Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Jean-Luc Guionnet, Toshimaru Nakamura : MAP (Potlatch, 2008)

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Sur MAP, Jean-Luc Guionnet (saxophoniste encore récemment remarqué sur Propagations) et Toshimaru Nakamura (entendu auprès d’Otomo Yoshihide, John Butcher ou Axel Dörner) soignent leur rencontre, et cisèlent une électroacoustique subtile.

A force de pratique expérimentale, l’alto parvient d’abord à imposer sa voix sur de longs sifflements électroniques, avant que le duo ne mette en place une interaction qui donnera sa forme vive à la rencontre. Décisif, Guionnet extirpe une note longue et aigue, la redit faiblement avant de l’appuyer assez pour perturber la présence de Nakamura - l’électronique s’emballe, le grésillement pour toute interjection.

Et puis, l’inverse mis en pratique : le juste retour des choses – comprendre : d’autres larsens – en réaction aux aigus fuyants de saxophone distribués maintenant entre les pauses que l’on s’accorde à deux. En guise de conclusion, Guionnet intervient sur un orgue, en définit les possibilités bruitistes et fait appel à d’autres effets dévastateurs. Le discours individuel moins en paix que ne l’était le dialogue, duquel sera sorti une œuvre à la sérénité provocante.

Jean-Luc Guionnet, Toshimaru Nakamura : MAP (Potlatch / orkhêstra International)
Edition : 2008.

CD : 01/ (18 :38) 02/ (12 :51) 03/ (16 :03) 04/ (23 :16)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Oren Ambarchi: Spirit Tranform Me (Tzadik - 2008)

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En compagnie de Z’ev (percussionniste remarqué notamment auprès de Glenn Branca), l’Australien Oren Ambarchi, motivé par John Zorn, s’intéresse aux trois premières lettres de l’alphabet hébreux, qui semblent inspirer bientôt sa pratique de la guitare, du vibraphone et du carillon.

Sans qu’il soit question pour lui de tourner le dos à la musique expérimentale, Ambarchi soigne ici son propos industriel, jusqu’à lui donner les allures d’une musique de gamelan moderne et perturbée. Les bourdons s’y entassent, les larsens s’y bousculent, et les coups portés à quelles structures métalliques se disputent les couleurs de l’atmosphère.

Sur Bet, quand même, quelques bribes d’un rythme brut parviennent à se glisser au creux du discours, maintenant gagné par toutes sortes de crissements et par les apparitions de parasites grouillants. Puis, presque plus rassurant, disparaît au son d’autres chocs disposés sous delay, écho trouvé en lieu de culte cédant à l’appel du vide pour avoir vu son Livre amputé de trois lettres.

CD: 01/ Alef 02/ Bet 03/ Gimel

Oren Ambarchi - Spirit Tranform Me - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.


Dan Warburton, Fred Goodwin : Compendium Maleficarum III (Incunabulum Records - 2008)

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Née de la rencontre du violoniste Dan Warburton et du poète et chanteur Frederick Goodwin, Compendium Maleficiarum III est une œuvre expérimentale et différente, qui aura mis vingt ans à se construire à force de faire appel aux sorcières et de ne trouver de véritable soutien qu’auprès de musiciens.

Parmi ceux-là : Jac Berrocal, Jean-Luc Guionnet, Philip Samartzis, Aki Onda ou Bruno Mellier, qui interviennent à distance sur des collages qui convoquent voix et souffles, grincements et battements de cœur, chiens aboyant et chocs sourds. Délicatement, chaque instrument se fond dans le bréviaire surréaliste et envoûté, investit un univers parallèle, celui d’un Eraserhead obnubilé par l’Enfer de Dante, que révèlent les mots de Goodwin, qui préfère distribuer les indices plutôt que de s’acharner à démontrer. 

Peu engageante mais rare, l’expérience en devient nécessaire, grâce à la mesure qu’elle applique à toute chose, si ce n’est à l’angoisse qu’elle distille.

CD: 01/ id 02/ McLean Hospital 03/ Hells Angels in a Bar 04/ Woyzeck in Limbo 05/ Atheist 06/ Woyezck in the Inferno 07/ Cannibal Rector 08/ The Cardinal 09/ The Cardinal 10/ Virgil’s Cow 11/ Ophelia 12/ Violence 13/ McGowan’s Bull 14/ Loose Strife 15/ The Crows 16/ The Porno Booth 17/ The Death Camps 18/ Dr. Death 19/ A History Primer

Dan Warburton, Fred Goodwin - Compendium Maleficiarum III - 2008 - Incunabulum Records. Distribution Orkhêstra International.


The Mighty Vitamins: Take-Out (Public Eyesore - 2008)

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Sur les pas d’Alterations, évoquant parfois The Recyclers, The Mighty Vitamins (soit : Jerry Johnston, Jay Kreimer, Brad Krieger et Luke Polipnick) mélangent ici les genres : improvisations exaltées, développements las répétant ses mélodies, grands écarts entre expérimentations bruitistes et loisirs plus simplement récréatifs. Sans faire de terribles efforts de production, le groupe fabrique à coups de guitare, trompette, batterie, flûtes et toy piano, un Take-Out à l’intérêt aléatoire mais parfois enivrant.

CD: 01/ get a good job 02/ loops and spirals 03/ stoppages 04/ turbulence05/ celebration 06/ nakatani 07/ what a way to go 08/ marked 09/ talk that big talk 10/ 39 steps 11/ april 21

The Mighty Vitamins - Take Out - 2008 - Public Eyesore.


Jonty Harrison: Environs (Empreintes Digitales - 2007)

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Compositeur reconnu et souvent récompensé de musique électroacoustique, l’anglais Jonty Harrison assemble sur Environs trois compositions partagées entre mouvement et statisme.

Ode peu banale aux éléments, le disque renferme ainsi les restes sonores et réinventés d’une plongée aquatique (Undertow), une traînée de parasites alertes (Rock’n’Roll), et d’étranges récupérations sonores : bruits d’automobiles et leurs effets sur le paysage (Internal Combustion), atmosphère enregistrée d’un jardin de banlieue en été (Afterthoughts).

Au final, si les intentions et les propositions changent, reste un travail précis sur le son, bientôt fait matière, qui impressionne encore davantage au moment de s’évanouir, une fois qu’elle se sera insinuée partout.

CD: 01/ Undertow 02-05/ Recycle : Rock’n’Roll / Internal Combustion / Free Fall / Streams 06/ Afterthoughts

Jonty Harrison - Environs - 2007 - Empreintes digitales. Distribution Metamkine.



Byard Lancaster: Live at Macalester College (Porter Records - 2008)

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Entendu en lofts auprès d’Archie Shepp ou Sunny Murray (à qui ce Live at Macalester College est dédié), Byard Lancaster passe sur ces enregistrements de concerts (donnés en trois endroits différents entre 1970 et 1973) d’un instrument à vent à l’autre aux côtés de son ami le percussionniste J.R. Mitchell.

En quintette, Lancaster précipite à Boston une ascension aylérienne, tremblante, et commande une free music peu économe de ses effets et changements d’allures. En quartette, se fait plus tendre grâce au piano de Sid Simmons. En trio, dérive jusqu’à mettre la main sur un free sur expansif (World In Me) puis s’attaque à une polyphonie qui déraille lentement sous les coups, trop appuyés sans doute, de la basse de Calvin Hill (Thought).

Publié une première fois en 1972 par Dogtown Records, voici donc Live at Macalester College augmenté de deux inédits (le dernier, dispensable quand même) disponible à nouveau grâce aux efforts, pas obligés et pourtant obligatoires, de Porter Records.


Byard Lancaster, 1234 (extrait).


Byard Lancaster, World In Me (extrait). Courtesy of Porter Records.

CD: 01/ 1234 02/ Last Summer 03/ War World 04/ Live At Macalester 05/ World In Me 06/ Thought

Byard Lancaster - Live at Macalester College - 2008 (réédition) - Porter Records.


Lpt.3: Déjà 7h !?... (Yolk - 2008)

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Sorti du Brass Trio qu’il animait avec Daniel Casimir et Serge Adam, le tubiste François Thuillier retrouve la formule – aux côtés de Jean-Louis Pommier (trombone) et Christophe Lavergne (batterie) – pour tout sacrifier à une joute réjouissante.

Auprès d’un Lester Bowie qu’il a fréquenté, peut-être Thuillier a-t-il succombé aux charmes d’une école de Chicago aussi persuasive qu’amusée, jazz chaleureux dont on retrouve l’écho sur Déjà 7h !?... Brass band minuscule et content d’être là, le trio passe ainsi d’une gentille Valse fluctuante à une exploration déconstruite (La fête au village), d’un exercice de style (Standard commun) à un mouvement tirant finement parti d’insistances allant crescendo (Les coulisses slavonneuses).

D’un bout à l’autre – ou presque (mélodie d’un thème ici ou là moins réfléchie mais rattrapée par son interprétation) – fond et forme ont l’honneur d’y être, et donnent de jolies couleurs au jazz d’ici. 

CD: 01/ Filature 02/ Route 67 03/ Valse fluctuante 04/ La fête au village 05/ Chemin buissonnier 06/ Folk song 2 07/ Standard commun 08/ Les coulisses slavonneuses 09/ Free tango 10/ Bone’(s) contact

Lpt.3 - Déjà 7h !?... - 2008 - Yolk. Distribution Harmonia Mundi.


Thomas Buckner: New Music for Baritone and Chamber Ensemble (Mutable - 2008)

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Inspirée par Annea Lockwood, Tania Leon et Petr Kotik, la musique du vocaliste Thomas Buckner repousse encore, sur New Music for Baritone Ensemble, les barrières d’une musique contemporaine et lyrique pas fâchée d’être confrontée à quelques techniques vocales venues d’ailleurs, et d’avoir recours à une pratique instrumentale plus permissive que de coutume.

Sur développement lent, les interventions brèves des solistes (Continuum et S.E.M. Ensemble) se mêlent aux récitations de Buckner, pour, un peu plus tard, donner dans une déconstruction mesurée (clarinette basse et piano de front). New Music transportée, qu’il restera quand même à l’auditeur d’admettre, selon sa résistance au sérieux parfois appuyé du projet.

CD: 01-03 / Luminescence (Annea Lockwood) 04-08/ Canto (Tania Leon) 09/ Conceptuality/Life (Petr Kotik)

Thomas Buckner - New Music for Baritone and Chamber Ensemble - 2008 - Mutable.


Jessica Pavone: Walking, Sleeping, Breathing (Nowaki - 2007)

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Violiniste new yorkaise entendue derrière Anthony Braxton ou William Parker, Jessica Pavone ose avec Walking, Sleeping, Breathing, la confection d’une œuvre personnelle : trois propositions plutôt convaincantes.

Concepts en tête, Pavone se sert alors de son alto pour donner sa version personnelle d’une musique chinoise possiblement traditionnelle – pizzicatos pris en jonques électroniques, notes effacées par la houle ou ricochant sous l’effet des machines, sur le premier titre – ou investir une pièce de Tchaïkovski interdite de développement par les grincements de l’archet et les répétitions (Sleeping).

Au moyen d’un sampler, Pavone donne enfin dans une expérimentation bruitiste – sauvage, adj. : qui ignore tout de la musique classique – jusqu’à faire crouler sous les effets l’ensemble de ses efforts différents, réunis avec tact sur ce disque.


Jessica Pavone, Walking (extrait). Courtesy of Nowaki.

CD: 01/ Walking 02/ Sleeping 03/ Breathing

Jessica Pavone - Walking, Sleeping, Breathing - 2007 - Nowaki


Maybe Monday : Unsquare (Intakt, 2008)

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Monté il y un peu plus de dix ans par Fred Frith, Miya Masaoka et Larry Ochs, le projet Maybe Monday enregistrait l’année dernière son troisième album, et invitait pour l’occasion quelques musiciens efficients, parmi lesquels le batteur Gerry Hemingway, la harpiste Zeena Parkins et l’électronicienne Ikue Mori.

Improvisé, forcément déconstruit, Unsquare installe des pratiques expérimentales complémentaires, révélant quelques fois un lyrisme inattendu (violon de Clarla Kilhestadt, notamment) mais le plus souvent attirées par ce genre d’intensité que l’on découvre sur le vif. Alors, voici assemblées le japonisme soigné de Parkins, les expériences toujours ludiques de Frith, les couacs et à peu-près sonores d’Ochs aux sopranino et ténor.

Hemingway, pour faire tenir l’ensemble : indispensable lorsque Mori, Frith et Ochs commandent une pièce magistrale d’abstraction bruitiste, bientôt consolidée par l’archet frénétique de Kilhestadt : Unturned, qui referme ce recueil de musique électroacoustique extravagante.

Maybe Monday : Unsquare (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2008. 
CD : 01/ G 02/ Nitrogen 03/ Saptharishi Mandalam 04/ Septentrion 05/ Unturned
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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