Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Roy Campbell: Akhenaten Suite (AUM Fidelity - 2008)

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Au Vision Festival de 2007, Roy Campbell emmenait une formation peu commune : lui, seul souffleur, auprès du violon de Billy Bang, du vibraphone de Bryan Carrott, de la contrebasse d’Hilliard Greene et de la batterie de Zen Matsuura

Investissant une autre Egypte hallucinée, Campbell attise forcément des convoitises orientalisantes qu’il partage avec Bang : le duo s’appliquant à rendre à l’unisson, approximatif mais réjouissant, le grand swing d’Akhenaten ou le lyrisme d’Aten and Amarna, ou ébauchant sur le vif quelques solos brillants (Pharaoh's Revenge Intro Part 2, sur lequel Campbell passe à l’arghul, double flûte datant de l’Ancienne Egypte, puis au bugle).

Plus tôt, Pharaoh's Revenge Part 1 avait emporté l’ensemble : jazz libre et plus appuyé profitant des entrelacs flamboyants de la trompette, du violon et du vibraphone, qui contraste avec les deux derniers titres donnés ce jour-là, récréations cette fois latines et plus anecdotiques. Ecart de langage dû peut être à la fatigue, qui n’enlève rien à la persuasion du premier propos. 

CD: 01/ Akhenaten (Amenophis, Amenhotep IV) 02/ Aten and Amarna 03/ Pharaoh's Revenge Intro Part 1 04/ Pharaoh's Revenge Part 1 05/ Pharaoh's Revenge Intro Part 2 06/ Pharaoh's Revenge Part 2 07/ Sunset On The Nile

Roy Campbell Ensemble - Akhenaten Suite - 2008 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.



Rameses III: Basilica (Important - 2008)

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Partenaires occasionnels de David Grubbs, Christina Carter ou Fursaxa, Rameses III – trio formé par Spencer Grady, Steve Lewis et Daniel Freeman – voit ici remixées quelques unes de ses pièces enregistrées en concert : par Robert Horton, Gregg Kowalsky, Keith Berry et l’Astral Social Club de Neil Campbell.

Cousines, les réinterprétations prennent l’allure de longs et lents développements allant crescendo, faits de couches de rumeurs différentes perturbées à peine par l’apparition de parasites, de chuchotements ou des feulements d’un bestiaire peu rassurant. Dense, l’épreuve du remix persuade de la qualité des quatre intervenants.

Sur un autre disque, trouver les morceaux d’où est parti le projet : Origins aux nappes lointaines de claviers et aux guitares électriques prises de tremblement, sur lequel d’autres bourdons graves ne pourront rien contre les effets d’une conclusion plus mélodique. Dépareillées mais persuasives, les deux faces de Basilica.


Rameses III, Basilica (Keith Berry remix). Courtesy of Rameses III.

CD1: Basilica: 01/ After The Red Rose (Robert Horton / Rameses III remix) 02/ Basilica (Keith Berry remix) 03/ Rose Blood (Gregg Kowalsky remix) 04/ Tigers In The Snake Pit (Astral Social Club remix) – CD2: Origins: 01/ Origins I 02/ Origins II 03/ Origins III 04/ Origins IV 05/ Origins V

Rameses III - Basilica - 2008 - Important Records.


Point 4: Panopticon (Sofa - 2008)

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Depuis février 2006, Point 4 – projet des percussionnistes Ingar Zach et Bjorn Rabben et des pianistes Kenneth Karlsson et Jon Balke – élabore à partir d’injonctions musicales écrites une musique versant beaucoup dans l’improvisation et le sample.

En ouverture, l’atmosphère sombre de Wide red commande aux pianos d’aller lentement, méfiance envers quelques déflagrations électroniques à suivre et autres assauts décidés par les batteurs. Alors, la réponse de Balke et Karlsson : projectiles un peu partout : accords précipités, brèves notes isolées ailleurs.

La suite des hostilités conseillera quelques pauses : mouvement plus lent déployé sous bourdon grave ou larsen persistant, hésitations d’autres notes de piano devant l’invasion de parasites électroniques. Proche, l’univers du percussionniste Andrea Centazzo, bientôt dépassé pour l’avoir couplé aux joies (ré)créatives de l’affrontement.

CD: 01/ Wide red 02/ Di fianco 03/ Sostenuto 04/ Partita - Allemande I 05/ Partita - Digression 06/ Partita - Allemande II 07/ Partita - Courtante 08/ Partita - Sarabande 09/ Partita - Gigue 10/ Panopticon 11/ Seven perspectives - point zero 12/ Seven perspectives - point one 13/ Seven perspectives - point two 14/ Seven perspectives - point three 15/ Seven perspectives - point five 16/ Seven perspectives - point six 17/ Seven perspectives - point seven 18/ Side shadow 19/ Vanishing point

Point 4 - Panopticon - 2008 - Sofa Records.


Frode Gjerstad: Nothing Is Forever (Circulasione Totale - 2008)

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Sur son propre label, Frode Gjerstad publie un enregistrement récent du trio qu’il forme en compagnie de Paal Nilssen-Love et Oyvind Storesund : Nothing Is Forever, sixième référence sur disque du groupe.

C’est en musicien presque apaisé que Gjerstad retrouve ses partenaires, élaborant avec eux des constructions délicates (graves de clarinette basse investissant la profondeur d'Is Nothing) ou servant une mélodie inattendue entre certaines insistances et quelques sifflements (Is Forever). Brut, il évolue ailleurs à l’alto sur la programmation rythmique contrariée de Nothing, ou consacre le temps de Forever au dialogue : avec l’archet de Storesund, puis la batterie de Nilssen-Love.

Nouvelle et brillante étape dans l’histoire du trio – recommander aussi les enregistrements publiés par FMR et Cadence –, Nothing Is Forever ignore de quoi demain sera fait pour, évidemment, tout donner tout de suite.

CD: 01/ Nothing 02/ Is Forever 03/ Forever 04/ Is Nothing

Frode Gjerstad Trio - Nothing Is Forever - 2008 - Circulasione Totale Records.


Dikeman, Barrios, Makihara : We Need You (Eh?, 2008)

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Enregistré en concert à Philadelphie en 2006, We Need You assemble deux improvisations du trio John Dikeman (saxophone ténor) / Jon Barrios (contrebasse) / Toshi Makihara (batterie) – section rythmique déjà repérée aux côtés du saxophoniste Jack Wright.

La particularité du groupe, d’apparaître dès les premières minutes : qui façonne avec soin la texture sonore chaleureuse de l’ensemble, et offre un compromis intelligent entre un héritage reçu du free jazz – graves puis sifflements intempestifs du ténor – et un autre glané du côté d’une histoire plus européenne de l’improvisation – emportements secs et gardés en retrait de la section rythmique. Déjà éclairée, l’inspiration ne craindra pas une fois le spectre de l’essoufflement.

John Dikeman, Jon Barrios, Toshi Makihara : We Need You (Eh?)
Edition : 2008.

CDR: 01/ - 02/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Charles Tolliver: With Love (Blue Note - 2007)

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Rappelé en 2005 par le pianiste Andrew Hill pour l’enregistrement de son album Time Lines, le trompettiste Charles Tolliver faisait l’année dernière son retour en leader. Ancien partenaire de Jackie McLean et d’Art Blakey, c’est dans l’orchestre de Gerald Wilson qu’il commence à s’intéresser à la musique pour grands ensembles, dans le même temps qu’il enregistre et autoproduit ses disques sur le label Strata East.

Quarante ans plus tard, Blue Note lui propose de réévaluer ses intentions orchestrales et le renvoie en studio en compagnie d’un groupe de musiciens triés sur le volet. Anciens complices (Cecil McBee, Stanley Cowell) et nouvelles recrues (Robert Glasper, Todd Bashore) se plient alors aux arrangements subtils administrés par Tolliver à six de ses compositions et à une interprétation du 'Round Midnight de Monk. Sous les dorures de rigueur, au premier abord pompier, With Love ballade son big band d’un swing contestable à une cacophonie récréative. Mais surtout : distribue ses solos avec sagacité et marrie l’exubérance du Lalo Schiffrin de Bullitt à l’esprit ardent de Jackie McLean. A suivre, donc et encore, Charles Tolliver.

CD: 01/ Rejoicin’ 02/ With Love 03/ Round Midnight 04/ Mournin Variations 05/ Right Now 06/ Suspicion 07/ Hit The Spot

Charles Tolliver Big Band - With Love - 2007 - Blue Note. Distribution EMI.


Prism Quartet: Pitch Black (Innova - 2008)

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Apocalyptique compositeur hollandais de pop expérimental, voici Jacob TV mis en lumière par l’interprétation par le Prism Quartet de ses compositions pour saxophones et ghettoblaster.

Pour ce qui est du jazz, on trouve sur Pitch Black les voix de Billie Holiday et Chet Baker, extraits d’interviews diversement traités et mis en boucles, qui viennent soutenir un propos croisant minimalisme américain et réminiscences du World Saxophone Quartet (Pitch Black), ou imposant à leurs manières de faire des postures aussi différentes que celles de Moondog et des Andrews Sisters (Billie).

Toujours répétitif, le quartette entonne une marche funèbre bientôt gagnée par les dissonances (Postnuclear Winterscenario No.10), avant de faillir un peu : solo trop démonstratif de Matthew Lewy sur Grab It !, construction travaillée mais inégale de Jesus is Coming. Retour aux premières pièces affolées et abstraites, pour conseiller quand même l’écoute de Pitch Black.

CD: 01/ Pitch Black 02/ Billie 03/ Postnuclear Winterscenario No. 10 04/ Grab It! 05/ The Garden of Love 06/ Jesus is Coming

Prism Quartet - Pitch Black, Music for Saxophones by Jacob TV - 2008 - Innova Recordings.


Preston Swirnoff: Maariv (Last Visible Dog - 2008)

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Inspiré par les musiques contemporaine, minimaliste et bruitiste, Preston Swirnoff emboîte avec Maariv le pas à ses influences, et tente de mettre bout à bout une série d’atmosphères sonores qui leur conviendraient.

Or, voici qu’il peine, pêche par naïveté sur un vieil orgue minuscule ou une guitare électrique (drones stériles de Maariv 2, tentatives délicates et vaines de Maariv 3) entre deux morceaux plus convenables sans, pour autant, être décisifs (grand piano attaqué par quelques parasites électroniques de Maariv 1, et traitement plus inventif du son sur Maariv 4). Reste aux pièces de Maariv, enregistrées en 2004 et 2005, de croire au progrès qui vient avec l’expérience.

Preston Swirnoff - Maariv - 2008 - Last Visible Dog.


Preston Swirnoff, Maariv 4 (extrait).

CD: 01/ Maariv 1 02/ Maariv 2 03/ Maariv 3 04/ Maariv 4


Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali : Touchin' On Trane (Jazzwerkstatt, 2007)

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Réédition d’un enregistrement jadis produit par FMP, Touchin’ On Trane revient sur l’hommage à John Coltrane rendu par Charles Gayle, William Parker et Rashied Ali, en 1991 à Berlin.

Florilège de deux soirs de concerts, le disque assemble ses dédicaces au rythme imposé par l’ancien batteur du maître : celui de Giant Steps, d’abord, sur Part AGayle passant des aigus aux graves sous l’effet d’un grand solo d’Ali –  ou celui, toujours aussi soutenu, de Part C – le ténor évoluant dans les hauteurs quand Parker se charge d’ensevelir ses interventions sous des cordes qu’il accroche par deux.

Plus las, Part B et Part E donnent à entendre Gayle tituber pour avoir pris le parti d’une densité plus obscure, quand Part D déploie sur près de 30 minutes son incantation redoutable, faite des plaintes d’un ténor déchiré entre le souvenir du maître et l’affirmation nécessaire de l’élève et les emportements disparates d’une section rythmique éclatante. L’hommage à Coltrane soignée par l’ardeur de ses plus convaincants disciples. 

Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali: Touchin' On Trane (Jazzwerkstatt)
Enregistrement : 1991. Edition : 2007.

CD : 01/ Part A 02/ Part B 03/ Part C 04/ Part D 05/ Part E
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marc Ribot: Exercises in Futility (Tzadik - 2008)

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Sur Exercices in Futility, Marc Ribot s’adonne sur guitares de bois à l’art de l’impromptu. Le temps de 14 études et d’une passade jouant en faveur du motif répété.

Quelques techniques éprouvées – hammers, tirandos, pickings – et une pratique plus singulière – faite de notes soudainement précipitées et de cordes étouffées – emportent alors le guitariste, qui frôle souvent une mélodie pour mieux s’en éloigner, transforme en leçon de chose récréative l’interprétation d’une phrase à peine perçue.

Quelques clins d’œil, aussi : à une country expérimentale ou à la gamme pentatonique, blues plusieurs fois investi, comme pour contrecarrer les amas de dissonances et d’harmoniques cassant le rythme de l’entraînement auquel on veut nous faire croire. Et puis, une ode plutôt lâche à la répétition, rengaine entêtante aux notes distendues et distanciées, qui conclut l'heure convaincante du concept changeant et décisif.

CD: 01/ Etude #1 Five Gestures 02/ Etude #2 Morton 1 03/ Etude #3 Elvis 04/ Etude #4 Bombasto 05/ Etude #5 Lame 06/ Etude #6 Cowboy 07/ Etude #7 Ballad 08/ Etude #8 Groove ? 09/ Etude #9 Morton 2 10/ Etude #10 Min 11/ Etude #11 Ascending 12/ Etude #12 Mirror 13/ Etude #13 Wank 14/ Etude #14 Event on 10th Avenue 15/ The Joy of Repetition

Marc Ribot - Exercises in Futility - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.



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