : New Millennium Prayer (Northern Spy)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Beyond 02/ Battle Funk 03/ Raag Mon 04/ New Millennium Prayer
Pierre Cécile © Le son du grisli


Giuseppi Logan : More (ESP, 2013) / ...And They Were Cool (Improvising Beings, 2012)

giuseppi logan more

Ce qui était OVNI hier le reste aujourd’hui. Chez Giuseppi Logan, la dissonance est une nature première. Rarement chez un souffleur de la new-thing (Marzette Watts, Bill Dixon pour me faire mentir), la périphérie n’aura jamais été aussi évidente, aussi inspirante. Il y a chez Logan un besoin incompressible de pervertir une matière déjà bien débauchée. Nul doute qu’ailleurs, dans d’autres sphères, le résultat aurait été le même.

Ici, le voici flûtiste aux bouffées sataniques, clarinettiste aux instances baroques, pianiste impudique, altiste transgressif. A ses côtés, le pianiste Don Pullen (longues coulées d’instabilité), les contrebassistes Reggie Johnson ou Eddie Gomez et le batteur Milford Graves (tous les tambours du monde en un seul set), tirent plus d’une fois la couverture à eux (Logan se greffant sur l’improvisation plus que ne la dirigeant) mais, toujours, abondent de justes chaleurs et ingéniosités. Un OVNI bienveillant donc.

Giuseppi Logan : More (ESP / Orkhêstra International)
Energistrement : 1965. Réédition : 2013.
CD : 01/ Mantu 02/ Shebar 03/ Curve Eleven 04/ Wretched Saturday
Luc Bouquet © Le son du grisli

giuseppi logan and they were cool

Le guitariste Ed Pettersen a un jour retrouvé Giuseppi Logan après s’être demandé (comme beaucoup) où (si ?) il était (encore). Enregistrer avec lui était donc la moindre des choses : suite au Giuseppi Logan Project, le duo retournait en studio accompagné de Jessica Lurie (flûte) et de Larry Roland (basse). Free des origines ragaillardi par les insistances encourageantes du guitariste (Taking A Walk In The Park), mystère déroutant enfoui sous les rumeurs d’un accompagnement réfléchi (With My Dog Sam), jusqu’à ce que le piano (Logan posté derrière) brise l’harmonie. Alors, des titres plus conventionnels, de poursuites en minauderies, disent que deux faces de quarante-cinq tours auraient suffi aux retrouvailles.

Giuseppi Logan : … And They Were Cool (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 26 juin 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Taking A Walk In The Park 02/ With My Dog Sam 03/ Singing The Blues 04/ Trying To Decide 05/ Which Path To Choose 06/ And Which To Avoid
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Rishin Singh : Three Weevils (Avant Whatever, 2013) / Ulrich Krieger : Up & Down 23 (B-Boim, 2009)

rishin singh three weevils le son du grisli

Partenaire de Jim Denley et Sam Pettigrew dans le projet Embedded ou intervenant auprès de Jason Kahn sur Open Space, Rishin Singh dit « essayer de ne pas imposer son propre son aux sons qui l'environnent ». Three Weevils, enregistrement solo que publie aujourd'hui Avant Whatever, brouille pourtant les cartes.

En guise de repère, reste alors le son d'une corne de brume (le trombone de Singh, en vérité) arrivant d'un lointain dont les vagues conservent une mystérieuse force de chant : c'est Ablute, et un peu plus de trois minutes. Au-delà, ce sera le vacarme d'une rafale de grisailles dont l'intensité n'aménage le moindre espace à la musique : c'est Kambah, sur six minutes et demi.

Entre les deux plages, vingt minutes durant, Vinyl joue de craquements attendus sur lesquels se poseront, délicates et à distance, de longues notes de trombone. L'art est patient et l'épreuve habile, qui rappelle, à un autre instrument, le passage d'Ulrich Krieger chez B-Boim (Up & Down 23) et engage l'auditeur à en apprendre davantage sur ce trombone des antipodes.

EN ECOUTE >>> Trois extraits

Rishin Singh : Three Weevils (Avant Whatever)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ablute 02/ Vinyl 03/ Kambah
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ulrich krieger up & down 23

Enregistré en janvier 2005, Up & Down 23 donne à entendre Ulrich Krieger prendre un peu de distance avec le minimalisme qui l'a beaucoup occupé. Etonnant passage de relais entre notes de (jusqu'à quatre) saxophones soprano qui font cas de silence et d'harmonie, la longue pièce installe une polyphonie défaite capable d'insistances autant que d'abandons. Le livret avait prévenu : « This is instrumental electronic music ». Les réécoutes attestent quant à elles : une référence dans le domaine.

Ulrich Krieger : Up & Down 23 (B-Boim)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009.
CD : 01/ Up & Down 23
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ed Bear, Lea Bertucci : Controlled Burn (Peira, 2012)

ed bear lea bertucci controlled burn

D’abord l’unisson. Rester unis. Se trouver et envelopper la matière. L’étendre sans jamais la brusquer. Stagner dans la gangue.

Ensuite, faire surgir de fines lames : trilles ou triolets se dégageant du leurre sonique. Décoller mais rester unis. Animer les harmoniques de ces souffles-paquebots. Puis les oublier et s’étaler en une autre dimension. Voici un drone. Voici des vents zébrés. Voici une impulsion. Voici une courte mélodie. Voici un court motif, sujet incongru au milieu de cet océan glacé. Et enfin, tout taire des soubresauts et cabrioles que n’autoriseront jamais le saxophone baryton d’Ed Bear et la clarinette basse de Lea Bertucci.

Ed Bear, Lea Bertucci : Controlled Burn (Peira)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Somniferum 02/ Scelsi Girls 03/ Tooth 04/ Fanfare 05/ Things Have to Change 06/ Rare Earths 07/ Lines and Sirens 08/ Please
Luc Bouquet © Le son du grisli



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