Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Super Deluxe Gas Jockey : Some Sappy Title Dan Would've Hated (Bug Incision, 2009)

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Sous un nom de groupe qui fleure bon l’adolescence (Super Deluxe Gas Jockey) se cachent trois personnalités pourtant bien adultes : Janet Turner (qui chante), Lyle Pision (qui joue du saxophone) et Mark Dicey (qui bat la mesure). Sous un titre étrange qui fleure bon l’inspiration qui ne vient pas (Some Sappy Title Dan Would've Hated), les trois mêmes adultes concoctent des airs de danses.

Excentriques et même parfois folles, ces danses-là parviennent à subjuguer un auditeur qui n’avait pas dans l’idée de danser mais qui danse quand même. Les acteurs / chanteurs / musiciens sont libres de leurs mouvements. Le cabaret vire au free rock mystérieux. Le folklore est emporté par la transe. L’adolescence n’est plus ce qu’elle était, elle n'est plus seulement ce bout d'adulte en formation, elle est beaucoup plus que cela...

Super Deluxe Gas Jockey : Some Sappy Title Dan Would've Hated (Bug Incision, 2009)
Edition : 2009.
Pierre Cécile © Le son du grisli



Five Rooms : No Room for Doubt (Amirani, 2009)

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No Room for Doubt s’ouvre sur un chant, celui de The Door, sur lequel la voix de Jean-Michel van Schouwburg rivalise de présence avec l’excellent soprano de Gianni Mimmo – qui pose d’emblée la question : tout sopraniste est-il forcément lacyen ?

La présence du guitariste John Russell oriente peut-être la suite : improvisations (ou « Music Instant Compositions by Five Rooms ») relevées soudain par la présence des cordes sans lesquelles la réunion irait de jolis moments en instants perdus, comme passe la voix de Schouwburg d’exclamations râleuses en discussions vaines ou de belles réclamations de fausset en interjections de pas grand-chose. Parce qu’aussi les autres musiciens (le tromboniste Angelo Contini, le violoncelliste Andrea Serrapiglio et, sur les deux derniers titres, le contrebassiste Paolo Falascone) respectent avec application les codes d’une improvisation entendue, quitte à laisser au commun acceptable toute la place du doute.

Five Rooms : No Room for Doubt (Amirani)
Edition : 2009.
CD : 01/ The Door 02/ No Room for Doubt 03/ Other Conspiracy 04/ Promises : the Farewell Speech 05/ train Jumper 06/ Afternoon Revelation 07/ The Next Room Interlude 08/ Cried Reasons 09/ Threshold Lyric 10/ Conspiracy #2 11/ Briskly Done 12/ Cracknel (Clouded Marble) 13/ Attractive Theory 14/ Conspiracy #1 15/ Abstract 16/ Neglected Garden 17/ Calls & Rumours
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The Ames Room : In (Monotype, 2010)

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Deux extraits de concerts donnés par The Ames Room (Jean-Luc Guionnet, Clayton Thomas et Will Guthrie) à Niort et à Poznan l’année dernière composent le disque inaugural d’une série sobrement baptisée In, que le label Monotype prévoit d’augmenter d'une référence chaque année.

Ardent dès l’ouverture – c'est-à-dire à Niort –, le trio investit le domaine d’un jazz épais et bruyant, qui ne plus plus être taxé de free tant les références à y entendre sont nombreuses et n’ont que faire des « styles » : habité, Guionnet éructe ou siffle à l’alto quand, directifs, Thomas et Guthrie creusent le lit de l’improvisation torrentielle à force de notes pincées avec vigueur et de coups portés sur la batterie avec une endurance tenant de l’acharnement. A Poznan, l’allure est différente, Guthrie frisant un trip hop bancal et Guionnet tournant dessus en obsessionnel envoûté par cinq notes tombées par hasard là où Thomas préfère n’en rendre que deux, lâchées dans un geste ample. Plus monotone – littéralement, s'entend – mais tout aussi intense.

The Ames Room : In (Monotype Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
LP : A01/ Niort B01/ Poznan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre, 2009)

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Il arrive que d’une belle idée naisse une belle œuvre. C’est le cas ici : l’idée a été de mettre face à face Stéphane Rives (au saxophone soprano) et Wade Matthews (aux fields recordings et electronics). Quant à l’œuvre en question, c’est Arethusa.

Sur Arethusa, le dialogue se passe de mots mais surtout pas de sons inhabituels. A tel point qu’il est difficile de les définir d’une autre manière qu’en utilisant des comparaisons : avec l’atmosphère tranquille d’un coin de Central Java ou la lumière transcrite en notes filtrant jusqu’au plus profond des souterrains. C’est dire que la collaboration de Rives et de Matthews est d’essence naturelle même si l'extrait que l'on trouve ci-dessous me fait mentir. Elle joue avec les matériaux (le bois, notamment), trois des quatre éléments (eau, terre, air) et avec de nombreux silences. Decrescendo : le duo a disparu.


Wade Matthews, Stéphane Rives, Arethusa (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre)
Edition : 2009.
CD : 01/ 8:50 02/ 8:17 03/ 17:23 04/ 11:58
Pierre Cécile © Le son du grisli


El Fog : Rebuilding Vibes (Flaü, 2009)

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Ariste japonais résident berlinois, Masayoshi Fujita aka El Fog inscrit le vibraphone en couverture de cet intéressant disque au rang de ses instruments fétiches. Accompagné d’une discrète électronique aux effets dub jazz, mais aussi de mains qui claquent, d’overdubs ou de boucles samplées, sa musique émet des ondes d’une réconfortante chaleur.

A la fois inscrite dans un  continuum où les notes bleues espionnent le passé et interrogent l’avenir, son œuvre mérite le détour. Par moments terriblement groove, notamment lorsqu’une contrebasse présente sans être pesante vient chalouper les interventions très adroites de percussions héritées de Martin Brandlmayr, l’album pèche toutefois par une certaine uniformité sonore. Non que pris individuellement chaque titre soit inintéressant, simplement la sensation étrange de visiter différentes pièces d’un même manoir où chaque endroit serait peuplé de l’esprit identique des grands de ce monde qui nous ont précédé.

El Fog : Rebuilding Vibes (Flaü)
Edition : 2009.
CD : 01/ Broken 02/ Waterfall 03/ März 04/ Flip And Dub 05/ Autumn 06/ Patterns 07/ Space for the Rebuilding 08/ Puddlespots and Moonbeams 09/ Above 10/ November 11/ ! 12/ Dunst
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Bill Dixon, Aaron Siegel, Ben Hall : Weight / Counterweight (Broken Research, 2009)

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Sur son propre label, le percussionniste Ben Hall publie un double disque vinyle où on peut l’entendre en compagnie d’Aaron Siegel (autre percussionniste) et de Bill Dixon : Weight / Counterweight.

D’autres « tapisseries » sonores que celles du récent Tapestries for Small Orchestra sont à entendre ici, apposées en outre par une formation plus légère encore qu’un « petit orchestre ». Sur un léger écho et les effets de l’usage d’une électronique minuscule qui portent toujours un peu plus loin les interventions mesurées de sa trompette, Dixon invente encore autrement, compose un bouquet de souffles éthérés ou oppose à la rumeur apaisante commandée par ses partenaires un lot de râles caverneux.

La musique à sortir de Weight / Counterweight, d’épouser avec subtilité l’atmosphère dans laquelle se propagent chacune de ses vibrations. L’espace alentour soudain chargé d’ondes positives, sorties d’un objet rare qu’il faudra d’abord réussir à capturer.

Bill Dixon, Aaron Siegel, Ben Hall : Weight / Counterweight (Broken Research)
Enregistrement : Avril 2008. Edition : 2009.
LP1 : A/ Atelier : Corbu’s Studio B/ Hirado – LP2 : C/Contrapposto D/ The Red & the Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Tchicai : Coltrane in Spring (Ilk, 2008/2010)

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En ouverture de Coltrane in Spring, John Tchicai dit un poème de John Stewart qui célèbre un autre printemps et adresse à l’auteur d’Ascension – enregistrement auquel Tchicai participa – son vœu de l’entendre chanter encore Alabama. Hier, Coltrane servait aussi la mélodie de Spring Is Here ; en 2007, son ancien partenaire retrouvait le Danemark pour l’évoquer en compagnie de jeunes compatriotes – le pianiste et cornettiste Jonas Müller, le contrebassiste Nicols Munch-Hansen et le batteur Kresten Osgood.

De son passage de quelques mois à New York dans les années 1960, Tchicai a gardé ses suspicions vis-à-vis de formes musicales arrêtées ainsi qu’un instinct farouche pour la remise en cause des convenances musicales. Malgré tout, il ne peut nier l’intégralité des choses qu’il y a apprises : sur Melodic Seven, il fait ainsi état de l’éternelle vivacité de se verve déstabilisatrice ; au son d’Ude I Det Fri, aux côtés du cornet de Müller, rappelle ce que lui a enseigné la fréquentation d’Albert Ayler et de Don Cherry (ici, le cri du premier et le détachement du second s’entendent sur un hymne minuscule) ; sur Dashiki Man, enfin, il profite une autre fois du swing de ses partenaires pour déraper encore en insatiable virulent.

Ailleurs que sur ces trois morceaux convaincants, des éléments d’un folklore ombreux investissent le domaine du jazz sans déranger vraiment si ce n’est pour se faire remarquer quand même le temps de surenchères passagères auxquelles se livrent Tchicai et Müller. En conclusion, un exercice de style réinvente sur Modoc les manières amples du free insistant du dernier Coltrane. Et la boucle est bouclée de l’hommage de Tchicai à son ancien mentor.

John Tchicai : Coltrane in Spring (Ilk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Réédition : 2010.
CD : 01/ Coltrane in Spring 02/ Dahiski Man 03/ Ude I Det Fri 04/ Angel Wing 05/ Melodic Seven 06/ On Top of Your Head / Lat’s Hear What We Can See 07/ Row Your Love Boat 08/ Double Arc Jake 09/ Modoc
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


New York Art Quartet : Old Stuff (Cuneiform, 2010)

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Accepterait-on, aujourd’hui, cette joyeuse anarchie ? Ces ruptures insoumises, ces torsions indécises, ces rythmes instables, ces pauses et terminaisons aventureuses ? Telle une horloge folle et totalement déréglée, le New York Art Quartet pouvait se permettre d’instruire l’indéfini et d’y prendre place durablement.

En ce mois d’octobre 1965, Finn von Eyben et Louis Moholo remplaçaient Lewis Worrell et Milford Graves. Deux concerts nous sont proposés ici. Le premier est capté au Montmartre Jazzhus de Copenhague le 14 octobre. Aléatoire et imprécisions sont au menu, l’irrégularité est reine ; on observe, on se retrousse les manches et on plonge sans souci des récifs et des grandes profondeurs : le bancal est si beau ici. Le second concert, enregistré dix jours plus tard au Concert Hall of the Radio House est d’une toute autre envergure. Le groupe s’est trouvé, soudé (on jurerait presque que Milford Graves a rejoint le groupe) ; Roswell Rudd gronde et vocifère comme un beau diable, John Tchicai convulse allégrement et la rythmique impulse une liberté inouïe. C’est magnifique de maîtrise et d’abandons mêlés. Un disque témoignage en quelque sorte.


New York Art Quartet, Karin's Blues. Courtesy of Orkhêstra.

New York Art Quartet : Old Stuff (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1965. Edition : 2010 .
CD : 01/Rosmosis  02/Sweet Smells  03/Old Snuff  04/Pannonica  05/Kvintus T  06/Pà Tirsdag  07/Old Stuff  08/Cool Eyes  09/Sweet V  10/Karin’s Blues  11/Kirsten
Luc Bouquet © Le son du grisli


Source : Music of the Avant-garde 1968-1971 (Pogus, 2009)

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Cette première compilation de titres sortis sous le "label" Source entre 1968 et 1971 à peine sortie, voilà qu’on attend déjà la suite annoncée, qui fera le portrait sonore des dernières années d’un label incontournable pour tout amateur d’une musique expérimentale plurielle.

En attendant, ces trois disques passent et repassent et font valser les vocalises bruyantes de Robert Ashley, les longues traînées métalliques de David Behrman et Gordon Mumma, le piano préparé de David Tudor sur une idée folle de Larry Austin, les slides de guitares qui portent une autre œuvre électronique de Robert Ashley. Puisque je respecte ici l’ordre d’apparition des musiciens, continuons avec Alvin Lucier et sa pièce fantastique I Am Sitting in a Room, qui donne encore aujourd’hui des leçons aux expérimentateurs amateurs de concepts vocaux par ses bégaiements de poésie sonore superposés jusqu’à l’apparition d’une voix robotisée… Comme Lucier dans cette pièce, je commence d'ailleurs à sentir ici les effets de l’accumulation. Mes phrases sont moins nettes et n’arrivent plus qu’à faire passer le message suivant : il faut à tout prix écouter ce premier volume de la rétrospective Source. Juste le temps de citer encore l’excellent Lowell Cross et ses drones aux courbes intelligentes ou Alvin Curran et sa musique japonisante désincarnée ou Annea Lockwood et ses ronronnements zoophiles ? Après ce fabuleux retour à Source, on attend donc la compilation consacrée aux deux dernières années d'activité de la publication !

Source Records Music of the Avant-garde 1968-1971 (Pogus)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Robert Ashley : The Wolfman 02/ David Behrman : Wave Train 03/ Larry Austin : Accidents 04/ Allan Bryant : Pitch Out – CD2 : 01/ Alvin Lucier : I Am Sitting in a Room 02/ Arthur Woodbury : Velox 03/ Mark Riener : Phlegethon 04/ Larry Austin : Caritas 05/ Stanley Lunetta : Moosack Machine – CD3 : 01/ Lowell Cross : Video II (B)/(C)/(L) 02/ Arrigo Lora-Totino : English Phonemes 03/ Alvin Curran : Magic Carpet 04/ Anna Lockwood : Tiger Bal
Pierre Cécile © Le son du grisli


Fenn O'Berg : In Stereo (Editions Mego, 2009)

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Premier vrai disque studio du trio aux milliards de neurones – ses prédécesseurs étaient des edits de performances live –, In Stereo comble un vide discographique de neuf ans, que l’extraordinaire piqûre de rappel The Magic Sound & Return Of… avait encore amplifié l’an dernier. Enregistré au studio GOK Sound de Tokyo, le nouvel opus des magiciens du laptop improvisé n’aboutit à nulle déception.

Etonnamment intitulés dans le désordre – partant de Part III pour arriver à Part VI (ou l’exclusif morceau bonus Part II sur le double vinyle), les morceaux portent chacun l’idiosyncrasie prééminente de chaque membre du trio. Tantôt, les paysages sonores de Christian Fennesz emmènent la vrille électronique (le début de Part III), parfois, les troubles neuropsychiatriques des machines portent la signature de Peter Rehberg, en d’autres instants, la musique quasi-concrète de Jim O’Rourke s’impose de son évidence faussement calme. Tournoyantes et obsessionnelles, les réponses digitales des trois complices entretiennent le mythe de maîtresse manière. Entre fureur insoupçonnable et apaisement trompeur, les atmosphères s’imprègnent des décalcomanies noirâtres de la paire KTL (dont Rehberg forme la moitié), échelonnées sur des  sifflements urbains captés en bordure d’un biotope ferroviaire. L’orage franchi dans un climat sous la pénombre d’une apocalypse pensée par Kevin Drumm, des pensées expiatoires montent au cerveau, gargouillant d’hybrides insectivores en perpétuelle mutation.

Fenn O'Berg : In Stereo (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Part III 02/ Part IV 03/ Part V 04/ Part I 05/ Part VII 06/ Part VI 07/ Part II
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



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