Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Yoshio Machida: Hypernatural #3 (Baskaru - 2008)

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Sur Hypernatural #3 – suite évidente d'Hypernatural #2 et fin d'une trilogie annoncée – Yoshio Machida se remet aux collages, redit les natures différentes de sa musique électroacoustique quitte à parfois alourdir son propos.

Parti d'un field recording lointain et de manipulations concrètes, Machida peut construire une ode étrange à la naïveté (Scene 05), évoquer des paysages sans tomber dans un naturalisme béat (Scene 27) ou opposer d'autres chants d'oiseaux à une intervention acoustique éreintée jusqu'à faire naître chez l'auditeur une curiosité peu commune (Hypernatural).

Loin de ces réussites, il peut aussi se contenter d'une ambient pop brouillonne, embouteillages de notes de steel-pan passées à l'envers, de nappes électroniques fades, de brouillages radio et de larsens dépassés (Camouflage). Penché sur un infiniment petit un rien stérile, il relativise du coup ses constructions plus ambitieuses, qui doivent lutter pour faire d'Hypernatural #3 un document tout juste valable d'un corpus enregistré d'habitude plus inspiré.

CD: 01/ Ocean of Memory 02/ Camouflage 03/ Scene 16 : Retrospective Future 04/ Scene 05 : Bubbles 06/ Scene 27 : Symphony 07/ Siesta 08/ Hypernatural

Yoshio Machida - Hypernatural #3 - 2008 - Baskaru.



Luigi Nono : Prometeo, Tragedia dell'ascolto (Col Legno, 2008)

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Produite par le label Col Legno, cette version du Prometeo du compositeur Luigi Nono donne à entendre dans des conditions optimales la relecture par l’Italien du drame d’Eschyle.

Parti d’un livret-collage fait aussi de passages signés Hölderlin, Goethe ou Nietzsche, Nono fait de son Prométhée le Juif errant moderne (soit : désincarné) trouvant encore la force d’aller au son des interventions espacées des musiciens : voix prépondérantes, fulgurantes et capables aussi de silences, instruments à vent osant des parallèles avant l’apparition d’un grondement menaçant.

Accablante, l’œuvre électroacoustique peut prendre des airs de grand macabre ou, au contraire, tout sacrifier à un purisme rassembleur : de temps, d’espace et de vie. Le long de son opéra dévasté – narration impossible et interprètes obligés – Prometeo croit pouvoir éclairer les énigmes d’un monde, quant il est soumis tout entier au poids écrasant de la marche des choses.


Nono, Prometeo, Isola 1.


Nono, Prometeo, TreVocia. Courtesy of Col Legno.

Luigi Nono : Prometeo, Tragedia dell'ascolto (Col Legno)
Edition : 2008.

CD1 : 01/ I. Prologo 02/ II. Isola 1° 03/ III. Isola 2° a) Io-Prometeo 04/ III. Isola 2° b) Hölderlin - CD2: 01/ III. Isola 2° c) Stasimo 1° 02/ IV Interludio 1° 03/ V. Tre Voci a 04/ VI. Isola 3°-4°-5° 05/ VII. Tre Voci b 06/ VIII. Interludio 2° 07/ IX. Stasimo 2°
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Lucas Niggli Drum Quartet: Beat Bag Bohemia (Intakt - 2008)

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Après avoir improvisé en compagnie de Jacques Demierre ou, plus récemment, édifié au sein de Steamboat Switzerland une musique électroacoustique signalée, le percussionniste Lucas Niggli s’adonne avec son Drum Quartet au Tout percussif.

Discrètement apparues, les instruments de bois ou de métal prennent de manière à construire une subtile impression d’Afrique (Tomorrow Tribal) – encore davantage quand un chant se glisse parmi des notes de sanza  (Big Bertha) – ou dans le but d’investir un digne travail sur le son : gongs allongeant le propos, grincements et simili larsens sortis des cymbales.

Evoquant ailleurs l’art de Joe Morello avant de commander un grand déferlement (Shweet My Brooh), Niggli se perd quand même au creux d’un Hit Hat bruitiste et faillible, avant d’en revenir à l’exotisme : Bondage, qui ficèle le tout au son de percussions agréables autant qu’irritantes. On savait les percussions capables de variété, les voici, en plus, utilisées avec tact.

CD: 01/ Tomorrow Tribal 02/ Bean Bag 03/ Big Bertha 04/ Yasmine 05/ Shweet My Brooh 06/ Hit Hat 07/ Bondage

Lucas Niggli Drum Quartet - Beat Bag Bohemia - 2008 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Gjerstad, Norton & Rogers: Antioch (Ayler - 2008)

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En Norvège, en 2005, Frode Gjerstad revoyait ses façons aux côtés du percussionniste Kevin Norton et du contrebassiste Paul Rogers.

Antioch, de suivre alors l'allure improvisée de quatre grands mouvements, le long desquels le leader passe de saxophones en clarinette basse, quand Norton va et vient entre vibraphone et batterie. Attendri, Gjerstad suit à la clarinette les conseils apaisants de Norton sur Ramparts, pour adapter d'autres méthodes à sa pratique de l'alto : emportements plus expérimentaux d'Ultimately Betrayed, à la fin duquel les tensions finissent par retomber.

Pour permettre le développement de Common Misconception, meilleure improvisation de la séance, sur laquelle le saxophone basse progresse entre des notes lentes de vibraphone et celles d'un archet soudain tourmenté. Pour conclure, l'aimable dialogue entre Rogers et Gjerstad contrastant sur Monad, Dyad, Triad avec les coups intempestifs distribués par Norton sur son instrument. Le trio s'en tient là, avec raison.

CD: 01/ Ramparts 02/ Ultimately Betrayed 03/ Common Misconception 04/ Monad, Dyad, Triad

Frode Gjerstad, Kevin Norton & Paul Rogers - Antioch - 2008 - Ayler Records. Téléchargement.


Jose Luis Redondo: La réponse est aux pieds (Etude - 2007)

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Enregistré en direct au moyen de guitares, d’un banjo et d’un dobro, le premier album de Jose Luis Redondo impose un instrumentiste intelligemment expérimental, redoutablement farfelu.

Sur guitare sèche, Redondo joue avec des cordes distendues quand il ne leur réserve pas quelques attaques sauvages. Sur guitare électrique, il fomente des effets décisifs, provoque larsens et parasites sur lesquels il lui arrive de s’endormir un peu. Le reste, fait de techniques que l’on pourrait jugées approximatives si elles n’étaient réjouissantes, et si les arpèges qu’il fait soudainement dévier ou une citation amusée d'As Time Goes By ne prouvaient sa valeur de musicien.

Le temps, encore, d’entendre l’étrange réaction d’une corde que Redondo s’est mis à gratter un peu, et La réponse est aux pieds a déjà filé, expéditive et éclatante.

CD: 01/ 282 02/ Dragon.Gemini 03/ Younge Blues 04/ … 05/ Crazy Stamp 06/ Ending 07/ …Singing… 08/ The Airport 09/ Earth Brain 10/ Mandelbrot’s Silence 11/ Devine à qui je pense ?

Jose Luis Redondo - La réponse est aux pieds - 2007 - Etude Records. Distribution Metamkine.



Lori Freedman, Scott Thomson: Plumb (Barnyard Records - 2008)

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Sur Plumb : le dialogue récemment improvisé par la clarinettiste Lori Freedman et le tromboniste Scott Thomson.

Instables, les deux intervenants s'imposent des instincts de jeu différents : discours haché ou notes longues gagnées par l'angoisse ou l'ironie, méthode éprouvée mais appliquée encore de l'écoute attentive ou interventions individuelles annulant tout fantasme d'effort commun, pratiques le plus souvent expérimentales. Régulièrement investi, plus rarement convaincant, l'exercice du duo improvisé est ici porté haut par une paire alerte : Lori Freedman et Scott Thomson, Canadiens doués et d'aplomb.


Freedman, Thomson, Leak (extrait).


Freedman, Thomson, Two Plums (extrait). Courtesy of Barnyard Records.

CD: 01/ Aplomb 02/ Two Depths 03/ Lead 04/ Leak 05/ To Horn 06/ Two Plums 07/ The Plummets 08/ Out Of 09/ Taps

Lori Freedman, Scott Thomson - Plumb - 2008 - Barnyard Records.


Ron George: The Floating Bubble (Innova Recordings - 2008)

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Percussionniste inventeur d’instruments, mort en 2006, Ron George invitait sur The Floatting Bubble une poignée d’autres musiciens de la côte ouest américaine – dont John Bergamo et Ben Johnston – à enregistrer avec lui.

Ecrite ou improvisée, l’œuvre percussive oscille entre minimalisme américain et tradition orientale réinventée, exposant son étrange batterie d’instruments aux effets de la réverbération dans le but d’asseoir un propos changeant : mouvements soudain frénétiques ou délicatesse des interventions fantasmant la prise d’un vent léger en suspensions sonores. Réfléchi et efficace, toujours.


Ron George, The Floating Bubble (extrait).


Ron George, Gupta Sloka Chand (extrait).

CD: 01/ Gupta Sloka Chand 02-04/ Sleep and Walking 05/ The Floating Bubble

Ron George - The Floating Bubble - 2008 - Innova Recordings.


Robert Een: Hiroshima Maiden (Innova Recordings - 2008)

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Composé par le violoncelliste Robert Een pour une pièce de théâtre de marionnettes, Hiroshima Maiden dit à sa manière les souffrances endurées par les victimes d’Hiroshima. Enregistré en studio, l’œuvre présente un mélange musical inquiet de la rencontre de mondes opposés, Orient et Occident confrontés au son de mélodies hésitantes dont l’interprétation peut rappeler le travail de John Lurie, ou celui d’Alexander Balanescu. Précise, l’exécution ne peut malgré tout pas grand-chose pour relativiser la simplicité de certains thèmes. Et l’attention peut fuir l’auditeur, qui, s’il veut un jour revenir à Hiroshima Maiden, devra dès la première écoute trier les plages dignes de confiance de sa sélection. 

CD: 01/ Ouverture: Hiroshima Maiden 02/ Pilot's Prayer 03/ Plane Over the City 04/ Day of Wrath 05/ Kimono Dance 06/ Censored 07/ Broken Waltz 08/ Building the City 09/ Running / Hesitation 10/ Broken Waltz (Reprise) 11/ Beseeching the Gods & Fear of Flying 12/ In a Dream 13/ Doo Itasimaste 14/ Way of Seeing 1 & 2 15/ Bureaucratic Tango 16/ Photo Shoot 17/ Culture War 18/ Ground Zero 19/ Hiroshima Maiden (Reprise) 20/ In a Dream (Reprise) 21/ Plave Over the City (Reprise) 22/ Final Photo Shoot & Suspended

Robert Een - Hiroshima Maiden - 2008 - Innova Recordings.


Ryoji Ikeda: 1000 Fragments (Raster Noton - 2008)

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Publié en 1995 par Ryoji Ikeda lui-même, 1000 Fragments est une compilation de premiers travaux faisant office d’album, que Raster Noton réédite aujourd’hui. Au programme, une première œuvre sans saveur – Channel X, qui met bout à bout diverses sources d’enregistrements sonores : films, brouillages radio, voix vraisemblablement venues de l’espace ou de plus simples usages du téléphone – et deux autres qui amorcent les travaux à venir : 5 Zones et Luxus, sur lesquels se mêlent larsens et bips sur nappes atmosphériques, avant le retour irrémédiable à la nature via l’exposé de field recordings. Oeuvre pas encore aboutie, mais document valable.



CD: 01-09/ Channel X (1985-1995) 10-14/ 5 Zones 15/ Luxus 1-3

Ryoji Ikeda - 1000 Fragments - 2008 (réédition) - Raster Noton. Distribution Metamkine.


Ornette Coleman : Live in Paris 1971 (Jazz Row, 2008)

ornette coleman live in paris 1971

Sur ce disque : Dewey Redman, Charlie Haden, et Ed Blackwell, en membres du quartette d’Ornette Coleman, de passage à Paris à l'occasion d'une courte tournée européenne organisée en novembre 1971 (dont les seules dates connues sont celles des arrêts à Belgrade et Berlin).

Sur une scène toujours non identifiée, mais devant un public conséquent, Coleman commande d’autres libertés entre l’introduction et la conclusion des thèmes, sur lesquelles il fait mine de s’accorder avec Redman. Alors, les instruments à vents (trompette et alto contre ténor et musette – Coleman quand même plus bavard) se livrent à la surenchère sur une section rythmique éclatée (Street Woman), ou éfidient une grande œuvre de free exacerbé sur laquelle les cordes ajoutent au propos déjà soutenu les effets bruitistes qu’elles tirent d’une soudaine expérience électrique (Rock the Clock).

Entre les deux, les saxophones dérivent au gré des coups jubilatoires que porte Blackwell (Summer Thang), ou s’opposent : l’un osant l’expression lyrique pour répondre à la progression à étages de l’autre. Et lorsqu’il arrive à l'auditeur de craindre l'uniformité, voici le propos revigoré par une proposition que l’on n’attendait pas, que l’on n’avait même pas vu venir. La science d’Ornette Coleman, et de sidemen hors-pairs, portés par les promesses de l'enregistrement, quelques jours auparavant, de l'album Science-Fiction.

Ornette Coleman : Live in Paris 1971 (Jazz Row)
Enregistrement : novembre 1971. Edition : 2008.
CD : 01/ Street Woman 02/ Summer Thang 03/ Silhouette 04/ Rock The Clock
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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