Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Flaming : Flamingo (Barefoot, 2016)

flamingo flamingo

Affronter l’horizontalité ne fait aucunement peur à la clarinette contrebasse de Chris Heenan, à la contrebasse d’Adam Pultz Melbye ou à la caisse claire de Christian Windfeld. Au contraire, elles y élisent domicile, en fouillent tous les recoins, filtrent quelques louches de sensible. Ici, on lustre le cercle, on craquelle la peau, l’anche grince, les balles rebondissent, l’archet frôle plus qu’il ne percute.

Plus tard, tous abandonneront l’horizon pour la strie, les césures vagabondes : la clarinette contrebasse se gargarisera de souffles parasites, s’y développeront fiels et griefs, bruissements d’ailes. Puis, animés par leur profonde nature, reviendront à la ligne droite.

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Chris Heenan, Adam Pultz Melbye, Christian Windfeld : Flamingo
Barefoot Records

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Life Is Nothing But Trading Smells 02/ Stepchild of Living Languages 03/ The Void Beneath 04/ Horizontal Fold 05/ Attention Filter
Luc Bouquet © Le son du grisli

 



Jürg Frey : String Quartet no. 3 / Unhörbare Zeit (Wandelweiser, 2015)

jürg frey string quartet 3

C’est un ballet délicat qu’a composé Jürg Frey et qu’interprète ici le Quatuor Bozzini – en 2004, les mêmes musiciens enregistraient, du même compositeur et pour le même label, Strings Quartets – et qui l’oblige même. Est-ce que String Quartet no. 3 (2010-2014), avec cet air qu’il a de respecter les codes, manipule en fait ses interprètes ?

Dans un même mouvement, voici les cordes s’exprimant avec précaution puis allant et venant entre deux notes enfin dérivant au point de donner à leur association des couleurs d’harmonium. C’est que le vent emporte les archets et que les cordes, fragilisées par son passage, adoptent une tension dramatique qui n’est pas sans évoquer celle du Titanic de Bryars

En compagnie des percussionnistes Lee Ferguson et Christian Smith, le quatuor interprète ensuite Unhörbare Zeit, suite de séquences instrumentales interrompues par des silences de plus en plus longs, et donc influents. Le flou artistique que respectent les violons ne leur impose aucun contraste : ils vont ensemble sur un battement sourd ou s’expriment d’un commun accord sur des paliers différents. Et c’est encore en instrument à vent qu’ensemble ils se transforment. Puisque Jürg Frey a changé l’air que les musiciens respirent en soufflantes partitions.

écoute le son du grisliJürg Frey
String Quartet no. 3 (extrait)

jürg frey

Jürg Frey : String Quartet no. 3 / Unhörbare Zeit
Edition Wandelweiser
Enregistrement : 11-13 mai 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ String Quartet no.3 02/ Unhörbare Zeit
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Automatisme : Momentform Accumulations (Constellation, 2016)

automatisme momentform accumulations

Derrière Automatisme se cache un homme (du moins, un Canadien) : William Jourdain. M. Jourdain est un producteur adepte de l’autoproduction – un autoproducteur, en somme – mais cet album sort sur Constellation. C’est donc une présentation de son travail électronique (electronica, rhythm, ambient, drone…) depuis 2013 bien qu’il soit actif depuis le milieu des années 1990.

Le rythme est toujours bien présent sur les six morceaux choisis et le minimalisme en semble le fil rouge. L’écoute n’est pas désagréable et quelques sons de basse valent le coup d’oreille, mais on ne trouve pas grand-chose de neuf là-dedans. Du post (voire du sous) Alva Noto / Four Tet / Kruder & Dorfmeister / Pole… Peut-être pas suffisant pour le moment…


automatisme

Automatisme : Momentform Accumulations
Constellation
Edition : 2016
CD / LP / DL : 01/ Transport 1 02/ Simultanéité 3 03/ Transport 2 04/ Sumultanéité 1 05/ Transport 3 06/ Simultanéité 4
Pierre Cécile © Le son du grisli


Ingar Zach : Le stanze (Sofa, 2016)

ingar zach le stanze

C’est avec une mesure, et même une parcimonie, qui rappelle celle de son aîné Fritz Hauser qu’Ingar Zach documente son travail en solitaire. Gran cassa, éléments de batterie, autres percussions et un peu d’électronique – à laquelle fait surtout appel la dernière des quatre pièces de Le stanze – lui permettent de composer ici, de différentes manières.  

Quatre tableaux d’inspiration italienne : La buggia dello specchio et Il battito del vichingo, qui conjuguent le pas d’un métronome pressé aux recherches, parfois indolentes, d’un rythmicien qui a sur lui toujours un temps d’avance ; L’inno dell’ Oscurità, qui ronronne entre deux silences et puis balance avec force ; È solitudine, enfin, qui soumet une caisse claire à une persistance électrique tenace jusqu’à ce que claque un terrible coup de grosse caisse.

Quatre pièces sur lesquelles le retentissement – le contrecoup – a un rôle indéniable, qu’il se souvienne, pour le sublimer, d’un geste que Zach a intentionnellement abandonné, qu’il s’empare d’un dernier rebond pour en faire la première note d’un chant d’envergure, qu’il transforme en battement grave le tintement régulier d’un triangle… Ce n’est donc pas la magie qui opère à chaque fois, mais bien l’art qu’a Ingar Zach de changer l’endroit qu’il est venu remuer en exceptionnelle caisse de résonance.

le stanze

Ingar Zach : Le stanze
Sofa
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ La buggia dello specchio 02/ Il battito del vichingo 03/ L’inno dell’ Oscurità04/ È solitudine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jason Sharp : A Boat Upon Its Blood (Constellation, 2016)

jason sharp a boat upon its blood

La dernière fois que j’ai écouté un CD Constellation, c’était un Coin Coin de Matana (et encore, j’avais été forcé). Mais la dernière fois avant cette dernière fois là ça devait encore être dans les années 1990. J’ai pris du retard, d’accord, mais je ne compte pas le rattraper. Ceci étant, en déballant A Boat Upon Its Blood (inspiré par le poète Robert Creeley) du touche-à-tout Jason Sharp qui sévit aussi dans le Land of Krush de Sam Shalabi, j’étais quand même curieux…

Je ne sais pas grand-chose de ce Sharp canadien et en cherchant à en apprendre eh bien j’apprends qu’il est joueur de saxophones (basse et baryton), qu’il a improvisé sur scène avec Malcolm Goldstein ou Lori Freedman et a joué en première partie de Peter Brötzmann ou David S. Ware. Ce qui fait que je m’attends en gros à un Colin StetGustafsson de plus (en fait, je me rends compte que j'ai entendu pas mal de disques Constellation ces derniers temps ! sorry).

Or voilà que non. Le cœur amplifié (oui oui), Sharp échange son sax de temps en temps pour un synthé ou alors il le plaque à une caisse claire tenue à la verticale pour faire tout autre chose. Une sorte de musique psychédélique, très rythmée (par des basses profondes) et parfois bruyante, qui tient autant du minimalisme dronant que du post-rock le plus abrasif. En prime, on a la pedal steel guitar de Joe Grass, le violon de Joshua Zubot, les micros de l’Architek Percussion et la drum machine de Jesse Zubot. Malgré le trop de violon(sss) sur la fin, ça valait bien le coup de retrouver l’écurie Constellation.

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Jason Sharp : A Boat Upon Its Blood
Constellation
Edition : 2016.
CD / LP / DL : A Boat Upon Its Blood
Pierre Cécile © Le son du grisli



Sylvain Guérineau, Itaru Oki, Kent Carter, Makoto Sato : D’une rive à l’autre (Improvising Beings, 2016)

sylvain guérineau itaru oki kent carter makoto sato d'une rive à l'autre

Ils n’y peuvent rien mais peuvent tout : le free jazz coule dans leurs veines. Et ce, depuis longtemps déjà. Et même s’ils sont passés par d’autres sphères, rarement relayées par les médias, Sylvain Guérineau, Itaru Oki, Kent Carter et Makoto Sato aiment à voguer librement, toutes voiles dehors. Avec de vrais morceaux de Trane-Cherry ici. Et alors ? Que faire ? Les ficher S sur le Code pénal de la critiquature ?

Ici, entendre le ténor se lover au cœur d’une contrebasse grouillante, sentir la timide et essentielle sourdine du trompettiste titiller le saxophoniste, entendre le batteur déstructurer la pompe du contrebassiste, aimer ces cuivres chauffés à blanc, retrouver ces phrasés lancés à même le sensible. Oui, c’est ça : fichés S. S comme superbe !

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Sylvain Guérineau, Itaru Oki, Kent Carter, Makoto Sato : D’une rive à l’autre
Improvising Beings / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Terre-Neuvas 02/ Bateau phare 03/ Récif 04/ Le rideau de mer 05/ D’une rive à l’autre
Luc Bouquet © Le son du grisli


Bi-Ki ? : Quelque chose au milieu (Circum-Disc / BeCoq, 2016)

bi-ki jean-luc guionnet quelque chose au milieu

Comme en promenade, Jean-Luc Guionnet a enregistré les saxophonistes Sakina Abdou et Jean-Baptise Rubin dans différents endroits (piscine, église, autoroute…) de Lomme, près de Lille, au printemps 2014. Pour avoir en plus signé montage et mixage du disque Quelque chose au milieu, il serait davantage que ce tiret qui fait tenir ensemble le « Bi » et le « Ki » du nom de ce duo d’altos.

Que l’on avait pu entendre respectivement dans Eliogabal et Louis Minus XVI, deux de ces innombrables formations qui jouent avec les styles et les références sans rien en faire de neuf, ni même d’intéressant. Ensemble, Abdou et Rubin se disent cependant préoccupés par l’espace dans lequel ils jouent, ce dont ce travail tenait à rendre compte : « l’objectif de ce disque est de donner à entendre une multiplicité de ‘’points d’écoute’’ de la musique du duo ».

Le choix de Guionnet est judicieux, d’autant que son implication – celle qu’il arrive à faire entendre dans le même temps qu’il cherche à se fondre dans le paysage – change la donne d’un projet qui, de notes en suspension en discordances mesurées – interprétations et improvisations ici se confondent – se serait peut-être contenté de rebondir sur un bas-relief ou de se glisser dans une conversation de plus. Or, voici nos deux aérophones changés en Urban Sax miniature, qui font acte de présence en jouant des airs et des rumeurs, certes, mais font plus forte impression encore en lançant une horde d’aigus à l’assaut des habitués du marché de Lomme (SIb, C3/C5). C’est une belle façon de faire avec l’espace aussi que de s’exprimer dans l’intention de le faire taire.


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Bi-Ki ? : Quelque chose au milieu
Circum-Disc / BeCoq / Les allumés du jazz
Enregistrement : 14-19 avril 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ SIb église 02/ Zoom marché 03/ Diabétiques s’abstenir marché 04/ Tenues autoroute 05/ Minuscule église / hôtel de ville 06/ SIb hôtel de ville 07/ C3/C5 église 08/ Attaques inversées autoroute 09/ SIb marché 10/ aBto 3am autoroute 11/ Grand bassin / Attaques inversées piscine 12/ C3/C5 marché
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Noble, Kristoffer Berre Alberts : Coldest Second Yesterday (Clean Feed, 2016)

steve noble kristoffer berre alberts coldest second yesterday

Si Eddie Prévost marquait ces dernières années les esprits avec sa série de Meetings with Remarkable Saxophonists, un autre percussionniste que lui – Steve Noble, pour tout dire – n’a pas à rougir des dernières pièces ajoutées à sa collection de souffleurs : ainsi ce collaborateur régulier de Peter Brötzmann frayait-il récemment avec Akira Sakata (Live at Cafe Oto), Martin Küchen (Night in Europe), Stefan Keune (Fractions) ou encore Julie Kjær (Dobbeltgænger).

Sur ce concert d’un peu plus d’une demi-heure donné à Oslo en 2015, c’est en duo avec Kristoffer Berre Alberts qu’on pourra l’entendre. S’il ne réussit pas vraiment à intéresser au sein du Cortex qu’il forme par ailleurs (dont Clean Feed a publié deux disque déjà : Live! et Live in New York), le saxophoniste démontre là d’un tempérament certain : ainsi, aux claques et rebonds de son aîné, répond-il par des phrases qui, sur un axe aylero-parkérien – soit : perturbé, que l’allure soit lente ou vive, par des trémolos et des secouements – sont capables d’une expression franche. A surveiller, donc.  


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Steve Noble, Kristoffer Berre Alberts : Coldest Second Yesterday
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 4 août 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Animal Settlement 02/ Inclination 03/ Order Left Behind
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Aaron Lumley : Katabasis/Anabasis (Small Scale Music, 2016)

aaron lumley katabasis anabasis

Les photos que le label Small Scale Music a utilisées pour l’artwork de cette cassette nous montrent Aaron Lumley, la trentaine, en pleine forêt (pas de persistants, vu que les arbres sont nus). Il a l’air de lutter contre la nature, le contrebassiste, au moment d’entamer l’ascension d’une pente de feuilles mortes et une fois stabilisé on le sent encore subjugué par le mystère des éléments.

En même temps, était-il obligé d’aller jouer dans ce sous-bois ? Non, d’autant que ces quatorze prises l’ont été à La Passe, Montreal, certainement dans un studio tout ce qu’il y a de plus classique. Ce qui expliquerait la séance photo (en plus du fait que John Eckhardt a été son professeur) serait alors ce lien à la terre et à la nature que le musicien a l’air d’avoir chevillé au corps (certains titres le prouvent : Grappling with a River, Mountain Goats’ Dance, By the Light of a Blood Moon…).

Ni trop improvisée ni trop expérimentale, la musique d'Aaron Lumley (pizzi ou à l’archet qu’il a de vif sauf quand il s’en sert comme d’un bout de bois), se veut donc… organique. Et elle l’est en effet. Comme la nature, elle peut aussi être belle, chatoyante, agaçante et de temps en temps longue comme une nuit d’hiver. Peut-être pas encore aboutie, ceci étant. Mais dans une saison ou deux, qui sait ?

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Aaron Lumley : Katabasis/Anabasis
Small Scale Music
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
K7 : A1/ Nekyia A2/ Low Country Blues A3/ Grappling with a River A4/ Waldeinsamkreit – B1/ Psychopomp B2/ Mountai Goats’ dance B3/ A Pryriscent Green Man B4/ In Silence Easy B5/ Root System Sound System B6/ By the Light of a Blood Moon
Pierre Cécile © Le son du grisli


Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis : Enfances (Fou, 2016)

daunik lazro joëlle léandre george lewis enfances

Les portes n’étaient pas murées, tout était encore possible : le rire, la charge, la décharge, la crispation, le relâchement. On s’échappait des codes, ce n’était pas pour en fabriquer de nouveaux. Alors, on prenait le taureau par les cornes, on fonçait sur le drapelet rouge puisque le rouge était encore couleur d’espérance (et Joëlle de se rêver en Carmen teutonne, le temps d’un court couplet).

L’alto grésillait, caquetait, grondait, s’invitait moustique affamé, savait où se loger l’ultra-aigu. Le tromboniste salivait de bonheur, éructait, aboyait, gargarisait son souffle. La contrebassiste-vocaliste exultait, l’archet se portait large, le lapidaire trouvait sa lame. La jungle était sans limite, de drôles d’oiseaux zébraient l’horizon, la basse-cour avait vu le loup. Musiciens et spectateurs étaient des indiens que les cowboys et autres justiciers de petites revues n’osaient pas (même s’ils en rêvaient) affronter. C’était Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis, et le Dunois, en ce jour du 8 janvier 1984.

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Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis : Enfances
Fou Records
Enregistrement : 1984. Edition : 2016.
CD : 01-10/ Enfance 1 – Enfance 10
Luc Bouquet © Le son du grisli



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