Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Ap’strophe : Objects sense objectes (Etude, 2009)

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Sur Objects sense objectes, Ferran Fages (guitare) et Dimitra Lazaridou Chatzigoga (cithare) font front commun et tentent de redresser ensemble leur ensemble minuscule de cordes à la dérive.

Sèches toutes, brutes et parfois lâches, celles-ci se nourrissent de leur propre discours avant qu’entre un drone inattendu, qui va et vient parmi les nouvelles propositions de Fages et Chatzigoga : plus percussives maintenant, lorsqu’il ne s’agit pas de grattements ou même – provocation ultime – d’un arpège joué proprement. Heureusement, l’usage familier n’est que passager, et reparaissent les dissonances, les silences derrière lesquels sont pensés d’autres coups et les tensions changeantes capables aussi de notes limites. Voici les tourments d’Objects sense objectes rassurés, et même confortés.

Ap’strophe : Objects sense objectes (Etude Records / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 3 (5 :46) 02/ 6 (31 :35) 03/ 7/2 (6 :47) 04/ 12 (12 :11)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Rothkamm : ALT 1989-2009 (Baskaru, 2009)

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Homme aux multiples fonctions (compositeur, philosophe, artiste conceptuel), l’Allemand Frank Rothkamm aka Rothkamm explore les routes tranchées de l’abstraction électronica sur son nouvel opus. Hébergé sur l’officine française Baskaru, maître de cérémonie d’un des plus grands disques du genre en cette année qui s’achève (HB de Francisco López & Lawrence English), ALT 1989-2009 invite à une originale plongée dans les froideurs épaisses du nord, dans des atmosphères aux coloris toutefois plus changeants qu’il n’y paraît de prime abord.

Tout démarre sur une vibration lourde et inquiétante (AAA), évocation univoque et moderniste d’Ursula Bogner, en plus abouti et maîtrisé. Merveilleusement déclinés en des thèmes variés et précis, les instants suivants s’intercalent dans les ruptures de genres. Echos américana d’un Square On Both Sides échappé sur Expanding Records, déviance galactique où Syd Barrett enverrait sombrer Nocturnal Emissions – quand ce n’est Tuxedomoon période The Ghost Sonata explorant quelques-uns des Twenty Systems de Benge – la floraison s’inquiète des tournures de gris, étonnamment belles et fébriles. Encore plus souvent, c’est le souvenir arctique du géant Biosphere qui prédomine, tel le poids insoupçonné d’un glacier matamoréen surgissant du fonds de l’obscurité pour nous menacer de sa fonte prochaine. N’oubliez pas d’enfiler votre polar avant le grand départ vers l’horizon.


Rothkamm, GUI. Courtesy of Baskaru.

Rothkamm : ALT 1989-2009 (Baskaru)
Edition : 2009.
CD : 01/ AAA 02/ GUI 03/ RED 04/ SUN 05/ LOW 06/ MID 07/ RND 08/ OOO 09/ DEC 10/ CON
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Thollem McDonas, Nicola Guazzaloca : Noble Art (Amirani, 2009)

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Deux pianistes : l’un natif de San Francisco (Thollem McDonas), l’autre de Bologne (Nicola Guazzaloca), prennent alibi sur la boxe (une passion commune ?) pour dualiser leur duo. Ce qui peut lier le noble art et l’improvisation (le défi, le duel, l’observation, l’attente, l’attaque) n’est pas fortuit et vise assez juste.

Ainsi, après une courte période d’observation et d’adaptation, surgira une désagréable séance de zapping pianistique où l’un collera à l’autre (et inversement !) sans que rien ne se dégage, sinon une virtuosité excessive. Puis viendra le combat. Celui-ci sera sanglant, titanesque, ébouriffant, guerrier. Et nos oreilles y trouveront quelques belles réjouissances soniques. Mais qui dit combat dit vainqueur et vaincu, et, l’improvisation a-t-elle vraiment besoin de vainqueurs et de vaincus ?

Thollem McDonas, Nicola Guazzaloca : Noble Art (Amirani Records)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009
CD : 01/ Alike to Me 02/ Down Twice 03/ On the Other Hand 04/ What a Morning 05/ Winnings for Backing
Luc Bouquet © Le son du grisli


Robin Crutchfield : Hidden Folk (Important, 2009)

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Il est des nouvelles que l’on n’attend pas et qui pourtant font plaisir quand elles arrivent. Celles données par Robin Crutchfield (ancien compagnon d’Arto Lindsay dans DNA et grand acteur de la scène No Wave) sur The Hidden Folk sont de celles-là.

En dix-neuf chapitres sonores, elles montrent un ancien rockeur expérimentateur qui a trouvé refuge dans un folk minimaliste sans attirer à lui toutes les moqueries. Au contraire, en explorant plus profondément encore avec une harpe, une lyre et des percussions, son intérêt pour les atmosphères préraphaélites (que Dark Day, un autre de ses groupes, explorait déjà), Crutchfield touche à la vérité – à  la sienne, en tout cas, ce qui n’est déjà pas mal. Ajouter une touche de spiritualité toute asiatique et quelques allusions à la musique de Moondog (l’utilisation des fade-in fade-out affermissent la comparaison) et voici le folk caché de Robin Crutchfield prêt à être dévoilé au plus grand nombre. Un disque enchanteur, à l'image de ces deux minutes :


Robin Crutchfield, Song for Apollo (extrait).


Robin Crutchfield, Pearl Sorting Pixies (extrait). Courtesy of Important Records.

Robin Crutchfield : The Hidden Folk (Important Records)
Edition : 2009.
CD : 01/ We Find Our Way In 02/ Conjuring 03/ Zither Madness 04/ Insect Machines 05/ Gnomes Underground 06/ Song For Apollo 07/ The Hollow Oak My Humble Home 08/ Poison Splinter 09/ Winkies Wake Up Call 10/ Mind the Dwarves 11/ Pearl Sorting Pixies 12/ Cricket Thicket 13/ Trolling the Tin Mines 14/ Wood Mallet Knockabout 15/ Rockinghorsefly 16/ Stoke the Bellows Fellows 17/ Faerie Lights 18/ It All Ends Here 19/ A Bowl is a Bell
Pierre Cécile © Le son du grisli


Sonore : Call Before You Dig (Okka Disk, 2009)

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Sur la première plage du premier des deux disques (un concert en 2009 / une séance studio en 2008) qui font Call Before You Dig, touver une présentation appuyée des forces en présences : Peter Brötzmann, Ken Vandermark et Mats Gustafsson (Sonore).

Toutes concentrations requises ensuite, et puis l’alerte : les trois musiciens s’engouffrent dans un labyrinthe, chacun dans une direction différente. Frénétiquement, ils empruntent des couloirs, butent, cognent, prennent étages et suspensions, temps de réflexions mesurés, engagent des courses, des luttes, et puis des airs charmeurs lorsqu’il s’agit d’endormir les autres le temps de trouver une échappatoire et de s’y précipiter de nouveau. La distribution de l’édifice est peu orthodoxe : superstructure (saxophones alto et ténor, clarinettes) et infrastructure (saxophones baryton, tarogato, clarinette basse) confondues aux couloirs donnant sur de grandes aires de jeux, salles de combat ou de méditation, cabinets de musique apaisée (les grandes plages de conciliations et même d’unisson à entendre sur le second disque) ou boudoirs, enfin, magasins d’instruments dans lesquels les trois hommes s’emparent d’autres armes, les essayent posément avant de repartir en trombes.

Ici l’enregistrement s’intéresse de près à l’évolution de Brötzmann, ailleurs plutôt à celle de Vandermark ou de Gustafsson. Ainsi : l’auditeur se focalise sur untel qui soudain tombe sur un autre ou à qui deux autres font tout à coup face. Souvent, le toujours même auditeur prend un intervenant pour un autre, et cet autre encore pour le troisième ; heureux, à chaque fois, de perdre ses repères.

Sonore : Call Before You Dig (Okka Disk)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD1 : 01/ The Cliff 02/ Mountains of Love 03/ Shake Horn 04/ Nurecognized Reflections 05/ Charged by the Pound 06/ Mailbox for an Attic 07/ Call Before You Dig – CD2 : 01/ The Ravens Cry at Dawn 02/ Better a Bird than a Cow 03/ Human Fact 04/ Iranic / J. Giuffre 05/ A Letter from the Past 06/ The Bitter the Better 07/ The Longer the Lieber 08/ Birds of the Underworld 09/ Waiting for the Dancing Bear 10/ A Dyed String 11/ Hellpig 12/ Zipper Backwards 13/ Dark Cloud Blues 14/ Blue Stone 15/ Hardline Drawing 16/ Rat Bag 17/ Hard to Believe But Good to Know
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Fire! : You Liked Me Five Minutes Ago (Rune Grammofon, 2009)

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Aux côtés du bassiste Johan Berthling (membre de Tape) et du batteur Andreas Werliin, Mats Gustafsson passe de saxophones ténor et baryton en Fender Rhodes sous le nom et au cri de Fire!

Sur la marche d’If I Took Your Hand, le trio ouvre l’enregistrement : vœu qui profite de la transformation ingénieuse des sons d’un clavier et d’un gimmick de basse qui incitera Gustafsson à se laisser aller à ses emportements coutumiers : free énergique après lequel la marche est bien fermée. Pour suivre, un bourdon électrique s’oppose sur But Sometimes I Am aux notes répétées de Berthling et aux propositions bruyantes de Gustafsson. L’effet, galvanisant dans son ensemble, sera le même sur Can I Hold You for a Minute ? et peut pêcher à l’endroit même où il avait cru bon de se faire remarquer : dans son héroïsme tapageur.

En guise de conclusion, quatre minutes jouant de répétitions et d’insistances redisent l’allure générale de l’entier enregistrement, évoquant ici (forcément) The Thing, ailleurs Oneida, The Ex ou encore Bridge 61, quand l’association Gustafsson / Berthling / Werliin aurait pu donner d’autres et de plus inédits résultats.

Fire! : You Liked Me Five Minutes Ago (Rune Grammofon / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ If I Took Your Hand… 02/ But Sometimes I Am 03/ Can I Hold You for a Minute ? 04/ You Liked Me Five Minutes Ago
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dennis Gonzalez : Songs of Early Autumn (NoBusiness, 2009)

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Lorsque, sur l’invitation de son ami Joe Morris, Dennis Gonzalez se rend dans le Connecticut, l’automne imprime aux paysages de la Nouvelle Angleterre ses couleurs et sa lumière particulières. Arrivé à Guilford, au domicile de Joe, la neige se met à tomber et la température a sérieusement baissé. Dennis Gonzalez et Joe Morris avaient déjà joué ensemble quelques mois plus tôt, au cœur de l’été, pour la session No Photograph Avaible, éditée par Clean Feed, et c’est naturellement qu’ils se retrouvent alors pour prolonger leur collaboration musicale. Aux côtés de Joe Morris, guitariste mais jouant ici de la contrebasse : Timo Shanko, contrebassiste mais soufflant ici dans un saxophone et Luther Gray, batteur… jouant de la batterie !

Le nez froid, les doigts gourds, les hommes attaquent alors la session et tout se suite la musique déployée se pare de chaudes couleurs, d’une joie partagée de défier les intempéries. Si l’on devait lui offrir une filiation, on évoquerait le Old and New Dreams. Parce que  le groove y est véloce et heureux (Loft). Mais aussi pour les mélodies enfantines déployées par Dennis Gonzalez qui se faufilent entre les fantômes d’une rythmique troublante (Acceleration). Enfin, pour la contrebasse élastique, sautillante, comme dansant sur une batterie qui fait la part belle aux toms et se connecte ainsi au pouls des percussions africaines (Bush Medicine). On pense aussi beaucoup à Albert Ayler, pour la pratique d’un free jazz tantôt emporté (In Tallation), tantôt méditatif (Lamentation).

On pense, finalement, au cycle des saisons, à cet éternel retour mais aux couleurs changeantes, à ce continuum qu’est la musique inventée par les africains américains au 20ème siècle, qu’on appelle jazz, et dont nous est livré ici un exemple incroyablement vivant.


Dennis Gonzalez, Lamentation (extrait). Courtesy of NoBusiness Records.

Dennis Gonzalez Connecticut Quartet : Songs of Early Autumn (NoBusiness Records / Instant Jazz)
Edition: 2009.
CD : 01/ Loft  02/ Acceleration  03/ Bush Medicine  04/ Idolo 05/ In Tallation  06/ Lamentation  07/ Those Who Came Before  08/ Loyalty
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Grutronic : Essex Foam Party (Psi, 2009)

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Pour qui ignorerait l’identité des membres de Grutronic, un passage par le site du label Psi peut être utile. On peut en effet y lire que Stephen et Nick Grew, Richard Scott et David Ross, sont tous passés par l’acoustique avant de se servir exclusivement de claviers, samplers, processeurs, oscillateurs, etc.

Sur Essex Foam Party, deux invités rejoignent le quartet : Orphy Robinson (dont le vibraphone a plus que son importance sur le premier titre, Plonk) et Paul Obermayer (au sampler). Si elle peut être rangée dans le tiroir expérimental, la musique de ce Grutronic augmenté est capable de facéties jouissives et même de compositions dansantes. Des bulles et des projections sonores rebondissent d’un bout à l’autre du disque, sur lequel on imaginerait presque entendre de temps à autre Aphex Twin s’adonner à l’avant-garde. Très étonnant...

Grutronic : Essex Foam Party (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Plonk 02/ Essex Foam Party 03/ Concussion Vibes 04/ Nose-Up 05/ Ball Pool Blues 06/ Madness and Civilization 07/ Foam Sweet Foam
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Légèrement moins « réussi » qu’Essex Foam Party mais très recommandable quand même, Live Grutronic est un enregistrement du groupe publié par le netlabel Earth Monkey Productions et gratuitement téléchargeable ici.


Perelman, Duval, Willson : Mind Games (Leo, 2009)

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Pour obtenir Mind Games, il aura fallu ajouter à la paire Ivo Perelman / Dominic Duval le percussionniste Brian Willson qui perdra un L dans la bataille après avoir tonné en ouverture.

Convaincu, Perelman gronde alors lui aussi sur un free rêche dans lequel s’engouffre le trio. Jusque-là, satisfaisant mais attendu, et puis : les premières notes de Musical Line, presque Lonely Woman  aux graves chaleureux et à la verve commune allant crescendo, le saxophoniste accrochant haut – bien maintenu par ses partenaires – chacune de ses plaintes avant de s’en tenir à une note tremblée. 

Confirmant l’inspiration du trio, Grateful for Life (ne jamais croire au poids de l’intitulé) dépose quant à elle quatre notes principales sur un swing qui fera valser les protagonistes : rengaine insistante aux différentes allures qui n’arrivent pas à perdre l’auditeur, mais l’obsèdent au contraire au point qu’il aura du mal à cesser de réclamer qu’elle revienne une dernière fois. Une fin plus conventionnelle (grand solo de Willson et puis nouveaux emportements), qui prône l’accalmie en regrettant le tumulte.

Ivo Perelman, Dominic Duval, Brian Willson : Mind Games (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Mind Games 02/ Primal Defense 03/ Musical Line 04/ Grateful for Life 05/ G.S. Farewelll
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ivo Perelman, Dominic Duval : New Beginnings (CJR, 2009)

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S’ils affichaient leurs intentions et prônaient ici un nouveau départ, Ivo Perelman et Dominic Duval profitaient aussi – en concert à Philadelphia en 2007 – d’une expérience et d’une intimité qui aide.

En conséquence, New Beginnings rappelle les anciens échanges du duo comme il offre en effet un peu d’inédit : hésitant d’abord, le saxophoniste reprend à son compte la démarche passablement assurée des pizzicatos de Duval, s’en sert pour avancer avant que le contrebassiste agisse plus vigoureusement. A contre-courant, Ivo Perelman doit maintenant tout faire pour éloigner le spectre de la déroute, et se montre dans cet exercice plus fascinant encore.

Plus loin, et seul, il extrait de l’intérieur de son ténor une mélodie inattendue : quelques accrocs et quelques emportements, la dissolution ensuite lorsqu’il vagabonde dans le même temps qu'il fait croire que c'est à l'élaboration d'une danse subtile qu'il travaille. Après avoir cité Giant Steps, il renonce et commande à Duval une autre altercation : d’autres notes graves auxquelles Perelman feindra de ne pas faire attention, avant la charge ultime, impressionnante : autre fin pour New Beginnings.

Ivo Perelman, Dominic Duval : New Beginnings (Cadence Jazz Records)
Enregistrement : 20 novembre 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ New Beginnings Part 1 02/ New Beginnings Part 2 03/ New Begginings Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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