Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Loren Connors : Portrait of a Soul (Alara, 2014)

loren connors portrait of a soul 2014

Portrait of a Soul (sorti en 2000 mais réédité aujourd’hui en vinyle et en digital) est certainement l’une des plus belles réussites de Loren Connors.

Car c’est un disque qui flaire bon l’introspection et qui a saisi à jamais l’électricité si particulière de la guitare et l'âme du MazzaCane. Un léger delay et l’Américain suit le cours d’une pensée et le fil d'une imagination merveilleuses toutes les deux. Poignant de simplicité (derrière elle se cache la vérité de Loren Connors), il multiplie les pistes mélodiques dans un embranchement qui évoque ces lignes de chemin de fer le long desquelles on l’a toujours imaginé vagabonder, guitare sur le flanc droit. Ses glissandos et ses pickings l’accrochent à la ferraille, la rouille atteint son instrument et cette couleur particulière donne tout son caractère à ce portrait d’une âme qu’il aurait été dommage en effet de ne pas rééditer.

écoute le son du grisliLoren Connors
Portrait of a Soul

Loren Connors : Portrait of a Soul (Alara Music)
Réédition : 2014.
LP / Téléchargement : 01-14/ Day 1-Day 14 15—19/ Evening 1-Evening 5 20-23/ Night 1-Night 4 24-26/ Dawn 1-Dawn 3
Pierre Cécile © Le son du grisli



Christoph Limbach : begin_if_(3) (Agxivatein, 2014)

christoph limbach begin_if_3

De tous nos papiers froissés j’aurais pu faire de la musique. Christoph Limbach froisse bien des micros, lui. A moins que ce ne soit des extraits de films, des choses de la vie concrète et des choses de la vie rêvée.

C’est le troisième volet de son projet begin_if. Et c’est parfois avec Angelina Kartsaki au violon. Des micros mais plus encore, des pulsations, des cymbales, des sons d’examens médicaux…, un monde entier à froisser. Le violon est lui oriental mais l’électroacoustique est occidentale. Car derrière tous ces sons il y a un drone et derrière le drone il y a toujours un occidental qui insiste : le drone, j’en fais mon métier, et mon imagination l’éprouvera. Je n’ai pas entendu les papiers froissés des deux premiers volets de begin_if. Le troisième ne plaide peut-être pas en la faveur du projet ? Je retourne à nos papiers froissés.



Christoph Limbach : begin_if_(3) (Agxivatein)
Edition : 2014.
Cassette : begin_if_(3)
Héctor Cabrero © Le son du grisli


FALOT : Expérience Blockhaus (Décimation Sociale, 2014)

falot expérience blockhaus

Mais quel est donc le message d’Expérience Blockhaus, CD de FALOT « unplayed and unproduced by Romain Perrot » ? Y a-t-il d’ailleurs là-dedans (harsh noise wall, héroïque guitare, mur du gras son, purée de crachin…) un message à décoder qui nous ouvrirait les portes d’un monde insoupçonné ?

D’un monde parallèle j'entends, aussi exotique qu’un raout de soukous organisé dans un gymnase de l’autre côté du périphérique ou aussi smegmatiquement fiérot qu’un rallye de cousins logeant autour de la Place Rodin. Bref le genre de truc louche et pas net comme ce que nous promet cette pochette : le cri d’un homme en pleine décomposition qu’une amie, insensible, abandonne souriante à sa putréfaction. Bon, déjà dedans, alors poursuivons l’expérience… Abasourdi par le bruit penthotal du début, maintenant je vacille sur un duo guitare / batterie et obéirais avec gentillesse à la voix qui m’engueule : « repli dans le merzbowisme, gars, ma hargne aura raison de la bonne musique qui endort ta vie de parasite ! » Diantre, le type sur la pochette, c’est moi !

écoute le son du grisliFALOT
Expérience Blockhaus (extraits)

FALOT : Expérience Blockhaus (Over the Rainbow) (Décimation sociale)
Edition : 2014.
CD / DL : 01-04/ Expérience Blockhaus (Over the Rainbow)
Pierre Cécile © Le son du grisli

michelVomir à l'Espace B ? Falot, Le Chevalier de Rinchy et Charnier s'y engagent : rendez-vous ce samedi 8 novembre, à 20H30.

wölfli nurse with wound lsdg


Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency, 2014)

simon whetham from the mouths of clay

Début 2013, Simon Whetham était en Colombie, la Casa Tres Patios de Medellín l’ayant invité à faire le voyage. Entre autres occupations, il parcourut le Museo Universitario de la Universidad de Antioquia, prélevant dans l’espace de quoi composer – et faire « parler les silences » – avant de s’intéresser de plus près à un lot d’urnes funéraires (préhispaniques, sinon récentes encore).

Inspiré par les anciens travaux d’Alvin Lucier, Whetham enregistre l’ « âme » des récipients d’argile pour y diffuser ensuite les rumeurs qu’il y a trouvées, en somme les remplir des rumeurs amplifiées. Au fond de chaque urne, non pas un œil mais la bouche promise, dont la langue est d'un surréalisme confondant : résonances arrangeant en surface sifflements, bourdons, frottements et crépitements. En seconde face, Alejo Henao et Miguel Isaza enrichissent ce ballet flottant d’autres discrétions, extraites d’antiques instruments de musique. Voilà le souvenir à conserver du passage de Whetham à Medellín, assez saisissant pour espérer que les images de l’installation présentée à la Casa Tres Patios nous parviennent un jour.  



Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency)
Enregistrement : janvier-avril 2013. Edition : 2014.
Cassette : A-B/ From the Mouths of Clay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Candelilla : Heart Mutter (ZickZack, 2013)

candelilla heart mutter

Heart Mutter est seulement le deuxième album du groupe Candelilla et c'est déjà Steve Albini qui est aux manettes. C’est dire les espoirs que l’on porte ces jours-ci à ces quatre Allemandes élevées (peut-être) au biberon Riot Grrrls…

A moins que ce ne soit à une potion plus récente, genre un cocktail checkant Le Tigre, Electrelane et Pit er Pat ? C’est qu’au jeu des ressemblances on pourrait se laisser aller. Mais préférons noter que les jeunes femmes ont tenu à conserver un peu de leur langue maternelle (à côté d’un peu d’anglais d'accord) et que ce choix-là charme (le nombre de ch' là-dedans) dès l’écoute du premier titre et donne un peu de caractère à leur pop à distorsions et à leurs riffs loopés.

Mais hélas et trois fois hélas Heart Mutter est seulement (= n’est que) le deuxième album du groupe. Bien encourageant, d’accord, mais pour le troisième, il faudra réviser deux ou trois petites choses, comme faire taire le piano, raccourcir les textes, « cradifier » un peu l’ensemble (on frise l’Elastica de temps à autre, pour ceux qui se rappellent). Sur le motorik de 32 (oui, les morceaux ont pour noms des numéros), on les invite alors à travailler leurs obsessions. En d’autres termes : filles, allez-y franchement !

Candelilla : Heart Mutter (ZickZack)
Edition : 2013.
LP / CD : 01/ 28 02/ 30 03/ 27 04/ 32 05/ 26 06/ 29 07/ 31 08/ 21 09/ 25 10/ 23/33 11/ 34 12/ 22
Pierre Cécile © Le son du grisli



Francisco López : Untitled#281 (Störung, 2014)

francisco lopez untitled#281

Ainsi le boîtier transparent qui enferme cette 281e composition sans nom de Francisco López  parvient à cacher le monstre multiple qui l’habite : électronique tumultueuse où l’usage des machines côtoie des chants de volatiles enregistrés aux quatre coins du monde.

Ce catalogue d’oiseaux évoquera bien sûr davantage les détournements de Merzbow que l’intérêt de Messiaen. Sur le disque, les pépiements sont en effet l’égal des râles – les oiseaux-mouches ne nichent-ils pas désormais en cavernes ? – et ce sont des espèces d’envergure qui s’ébattent en volières. Mais si les expérimentations de López produisent de nouvelles créatures, ce sont moins leur nouveauté que leur panache, mis en valeur par de savants encodages, qui rend leur découverte passionnante.

Francisco López : Untitled#281 (Störung)
Enregistrement : 1995-2010. Edition : 2014.
CD : Untitled #281
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Derek Bailey, Joëlle Léandre, George Lewis, Evan Parker : 28 rue Dunois juillet 82 (Fou Records / Metamkine)

derek bailey joëlle léandre evan parker george lewis 28 rue dunois juillet 82

Sans doute pas une émergence – le ver était dans le fruit depuis quelques temps déjà – mais l’audace d’une esthétique (l’improvisation radicale made in Europe) alors en plein bouillonnement. Derek Bailey, Joëlle Léandre, George Lewis et Evan Parker étaient au Dunois en ce chaud mois de juillet 1982. Le Dunois était alors le temple de toutes les expérimentations et un certain Jean-Marc Foussat y faisait ses premières armes de preneur de son(s).

Ces soixante-quinze minutes d’impro libre ne sont rien d’autre qu’une bénédiction. Parce que ces quatre-là n’avaient que le présent pour partage. Il faut les entendre, presque timides, cafouiller le temps de quelques minutes avant de s’unir réellement. Les tics, les habitudes viendront plus tard. Pour l’heure, à demi-notes, ils s’inventent (splendide connexion Lewis-Léandre), cherchent dans leurs duretés-souplesses le plus beau terrain vague. Le propulseur-saxophone d’Evan lançait des sagaies-idées, tâtait du souffle continu sans débordement inutile ; Joëlle – autant pizz qu’arco ici – ne doutait pas et dévoilait quelques-unes de ses sorcelleries futures ; la guitare de Derek jouait un drôle de flamenco et avait la corde fertile ; George Lewis se sentait comme un poisson dans l’eau angélique des hautes rivières. Oui, ces quatre-là avaient du caractère, de la suite dans les idées. L’utopie était en marche. Ce disque vient à point-nommé pour nous suggérer qu’elle est (peut-être) encore possible.

écoute le son du grisliDerek Bailey, Joëlle Léandre, George Lewis, Evan Parker
28 rue Dunois juillet 82 (extrait)

Derek Bailey, Joëlle Léandre, Evan Parker, George Lewis : 28 rue Dunois juillet 82 (Fou Records / Metamkine)
Enregistrement : 1982. Edition : 2014.
CD : 01/ 1ère partie 1a 02/ 1ère  partie 1b 03/ 1ère partie 2 04/ 2ème partie 1 05/ 2ème partie 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

léandre workshop


Ernesto Rodrigues, Chris Heenan, Alexander Frangenheim, Ofer Bymel : Berlin (Creative Sources, 2013)

chris heenan ernesto rodrigues alexander frangenheim ofer bymel berlin

Sur la couverture de Berlin apparaissent quatre marques de griffures. Symbolisent-elles les musiciens qui ont enregistré cette « Suite en six parties » ou sont-elles les traces de leur rencontre ? J’opterais pour la première hypothèse et j'ajouterais que la première griffure représente le violoniste Ernesto Rodrigues.

Avec Chris Heenan (saxophone et clarinette contrebasse de Trigger), Alexander Frangenheim (contrebasse) et Ofer Bymel (percussions), il improvise une petite musique de nuit et, malgré ses griffures, tendre est la nuit. L’archet tâtonne, glisse et après barre, tient le cap de l’improvisation. Devant l’inconnu que représente la minute ou la seconde qui arrive inexorablement, le quatuor peut vibrer (la clarinette en donne la meilleure preuve) et alors la nuit remue. Dans un cas comme dans l’autre c’est un beau souvenir de Berlin que nous dévoile là Ernesto Rodrigues ; un beau souvenir de nuit tendre qui remue. 

Ernesto Rodrigues, Chris Heenan, Alexander Frangenheim, Ofer Bymel : Berlin (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 25 avril 2010. Edition : 2014.
CD : 01-06/ Berlin
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Nor Cold : Nor Cold (Multikulti Project, 2013)

nor cold multikulti

Après avoir tâtonné dans l’espace Olgierd Dokalski (trompette), Wojciech Kwapisiński (basse électrique), Oori Shalev (batterie et cymbales très résonnantes) et Zeger Vandenbussche (saxophone alto & soprano, clarinette) tâtonnent dans d’autres pistes : la mélodie, l’unisson, le contrepoint.

Il faut dire que leur désir de mêler leur petite musique aux mélodies séfarades des Balkans n’est pas sans danger, Zorn étant déjà passé par là. Ici, Nor Cold ne cherche pas à en mettre plein la vue. Aucune réponse, copie ou réplique masadienne mais des souffles pétrifiés (Vandenbussche ravira les fans de John Lurie), des lignes claires, des harmonies frêles, des tempos impressionnistes. Ils tâtonnent : ils trouveront.

Nor Cold : Nor Cold (Multikulti Project)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Maria 02/ The Thief 03/ Madre: the Adolescence 04/ Sadness 05/ Drama 06/ Falling Sky 07/ Madre: the Reconciliation 08/ Deep End 09/ Maria Radio Edit
Luc Bouquet © Le son du grisli


Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah, 2014)

andrea belfi natura morta

Giuseppe Iealsi m’apprenait l’autre jour l’Italien instrumental. Andrea Belfi continue aujourd’hui mon apprentissage (notons que tous les deux ont professé d’ailleurs à l’école Häpna). Après ses travaux avec David Grubbs & Stefano Pilia, Machinefabriek ou Ignaz Schick, Belfi nous revient seul pour nous « pondre » (dit-on vraiment « pondre » ?) une nature morte (traduction de l’Italien que j'ai appris).

Vous avez bien lu : Belfi est seul. Seul comme un seul homme mais un seul homme entouré de bien des machines (batterie, percussions, synthétiseurs de toutes sortes). Et pour quoi faire ? Eh bien, d’abord une plage d’ambient sombre où les secondes qui passent sont marquées par une batterie sèche comme la pierre, puis des bulles d’harmoniques et enfin (et surtout) des morceaux que l’on redira être influencés par Radian (sont-ce les vibes ?), Pan American (sont-ce les synthés ?) ou Kruder (sont-ce les vibes et les synthés ?). Et tout ça qui s’écoute, bien sûr, même si l’introduction (son petit nom est Oggeti Creano Forme) m’avait fait espérer bien mieux.

écoute le son du grisliAndrea Belfi
Natura Morta (extraits)

Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Oggeti Creano Forme 02/ Nel Vuoto 03/ Roteano 04/ Forme Creano Oggeti 05/ Su Linee Rette 06/ Immobili
Pierre Cécile © Le son du grisli



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