Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Susanne Brokesch: Emerald Stars (Chicks on Speed - 2005)

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Avec Emerald Stars, son troisième album, l’autrichienne Susanne Brokesch tourne la page d’une ambient à laquelle elle avait jusque là travaillé, pour interroger les manières d’établir une combinaison satisfaisante entre songwriting, pop et expérimentations légères. La tentative se divise en deux parties presque égales : sur la première, Brokesch défend ses propres compositions, quand elle préfère interpréter, sur la seconde, un titre de Bowie (Heroes) et quatre pièces du compatriote compositeur Hugo Wolf.

Comme pour faire le lien, le début d’Esmerald Stars présente une ambient minimale, faite de construction rythmique modelées d’après Kraftwerk, pour le côté obscur du rappel (The Emerald Stars In The Sky, qu’elle reprendra en guise de conclusion, y incorporant un bruitisme gentillet), ou de nappes de claviers supportant le poids de carillons artificiels, pour le côté mièvre du même rappel (The Art Of Missing The Bus).

C’est donc en Like A Hologram, piécette downtempo désinhibée, qu’il faut voir le premier et véritable essai là pour satisfaire les nouvelles aspirations de Brokesch. Une voix éloignée révèle l’influence évidente de Björk, pourquoi pas de Stina Nordenstam – parallèle envisageable aussi à l’écoute de To Go Back. Et voilà (presque) tout, jusqu’à ce que quelques chocs légers et une incrustation crachante imposent The Missing Records Are Private, aux traînées repérables d’électronique filante.

Après un Heroes sur boucle rythmique crasseuse et guitare expectorante, Brokesch s’attaque à ce qui sauvera indéniablement le disque : la reprise réfléchie de 4 lieds d’Hugo Wolf. Evoquant, dans leur version originale, de blondes et laiteuses jeunes filles perdues en forêt qui, de désespoir, s’allongeaient parmi les feuilles mortes pour mieux attendre une mort gothico-prussienne, les voici réactualisés. Investissant le domaine de l’atmosphère, Brokesch écrit là une chronique stellaire proche des enregistrements de Yann Tomita (Nachtzauber), ou confesse la séduction opérée sur elle par la musique sérielle, et notamment celle de Philip Glass (Verschwingene Liebe).

La lecture d’Emerald Stars pourrait être comparée à une promenade devenue aventure. Inexistant parmi l’étendue verte d’un paysage naïf, l’intérêt affleure quand le ciel s’assombrit. L’auditeur butte sans cesse avant d’apercevoir la lumière, jaillissant d’une cathédrale de glace. A cet instant, peu importe que le parcours ait été, ou non, programmé.

CD: 01/ The Esmerald Stars In The Sky 02/ The Art Of Missing The Bus 03/ Like A Hologram 04/ The Missing Records Are Private 05/ Heroes (History Remix) 06/ Der Soldat 07/ Nachtzauber 08/ Stille Liebe 09/ Nachtzauber (Fantasie) 10/ Das Ständchen 11/ Verschwingene Liebe 12/ To Go Back 13/ The Esmerald Stars In The Sky (Reprise)

Susanne Brokesch - Emerald Stars - 2005 - Chicks on Speed Records. Distribution Nocturne.



Trio Derome Guilbeault Tanguay: The Feeling of Jazz (Ambiances magnétiques - 2005)

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Dans le livret de The Feeling of Jazz, le saxophoniste Jean Derome écrit : « Je ne sais pas pourquoi des blancs francophones jouent du jazz en 2005 à Montréal. » Plus loin, au lieu de se satisfaire d’un expéditif « Pourquoi pas ?», il trouve une réponse d’une simplicité qui le pare de toute attaque critique : « Cette musique est tatouée dans nos cœurs et nous la jouons parce que nous l’aimons et que ça nous rend heureux de le faire. »

Ce discours, vomitif lorsqu’il est tenu par un musicien dont la médiocrité de l’étoffe est aussi discernable que l’ignorance qu’il a d’un art qu’il s’autorise à transformer en addition de propositions vulgaires et vides, porte ici l’entier album avec conviction. Et trois blancs de Montréal d’investir des standards avec insouciance, animés non par le désir de bien faire, mais par celui de le faire, tant qu’il leur plaira.

Alors, avec Jump for Joy, on entame une sélection ouverte, prônant la diversité la plus libre : Ellington, donc, se trouve ici repris, mais aussi Sonny Clark (le swing brillant de Sonny’s Crib), Misha Mengelberg (A Bit Nervous, Rollo II), ou quelques thèmes issus du répertoire de Dolphy (Jitterbug Waltz) ou Billie Holiday (Getting Some Fun Out of Life). A chaque fois, la section rythmique, assurée par Normand Guilbeault (contrebasse) et Pierre Tanguay (percussions), est irréprochable – classique, certes, mais efficace.

Quant à Derome, il pose sans paraître concéder le moindre effort son saxophone, sa flûte, ou sa voix. Car le jazz n’est pas qu’instrumental, et comme le trio l’apprécie dans sa globalité, il lui faut aborder la sous-section vocale. Faisant peu de cas de ce qu’on pourrait facilement lui reprocher, Derome frotte ses cordes à un thème de Cole Porter (Five O’Clock Whistle), repeint en noir You’d Be So Nice To Come Home To, ou inocule un peu de rock – voire, de punk – au mille fois ressassé I Won’t Dance. Sur les paroles défendues jadis par Billie Holiday, le trio persiste : « May be we do the right thing, May be we do the wrong », répétant qu’il ne sert à rien de chercher à estimer la valeur des résultats.

C’est d’ailleurs dans cette certitude qu’il faut repérer la pièce maîtresse de la mécanique de The Feeling of Jazz, d’où aura découlé toute la qualité. Générant le plus souvent quelques gènes porteurs de tares abîmant l’oreille, la priorité du désir sur tout le reste trouve chez Derome, Guilbeault et Tanguay, l’exception confirmant sa règle dommageable.

CD: 01/ Jump for Joy 02/ The Feeling of Jazz 03/ Sonny’s Crib 04/ Five O’Clock Whistle 05/ You’d Be So Nice To Come Home To 06/ Jitterbug Waltz 07/ A Bit Nervous 08/ It’s You or No One – It’s You 09/ I Won’t Dance 10/ Rollo II 11/ Getting Some Fun Out of Life

Trio Derome Guilbeault Tanguay - The Feeling of Jazz - 2005 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.


Foxes Fox : Naan Tso (Psi, 2005)

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Sous le nom de Foxes Fox, un quartette occasionnel, emmené par le saxophoniste Evan Parker, s’est récemment réuni dans l’intention de marquer en musique les derniers coups portés en Angleterre par le batteur Louis Moholo. C’est qu’il fallait à celui-ci retrouver son pays, l’Afrique du Sud, quittée jadis pour cause d’Apartheid.

27 octobre 2004, au Gateway Studio de Londres, sans la moindre introduction, le groupe s’acharne à faire éclater les perturbations, rue dans les brancards, au son des rebonds aériens et des roulements affables de Moholo. Une coupe nette, et le batteur distribue les coups profonds sur tom basse, quand John Edwards tend sa contrebasse d’attaques courtes suggérant bientôt la reprise des hostilités. Après avoir ingénument défendu une phrase répétée jusqu’à ne plus pouvoir la retenir, Parker s’engage avec Steve Beresford dans un inextricable dialogue saxophone / piano. Frôlant l’anthologie, il pourrait résumer à lui seul l’essentiel de la fougue ici déployée si soustraire un seul geste de la somme fantasque qu’est Naan Tso n’était pas illusoire. Après une demi-heure, l’improvisation se termine dans les grincements divers et les boucles de cordes pincées.

D’inspiration plus légère, Slightly Foxed débute par les impacts sauvegardés des doigts d’Edwards sur son instrument. Beresford n’intervenant pas, Parker gagne encore en présence, et distribue comme il l’entend ses phrases grâce au soutien de Moholo, discret mais immanquable. Infaillible, toujours et encore, sur Reinecke Gefettet, sur lequel le quartette reconstitué dresse une composition sur l’instant, grave et emportée. Où Beresford, pas revenu pour rien, badinera à loisir sur un piano réverbéré, jusqu’au chaos grandiose.

Ne restait plus, pour l’équilibre de Foxes Fox, qu’à Edwards de revendiquer mieux. Omniprésent sur Renard pâle, Parker n’en permet pas moins au contrebassiste d’arriver à ses fins : attaquant à grands coups d’archet le bas de son instrument, il tisse un accompagnement insatiable et libérateur, décidant d’une pause à partager, avant d’inviter Moholo à le rejoindre le temps d’un duo dense et concis. La session close sonne l’heure de l’au revoir. Et toutes les boîtes du monde de souhaiter un jour organiser un semblable pot de départ.

Foxes Fox : Naan Tso (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 octobre 2004. Edition : 2005.
CD : 01/ Naan Tso 02/ Slightly Foxed 03/ Reinecke Gefettet 04/ Renard pâle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Lacy: Solo (In Situ - 1991)

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Le 6 décembre 1985, Steve Lacy donnait à la galerie Maximilien Guiol, Paris, un concert en solo. Exercice qu’il appréciait, attenant à un auditoire respectant à peine la distance minimale imposée par la taille de son saxophone soprano. Comme souvent, Lacy débute par un hommage à son maître, Thelonious Monk, dont le Work avoue l’influence plus qu’évidente, l’ancrage initiatique qu’il arrive aussi aux compositions personnelles du saxophoniste de trahir (Clichés, ici ; Prospectus, ailleurs).

Attentif à ce qu’il est capable de ressentir et à ce qu’il doit traduire sur l’instant, Lacy enchaîne 8 morceaux. Evidemment introspectifs, mais autant à l’écoute de l’interprète que des propositions du soprano, médium chargé de possibilités et de couleurs diverses. Alors, un référent introductif tourne en rond avant de suivre la trajectoire d’une spirale tout juste éclose, récitation par cœur d’un mini thème répétitif affublé de digressions (Morning Joy). Le changement accordé toujours, revendiqué par les séries et les silences, aussi léger soit-il (Coastline).

Considérant son instrument sous toutes les coutures, Lacy ne le charge jamais sans avoir préalablement pesé le pour et le contre. Accueillant la phrase qui s’impose seulement lorsqu’elle peut s’avérer adéquate, qu’elle sorte d’on ne sait où (Rimane Pooo) ou manipule un thème connu forçant aux portes (échantillon galvaudé d’I Got Rythm en ouverture de Deadline).

L’expérience est exclusive et le jeu parfois impersonnel. Jamais austère, parce que toujours estimé avant d’être rendu, abandonné, offert. La force de Lacy se trouvant dans le partage évident d’une épreuve artistique qui aurait pu ne concerner que lui. Et, don ultime, qu’il permet au spectateur de suivre, voire, de comprendre.

CD: 01/ Work 02/ Morning Joy 03/ Coastline – Deadline 04/ Clichés 05/ Retreat 06/ The Gleam 07/ Rimane Poco

Steve Lacy - Solo - 1991 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.


David Murray: Waltz Again (Justin Time - 2005)

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Depuis Charlie Parker, de nombreux musiciens ont compté sur l’apport d’une section de cordes pour envisager autrement le jazz. Aux sérieuses intentions du Third Stream s’opposent les tentatives sincères de Clifford Brown, Julius Hemphill ou Arthur Blythe, et plus récemment, celle à moitié transformée de Sonny Simmons. En 2002, David Murray se frottait en quartette – Lafayette Gilchrist (piano), Jaribu Shahid (contrebasse), Hamid Drake (batterie) – à l’expérience.

D’ambition plus affirmée, son Waltz Again nécessita la compagnie d’une dizaine de musiciens classique. Allant et venant sur le free introductif de Pushkin Suite #1, ils suivent les arrangements réfléchis de Murray, prenant tour à tour la forme de boucles lancinantes ou fantasmant l’intervention vagabonde d’un grand orchestre égyptien. Le long de 7 mouvements, le quartette hésite cependant sans cesse entre les attaques cinglantes et une démarche plus lyrique. Un accent de Prokofiev fait ainsi suite à une bande deux fois originale de film noir, les accents retenus de Drake ouvrant le passage aux progressions affreusement romantiques du piano.

Plus naïf dans sa forme, Waltz Again renoue avec la fraîcheur des premières expériences, et dépose un swing charmeur qui contraste avec l’efficacité recherchée plus loin dans le calcul d’un saxophone à l’unisson des cordes (Dark Secrets). Le discours grandiloquent gagne ensuite Steps – où les nappes de violons sauront bientôt motiver Murray à renouer avec ses capacités reconnues d’improvisateur -, avant de perdre totalement Sparkle, morceau jouant d’envolées faciles sur l’accompagnement d’un Gilchrist capable seulement de convenance.

Waltz Again de décevoir, au final. Apte à surprendre ici ou là, voici les quelques trouvailles rapidement mises à mal, et pas seulement par les parties de violons et violoncelles. Loin d’être les seuls à instiller un brin d’affectation, changé bientôt en pompe suffisante. De jazzmen qui suivent la partition pour ne pas perdre leurs partenaires venus d’ailleurs, et en rajoutent jusqu’à les surpasser bientôt en politesse stérile.

CD: 01/ Pushkin Suite #1 02/ Waltz Again 03/ Dark Secrets 04/ Steps 05/ Sparkle

David Murray 4tet & Strings - Walt Again - 2005 - Justin Time. Distribution Harmonia Mundi.



Tetsu Inoue: Yolo (DiN - 2005)

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Ayant collaboré avec élégance à des projets menés par Bill Laswell, Atom Heart ou Taylor Deupree, Tetsu Inoue n’a jamais cessé de se pencher en solo sur la tournure adéquate à conseiller aujourd’hui à la musique assistée par ordinateur. Neuvième album sous son nom, Yolo poursuit la quête d’une Ambient originale.

Pas effrayée à l’idée d’aller voir ailleurs qu’aux endroits destinés à ses nappes, celle-ci peut lorgner vers la pop au son de carillons synthétiques (Tane) ou du recours à un mini schéma mélodique (S Equation), vers l’expérimental (Sour Cloud) ou du côté d’un bruitisme vaporeux proche de celui de Rafael Toral (Particular Moments, Curve). Les méthodes appliquées convoquent les oscillations longues et les inserts légers (Remote), la réverbération et l’écho (O Shape), les répétitions discrètes (Spirit Of Data), et un reverse qui, d’effet, a été transformé en réel instrument (Particular Moments, Remote). Le tout englobé par des basses rassurantes, et fleuri d’émanations plus abstraites. Echappant, par là même, à la définition. Le geste précis, Inoue sait se contenter de peu, économe sur la forme, généreux d’une autre manière. Trompeuse, l’esquisse n’en est pas une. Derrière elle se cachait l’essentiel ramassé.

CD: 01/ Tane 02/ Remote 03/ Particular Moments 04/ Curve 05/ O Shape 06/ Flow 07/ S Equation 08/ Sour Cloud 09/ Super Nature 10/ Spirit Of Data

Tetsu Inoue: Yolo - 2005 - DiN. Import.


Franziska Baumann, Jurg Solothurnmann, Christoph Baumann: Potage du jour (Leo - 2005)

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Depuis 1999, la chanteuse Franziska Baumann, le saxophoniste Jurg Solothurnmann et le pianiste Christoph Baumann, travaillent ensemble à une musique pêchant un peu partout les ingrédients de sa composition instantanée. Figures d’une nouvelle scène suisse, n’hésitant plus à faire preuve de courage, comme le prouve le choix du titre de leur premier album : Potage du jour.

En guise d’ouverture, les inspirations du saxophone répondent sur piano sombre aux interventions de la voix (Are). Elle, donne dans le lyrisme échevelé ou joue avec des références plus légères, rappels à un univers de dessins animés (We) ou décalages permis (It, le hip hop gangrené par la décadence bourgeoise). Avec Only, le trio marque un temps, pendant lequel il semble s’interroger. Le grain de voix mis maintenant au service d’un scat presque éteint annonce l’heure des essais plus expérimentaux. Les souffles secs de Solothurnmann (In) précèdent alors les examens oto-rhino-laryngologiques subis par la chanteuse (Soup), assez éreintants pour la voir régresser jusqu’au babillement (For).

La recette expérimentale, à force d’éclater, aurait pu faire virer le potage au bouillon. Or, l’ensemble tient, sans que l’on sache vraiment comment. Et même si l’improvisation du trio n’arrive pas à se hisser au niveau de celui des maîtres du genre, cette présentation de la palette de Franziska Baumann assure une descendance en devenir aux fastueuses Maggie Nicols et Lauren Newton.

Franziska Baumann, Jurg Solothurnmann, Christoph Baumann : Potage du jour (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD : 01/ We 02/ Are 03/ Only 04/ In 05/ It 06/ For 07/ Soup 08/ Enjoy!
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ernest Dawkins: Chicago Now, Thirty Years of Great Black Music Vol.1 (Silkheart - 1997)

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En 1994, à l’occasion du trentième anniversaire de l’A.A.C.M., le New Horizons Ensemble du saxophoniste Ernest Dawkins rendait hommage aux fondateurs de l’association comme aux représentants les plus charismatiques du jazz d’avant-garde. Mais de manière originale, mettant de côté la reprise de standards pour distribuer les hommages aux rythmes de compositions signées du leader ou de son tromboniste, Steve Berry.

Ensemble, les deux hommes inaugurent Improvisation # 1, morceau au laisser-aller coulant, capable de distiller un peu de swing aux phrases répétitives. Le reste du sextette ne tarde pas à justifier de sa présence : prédominance de la section rythmique (Yosef Ben Israel et Reggie Nicholson) sur des compositions efficaces jouant des déclinaisons tonales (The Time Has Come, Bold Souls) ; poids des deux autres solistes, que sont le guitariste Jeffery Parker (sur Flowers for The Soul, surtout) et le trompettiste Ameen Muhammad (partout où il joue).

Sans jamais perdre de vue l’efficacité qu’il a toujours mise en avant dans sa musique, Dawkins adresse donc des clins d’œil : aux compagnons de l’A.A.C.M. que sont l’Art Ensemble (Improvisation #2) et notamment Lester Bowie (Runnin’ From The Rain), et aux maîtres jamais trop remerciés – Ornette, sur un post-bop dans lequel s’immiscent des périodes commandées de flottement (Zera) ou la délicatesse virant au chaos spatial de Flowers for The Soul, ou Roland Kirk, sur la soul d’une valse lente jusqu’à la marche (Dream for Rahsaan).

Dans le livret, le saxophoniste approfondit encore les dédicaces, dresse un répertoire de musiciens ayant œuvré avec générosité pour la Great Black Music, et vient ainsi compléter l’excellent concert de louanges. Pas terminé, celui-ci, puisque d’autres égards indispensables seront distribués le long d’un Volume 2.

CD: 01/ Improvisation #1 02/ The Time Has Come 03/ Improvisation #2 (My Baby Blues) 04/ Bould Souls 05/ Dream For Rahsaan 06/ Zera 07/ Flowers for the Soul 08/ Runnin' From the Rain

Ernest Dawkins - Chicago Now, Thirty Years of Great Black Music Vol.1 - 1997 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.


John Watermann: Epitaph for John (Korm Plastics - 2005)

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Une collaboration entamée par l’artiste John Watermann et Frans de Waard, du label Korm Plastics, transformée en hommage. Le 2 Avril 2002, jour de la mort de Watermann, les travaux en commun ont investi le champ de l’attente. Le temps pour Waard de réfléchir à la poursuite encore possible du travail, mais pas sans quelques soutiens.

Appelés, Asmus Tietchens, Ralf Wehomsky (RLW), Masami Akita (Merzbow) et Freiband. Le cahier des charges invitant chacun d’eux à traiter les enregistrements de Watermann, matériaux naturels en quête de continuité artificielle. Offerte, si possible, par ceux-là, qui ont tous collaboré un jour avec le personnage à regretter.

Alors, Tietchens fait des dernières bandes de son complice une ode aux souffles divers - qu’ils affichent une exclusivité dérangeante (JWAT 3) ou se trouvent une place au creux d’une ambient industrielle (JWAT 1). Dans la même optique, Ralf Wehowsky invite l’auditeur à s’adapter à des larsens bientôt chassés par les bourdonnements (Seeking Perfection).

Plus loin, la discrétion abstraite de Freiband sur Threnody contraste avec la progression d’Untitled for John Watermann de Merzbau : à force de tintements et d’inserts parasites, une mini rythmique s’installe et rend convaincante cette nouvelle expérience sonique. Plus brut, l’exposé fait par Frans de Waard d’un dernier enregistrement de Watermann rend une zoologie mise en boîte, incarnée ou factice (Toowong Cemetary).

La collaboration achevée enfin pour avoir su accueillir les effets d’artistes non programmés mais tous redevables, d’une façon ou d’une autre, à John Watermann. Qui ont élevé ensemble un monument élégant, et évoqué si bien Watermann sur Epitaph for John que ce disque devra renoncer à ses qualités de compilation pour venir compléter et conclure la discographie personnelle du disparu.

CD: 01/ Asmus Tietchens - JWAT 1 02/ Asmus Tietchens - JWAT 2 03/ Asmus Tietchens - JWAT 3 04/ Asmus Tietchens - JWAT 4 05/ RLW: Seeking Perfection - Somewhere Else 06/ Merzbow - Untitled For John 07/ Freiband - Threnody 08/ John Watermann - Toowong Cemetary

John Watermann - Epitaph for John - 2005 - Korm Plastics. Distribution Metamkine.   


François Tusques: Free Jazz (In Situ - 1991)

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Près de cinq ans après son enregistrement (1960), le Free Jazz du double quartette d’Ornette Coleman trouvait un écho en France. D’une improvisation collective à l’autre, le temps nécessaire à la formation d’une équipe de France capable de suivre la piste débusquée outre-Atlantique, intimidante de permissions et de pièges à éviter.

A la tête du sextette, le pianiste François Tusques, qui se souvient de l’unique soupçon de direction musicale : « J’ai simplement demandé aux musiciens de jouer triste. » Initiée par les fulgurances cinglantes du contrebassiste Beb Guérin, l’originalité s’impose au gré des instruments à vent de François Jeanneau et Michel Portal, de la répétition d’un duo d’accords de piano, et des changements de rythme insatiables signés Charles Saudrais (Description automatique d’un paysage désolé 1).

Branlante, la batterie conduit ensuite La tour Saint Jacques, d’où l’on peut voir que Tusques ne renie pas toujours les (re)trouvailles mélodiques, quand la trompette de Bernard Vitet et la clarinette basse de Portal enfoncent une note sur le thème, et que Jeanneau s’occupe de fioritures sensibles sous l’influence des figures de Coltrane et Dolphy. Plus loin, une Sophisticated Lady réinventée, moderne et déliquescente, concède un presque romantisme à l’explosion (Description automatique d’un paysage désolé 2) ; un Souvenir de l’oiseau rendu en musique par une régénération de vents impossibles à éteindre, transpose le tableau dans un ciel d’orage.

Pour sortir des tourmentes, la frénésie de Saudrais sera nécessaire, invitant saxophone, clarinette et trompette à accentuer encore l’acharnement (Souvenir de l’oiseau 2), avant d’atteindre un univers sombre, aux interventions brèves des solistes, du Souvenir de l’oiseau 3. La tristesse emportée par la fougue, Tusques peut soumettre à son équipe l’idée d’une conclusion imminente – notes au piano recouvrant l’effort collectif – et signer enfin une version française digne d’intérêt et faiseuse de promesses.

CD: 01/ Description automatique d'un paysage désolé 1 02/ La tour Saint-Jacques 03/ Description automatique d'un paysage désolé 2 04/ Souvenir de l'oiseau 05/ Souvenir de l'oiseau 2 06/ Souvenir de l'oiseau 3

François Tusques - Free Jazz - 1991 (réédition) - In Situ. Distribution Orkhêstra International.



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