Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

David Fenech: Polochon Battle (Inpolysons) - 2007

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Capable d’être (com)prise à des degrés divers, l’écoute de Polochon Battle en dit long sur l’illusion après laquelle court son auteur, David Fenech : qui tente d’allier le futile à l’agréable, et le sourcil froncé au sourire béat.

Pot-pourri de tentatives éclatées, le disque donne à entendre autant de naïveté compositionnelle que de comportements étranges, capables tous d’user jusqu’à la corde le moindre gimmick dans le but d’élaborer un folklore minuscule. Auprès d’une batterie d’invités et d’instruments, David Fenech maltraite donc ses comptines, relègue parfois leur fondement mélodique au profit d’une ironie grinçante, de manipulations intéressées (celles d’un message téléphonique ou de l'inspiration d'un enfant), ou de pièces plus abstraites, qui traînent leurs doutes en fin de parcours.

Minimaliste, le discours évoque quelques références – Moondog, Sakamoto, Pascal Comelade, John Lurie, Ennio Morricone –, qu’il s’amuse quand même à ranger dans le désordre. Ainsi, le badinage de Polochon Battle séduit par sa nature, véritablement insouciante, qui profite aux combinaisons de trouvailles amusées qui font l’essentiel de ses instrumentaux.


David Fenech, Cheveux dangereux. Réalisation : Benoît Guillaume. Courtesy of David Fenech et Benoît Guillaume.

CD: 01/  Jogging republicain 02/ Pingouins (w/ felix kubin) 03/ Odette (w/ stephane milochevitch, aka thousand) 04/ Spiderwoman (w/ shugo tokumaru) 05/ Theme for alix (w/ klimperei) 06/ Friday market reggae 07/ Cheveux dangereux (w/ hervé zénouda) 08/ Crying for nothing 09/ Ode to pahl 10/ Polochon Battle (w/ toog + aurélien potier) 11/ Mange du caca 12/ Akira 13/ Alaeeeygh 14/ Trespirations (w/ falter bramnk) 15/ Mr Singovki + Mala Coffee (w/ daniel palomo vinuesa)

David Fenech - Polochon Battle - 2007 - Inpolysons.



The Fonda/Stevens Group : Trio (Not Two, 2007)

fondastevensgrisliEnsemble à la physionomie changeante, The Fonda / Stevens group se faisait trio, en avril 2006, sur la scène de l’Alchemia de Cracovie.

Aux côtés du batteur Harvey Sorgen, le contrebassiste et le pianiste se partagent les titres d’un répertoire piquant, qui commande autant de déconstructions audacieuses que d’exercices de style parfaitement maîtrisés (swing incertain de The Search, orientalisme de Soon to Know, essai impressionniste de The Path).

Bien sûr, il arrive à Michael Jefry Stevens de trop en faire au piano, mais le trio parvient le plus souvent à mettre la main sur une entente rare, d’où partira l’imprécation folle de From The Source ou l’étrange danse qu’est Break Song. Et Joe Fonda, comme à son habitude, de rayonner d’un bout à l’autre d’un concert de plus. 

CD: 01/ Soon to Know 02/ The Search 03/ Andrea 04/ From the Source 05/ The Path 06/ Break Song

The Fonda / Stevens Group - Trio - 2007 - Not Two.


Al Margolis / If, Bwana: An Innocent, Abroad (Pogus / Import) - 2007

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A partir de l’enregistrement de la voix de Lisa Barnard, Al Margolis dresse les plans des dernières explorations sonores en date de son If, Bwana. En compagnie de Jane Rigler et Jacqueline Martelle, flûtistes consentantes – et assez aventureuses pour accepter de se plier à des règles rappelant celles du cadavre exquis –, Margolis s’attache alors à mettre au jour un univers basé sur le langage.

Evidemment incompréhensible, celui-ci, et dissout sous les effets d'une essence de térébenthine administrée par des parties de flûtes étirées et traînantes. Un peu d’anglais, soudain, une déclaration d’amour étouffante, évaporée au creux des parallèles dessinées par les instruments à vent, couvrant de leurs graves répétés quelques voix qui s’opposent.

Ainsi, An Innocent, Abroad distille une ambient angoissante que le Stockhausen de Stimmung aurait investie sans crier gare, pour reléguer au second plan mots et musique, et s’occuper bien mieux d’une simple et belle affaire de sons.

CD : 01-05/ An innocent, Abroad

Al Margolis / If, Bwana : An Innocent, Abroad - 2007 - Pogus Records.


Elliott Sharp, Charlotte Hug: pi:k (Emanem - 2007)

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En deux fois, et selon deux approches, le guitariste Elliott Sharp et la violoniste Charlotte Hug improvisèrent pi:k. A chaque fois : incandescent et sauvage.

A New York, le duo mêle en 2004 ses interventions rageuses : développements fiévreux de Sharp sur guitare acoustique – arpèges insistants et tappings qui en imposent – sur élans de violon hésitant entre les grincements entendus et la charge décorative malséante. Au bout du compte, un folk dérangé rempli de charmes.

A Genève, en 2005, Hug et Sharp improvisent en concert : d’autres pièces, forcément, d’autant plus qu’ils utilisent là quelques appareils, afin d’enrichir leur dialogue instable au gré des conséquences de l’utilisation de micros et d’amplificateurs. Changeant, et tout aussi réfractaire à la défense d’une ligne claire.

CD: 01/ Tread Grapes 02/ Another Yellow Swallow 03/ Kvalster 04/ Take it on the Bridge 05/ Quick Bright Thing – Come to Confusion 06/ Orbiter 07/ Granule 08/ Mineralia 09/ Incidental Atrocity 10/ On The Skew 11/ Stay in Line 12/ Alight ID 13/ De-Scale 14/ Endland and Heyokas

Elliott Sharp, Charlotte Hug - pi:k - 2007 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.


Yuriy Yaremchuk, Mark Tokar, Klaus Kugel : Yatoku (Not Two, 2007)

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Le batteur Klaus Kugel, le contrebassiste Mark Tokar et le multi instrumentiste ukrainien Yuriy Yaremchuk, improvisent les combinaisons possibles d’un triple portrait : Yatoku  et ses palindromes.

Sur mouvement lent, le trio défend d’abord un free qui gagne en densité, avant d’hésiter entre les manières à appliquer à ses pratiques instrumentales : frénétiques (saxophone soprano sur Tokuya, section rythmique défaite sur Kutoya), incertaines, voire, expérimentales (clarinette basse et contrebasse adeptes de détournements mélodiques sur Toyaku), ou plus rassurantes (développement de Kuyato et écarts de langage disposés en cercles sur Yakuto).

S’écartant peu à peu des usages entendus, les trois hommes finissent par mettre la main sur une singularité sophistiquée et, pour tout dire, inattendue.

CD: 01/ Yatoku 02/ Tokuya 03/ Kuyato 04/ Yakuto 05/ Toyaku

Yuriy Yaremchuk, Mark Tokar, Klaus Kugel - Yatoku - 2007 - Not Two.



Paul Rutherford : Solo in Berlin 1975 (Emanem, 2007)

paul rutherford solo in berlin 1975

Faite d’extraits de trois concerts donnés à quelques mois d’intervalles à Berlin, en 1975, une anthologie permet à Martin Davidson, directeur du label Emanem, d’adresser un dernier hommage à Paul Rutherford, tromboniste et improvisateur hors pair. 

Huit enregistrements, dont sept jusque là inédits, redisent ici les manières particulières et parfois étranges de Rutherford, devenu une des figures essentielles de l’improvisation européenne à force d’avoir su démontrer la qualité et l’intransigeance de sa démarche. A Berlin, il refuse, comme toujours, de brader son expérience au profit d’une ritournelle souvent faite nécessité : ainsi, il  extirpe au prix de luttes intestines des notes qu’il abandonne dans l’instant, dévale des progressions à étages au rythme de courses folles dont il ne se lasse jamais, glisse un filet de voix entre les plaintes sorties du cuivre ou rue dans un piano afin d’élaborer l’accompagnement non intentionnel qui pourrait bien lui aller à merveille.

Lorsqu’il n’est pas ivre d’écarts, Rutherford fait varier la distance entre l’instrument et le micro, adresse quelques clins d’œil amusés ou insiste sur une note, qu’il transforme à l’envi. Alors, de trouvailles malignes en frasques à chaque fois convaincantes, l’improvisateur construit son discours, peaufine son œuvre sans y paraître. A tel point que, après The Gentle Harm of the Bourgeoisie, autre enregistrement solo de Rutherford, Solo in Berlin 1975 revendique à son tour le statut de disque indispensable.

Paul Rutherford : Solo in Berlin 1975 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1975. Edition : 2007.
CD : 01/ Berlintro 02/ Berl In Zil 03/ A Song My Granny Taught Me 04/ Not a Very Wonderful Ballad 05/ Primus 06/ Secundus 07/ Tertius 08/ Quartus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Reich: Music for 18 Musicians (Innova - 2007)

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Souvent jouée depuis sa première, donnée à New York en 1976, Music for 18 Musicians de Steve Reich doit aujourd’hui faire avec une nouvelle interprétation de taille : celle du New Music Ensemble de l’Université d’Etat de Grand Valley.

L’un des pères du minimalisme américain voit ainsi sa plus célèbre pièce rendue avec intelligence par des étudiants qui, s’ils sont originaires du Michigan, n’en démontrent pas moins un art délicat de l’interprétation. Qui sert avec légèreté le développement répétitif, met subtilement au jour les effets sonores permis par celui-ci, et arrive au terme de l’entreprise sans avoir jamais failli. Premier à célébrer le tour de force, Reich lui-même: « un disque magnifique, d’une précision renversante ».

GVSU New Music Ensemble, Steve Reich : Music for 18 Musicians (Innova / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
CD : 01-14/ Music for 18 Musicians
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sun : I'll Be The Same (Staubgold, 2007)

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Deuxième album de Sun – duo né de la rencontre d’Oren Ambarchi et Chris Townsend –, I’ll Be The Same sacrifie les visées expérimentales de ses auteurs à la défense d’une pop minimaliste et raffinée.

Lumineux tous, et délicats, six morceaux hésitent ici entre une pop atmosphérique insaisissable et une autre susceptible d’être comparée : aux pratiques de Jim O’Rourke (Mosquito), de Babybird (Right Now), ou à celles du Ian Masters d’ESP Continent (Help Yourself).

Mais aux airs de ballade dérangée par l’intervention d’enregistrements divers et de beats décalés de Bruise Things ou aux mauvais traitements qu’Ambarchi réserve à sa guitare sur Help Yourself, l’auditeur a vite fait de comprendre que les tendres intentions ne font pas toute la singularité de la musique de Sun. Et, sans jamais se dévoiler tout à fait, le duo transforme ses constructions timides en une expérience concluante d’intensité camouflée.

Sun : I’ll Be The Same (Staubgold)
Edition : 2007.

CD : 01/ Mosquito 02/ Bruise Things 03/ Help Yerself 04/ Right Now 05/ Soul Pusha 06/ Smile
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The Eastern Seaboard: Relapse (Tigerasylum - 2007)

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Jeune trio new-yorkais, The Eastern Seaboard revendique des influences allant de Coltrane à Sonic Youth, qui passent par l’héritage de la scène (post) rock de Chicago, pour donner à entendre, au final, une musique qui renvoie aux premières heures du free jazz.

Ainsi, Brent Bagwell (ténor), Jordon Schranz (contrebasse) et Seth Nanaa (batterie), oeuvrent en faveur d’un art brut, jazz direct rappelant celui de l’E.C.F.A., que l’usage de thèmes efficaces, les répétitions mélodiques et les zones de perturbations déconstruites, se disputent sans se satisfaire jamais de concessions tièdes.

Débonnaire (jusqu’à donner à l’enregistrement des airs de simple répétition enregistrée) et pour cela efficace partout, le trio sait aussi rendre acceptables des préoccupations plus réfléchies, comme sur No More Day & Night, titre sur lequel la section rythmique perturbe la quiétude de façade prônée par le saxophone. Frais, dynamique et enthousiasmant.


The Eastern Seaboard, Weather Habit. Courtesy of Tigerasylum & The Eastern Seaboard.

LP: 01/ Etta Place 02/ Gift of the Ghost 03/ Weather Habit 04/ Bad for Business 05/ A Broken Promise 06/ Solar Set 07/Pale Skies 08/ Potts County 09/ Missile Park 10/ Manifest Destiny 11/ No More Day & Night 12/ Victimology 13/ Western Myth

The Eastern Seabord - Relapse - 2007 - Tigerasylum Records.


PJ Harvey : White Chalk (Island, 2007)

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En abandonnant ses instruments habituels, PJ Harvey interroge les capacités de sa verve à résister aux tentations acoustiques... Pour un résultat aussi branlant que le piano qu’elle utilise.

Relativisant à juste titre les effets de la virtuosité instrumentale, PJ Harvey base le plus souvent ses compositions sur un gimmick porteur imposé au piano, avant de voir ensuite si l’inspiration saura légitimer un tel recours. Et le constat, d’apparaître mitigé : réussissant à mettre au jour de jolies pièces de musique inquiète – berceuse sombre de When Under Ether, ritournelle animiste de Dear Darkness, ou paraphrase plus sensible de Before Departure – au son de laquelle elle balade ses craintes de petite fille en paysages préraphaélites, Harvey noie le plus souvent ses complaintes sous les trombes dramatiques, en faisant peu de cas des effets analgésiques de la mesure. Au gré de ses tourments, elle dérive alors, sous le joug d’une emphase souvent déplacée, jusqu’à en perdre tout repère et rappeler soudain quelques pleureuses indécentes – Tori Amos sur The Piano, Mari Boine sur Silence.

Entre les deux, quelques rengaines d’un folk désincarné, peu dérangeantes mais vides malgré les confidences (Broken Harp). Et White Chalk, en définitive, de n’être que cela : un recueil taciturne de chansons similaires et de plaintes distribuées sur le mode de la répétition. En éprouvant le désir de changer son approche de la composition, PJ Harvey n’aura donc fait que tourner en rond sur un nouvel instrument, en faisant toute confiance à son inspiration. Or, douter un peu ne nuit jamais.

PJ Harvey : White Chalk (Island)
Edition : 2007.
CD : 01/ The Devil 02/ Dear Darkness 03/ Grow Grow Grow 04/ When Under Ether 05/ White Chalk 06/ Broken Harp 07/ Silence 08/ To Talk To You 09/ The Piano 10/ Before Departure 11/ The Mountain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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