Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Bertrand Denzler, Antonin Gerbal, Axel Dörner : Le ring (Confront, 2016)

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Il ne faudra pas chercher d’intention particulière dans le titre de ce disque enregistré au théâtre du même nom en décembre 2015 – période qui vit Bertrand Denzler, Axel Dörner et Antonin Gerbal improviser comme un seul homme de Montreuil à Paris et de Bordeaux à Toulouse. C’est donc un peu de Zoor augmenté d’un partenaire avec lequel le saxophoniste enregistra jadis en compagnie de Daniel Erdmann, Michael Griener et Günter Müller (Stralau, Creative Sources).

Sans filet ni soutien électronique ; là, à même le public : le ténor et la trompette déposent de longues notes dont les couleurs changent lorsqu’elles entrent en contact. A force de contorsions et de détournements, un ravinement fait son œuvre à l’intérieur des instruments à vent, dont Gerbal conduit les rigoles et, même, modifie les dessins. Décisives, ses interventions conseillent aux souffleurs le déplacement, voire la mutation. A force d’écoute, et puis de déductions et d'adaptations, les trois improvisateurs signent là une œuvre qui atteste l’entente de leur association, et même sa logique manifeste.


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Bertrand Denzler, Antonin Gerbal, Axel Dörner : Le ring
Confront
Enregistrement : 12 décembre 2015. Edition : 2016.
CD-R : 01/ Le ring
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Oguz Büyükberber, Tobias Klein : Reverse Camouflage (TryTone, 2015)

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Toutes clarinettes dehors, les chants se resserrent : chants brisés, enchâssés, chants libres et affranchis. Lâchées au centre du terrain vague, les clarinettes existent : bavardes, assaillantes, convulsives, énervées, querelleuses, tourmentées. La tendance est à la dispersion, à la routine des souffles. Elles sont ce que l’on attend d’elles.

Quand direction leur est donnée, elles s’ouvrent au chant boisé, visitent l’unisson et l’harmonique rauque. Elles s’enivrent du tourbillon léger, acceptent douceurs et décompressions. Au final, embarquent avec elles une cargaison d’infrabasses. Et sont, alors, bien loin du rite. Et ont pour complices Messieurs Oguz Büyükberber et Tobias Klein.

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Oguz Büyükberber, Tobias Klein : Reverse Camouflage
TryTone
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Eptaenneadeka 02/ Pallidus 03/ Nox 04/ Superciliosus 05/ Diminutus 06/ Arborescens 07/ Selene 08/ Bimaculatus 09/ Veligero 10/ Niveus 11/ Argus 12/ Tenebricus 13/ Tung Sten
Luc Bouquet © Le son du grisli


Seňales de Síntesis : Música Electroacústica Peruana (1991-2000) (Buh, 2016)

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J’ai un failli un jour aller au Pérou mais ça ne s’est pas fait. Alors pas étonnant que le Pérou vienne à moi, même si c’est de façon plutôt inattendue, faut avouer : une compilation double CD de musique électroacoustique de là-bas, enregistrée entre 1991 et 2000 (rendons-nous à l’évidence : ça commence déjà à faire loin 2000). C’est un peu dans le genre de la série An Anthology of ??? Experimental Music de Sub Rosa (il faut remplacer donc ??? par Peruvian, donc, et même, ça se complique, experimental par electroacustic).

Dans ces archives récentes il y a des drôles de bruits de synthés, des expérimentations en langue espagnole, des collages à jambe de bois et des compositions à béquille électronique, de la musique concréto-schizo… Je ne sais s’il servirait à grand-chose de citer les noms des neuf musiciens présents sur cette rétro (à part à allonger ma chronique, bien sûr, ce qui serait du goût de beaucoup de monde mais à qui je n’ai pas forcément envie d’obéir, ah cet éternel penchant pour la désobéissance...) mais je vais oser donner quand même ceux de ceux qui m'ont ravi l’oreille : Federico Tarazona, José Sosaya & César Villavicencio (dont les instruments à vents retapés sont irrésistibles). C’est toujours ça de pris, n’est-ce pas ?

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Seňales de Síntesis
Música Electroacústica Peruana (1991-2000)
Buh Records
2016
2 CD : Seňales de Síntesis. Música Electroacústica Peruana (1991-2000)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Biliana Voutchkova : Modus of Raw (Evil Rabbit, 2016)

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Cherchant à capter et à fixer l’inédit, la violoniste Biliana Voutchkova entraîne avec elle un archet rageur. Bien sûr, ce dernier  racle la corde, trouve un axe et s’y installe. Entre nervosités et polyphonies malades, la corde va être mise à rude épreuve, elle va être fouillée, creusée, choquée, dépouillée, creusée jusqu’à la rupture.

Il y aura des éraillements et des emballements mais jamais d’enlisement. Parfois, la voix de la musicienne accompagne l’instrument ou, au contraire, s’en détache : la voix va alors vagabonder, minauder, se fendiller et s’évaporer sans préavis. En fin d’enregistrement, la violoniste prend acte des bruits du petit village suisse de Poschiavo (cloches, oiseaux, conversations) puis commente, copie, se fond dans un ordinaire qu’elle semblait pourtant vouloir éviter en début de disque. De belles promesses ici.

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw
Evil Rabit Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Enter 02/ Modus of Raw 03/ Song of Anxiety 04/ Memory Imprints 05/ Chaos & Beauty 06/ Gratitudes & Sorrows 07/ Poschiavo Medley
Luc Bouquet © Le son du grisli


Pali Meursault : Mécanes (Universinternational, 2016)

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Ainsi, après Offset, Pali Meursault porte-t-il encore ses micros à la bouche des machines : il y a un an, sur proposition du GRM, il imaginait < Mécanes > à l’atelier de typographie m.u.r.r., à Pantin. Prétextant l’impression de l’imprimé qui sera ensuite glissé dans la pochette de ce nouveau vinyle – presque livre d’artiste –, Meursault composait donc doublement.

Sur la première face, on pourra entendre l’agencement des caractères et les types de plomb qui font le voyage de la casse à la galée sembler épouser non seulement le mouvement mais aussi la respiration du typographe. Sur la seconde, c’est le rythme de la presse – qui répond au doux nom de Rosa, ce qui permet à Meursault d’adresser un hommage à Gertrude Stein –, son souffle, ses allers et ses retours, ses bruits parasites même, qui fabriquent une rumeur active.

Pour le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie Nationale, le « bourdon » est une « omission de texte due à un oubli du compositeur ». Celui que Pali Meursault a consigné en < Mécanes > est d’une autre nature, qui chante au rythme des lettres qui défilent – comme le « h », voici le « m », le « e », le « c »… aspirés – et qui, forcément, fait impression.

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Pali Meursault : < Mécanes >
Universinternational
Enregistrement : octobre 2015. Edition : 2016.
LP : A/ Penser avec les mains – B/ Rosa is Rosa is Rosa
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Twenty One 4tet : Live at Zaal 100 (Clean Feed, 2016)

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Ayler résonne en eux : même façon d’entrelacer leurs lyrismes, mêmes élans convulsifs, même abstraction du rythme. Ceux qui y trouveront à redire retourneront vite à leurs petits princes sur papier glacé. Les autres (j’en suis, j’en suis !) ne s’useront jamais de leurs joutes, de leurs solidités et endurances résolues.

A Amsterdam, ce soir-là, Luis Vicente (trompette), John Dikeman (saxophone ténor), Wilbert de Joode (contrebasse) et Onno Govaert (batterie) apportèrent de nouvelles nuances : épurer le texte, créer une masse expressive, faire du torride un terrain d’expérimentation lisible, sortir d’un brötzmannisme stérile, introduire un zeste de brasier sonique, briser la stature du fort-en-gueule, ne plus saturer le cercle. Et, ainsi, camper dans la toute proximité des glorieux et admirés ancêtres.


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Twenty One 4tet : Live at Zaal 100
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 27 septembre 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Red Moon 02/ Rising Tide 03/ Undertow 04/ Vesuvius
Luc Bouquet © Le son du grisli


Regler : regel #8 (metal) (At War With False Noise, 2016)

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Je baisse toujours le volume au minimum quand je lance un CD de Regler (Anders Bryngelsson & Mattin) et puis je l’augmente de seconde en seconde. C’est ma technique. Car on n’est jamais trop prudent d’autant que celui-ci stipule entre parenthèses : metal. Heavy ou Trash ou Black dans lequel le duo aurait bien aimé donner mais ce dont il se sentait incapable finalement…

Mais Regler, c’est aussi une façon de tester les limites (celles de la technique de Mattin & Bryngelsson comme celles de leurs auditeurs). Sur ces trois morceaux captés en concerts, j’imagine bien nos deux garçons profiter de la situation pour arriver quand même à leurs fins = en mettre plein les oreilles au public présent aux Instants Chavirés (10 décembre 2015), à L’étincelle d’Angers (11 décembre 2015) et au MKC de Skopje (12 décembre 2015) et non pas au KFC de Cholet où je les ai attendus pendant deux heures au moins.

Nous sommes donc en présence d’une mini tournée. Et aussi d’une batterie qui tape avec une vigueur qui n’a d’égale que sa persévérance et d’une guitare qui vrombit et vous paralyse presque sur le champ / soit sur la longueur soit en rafales d’appropriations (Locrian dit la capture d’écran d’un tweet) ou de cut-up. Allez-y, après ça, trouver les mots pour décrire le disque. J’ai à peine décollé ma deuxième oreille de l’enceinte que je ne me souviens plus de rien, si ce n’est que c’était fort… & fort bon.


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Regler : regel #8 (metal)
At War With False Noise
Edition : 2016.
CD : 01/ Heavy Metal 02/ Trash Metal 03/ Black Metal
Pierre Cécile © Le son du grisli


Bobby Bradford, Hafez Modirzadeh, Mark Dresser, Alex Cline : Live at the Open Gate (NoBusiness, 2016)

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Ce n’est pas un nouveau Carter que Bobby Bradford a trouvé en Hafez Modirzadeh, mais quand même : un partenaire inspirant qui, au saxophone alto, atteste une sonorité singulière. Le concert date du 3 mars 2013 – Center for the Arts, Los Angeles.

Encore assez peu enregistré, Modirzadeh y rivalise de présence avec le cornettiste, et puis avec deux accompagnateurs de choix : Mark Dresser à la contrebasse et Alex Cline à la batterie. Quand le quartette n’improvise pas, il ose des placages de blues ou de swing sur les structures vagabondes de compositions que se partagent les musiciens en place – notamment celles du fameux Song for the Unsung que le cornettiste interpréta avec Carter sur Seeking.

Malgré l’équilibre trouvé par l’association, Dresser fait plusieurs fois figure de meneur. C’est d’ailleurs lui qui, sur deux notes, ouvre l’enregistrement : Steadfast est pourtant signé de Cline, hier partenaire d’Andrea Centazzo et de Viny Golia. Le thème marque l’entier disque d’une empreinte West Coast qui ne s’interdit ni exigence – il faut entendre ici le cornet et le saxophone lentement rompre avec la ligne mélodique qui leur était assignée – ni impertinence. Merci alors aux Lituaniens de NoBusiness d’avoir su le mettre en valeur.

écoute le son du grisliBobby Bradford, Hafez Modirzadeh, Mark Dresser, Alex Cline
Song for the Unsung

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Bobby Bradford, Hafez Modirzadeh, Mark Dresser, Alex Cline : Live at the Open Gate
NoBusiness
Enregistrement : 3 mars 2013. Edition : 2016.
LP : A1/ Steadfast A2/ Facet 5 A3/ Facet 17 A4/ Dresser Only – B1/ For Bradford B2/ HA^BB B3/ Song for the Unsung B4/ Reprise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Kasper Tom, Rudi Mahall : One Man’s Trash Is Another Man’s Treasure (Barefoot, 2016)

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L’un (Kasper Tom) est adepte du rebond fertile, l’autre (Rudi Mahall) raffole des phrasés saillants. Ainsi, tambours et clarinettes vont parcourir des terres vierges avant de fixer un cap.

Dans cet aléatoire de chocs et de souffles, on sera néanmoins loin du fouet, loin des spasmes. On voguera dans l’intime, dans la conviction qu’il ne faut pas brusquer le silence. On passera par une escapade sonique peu convaincante pour, très vite, revenir au bercail. Et ce bercail, ici, se nomme rythme et réminiscence d’un jazz finalement jamais totalement abandonné. Un dernier sursaut en toute fin d’enregistrement (Here We Go Again) laissera entrevoir un fort désir de convulsion soutenue. Trop tard ?


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Kasper Tom, Rudi Mahall : One Man’s Trash Is Another Man’s Treasure
Barefoot Records
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Here We Go 02/ Totart 03/ Drummer Queen 04/ Frühaufsteher 05/ Die Flexitarier 06/ Halbes Publikum 07/ An der dünnen grauen Odense A 08/ Lodz 09/ Here We Go Again
Luc Bouquet © Le son du grisli


Merzbow, Keiji Haino, Balázs Pándi : An Untroublesome Defencelessness (RareNoise, 2016)

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Quand on est fatigué des trios guitare / basse / batterie, pourquoi ne pas essayer les trios guitare / électronique / batterie ? Et l’un des plus engageants (sur le papier tout du moins) en plus ? Alors BIM Keiji Haino / Merzbow / Balázs Pándi, captés l’année dernière à Tokyo.

Depuis ses débuts on a l’habitude d’entendre le batteur hongrois avec Merzbow en duo ou avec Merzbow et Mats Gustafsson en trio. S’il s’est déjà frotté à la guitare avec Joe Morris & Thurston Moore, il gravissait tout de même un échelon en imaginant la rencontre de son duo avec Merzbow et de Keiji Haino. Maintenant, puisqu’il était particulièrement attendu, An Untroublesome Defencelessness s’avère d’autant plus décevant.

D’abord parce que la batterie recouvre lourdement la guitare et l’électronique qui sont parfois poussifs de la première à la troisième partie du premier titre, Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters… Et si c’est bien mieux sur le deuxième morceau (en quatre parties), entre grosse batterie, ronronnements de guitare et cris gutturaux, c’est encore pas à la hauteur de nos attentes. Du réchauffé qui marche toujours, mais du réchauffé qui tourne en rond, donc du réchauffé malheureusement.

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Merzbow, Keiji Haino, Balázs Pándi : An Untroublesome Defencelessness
RareNoise
Enregistrement : 15 avril 2015. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters... (Part I) 02/ Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters... (Part II) 03/ Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters... (Part III) 04/     How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part I) 05/ How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part II) 06/ How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part III) 07/ How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part IV)
Pierre Cécile © Le son du grisli



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