Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

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Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.

Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Robert Van Heumen : Stranger (Creative Sources, 2009)

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Stranger s’inspire de l’étranger de Camus. On y entend de sourdes et lointaines déflagrations et Robert Van Heumen procède par de longs et souterrains uppercuts. Ici, le carcan sonique est flottant et piétiné par des balayages toujours perçants. Une symphonie déséquilibrée et souvent titanesque.

No Man’s Land évoque l’exode qui suivit le krach boursier de 1929. Outre le dispositif électroacoustique de Van Heumen, se glissent ici et là quelques phrases répétitives surgies d’un synthétiseur Korg MS-20. Les figures sont contemplatives et sans ruptures ; des rythmes mécaniques apparaissent par intermittence, le tout laissant à l’auditeur une impression de torpeur soutenue.

Robert Van Heumen : Stranger (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2009 
CD : 01/ Stranger 02/ Boise City, No Man’s Land 03/ A Hard Place to Love 04/ The First Black Duster 05/ The Skies That Brought No Rain, Only Dirt 06/ Killing Animals 07/ Ruth Nell 08/ Black Sunday 09/ Hope 10/ Stranger (ambient)
Luc Bouquet © Le son du grisli


Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies, 2008)

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« Un son est un phénomène qui en lui-même n’a ni projet ni intention : juste un pur excès, un horizon sans cesse en mouvement dont la nature diffuse nourrit l’imagination d’idées d’actions futures. » Cette phrase de Brandon LaBelle – à lire dans un texte publié dans un numéro que la revue Art Press 2 consacre à l’ « art des sons » – permet sans trop en dire de dévoiler la nature de Dirty Ear, disque que l’artiste composa en rapprochant des pièces écrites pour une installation, des field recordings et des extraits d’archives sonores personnelles.

Les sons étant partout, LaBelle va et vient sans arrêt de l’un à l’autre : bruits de la rue, souffles de bandes ou d’existences, découpages de chansons anciennes et saillies soudaines d’une batterie ou d’un orgue minuscule. Musical et non musical, expérimental redevable au souvenir mélodique et pièces d’un expressionnisme brut au résultat plus original que ne le sont ses usages. Dans la pièce où Dirty Ear se laisse entendre, accepter alors qu’un enfant joue, insaisissable ou grossièrement concret, mais affairé à construire son horizon.

Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies / Les presses du réel)
Edition : 2008.
CD : 01/ Home 02/ Parking Lot 03/ Civic Center 04/ Office Building 05/ Closet 06/ Country 07/ Daytime 08/ Classroom 09/ Foreign City
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Gianni Lenoci : Ephemeral Rhizome (Evil Rabbit, 2009)

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Improvisateur déjà remarqué aux côtés de Joëlle Léandre, Gianni Lenoci possède un solide bagage classique. Il sait donc comment se construit, se lie, se dramatise une composition. A l’inverse, l’improvisation et ses mille et une cabales se construit parfois sur un si peu qu’il finit par effrayer ceux qui s’en approchent.

Ici, Gianni Lenoci ne synthétise rien mais ne recule devant rien non plus. On pourrait dire de cette musique sans centre ni capitale qu’elle erre avec les fantômes du passé. Qu’elle exagère sa virtuosité, qu’elle s’incline à trop de parois, qu’elle ne tient pas la promesse des obsessions contenues dans les premières notes du disque. A cela, on préférera suivre la seule voie que s’est choisi l’improvisateur : celle de l’instant présent. Un présent qui ne veut (peut) pas oublier le passé et qui pense le futur comme un refus de l’incertain et du vagabondage. Soit une musique qui ne chercherait plus la renaissance puisque l’ayant trouvé depuis longtemps.

Gianni Lenoci : Ephemeral Rhizome (Evil Rabbit)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ For Robert Helps 02/ Afrika Metropolitaine 03/ In Retrospect 04/ Bluish 05/ Acid Rain 06/ Ephemeral Rhizome
Luc Bouquet © Le son du grisli


Supernova 2 (Interstellar, 2009)

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Huit ans après le passage d'une première Supernova, le label Interstellar publie une deuxième compilation regroupant des titres d’une sélection intéressante de pourfendeurs de quiétude.

Une face vinyle pour chacun : Bulbul, qui donne avec l’aide d’Heimo Wallner dans une country amatrice de drones et de batterie ravageuse ; Merzbow, qui opte lui pour des déferlantes de sons saturées et un futurisme aux bruits exacerbés ; Peach Pit, au post-rock grapillant un peu partout et néanmoins décevant ; Wolfgang Fuchs, pour terminer, qui compose à partir de bourdons et de crépitements deux grands morceaux répétitifs. Espérons que la suite arrive avant neuf autres années... 

Supernova 2 (Interstellar Records)
Edition : 2009.
10’’ : A1/ Bulbul & Heimo Wallner : Grand Kratzscha B1/ Merzbow : 11339 C1/ Peach Pit : Vertigo C2/ Peach Pit : O Biciklizmu C3/ Peach Pit : Ru-fruitcake2 D1/ Wolfganag Fuchs : Laurenz D2/ Rundschau
Pierre Cécile © Le son du grisli



Murayama, Ezaki, Kinoshita : Ready'n (Tenseless, 2009)

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Puisque le silence existe avant tout par et dans sa durée, Seijiro Murayama (percussions), Masafumi Ezaki (trompette) et Kazushige Kinoshita (violon), ont pris soin de découper net les trois plages de Ready’n : 40 minutes, 20 autres et puis 10, qui font la remarquable pièce enregistrée à Kobe au printemps 2008.

Le silence, les musiciens en font ici leur espace et leur œuvre. En pointillistes concentrés, ils se succèdent ou se bousculent mais interviennent toujours à distance, dessinant les reliefs d’un domaine de blancs imposants pour savoir laisser filtrer les couleurs qu’ils contiennent : une note de trompette une fois jouée, un frottement de caisse claire évoquant quelques secondes durant une pluie fine tombant sur un toit de papier, le chuchotement de cordes qu’abandonne le violon. 40 minutes, 20 autres et puis 10, possiblement jouables à l’envers : la position du sablier importe peu, puisqu’il ne s’agit plus seulement de temps ni de silence, mais plus concrètement encore d’esprit.

Seijiro Murayama, Masafumi Ezaki, Kazushige Kinoshita : Ready’n (Tenseless Music)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 40:00 02/ 20:00 03/ 10:00
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Darius Jones : Man'ish Boy (AUM Fidelity, 2009)

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Sur la pochette du premier album du saxophoniste Darius Jones, on voit un jeune Afro-américain à trois visages suivi par une silhouette menaçante. Le trio rassemblé par le musicien (avec Cooper-Moore au piano et au diddley bow et Rakalam Bob Moses à la batterie) produit en effet une œuvre qui peine quelque fois à se détacher de l’ombre de ses figures tutélaires.

C’est que Darius Jones fait ici davantage un travail mémoriel, en évoquant sa jeunesse dans le Sud des Etats-Unis et en rendant audible l’importance du blues et du gospel dans sa formation. La passion lyrique exprimée par le saxophoniste et ses acolytes suffit à intéresser l’auditeur, que ce soit par le biais de ballades chaudes et crépusculaires comme Meekness ou d’improvisations au souffle puissant comme ce nerveux Chasing the Ghost. Pour ce dernier morceau, Cooper-Moore joue du diddley bow, un instrument à une seule corde d’origine africaine dont l’utilisation introduit un groove ravageur. Nul doute que cette œuvre embryonnaire ancrée dans l’histoire de la Great Black Music communiquera joie et énergie aux aficionados du genre.

Darius Jones Trio : Man’ish Boy (A Raw and Beautiful Thing) (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 avril 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Roosevelt 02/ Cry Out 03/ We are Unicorns 04/ Meekness 05/ Salty 06/ Chasing the Ghost 07/ Big Train Rollin’ 08/ Forgive me
Jean Dezert © Le son du grisli


Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky, 2009)

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Au prétexte de trouver de l’intérêt à travailler sur le matériau cassette (au moyen de lecteurs et d’enregistreurs de cassettes mais aussi – et quand même – de synthétiseurs analogiques et de microphones variés), Gregg Kowalsky bouda un peu le digital pour édifier Tape Chants.

De concerts (aux airs d’installation sonore) en studio (où le disque a été enregistré), Kowalsky affina ses expériences au point de consigner sur disques un lot de trouvailles électroacoustiques rehaussées d’une drôle d’envie de se mouvoir. Après qu’un décorum brumeux aura été installé, toutefois, d’où jailliront boucles minutieuses et parasites extirpés du monde réel. Quelques soupçons de rythme, ici et là, font tenir l’assemblage et parfont même sa cohésion à coups de contrastes inattendus. Les vignettes expérimentales peuvent alors se désagréger, elles reviendront sous forme de souvenirs pour obéir aux conseils des boucles tenaces de Tape Chants.

Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky)
Edition : 2009.
CD : 01/ Invocation 02/ I-IV 03/ V 04/ VI-VII 05/ VIII 06/ IX 07/ X-XI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Denniz Gonzalez : Live in Washington, D.C. (Daagnim, 2009)

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Vingt ans après son enregistrement, ce concert donné à Washington par le Band of Sorcerers met au jour l’accord de membres faits pour s’entendre : Dennis Gonzalez (trompette), Carter Mitchell (contrebasse), Reggie Nicholson (batterie) et, en invité de choix, Frank Lowe (saxophone ténor).

S’il n’est pas d’une netteté remarquable, le son de cet enregistrement ne peut altérer beaucoup la qualité de l’échange : qui va et vient entre free pugnace, soul et swing. Mitchell et Nicholson se chargeant d’affranchir les solistes de toutes obligations, Gonzalez et Lowe ne tardent pas à tirer de leurs verves respectives de grands dialogues inspirés par les figures d’Alvin Fielder, John Carter et Julius Hemphill.

En hommage à ce-dernier, le quartette fomente d’ailleurs une conclusion précieuse : développement lent tiré de sa torpeur par les références au blues de Lowe et les airs de Mexicana inventés sur l’instant par Gonzalez, derniers moments finissant au creux d’un tumulte réjoui.

Dennis Gonzalez Band of Sorcerers : Live in Wahington, D.C. (Daagnim)
Enregistrement : 1989. Edition : 2009.
CD-R : 01/ Hymn for John Carter 02/ Living on the Edge 03/ Hymn for Julius Hemphill
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dennis Gonzalez Yells at Eels : The Great Bydgoszcz Concert (Ayler, 2009)

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Un père, deux fils, un ami. Tous musiciens et en tournée en Pologne. Le père c’est Dennis Gonzalez, trompettiste qui après quelques années de doute(s) a ressorti la trompette de son étui. Les fils ce sont Aaron et Stefan Gonzalez, respectivement contrebassiste et batteur, et qui ne sont pas pour rien dans le retour du père. L’ami c’est le saxophoniste portugais Rodrigo Amado que l’on croise souvent dans les productions Clean Feed.

Leur musique a passé le cap du free jazz mais y retourne régulièrement comme pour nous dire que le cri sera toujours une nécessité (Document for William Parker). C’est une musique qui ressuscite le Happy House d’Ornette Coleman avec malice et vivacité (Rodrigo Amado s’approche alors très près de Dewey Redman). C’est une musique qui – Pologne oblige – honore l’immense Krzysztof Komeda (Litania). C’est une musique qui aime le mouvement, le groove, la mélodie, les espaces et la liberté de s’y abandonner puis de les lâcher pour mieux y retourner. C’est au final une musique qui existe fort et intensément. Tout simplement.


Yells at Eels, Crow Soul (extrait). Courtesy of Ayler.

Dennis Gonzalez Yells at Eels : The Great Bydgoszcz Concert (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Crow Soul 02/ Happy House 03/ Joining Pleasure with Useful 04/ Document for William Parker 05/ Dialeto da Desordem 06/ Litania 07/ Elegy for a Slaughtered Democracy 08/ Oszkosz Bydgoszcz
Luc Bouquet © Le son du grisli



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