Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Bererberg Trio : Feel Beetrr (Veto, 2013)

bererberg trio feel beetrr

Dans l’art de se coller l’un à l’autre sans pour autant se copier, Josh Berman (cornet), Christoph Erb (saxophone ténor, clarinette basse) et Fred Londberg-Holm (violoncelle, guitare) savent quel chemin emprunter. En courroux au début, nous les découvrirons mystérieusement réconciliés en fin d’enregistrement.

Entre les deux, le trio connaîtra des périodes d’acidité et de nervosités. La caresse sera âcre, sournoise. La corde grincera, les souffles seront de combat. Ils estropieront les unissons, réduiront en cendres les vertes boutures, s’enduiront d’assauts et de secousses anxiogènes, mettront l’épiderme à nu. Le cornet sera de continuité, la clarinette basse d’appui et d’aplomb, la guitare tissera le ravage. Et on ne sait trop pourquoi, les contrepoints sanglants de début s’adouciront en fin de disque. La tristesse des au-revoir peut-être…  

Bererberg Trio : Feel Beetrr (Veto Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Furaha 02/ Felice 03/ Boldogsag 04/ Kutentizza 05/ Fortuna 06/ Onni 07/ Tsuki
Luc Bouquet © Le son du grisli



Christian Wallumrød Ensemble : Outstairs (ECM, 2013)

christian wallumrod outstairs

Je dois avouer avoir par le passé beaucoup (beaucoup) écouté les disques ECM. Des noms ? Pour quoi faire, donner le change ? Bien... je donne Stephan Micus, Egberto Gismonti, Collin Walcott… Mais c'était un autre temps, presque une autre vie. Aujourd'hui, de temps à autre, Christian Wallumrød (avec cet Ensemble ou avec Dans les arbres) et occasionnellement Evan Parker me ramènent à ECM…

Avec le pianiste, il y a cette certitude de trouver un minimalisme qui pousse à l’ombre de la folk et une musique qui s'interdit les arpeggios des autres employés de la clinique ECM. Il y a une atmosphère interdite au classicisme et à la perfection, ce qui ne l’empêche pas d’être précieuse de temps à autre et parfois facile, même. Dans le sillage de Penderecki ou d’Arvo Pärt, mais avec une incertitude qui n'étaient pas de leur monde, Wallumrød construit une église de bric et de broc, sans bon dieu et prête à accueillir tous les cœurs sombres. Sombres mais heureux car, comme moi, ils s’étaient un jour débarrassé de la coulpe d’ECM et avaient fui sa maison.

Christian Wallumrød Ensemble : Outstairs (ECM / Universal)
Enregistrement : mai 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Stille Rock 02/ Bunandsbangla 03/ Tridili #2 04/ Very Slow 05/ Startic 06/ Beatknit 07/ Folkskiss 08/ Third Try 09/ Ornament 10/ Outstairs 11/ Exp
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Didier Lasserre : La mémoire (Entre deux points, 2013)

didier lasserre la mémoire

Si Didier Lasserre a La mémoire courte (vingt-cinq minutes, en deux temps), elle n'en est pas moins vive, et même alerte. Seul, sur « batterie ancienne », il va ici chercher un lot de souvenirs qu’il drape de résonances et puis fait remonter.

Le premier coup porté, l’expérience de remembrance (papier calque dont il faut délicatement débarrasser ce bel objet Entre deux points) commande patience et obstination – Lasserre, on le sait, se frotte à l’une comme à l’autre avec un naturel saisissant. Levée de graves, caisse claire habilement sondée et cymbales vibrant par contrecoup : chacun des éléments de son « vieil » instrument est ainsi appelé à émettre des hypothèses, à donner en somme sa version des faits.

Alors, une histoire composée d’infinis détails – qu’on entende, à la réécoute, tout autrement l’un ou l’autre de ceux-là et La mémoire donnera innocemment dans l’uchronie – accapare notre attention pour la suspendre au moindre geste d’un batteur qui interroge : « comment mettre en scène (en son) le moment prochain ? » Or, Didier Lasserre fera sans jamais laisser entendre « comment », et ainsi captivera une autre fois, une fois de plus, en conteur sensualiste.

écoute le son du grisliDidier Lasserre
La mémoire

Didier Lasserre : La mémoire (Entre deux points)
Enregistrement : 21 mai 2013. Edition : 2013.
CDR : 01/ La mémoire 02/ Le signe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Marsen Jules : The Endless Change of Colour (12K, 2013)

marsen jules the endless change of colour

Généralement plus axée sur un néo-classicisme digitalisé qui va comme un gant à son auteur Marsen Jules (on se rappelle de ses excellents Herbstlaub ou Les Fleurs), la musique de l’artiste allemand prend des tangeantes ambient à l’occasion.

Maison dont les murs ont l’habitude d’accueillir les meilleurs du genre, le label 12K est l’hébergeur naturel de son The Endless Change Of Colour, longue pièce (quarante-sept minutes) où chaque instant semble éternellement semblable à la seconde qui le précède, alors qu’imperceptiblement, Martin Juhls fait varier sa gamme chromatique d’une infinité de nuances blanchâtres. Parfaitement impressionnante lorsqu’elle passe l’épreuve de la longueur, son œuvre révèle qu’en 2013, on est loin d’avoir tout dit dans le genre cher à Taylor Deupree et Harold Budd.

Marsen Jules : The Endless Change Of Colour (12K)
Edition : 2013
CD : 1/ The Endless Change Of Colour
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Paul Flaherty, Steve Swell, C. Spencer Yeh, Weasel Walter : Dragonfly Breath (Not Two, 2013)

flaherty swell yeh walter dragonfly

Paul Flaherty a toujours attisé son discours, déjà tonitruant, au contact d’une jeunesse remuante, pour ne pas dire remontée. Jadis, comme l’attestent Slow Blind Avalanche et A Rock In The Snow – deux références Important –, il rencontra C. Spencer Yeh en présence de Chris Corsano. Le 6 mai 2011 à l’ISSUE Project Room de New York, il retrouvait le violoniste le temps d’une improvisation à quatre, à laquelle Steve Swell et Weasel Walter étaient invités aussi.

La compagnie est donc d’attaque, et rue sans attendre avec son aîné en combinaisons abrasives. Décidant quand même de la mesure, le saxophoniste choisi soudain de vaciller coude-à-coude avec Swell – qui, lui, joue encore des épaules – pour passer ensuite le témoin (ou bâton) à Yeh : archet crissant et crachant même, éructant des bribes d’un inquiétant langage, celui-ci conduit le groupe sur pente bruitiste et sentiers plus explosifs encore. La libellule tenait bien du dragon, vélocité en plus.

Paul Flaherty, Steve Swell, C. Spencer Yeh, Weasel Walter : Dragonfly Breath (Not Two / Products from Poland)
Enregistrement : 6 mai 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Praying Mantis 02/ Tarantula 03/ Mosquito
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Ghikas & Walshe : Good Teeth (Migro, 2013)

ghikas walshe good teeth

Prendre une voix écartelée, poussant miaulements et aboiements. Lui adjoindre cordes rouillées, percussions électroniques, souffle anxieux. Remuez le tout et vous obtiendrez Ghikas & Walshe. L’un est natif d’Athènes et se nomme Panos Ghilkas, l’autre est née à Dublin et s’appelle Jennifer Walshe.

Ensemble, ils raflent quelques superpositions athlétiques. La voix se débat, jongle avec le verre pilé de l’autre. Beaucoup de choses s’amoncellent ici : des halètements, des respirations, des dialogues serrés, des toys affolés, des babillages, des vents instables. L’intérêt parfois se perd (les percussions électroniques ont du mal à passer) mais jamais la voix modulante de Jennifer Walshe ne baisse les bras. Non pas un exploit mais une constante laissant espérer quelques beaux lendemains.

Ghikas & Walshe : Good Teeth (Migro Records)
Edition : 2013
CD : 01/ The Pig Sleep 02/ Routing for Hydrangeas 03/ Al Forno Yeah 04/ Oh! Naturel 05/ Zinc Posse 06/ Sort of Rubato 07/ Toy Adonis
Luc Bouquet © Le son du grisli


Coti : Solesulsuolo (Antifrost, 2013)

coti solesulsuolo

Imaginez des violoncellistes qui n’en seraient pas puisqu’ils ne seraient qu’un et un seul, nommé Coti (K.)*, qui ne joue en plus pas de violoncelle mais de la contrebasse, et qui plus est seul (même s’il s’enregistre plusieurs fois – que voulez-vous, il y a des limites au solo). Drone dessus, drone dessous, drones qui se balancent tous, qui abondent, pleuvent, et qui font que Bent est une introduction idéale.

Ensuite c’est toujours une musique à la cadence lente, une musique d’archet, une musique frappée sur bois, une musique qui hésite entre deux notes, entre deux continents (que nous appellerons l’Europe et l’Asie), une musique qui feed bien à force de feedbacks, une musique qui vous fait tourner la tête… Bercé par l’archet, vous voilà expédié jusqu’aux songes et la chanson ne s’arrêtera qu’une fois que ses charmes auront tous fait effet. Et si, quand le disque s’arrête, on s’est endormi depuis longtemps, la prochaine fois on réécoutera Solesusuolo sans passer par Bent, pour être sûr de ne rien rater de ce fabuleux solo de contrebasse(s).

écoute le son du grisliCoti
Black Clad

* Spoliation de site internet : Costantino Luca Rolando Kiriakos, né à Milan, Italie, en 1966, arrivé en Grèce à l’âge de six ans, où, plus connu sous le nom de Coti ou Coti K., il a intégré des groupes d’Athènes pionniers en terme de musique électronique dès le milieu des années 80 (Ricochet, Dada Data, Raw, Spiders’ Web, In Trance 95).

Coti : Solesulsuolo (Antifrost / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Bent 02/ Hair Inside My Head 03/ Meloniscus 04/ Sudden Dissapearance 05/ Versolimare 06/ Unattainable Lightness 07/ Under A Blinding Sky 08/ Insect Breath 09/ Black Clad 10/ Versolorizzonte 11/ Impossible Stillness
Pierre Cécile © Le son du grisli


Marina Rosenfeld : P.A. / Hard Love (Room40, 2013)

marina rosenfeld pa hard love

Bien sûr, la notion même d’artiste conceptuelle peut effrayer, tant le risque d’hermétisme est grand. Heureusement, dans le cas de Marina Rosenfeld et de son P.A. / Hard Love sur Room40, la case accessibilité n’a pas oubliée d’être cochée, notamment grâce à la présence de la vocaliste Annette Henry, alias Warrior Queen.

Posé sur les field recordings de l’électroacousticienne new-yorkaise, dont les éléments urbains captés au lointain font un très bienvenu écho, l’organe vocal de la reine guerrière forme un contrepoint aussi bienvenu que retentissant. Sans jamais pousser le bouchon dans la vulgarité, elle déploie des tentations spoken word – qui, parfois, versent dans un dancehall arty – qu’on aimerait retrouver au plus vite, seule ou accompagnée.

écoute le son du grisliMarina Rosenfeld
Hard Love

Marina Rosenfeld : P.A. / Hard Love (Room40)   
Edition : 2013.
LP : A1/ New York / It's All About... A2/ Seeking Solace /Why, Why? A3/ I Launch An Attack... B1/ New York / Empire Of State... B2/ Hard Love B3/ Liverpool / ...'Round Downtown By Myself / Tick Tock
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Lori Freedman, John Heward : On No On (Mode, 2013)

lori freedman john heward on no on

« Music of a different Mode », voilà de quoi relève la série Avant du label Mode. A son catalogue, déjà, deux conversations du percussionniste John Heward : Recessional (for Oliver Johnson) avec Steve Lacy (2003) et Voices: 10 Improvisations avec Joe McPhee (2006). Cette fois (septembre 2009), son partenaire n’aura pas eu à faire des kilomètres pour improviser avec lui. Habitant elle aussi Montréal, voici la clarinettiste Lori Freedman approchant Heward en voisine et même en « habituée ».

C’est que les nombreux concerts donnés par Heward et Freedman (en compagnie de Barre Phillips, Joe McPhee, Sam Chalabi ou encore au sein du Ratchet Orchestra de Nicolas Caloia) ont encore rapproché les deux improvisateurs. Dressant un épatant état des lieux de leur relation, sept pièces montrent les deux musiciens en duo souvent remonté, et cherchant toujours.

De nouvelles sonorités à faire naître sur cymbales, caisses ou toms, par exemple : rumeurs nées de rapides coups de baguette, étouffements des retentissements, minutie d’une pratique qu’Heward semble parfois vouloir même « sommaire ». D’airs attrapés à la volée par les clarinettes, aussi : versatile parce qu’inspirée, Freedman multiplie les propositions sensibles et perspicaces. Nées d’affinités évidentes et même concluantes, On No On est ainsi donc bien plus qu’un rapport de bon voisinage. 

Lori Freedman, John Heward : On No On (Mode)
Enregistrement : Septembre 2009. Edition : 2013.
CD: 01-07/ Improvisation 1 - Improvisation 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ears On / Socks Off (Barefoot, 2013)

ears on socks off

Riche idée qu’a eue le Copenhagen Jazz Festival de donner la parole à quelques-uns des francs tireurs du label Barefoot. C’est ainsi que dix-huit concerts mêlant groupes existants et groupes formés à cette occasion se succédèrent l'année dernière sur la scène du Christianshavns Beboerhis.

Moins bonne idée pour le chroniqueur que de rendre compte des neufs combos choisis illustrant ce double CD, les extraits musicaux ne dépassant pas les dix minutes pour la plupart. On se bornera donc ici à une simple – mais alléchante – énumération de quelques-uns des moments forts de ces soirées. Donc : l’inquiétude larvée d'Her Majesty’s Ship avec un saxophoniste (Sture Ericson) habile en harmonique ; l’étrangeté électrique de Pistol Nr.9 ; les roulis, chocs et autres grincements du trompettiste Tobias Wilkund ; le duo crissant et dissonant du pianiste Morten Pedersen et du violoncelliste Thommy Andersson ; les miaulements écarlates de la chanteuse Sofia Jernberg ; l’irrévérence salivaire des saxophonistes Maria Faust et Luidas Mockunas et le trio incendiaire de Lars Greve (saxophones), Peter Friis Nielsen (basse électrique), Håkon Berre (batterie). Mais c’est le trio Angel (Stephan Sieben, Adam PultzHåkon Berre) augmenté du saxophoniste Luidas Mockunas qui casse la baraque : improvisation fiévreuse, admirable progression du crescendo, gargouillis de sax – avant explosion finale –, ce trio mérite un très large détour.

Ears On : Socks Off (Barefoot Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
2 CD : CD1 : 01/ Vestibulum 02/ Auricula 03/ Tuba Eustachii 04/ Malleus – CD2 : 01/ Fenestra Ovalis  02/ Modiolus 03/ Cerumen Auris 04/ Incus 05/ Capitulum Mallei
Luc Bouquet © Le son du grisli



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