Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Sieben Mal Solo (Schraum, 2007)

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A l’invitation du label Schraum, sept jeunes musiciens ont défilé sur deux soirées dans un atelier de Berlin afin de donner un aperçu de leur pratique en solitaire de l’improvisation. Sieben mal solo compile les épreuves rendues.

Evidemment, passé le charme de la représentation, celles-ci ne se valent pas toutes – aucune vraiment mauvaise, pourtant. Entre les expérimentations plus démonstratives que véritablement originales (saxophone alto de Lars Scherzberg, flûte de Sabine Vogel, trombone de Paul Hubweber ou batterie de Christian Marien), saluer alors les efforts plus accomplis : ceux de Dave Bennett à l’ogrephonique (piano-lyre amplifié croulant bientôt sous les déflagrations électroniques), d’Ute Völker – remarquée en 2006 avec Anthrazit – sur une progression anguleuse, et, surtout, d’Axel Haller – membre de l’excellent Trio Vopa – à la basse, auteur de recherches renversantes consacrées à de graves textures sonores.

Bienvenu, Sieben mal solo dresse ainsi une galerie nécessaire de portraits de jeunes activistes – en devenir ou déjà installés – consacrés aux musiques improvisées.

CD: 01/ 0:49 02/ Dave Bennett, Klangbrief – one night mein fahrrad the mauer entlang 03/ Lars Scherzberg, Pulsphonogramm 04/ Axel Haller, Ürnotö 05/ Paul Hubweber, L.K.W. 06/ Ute Völker, Evolute 07/ Sabine Vogel, Metamorphosis 08/ Christian Marien, Zopilote

Bennett, Scerzberg, Haller, Hubweber, Völker, Vogel, Marien - Sieben Mal Solo - 2007 - Schraum. 



Burton Greene: Bloom In The Commune (ESP - 2007)

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Augmenté d’extraits d’interviews (de Burton Greene et de Bernard Stollman, patron du label ESP), voici réédités les fruits d’une séance inspirée : qui assurait le pianiste du meilleur des soutiens possibles auprès de Marion Brown (saxophone alto), Frank Smith (saxophone ténor), Henry Grimes (contrebasse), Dave Grant et Tom Price (percussions).

Dès Cluster Quartet, Greene se laisse aller à couvrir le piano d’un bout à l’autre, commande un peu de swing ou va voir à l’intérieur de son instrument, quand il ne laisse pas toute la place à ses partenaires : grand solo de Grimes disposé entre les unissons de Brown et Smith. D’une romance que le pianiste peut changer en morceau de free sophistiqué – faisant toute confiance à l’efficacité des déstabilisations de ses partenaires (Balade II) –, passer alors à la défense de pandémoniums alertes (Taking it Out of the Ground, et Bloom In The Commune, portrait de Monk parmi les ténèbres).

En guise de document, entendre Greene déplorer ne jamais avoir pu enregistrer en compagnie d’Albert Ayler, et devoir se satisfaire de rencontres ayant pris place sur scène. Alors, se termine Bloom In The Commune, premier album enregistré par le pianiste pour le compte d’ESP, qui valait évidemment d’être réédité.

CD: 01/ Interview: His Early Band/His First ESP Recording 02/ Cluster Quartet 03/ Ballade II 04/ Bloom in Commune 05/ Taking it Out of the Ground 06/ Interview: Recap of Session (Bernard Stollman) 07/ Interview: Recap of Session (Burton Greene) 08/ Interview: How He Got Involved with ESO 09/ Interview: The Music Scene 10/ Interview: Music is Life 11/ Interview: The Mindset of That Time 12/ Interview: Albert Ayler at Slugs’ Saloon

Burton Greene - Bloom In The Commune - 2007 - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International. 


Steve Swell: Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow (Rogue Art - 2007)

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Pour le bien de Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow, Steve Swell enregistrait en studio avec une autre de ses formations : Fire Into Music, dans laquelle prennent place le saxophoniste alto Jemeel Moondoc, le contrebassiste William Parker et le batteur Hamid Drake.

Plus performante encore, la section rythmique accueille toujours avec pertinence les dialogues éclairés de Moondoc et Swell : imposant à leurs entrelacs les vociférations d’un archet angoissé (Manhattan Dreamweavers) ou les changements d’allure – du swing inévitable de Planet Hopping on a Sunday Aftrenoon et du Lalo Schiffrinien (malgré la dédicace)  For Grachan à l’impression mouvante de For Arthur Williams, tous morceaux interrompus par quelques déconstructions appuyées.

Sur Blu Coo, enfin, entendre le groupe dérailler un peu sur un bop presque électrique et plus démonstratif dans sa forme, seul véritable bémol de la démonstration altière de Fire into Music.


Steve Swell, For Grachan. Courtesy of Steve Swell.

CD: 01/ Manhattan Dreamweavers 02/ For Grachan 03/ Blu Coo 04/ Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow 05/ For Arthur Williams 06/ Planet Hopping on a Thursday Afternoon

Steve Swell’s Fire into Music - Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow - 2007 - Rogue Art.


Steve Swell: Live at the Vision Festival (Not Two - 2007)

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En Juin 2006, le tromboniste Steve Swell emmenait une nouvelle fois au Vision Festival de New York son Slammin’ The Infinite, quintette éclairé composé de musiciens de choix : Sabir Mateen (saxophones, flûte et clarinette), John Blum (piano), Matthew Heyner (contrebasse) et Klaus Kugel (batterie). 

Trois quarts d’heure allant, d’abord, au son d’une improvisation sur laquelle clarinette basse et trombone rivalisent d’inventivité sous les coups portés par une section rythmique insatiable ; d’une combinaison éclairée de free et de swing, ensuite, pourtant mal engagée par le duo Blum / Heyner ; enfin, d’allers-retours majestueux entre unissons et échappées individuelles. A Swell et Mateen, ici, presque tous les honneurs.

CD: 01/ Improv / Box Set 02/ For Gratchen 03/ Patient / Explorer / For Frank Lowe

Steve Swell’s Slammin’ The Infinite - Live at the Vision Festival - 2007 - Not Two.


Gavin Bryars: The Sinking Of The Titanic (Touch - 2007)

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2000 exemplaires (soit un peu moins que le nombre de passagers du bateau) de cette nouvelle version de The Sinking Of The Titanic redisent l’élégant mariage sous les eaux des musiques expérimentale, contemporaine et électronique.

Donnée par Gavin Bryars, Philip Jeck et l’ensemble Alter Ego, au Festival international de musique contemporaine de Venise en 2005, cette version renoue donc avec le drame gigantesque, partie au son de craquements inquiets et de l’air de musique entonnée, sur le pont, par l’orchestre. Grésil ensuite réinventé sur lequel prennent place quelques touches signifiantes : onde grave, appel lointain d’une cloche, et chape d’espoirs retombés.

Un baroque sur-lent se lève alors, sur lequel on imbrique des voix enregistrées, les notes infimes d’un piano électrique paraphrasées par un groupe de cordes tenace. Grande partie de violon avant d’imaginer une fin en profondeurs : ce traitement obscur d’imbroglio post-minimaliste. Réactualisé, et indispensable.

CD: 01/ The Sinking Of The Titanic

Gavin Bryars - The Sinking Of The Titanic - 2007 - Touch. Distribution La baleine.



Joe Fiedler : The Crab (Clean Feed - 2007)

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De New York, où il trimballe ses influences variées – de la musique latine au jazz d’avant-garde –, le tromboniste Joe Fiedler, échappé des grands ensembles de Charles Tolliver ou Satoko Fujii, expédiait récemment The Crab, disque enregistré en trio aux côtés du contrebassiste John Hébert et du batteur Michael Sarin. Dès l’ouverture, voici révélés les ingrédients du mélange : jazz emporté, constructions défaites, fièvre latine, brin de soul et de funk, enfin, ironie encartée. Dans les pas de Ken Vandermark, le trio donne un sursaut d’efficacité à la démarche du crabe.

CD : 01/ The Crab 02/ Trout Stream 03/ Don’t Impede the Stream 04/ For Albert 05/ Jesse’s Little Freakout 06/ A Frankfurter in Caracas 07/ Split Tone 08/ New Rugs 09/ H.B.

Joe Fiedler - The Crab - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Samy Thiébault: Gaya Scienza (B-Flat - 2007)

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Auprès de Lionel et Stéphane Belmondo, le saxophoniste Samy Thiébault donne dans un gai savoir appliqué au jazz, qui combine ses leçons encore fraîches et ses influences le long d’un parcours changeant. Qui mène son auditeur de gentillesses suave ou lyrique – et trop propre pour être convaincantes (Love Sounds, Le Cyprès) – en morceaux plus affirmés profitant d’un travail intelligent consacré aux arrangements (Intempestif, Espoirs, Ex-Sistere). Ailleurs, on sert un bop rassurant, on frôle le third stream ou un premier degré de free, et Gaya Scienza de révéler la qualité des promesses de Thiébault.

CD: 01/ The Way 02/ Suite éveils : Annoncement 03/ Partie I : Espoirs 04/ Interlude Opus I 05/ Partie II : Intempestif 06/ Interlude Opus 2 07/ Partie III : Le Cyprès 08/ Interlude Opus 3 09/ Partie IV : Ex-Sistere 10/ Love Sounds 11/ Blues to Nous

Samy Thiébault -  Gaya Scienza - 2007 - B-Flat Recordings. Distribution Discograph.


Amir ElSaffar: Two Rivers (Pi Recordings - 2007)

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Musicien apercu aux côtés de Cecil Taylor, le trompettiste iraquien Amir ElSaffar est récemment retourné à la musique de ses origines, interrogeant l’actualité à donner à la tradition du maqam, dans laquelle il est allé puiser une inspiration qui profite à sa pratique du jazz.

Alors, en quintette, ElSaffar enregistre Two Rivers, recueil de thèmes partis d’anciens airs investis avec une fougue qui impose bientôt leur raison d’être. Tournant souvent sur lui-même, le mouvement porte de brillants solos de trompette (Menba’), les paraphrases de l’oud ou du violon de Zaafir Tawil, ou l’archet traînant de la contrebasse de Carlo DeRosa.

Soudain désaxé, le discours oriental peut recourir à des pratiques occidentales : retournement dans le miroir de Blood and Ink / Aneen, sur lequel composent les évocations lointaines et l’allure d’une creative music made in Chicago, ou efforts portés aux limites du free – compter pour cela sur l’appui du saxophoniste Rudresh Mahanthappa, motivé par l’emportement d’une grande section rythmique sur Flood ou Jourjina.

La comparaison obligatoire avec le travail de Rabih Abou-Khalil relève encore les ors du travail d’ElSaffar, musicien qui laisse davantage de place à l’improvisation et aux écarts rugueux, sans rien rogner de l’élégance avec laquelle il sert la tradition qu’il ranime.


Amir ElSaffar, Segah Baladi. Courtesy of Amir ElSaffar.

CD: 01/ Menba’ (Maqam Bayat) / Jourjina 02/ Hemayoun 03/ Shatt al-Arab (Maqam Hadidi) 04/ Flood (Maqam Hijaz Kar) 05/ Awj Intro 06/ Khosh Reng (Maqam Awj) 07/Lami Intro 08/Diaspora (Maqam Lami) 09/ Blood and Ink (Maqam Awshar) / Aneen (Maqam Mukhalif) 10/ Blues in E Half-Flat

Amir ElSaffar - Two Rivers - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.


The Nu Band: The Dope and The Ghost (Not Two - 2007)

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A Vienne, en 2005, The Nu Band – comprenez : Roy Campbell (trompette), Mark Whitecage (saxophone alto, clarinette), Joe Fonda (contrebasse) et Lou Grassi (batterie) – donnait une actualité à la revendication chère à Charles Mingus : celle distribuée partout dans le monde lorsqu’elle concerne, en premier lieu, les Etats-Unis.

Nouveaux Faubus, George Bush et Donald Rumsfeld en prennent donc pour leur grade au son de Bush Wacked, pièce polyrythmique qui amasse les manières de faire (swing, bop, free) et les paroles assassines (celles de Whitecage) pour enjoliver un peu l’efficacité des coups portés. Plus lentement, monte ensuite Where Has My Father Gone, sur lequel l’alto emporte tout, avant que ne vienne le tour de The Dope and The Ghost, invitation au voyage moins convaincante, fourre-tout qu’un unisson presque oriental transformera en bazar. Qui contraste, aussi, avec l’emportement altier – et donc réconciliateur – de Next Step, composition de Joe Fonda rendue en compagnie du saxophoniste invité Marco Eneidi, qui clôt l’heure de concert sur un mode jubilatoire.

CD: 01/ Bush Wacked 02/ Where Has My Father Gone 03/ The Dope and The Ghost 04/ Next Step

The Nu Band - The Dope and The Ghost - 2007 - Not Two Records.


John Luther Adams: Red Arc / Blue Veil (Cold Blue Music - 2007)

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Atmosphérique, la musique contemporaine de John Luther Adams présentée en quatre temps, ceux de pièces récemment interprétées par les pianistes Stephen Dury et Yukiko Takagi, et les percussionnistes Scott Deal et Stuart Gerber.

Deux pianos et un peu d’électronique, d’abord, rendent les masses sonores sorties de l’imagination d’Adams : mouvantes, elles imbriquent des arpèges tempétueux et un drone établi sur Dark Waves ou plaquent accords et clusters sur Among Red Mountains, pièce interrogeant la qualité du respect dû à la répétition couchée sur partition.

Les percussionnistes, interprètes libérés eux aussi, relativiseront la force de leurs attaques sur Qilyaun, et fomenteront d’autres drones à partir de percussions minuscules sur Red Arc / Blue Veil en compagnie d’un piano de retour de quarantaine. Pour enlever tout à fait une épreuve d’électroacoustique souvent qualifiée de post minimaliste, au son de compositions qui profitent de la décision de John Luther Adams de tout faire pour ne pas les rendre figées.

CD: 01/ Dark Waves 02/ Among Red Mountains 03/ Qilyaun 04/ Red Arc / Blue Veil

John Luther Adams - Red Arc / Blue Veil - 2007 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.



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