Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Tashi Dorji, Tyler Damon : Live at the Spot +1 (Astral Spirits, 2016)

tashi dorji tyler damon live at the spot

« C’était pas plein », aurait écrit Delfeil de Ton, mais ce fut quand même enregistré : concerts donnés en 2015 à Asheville et Lafayette par Tashi Dorji (guitare électrique) et Tyler Damon (batterie, entendue par exemple auprès de Mars Williams ou Dave Rempis) dont on trouve ici des extraits assemblés.

Puisque Family Vineyard s’apprête à publier un disque (Both Will Escape) d’un duo actif depuis 2015, cette cassette Astral Spirits – qui n’est pourtant pas la première référence de la discographie du guitariste ni de celle du batteur – donnera déjà une idée de l’improvisation à laquelle il s’adonne. Evidemment électrique, celle-ci peut déferler au son d’un médiator pressé qui privilégie les aigus aux graves et de grands coups donnés sur instruments de percussion ou, sinon, mettre au jour un lot d’impressions en allant plus précautionneusement, comme sur le fléau d’une balance.

Dans le premier cas, le duo s’impose par son endurance autant que par le tapage qu’il fait et remue ensuite ; dans le second, il interroge sur la nature de l’équilibre auquel il ancre son abstraction sonore et délicate. Et si, par moments, le jeu perd en intensité – le temps d’un solo de guitare vraisemblablement préparée ici ou dans une longueur ailleurs –, ce Live at the Spot +1 n’en reste pas moins prometteur.

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Tashi Dorji, Tyler Damon : Live at the Spot +1
Astral Spirit / Mononofus Press
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
K7 : A1/ First Cut A2/ Duo 2 A3/ Tashi Solo – B1/ Tyler Solo B2/ Duo 1
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Sven-Åke Johansson : The 80's Selected Concerts (SÅJ, 2014)

sven-ake johansson 80's selected concerts

Veillant à la bonne garde et à la restauration de précieux documents archéologiques, de bienveillants ingénieurs du son (ici Christian Fänghaus ou les musiciens eux-mêmes) ont su documenter Sven-Åke Johansson tout au long des eighties. Ainsi :

Le 6 septembre 1990 à Berlin, SÅJ, Wolfgang Fuchs et Mats Gustafsson se répondaient du tac au tac et naissait une utopique fanfare. Clarinettiste et saxophoniste faisaient concours de babillages. Les prises de becs (mémorables !) ne se calculaient plus. L’accordéoniste et le clarinettiste sectionnaient l’horizon. Wolgang Fuchs jouait au crapahuteur chevronné. Sven-Åke Johansson devenait prolixe et inspiré-inspirant. Mats Gustafsson, tout juste la trentaine, ne jouait pas encore au fier-à-bras (depuis…). Précieux document que celui-ci.

A Berlin, un jour oublié de l’an (19)85 un pianiste et un percussionniste combattaient la routine. L’un faisait se télescoper ses claviers acoustique et électronique, débordait de tous côtés tandis que l’autre, émerveillé, frappait et grattait les surfaces passant à sa portée. Instables et fiers de l’âtre, Richard Teitelbaum et Svan-Åke Johansson jouaient à se désarticuler l’un l’autre. Zappant d’une cime à l’autre, parcourant la caverne aux sombres réverbérations, crochetant quelques virages brusques, ils perçaient l’insondable et y prenaient plaisir. Et au mitan de ce trouble magma, le batteur prenait le temps de « friser » en grande vitesse (et haute sensibilité) renforçant ainsi son statut de percutant hors-norme(s).

A Berlin, le 18 mars 1991, ils étaient cinq teutons (Günter Christmann, Wolfgang Fuchs, Torsten Müller, Alex von Schlippenbach, Tristan Honsinger) et un teuton d’adoption (Sven-Åke Johansson) à croiser leur(s) science(s). Il y avait de faux mouvements de jazz, des souffleurs sans états d’âme, un violoncelliste imposait des lignes franches, le pianiste dévastait son clavier (normal : AvS !), on investissait le centre et on ne le quittait pas, violoncelle et piano s’isolaient pour mieux s’agripper, on décrochait des tensions-détentes… Et si n’étaient ces shunts systématiques, on classerait cet enregistrement parmi les plus évidentes références de la fourmilière improvisée.
 
A Umeå, en novembre 1989, on retenait les cymbales frémissantes du leader, le fin caquetage du sopranino de Wolfgang Fuchs, le trombone-poulailler de Günter Christmann, les crispations d’un violoncelle extravagant. Extravagant, ce cher Tristan Honsinger (qui d’autre ?), et la plupart du temps lanceur et guide d’alertes toujours soutenues par ses trois amis. Risque de décomposition, remous grandissants, souci de ne jamais récidiver, stratigraphie contrariée, voix sans assise, césures permanentes, disgracieux babillages, décapant duo violoncelle-accordéon, jungle déphasée : soit l’art de se rendre profondément ouvert à l’autre.

Au Dunois parisien en 1982, la guitare d’acier d’Hans Reichel réveillait les morts, un flipper passait par là, l’essaim Rüdiger Carl piquait à tout-va, Steve Beresford encanaillait un vieux standard, un cabaret improbable s’installait, la samba était d’épouvante et tous jouaient aux sales gosses (le batteur-accordéoniste semblait y prendre plaisir). A la fin du voyage, l’évidence s’imposait : le désordre avait trouvé à qui parler.


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Sven-Åke Johansson : The 80’s Selected Concerts
SÅJ
Enregistrement : 1982-1991. Edition : 2014.
5 CD : Rimski / Erkelenzdamm / Splittersonata / Umeå / BBBQ Chinese Music
Luc Bouquet © Le son du grisli


Radu Malfatti : Shizuka Ni Furu Ame / Radu Malfatti : Hitsudan (B-Boim, 2015 / 2016)

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C’est toujours une joie d’entendre, sur le label d’un musicien que l’on apprécie, un autre musicien que l’on apprécie. C’est ici – Shizuka Ni Furu Ame, pour le titre du disque – une composition de Radu Malfatti interprétée par le guitariste Cristián Alvear, à qui elle est dédiée.

La composition – qui respire au point que de gagner sans cesse en espace – dure un peu moins d’une heure et paraît peu évolutive. Elle est pourtant faite de décalages subtils qui s’arrangent d’une note puis d’un accord en formation : soit, pour Alvear, le temps d’une ou deux cordes pincées, de trois un peu plus tard. A l’expansion (mesurée) de la composition répond bientôt un jeu de guitare lâche qui rétablit et puis profite d’un équilibre saisissant.

Que l’on retrouvera sur Hitsudan, autre composition – une première traduction parle pour Hitsudan de « correspondance écrite » – de Malfatti que le même Alvear interprète avec Dominic Lash. A tel point que ce pourrait être un autre Shizuka Ni Furu Ame mais cette fois joué à deux ; dansé, même, tant les musiciens cherchent à coordonner leurs mouvements afin d’harmoniser des forces pourtant inégales (un aigu de guitare, parfois, pour un grave de contrebasse). Peine perdue – des écarts subsistent – mais, entre les silences, Alvear et Lash tombent d’accord sur un charme en rupture. C’est d’ailleurs la marque de Radu Malfatti, cette association du charme, du silence et de la peine perdue.


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Radu Malfatti, Cristián Alvear : Shizuka Ni Furu Ame
B-Boim
Enregistrement : 11 août 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Shizukanifuruame

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Radu Malfatti, Cristián Alvear, Dominic Lash : Hitsudan
B-Boim
Edition : 2016.
CD : 01/ Hitsudan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Yannis Kyriakides : Lunch Music (Unsounds, 2016)

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C’est un hommage à William Burroughs, non pas une relecture mais une presque illustration – et une commande, aussi, pour une pièce de théâtre dansant. On y entend la voix de l’écrivain, certes à différentes vitesses, celles changeantes du possible vinyle que Yannis Kyriakides a exhumé (ou inventé) pour l’occasion. Bientôt, la voix n’est plus qu’un râle, harmonieux, dont un chœur prend la suite – non, pas de nouvelle interprétation de L’homme armé.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que l’on entend sur disque la voix de Burroughs – sa propre lecture de Naked Lunch peut même être trouvée sur triple CD ou double cassette. Pour Kyriakides, l’hommage est plutôt un prétexte lui permettant d’entamer un travail sur la voix, premier instrument de tous qu’il confronte à d’autres instruments (percussions et ordinateur) ou à différentes « ambiances » (un air de rock ici, un drone plus loin, un rien de baroque aussi…).

Mais qu’ils chantent à l’unisson ou obéissent aux contrastes commandés, tous les instruments, voix et percussions donc, servent un exercice sévère et laborieux qui aura convoqué l’écrivain pour rien. C’était un temps déraisonnable / On avait mis les morts à table, aurait-on préféré entendre Yannis Kyriakides chanter à leur place.

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Yannis Kyriakides : Lunch Music
UnSounds
Edition : 2016.
CD / DL : 01/ Smell Down Death 02/ Boy 03/ Shakin’ 04/ Junk World 05/ Like Replicas 06/ Speed Days 07/ Sickness & Delirium 08/ Gut Thoughts 09/ Zones 10/ La La La Terminal
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Book of Air : Vvolk (Sub Rosa, 2016)

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Le jeu de guitare (que l’on suppose reliée à des pédaliers ou machines à effets) du compositeur Bert Cools fait d’abord penser aux premières sorties de Rafael Toral. Une ambient diaphane, aérienne, sensuelle même (disons-le tout de go). Mais de cette guitare qui gonfle (grâce au vent soufflé par des orgues ?) il ne restera bientôt que quelques notes d’arpèges cristallins.

On vire donc à l’ambient céleste (pas encore New Age, rassurez-vous). Le monsieur aurait d’ailleurs pu trouver refuge sur Room40, mais non, c’est Sub Rosa qui le publie. Après une c’est trois guitares qui ont l’air de jouer ensemble et l’on comprend bientôt qu’on a affaire à une orchestral manœuvre. Car oui, Book of Air est en fait un orchestre : 18 musiciens (renvoi aux noms de ceux-ci) sous la houlette de Cools pour interpréter / improviser avec l’air (encore) de ne pas y toucher. Maintenant, compte-tenu des effectifs, on peut se dire aussi que l’ensemble manque de tempérament : la musique ne fait que passer. Oui mais repassera-t-elle un jour ? Bah ça rien n’est sûr…

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Book of Air : Vvolk
Sub Rosa / Les Presses du Réel
Edition : 2016.
CD : Vvolk
Pierre Cécile © Le son du grisli



Nurse With Wound : Dark Fat (Jnana, 2016) / Steven Stapleton, Christoph Heemann : Painting With Priests (Yesmissolga, 2016)

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En marge des relectures (Musique pour Faits divers par Brian Conniffe, Dark Drippings par M.S. Waldron) et des rééditions (Soliloquy For Lilith, Echo Poeme: Sequence No 2…), Steven Stapleton extrayait récemment de ses archives de quoi composer encore. Sur Dark Fat, des enregistrements de répétitions, de concerts voire de balances, datant de 2008 à 2016, sont ainsi arrangés en seize morceaux d’atmosphère comme toujours hétéroclite.

D’autant que Nurse With WoundStapleton, ici avec Colin Potter, M.S. Waldron et Andrew Liles – invite (ou emprunte des interventions à) à cette occasion une kyrielle de musiciens extravagants : Jac Berrocal, David Tibet, Lyn Jackson, Quentin Rollet ou Stephen O’Malley, pour n’en citer que cinq. Sous l’effet d’une hallucination qu’on imagine partagée, ce sont alors des pièces différentes – mais aussi inégales – qui composent, comme par enchantement, une suite d’impressions floues ou de souvenirs rêvés. En refusant à ses enregistrements-matériau le seul statut de document, Stapleton arrange là une autre forme de poésie (sonore) décadente qui, malgré tout, enivre autant qu’elle interroge.

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Nurse With Wound : Dark Fat
Jnana / Unit Dirter
Enregistrement : 2008-2016. Edition : 2016.
2 CD : CD1 : 01/ That Leaking Putrid Underbelly - Noble Cause Corruption 02/ Devil Dreamin' - Servants Of The Paraclete 03/ Congregatio Pro Doctrina Fedei 04/ Lost In The Ocean 05/ Banality With A Beat 06/ Whoosh (A Radicalized View) 07/ Doing What We Are Told Makes Us Free –CD2 : 01/ Congealed Entrance 02/ Devil Is This The Night 03/ Eat Shop Relax 04/ Rock N' Rolla 1959 05/ The Machinery Of Hearing 06/ I Put My Mouth To The Lips Of Eternity 07/ An Attempt By Badgers To Cull Worrisome Farmers 08/ Doing What We Are Told Makes Us Free (Embedded Version) 09/ Rock'n'Roll Station (Live)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

steven stapleton christoph heemann painting with priests

L’élévation sera lente. Hypnotique toujours. C’est dans le contrat bien sûr. L’érosion sera lente. Le cœur battra sans peur de la chute. Un piano coincera la digression. Digression, attendue, mais ne venant pas. Les déplacements n’en seront pas. On voudrait y voir des salmigondis zébrés, des spasmes réguliers : on y supposera la désintégration mais ce ne seront, ici, qu’amorces, désirs non aboutis. S’agripperont matières et faisceaux sur la surface du fil sonore. Jamais ne délivreront l’espace, toujours l’étoufferont. Steven Stapleton & Christoph Heemann l’estoqueront alors d’un pesant silence.


stapleton heeman

Steven Stapleton, Christoph Heemann : Paintings with Priests
Yesmissolga
Enregistrement : 2009. Edition : 2016.
CD : 01/ Painting with Priests
Luc Bouquet © Le son du grisli


Sarah Hennies : Gather & Release (Category of Manifestation, 2016)

sarah hennies gather & release

Sarah Hennies (que l’on connaissait jusqu’à maintenant sous le nom de Nick Hennies) donne l’impression de jouer de la pluie et ce n’est pas qu’une impression. Percussionniste, minimaliste, simpliciste (oui da), naturaliste si je dois résumer ce Gather & Release (le nom des deux pistes du CD) sorti sur le label Category of Manifestation du duo Coppice

Il y a d’abord un bruit de fond et comme le chant d’un bol (sans doute un vibraphone). Il y a ensuite des field recordings, des sinewaves… et tout ça forme des couches, des sous-couches et des sur-couches, où se greffent une sorte de code morse (un vibraphone, cette fois c’est sûr) et qui finiront dans un noise plutôt radical. A un autre « top » commence un jeu de résonances que se livrent des percussions en bois et une longue note aigue : cette fois, c’est la voix d’Hennies (je crois) qui nous cueille en se mettant à nous conter un… fait divers.

On a perdu le fil (sommes-nous déjà sur Release ?) mais c’est tant mieux. La pluie revient mais c’est cette fois une pluie de percussions qui jouent bruitiste après quoi c’est un tambour qui bat la chamade sur une électrocristalline. Roulement de tambour ? Hennies nous emporte haut la main, d’un bout à l’autre du disque. Pour la suite, il faudra changer de TAG : on se souviendra de l’excellent Nick & on suivra l’envoûtante Sarah !



hennies

Sarah Hennies : Gather & Release
Category of Manifestation / Metamkine
Edition : 2016.
CD : 01/ Gather 02/ Release
Pierre Cécile © Le son du grisli


Philippe Crab : Fructidor - Mostla del Mashuke (Le Saule, 2016)

philippe crab fructidor

Dans la continuité du déjà copieux Ridyller rasitorier rasibus (2015), le pantagruélique Fructidor voit Philippe Crab enfoncer le clou de la plus belle des manières. C’est-à-dire en malaxant et touillant jusqu’à plus soif les divers éléments d’un univers musical devenu familier sans s’adonner, toutefois, à la redite paresseuse. Immédiatement reconnaissable entre toutes, la musique fertile du malicieux Crab jette l’auditeur pour une nouvelle première fois dans un monde revu et augmenté, le précipite dans l’attention obligatoire. Prodige crabien de parvenir à perpétuer ainsi la rumeur d’un microsome aussi singulier tout en l’enrichissant et le renouvelant en profondeur à chaque nouveau disque.

Le primat accordé cette fois-ci à l’idiolecte ou au patois témoigne par exemple de cette envie jouissive de tordre le cou au langage commun et de façonner une langue libre et gouleyante qui ferait fi du sens immédiat au profit de l’absurde et, surtout, d’une musicalité de tous les instants. Etonnant jeu de passe-passe où les mots se dérobent, se précipitent, se bousculent, ouvrent, presque par inadvertance, la porte de la rêverie, constituent le réceptacle, la chambre d’écho d’un imaginaire, sinon d’une mémoire laissée sens dessus dessous. Fourmillent illuminations et événements instantanés, ressuscitent sensations forcloses, irriguent les souvenirs d’un jadis escamoté. Une poésie prise dans les ronces du dadaïsme se fait jour (« enfourcher son dada indélébile » chante l’auteur sur An Orlan d’Omalie), se déploie, et laisse au final palpiter un panthéisme matérialiste, une gourmandise terrienne. Des histoires à dormir debout (celles d’un dénommé Mashuk, double/hétéronyme de Crab, voyageur parti sans but bien avéré) qui se prennent les pieds dans les racines et tombent la tête la première dans la boue.

Mais plus encore que cette langue dévoyée, c’est la musique de Crab qui trouve sur Fructidor matière à s’émanciper et frémir comme jamais. L’influence du guitariste Eric Chenaux s’avère prégnante : à l’instar du musicien canadien, lui-même inspiré par Ornette Coleman, Crab appréhende moins la mélodie comme un chemin à arpenter du début à la fin que comme la parcelle d’un tout indiscernable, flouté, incertain. Comme si les sons remontaient du fond de sa guitare, s’égaraient sur les cordes, se faufilaient sous ses doigts, au risque du désaccord, avant de glisser ailleurs. En outre, l’arrière-plan sonore des morceaux,  plus travaillé que sur l’album précédent, ajoute à ces sentiments de profusion et confusion mêlés : si la guitare acoustique demeure l’instrument central, la colonne vertébrale des morceaux, bruits concrets et bidouillages sonores multiples, enregistrements vocaux et greffes rythmiques en constituent les haubans nourriciers. Un déroutant entrelacs qui fait la part belle à l’impensé et épouse une géographie musicale aux abords d’un tropicalisme baroque, tout aussi indéterminée que ne l’est la langue taillée dans le vif. Nul doute que ce tourbillon musical a à voir avec l’enfance (à plusieurs reprises elle est convoquée vocalement au travers d’enregistrements), avec la volubilité qui agite dans un même mouvement caprices déraisonnables et tourmente impassible. Logique d’un esprit libre touillant avec gourmandise les lignes de fuite, jusqu’à une épiphanique confusion des sens.



fructidor

Philippe Crab : Fructidor - Mostla del Mashuke
Le Saule
Enregistrement : mai 2016. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01 / Esve Mashuku 02 / An Orlan d'Omalie 03 / Couloir 04 / Dans un jeu video 05 / Aqua 06 / Riveron 07 / Rufus et Sainte Thérèse 08 / Les asphorjonbadèles 09 / Vindilis 10 / Tombe Issoire
Fabrice Fuentes © Le son du grisli


Norbert Möslang, Ilia Belorukov, Kurt Liedwart : Sale_Interiora / Kurt Liedwart, Phil Raymond : Rim (Mikroton, 2016)

norbert möslang ilia belorukov kurt liedwart sale interiora

Deux pièces d’un peu plus d’un quart d’heure, enregistrées à Moscou et Saint Pétersbourg en 2014, donnent ici à entendre la paire Ilia Belorukov / Kurt Liedwart improviser en compagnie de Norbert Möslang. Et sur son conseil, même.

Car l’ouverture du premier échange crépite fort et renvoie à l’instrument de Möslang, cracked everyday-electronics qu’on n’avait pas entendu depuis ces Five Lines qu’il traça en MKM. C’est cette fois à une trame que s’attèle Möslang, et le jeu l’inspire : d’un battement qui en impose, le trio fait le métier d’une improvisation impressionnante sur toute sa longueur. Les signaux mêlés (frottements, oscillations, tensions diverses et enfin artifices) s’y mêlent et emmêlent avec bonheur.

Pour la seconde pièce, pas de crépitements porteurs mais des interférences qui composeront autrement – mais avec moins d’évidence, peut-être. Heureusement, l’élan est cosmique, les intentions bruitistes, et la volonté du trio s’arrange avec son harmonie, qui va déclinant. Ce sont d’autres sortes d’artifices, pour compenser peut-être : field recordings et voix attrapées où ? Mais c’est l’expérience de Möslang qui, une autre fois, fera la différence.



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Norbert Möslang, Ilia Belorukov, Kurt Liedwart : Sale_Interiora
Mikroton
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Giallo 02/ Nero
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

kurt liedwart phil raymond rim

En 2009, Kurt Liedwart travailla, à coup de lloopp et d’électronique, à la déformation du son de percussions préalablement enregistrées (et modifiées sans doute déjà) par Phil Raymond. De graves enveloppants en agaçantes ondes sinus, le duo est parvenu à consigner là cinq pièces d’une abstraction qui ne bat pas le rythme, certes, mais pulse bel et bien, elle aussi. 



rim

Kurt Liedwart, Phil Raymond : Rim
Mikroton
Enregistrement : 2009. Edition : 2016.
CD : 01/ 10:58 02/ 3:52 03/ 9:27 04/ 4:16 05/ 22:45
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Murmurists : I Am You, Dragging Halo (Zoharum, 2016)

murmurists i am you dragging halo

Derrière (au-dessus de ?) ces voix murmureuses (Pixyblink, Bryan Lewis Saunders, Annie Dee, Anton Mobin…) et ces musiciens au « la 440 » tordu (Paulo Chagas, Mark Browne, Annie Dee encore, Thomas Fernier…) il y a la main d’Anthony Donovan, un multi-instrumentiste qui en a vu d’autres (de multi-instrumentistes) d’autant qu’il lui a fallu deux ans pour nous conter I Am You, Dragging Halo.

Une drôle d’histoire que cette pièce de poésie sonore sur accompagnement d’abstract-noise. Bizarroïde ne pourrait pas dire comme cette pièce est bizzaroïde, au point que même les sons sont méconnaissables ; une abstract-psyché virant noise à vous percer le tympan, un rock-ambient dont les guitares répétitives crachent tout à coup du métal, des collages distroy en phase de reconstruction… C’est un peu tout ça, I Am You, Dragging Halo… Et d’autres choses encore. Même si derrière (ou au-dessus de) ces choses, c'est toujours et surtout... Anthony Donovan.



murmurists

Murmurists : I Am You, Dragging Halo
Zoharum
Enregistrement : 2012-2014. Edition : 2016.
CD : 01/ I Am You, Dragging Halo
Pierre Cécile © Le son du grisli



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