Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Steve Lacy (unfinished)le son du grisli sur InstagramMy Bloody Valentine : Loveless de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

David S. Ware : Onecept (Rank, 2011)

twoceptsli

Œil pour œil : la réédition d’Onecept – ici sur support vinyle – conseille celle de la judicieuse chronique écrite en son temps par Luc Bouquet :

Instruments qu’il avait déjà utilisés à la toute fin des eighties pour les enregistrements de Passage to Music et Great Bliss I & II (il jouait alors aussi – et superbement – de la flûte) et qu’il retrouva l’an dernier pour un solo enlevé (Saturnian I – Aum), stritch et saxello refont leur apparition dans l’univers de David Spencer Ware.

Arrivé à bout de course d’un quartet cadenassé par le jeu monocorde de Guillermo Brown, le saxophoniste retrouve avec cet Onecept toute l’intensité et la générosité de son souffle. Warren Smith, tantôt aux timbales et gongs, tantôt à la batterie est un batteur d’écoute, d’imagination et de relance. William Parker semble retrouvé, juvénile, jouant la complicité (Vata) ou l’éloignement (Desire Worlds) avec un égal bonheur. C’est qu’ici, l’équilibre est de tous les instants. La soif est toujours de dissonance et de continuum (Desire Worlds où le saxello de Ware évoque plus l’intensité brûlante d’un Ayler que les loopings cerclés d’un Kirk, autre familier du saxello) et à travers ces neuf plages improvisées (là-aussi : une nouveauté chez Ware) d’autres rebonds émergent : les sombres déchirures timbales-contrebasse, la fluidité toute naturelle du saxophoniste moins convulsif que d’ordinaire et cette entente magnifique, porteuse, ici des espoirs les plus fous.

Ceci étant, si le label Rank a pris soin de rééditer cette référence du catalogue AUM Fidelity, ce n’est pas sans l’avoir augmentée de deux « bonus » : Virtue et Gnawah. Dent pour dent : un peu d’inédit critique :

Sur ces deux pièces rapportées, Ware intervient encore au saxello. Sautillante et sans surprise, Gnawah n’est qu'accessoire. D’une intensité autrement remarquable, Virtue expose Ware en promeneur grave, assombri encore par les insistances de l’archet de Parker. Au point qu’on se demande comment Virtue n’a pas trouvé sa place sur Onecept d'origine. Peut-être était-ce pour convaincre plus tard du bien-fondé de son passage sur vinyle.

David S. Ware : Onecept (Rank)
LP : 01/ Book of Krittika 02/ Wheel of Life 03/ Celestial 04/ Desire Worlds 05/ Astral Earth 06/ Savaka 07/ Bardo 08/ Anagami 09/ Vata 10/ Virtue 11/ Gnawah
Enregistrement : 12 décembre 2009. Réédition LP : 2011.
Guillaume Belhomme © le son du grisli



Oren Ambarchi, Robbie Avenaim : Dream Request (Bo'Weavil, 2011)

grislirequest

Oren Ambarchi et Robbie Avenaim se connaissent bien. Après avoir collaboré dans le trio Phlegm, ils ont enregistré The Alter Rebbes Nigun (sur Tzadik), ClockWork (sur Room 40) et deux fois avec Keith Rowe (Thumb et Honey Pie, sur Grob). Dream Request (enregisté en concert) donne l’opportunité de revenir aux sources du guitariste et du percussionniste et de se faire en même temps une idée d’où en est leur collaboration.

Soniquement parlant, cette request est une bourrasque qui se lève doucement mais sûrement. Une bourrasque qui bâtit un mur du son épais auprès duquel deux ouvriers se cherchent noise. Après le passage de la bourrasque, il ne reste qu'un pan de mur, ainsi que des sirènes et des coups frappés à la régulière. Ces derniers sons donnent l’alerte après le passage de la catastrophe. Ils pleurent cette grande et belle catastrophe.

EN ECOUTE >>> Dream Request Part 1 >>> Dream Request Part 2

Oren Ambarchi, Robbie Avenaim : Dream Request (Bo’Weavil / Metamkine)
Enregistrement : 19 octobre 2009. Edition : 2011.
LP : A&B/ Dream Request
Pierre Cécile © Le son du grisli


Okkyung Lee, Phil Minton : Anicca (Dancing Wayang, 2011)

aniccasli

Sous une pochette soignée dont le label Dancing Wayang s’est fait une spécialité, un 33 tours consigne la rencontre d’Okkyung Lee et Phil Minton.

On sait la violoncelliste et le vocaliste aussi fantasques qu’ingénieux voire inspirés. En conséquence, les pièces expressionnistes sur lesquelles ils s’accordent ici profitent de trouvailles partagées : archet à la frénésie propice aux dérapages contre phonation en proie à des excès d’aigus, vocalisation de la contrebasse contre exercices appropriés d’orthodontie parallèle, banderilles enfoncées jusqu’en tyroïde mintonienne et muqueuses chatouillées seulement mais conseillant à leur propriétaire de brailler à la cantonade. Simplement pour le spectacle, qui est à conseiller.

Okkyung Lee, Phil Minton : Anicca (Dancing Wayang)
Edition : 2011.
LP : A/ MUAH B/ MU BYUN
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sohrab : A Hidden Place (Touch, 2011)

sohrabsli

Au-delà de la sympathie naturelle que tout être normalement constitué devrait éprouver pour le destin de Sohrab Sepehri, aka Sohrab, jeune musicien iranien qui a récemment joué au Berghain pour une Touch Label Night, l’occasion de s’échapper définitivement (?) de son Téhéran natal et son cortège d’oppresseurs barbus (un certain Jafar Panahi peut en témoigner), il convient de jauger A Hidden Place à l’aune de ses contemporains – abstraction totalement faite du contexte.

Au-delà des discours convenus sur les vessies et les lanternes, la manière du musicien perse rappelle – à foison encore bien – les circonvolutions électroniques de la prestigieuse maison Touch, qui croiserait à l’occasion les essais décochés sur Kompakt en son versant ambient. Croisant l’instinct surnuméraire de GAS (Himmel über Tehran) en mission pré-Hildur Gudnadottir sur la série Made To Measure (le morceau-titre), le jeune producteur moyen-oriental (en attente d’un statut de réfugié quelque part en Europe) imprime dès son premier opus une marque prégnante et inspirée.

Alternant très élégamment les field recordings, à l’instar de ce chant du coq sur Zarrin, et les grondements tissés sur un canevas sidérurgique et évocateur (Susanna), il témoigne d’un immense savoir-faire en dépit d’une certaine dérive esthétisante où le beau ne se suffit pas toujours à lui-même. Pas toujours au niveau prodigieux de Tim Hecker (Pedagogicheskaya Poema), mais la voie est toute tracée.

Sohrab : A Hidden Place (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
LP : A1/ Susanna A2/ Somebody A3/ Pedagogicheskaya Poema B1/ Himmel Über Tehran B2/ A Hidden Place B3/ Zarrin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Jonas Kocher : Solo (Insubordinations, 2011)

jonasgrisli

C’est en concert à Berne que l’accordéoniste Jonas Kocher a enregistré ce Solo. Son jeu est expérimental, c’est évident. L’air est compressé, il ricoche dans le soufflet et a parfois de ces airs de geysers qui crache.

L’orgue de Kocher est de petite taille. Mais lorsqu’il décide de s’arrêter sur une note, il la pousse avec puissance. Le vent la porte loin, il en est ainsi pour toutes les notes qui réussissent à sortir de l'appareil. Mais la soufflerie n’est pas là pour accoucher d’une souris mélodique, encore moins populaire. Parce que Kocher s’approprie cet isntrument, son instrument, comme s’il l’avait inventé : son clavier est raccourci, ses possibilités sont réduites, mais la chanson qu’il chante est d’une ouverture bien supérieure.  

EN ECOUTE >>> Solo (extrait)

Jonas Kocher : Solo (Insubordinations)
Enregistrement : 23 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Solo
Héctor Cabrero © Le son du grisli



The Ambush Party : The Ambush Party (De Platenbakkerij, 2011)

AmbushGrisli

Ce sont là douze improvisations de Natalio Sued (saxophone ténor), Oscar Jan Hoogland (piano), Harald Austbo (violoncelle) et Marcos Baggiani (dms) : The Ambush Party, disque qui reprend le nom donné à l’association. 

Douze déconstructions grinçantes et presque autant de mélodies lasses sur lesquelles le ténor (sous emprise souvent du son oublié du premier Archie Shepp) et le piano se mêlent sur un décor fondant que retient – voire commande – la contrebasse. Une jeunesse molle mais inspirée, qui s’amuse à déposer à mi-parcours des saynètes intelligentes faites de découpes et de propositions provocantes. L’originalité est donc de la party, finissant sur danses défaites et mouvements fatigués : esthétique molle toujours, mais viable encore.

The Ambush Party : The Ambush Party (De Platenbakkerij)
Edition : 2011.
CD : 01/ Vogelverschrikker 02/ Avondwandeling 03/ Flipperen 04/ Metro 05/ File 06/ Vertraging 07/ Stoplicht 08/ Zwartrijden 09/ Nachtcafé 10/ Mond Stuk 11/ Rmise 12/ Toe
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.


Deep Tones for Peace : Sonic Brotherhood (Kadima, 2011)

deepgrisliforpeace

Deuxième livraison de Deep Tones for Peace, rassemblement de contrebassistes et compositeurs œuvrant pour la paix au Moyen-Orient.

Débutée par Menada, œuvre de la compositrice bulgare Julia Tsenova, interprétée ici par sa compatriote Irina-Kalina Goudeva, et terminée par le si large archet de Barre Phillips, Sonic Brotherhood propulse quelques dignes éclats. Ainsi, en trois reprises, les cinq contrebassistes réunis ressusciteront quelques glissendis à l’essence toute ligetienne ; le duo Mark Dresser JC Jones sera vif et concis ; Bert Turetzky et Barre Phillips, au plus près du son, animeront quelques hautes plaintes ; Irina-Kalina Goudeva et Bert Turetzky étireront leur archet jusqu’à la rupture ; Barre Phillips et JC Jones, fraternels et unis, seront âpres roulis et doux ressacs. Quant à Mark Dresser, en solitaire, il sera puissance, rondeur et virtuosité. Presque aussi indispensable que le premier Deep Tones for Peace.

Deep Tones for Peace : Sonic Brotherhood (Kadima Collective / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/Menada 02/ Dresser-Jones 03/ DFTP I 04/ Turetzky-Phillips 05/ DTFP II 06/ Goudeva-Turetzky 07/ Phillips-Jones 08/ Dresser 09/ DTFP III 10/ Phillips
Luc Bouquet © Le son du grisli


Daniel Studer : Reibungen (Unit, 2011)

reibunsli

Après avoir poursuivi ses aventures avec Peter K Frey, le contrebassiste Daniel Studer se retrouvait seul. En studio, je précise, pour enregistrer Reibungen, un disque aux onze éclats de contrebasse et de voix (plus une brève incursion d’électronique, mais assez peu originale). 

C’est donc surtout par son art du maniement d'archet que Studer épatele plus. Sur un canevas ivoire, il trace des lignes mélodiques qui convergent en mille points sensibles, il frappe les cordes et fait craquer les bois en dessinant des figures géométriques. Certes son jeu de pizzicati est moins transportant, mais Studer parvient quand même à se raconter par ce biais. On entend son apprentissage et ses références, ses convictions et ses envies. Avec sa persévérance, nul doute que le contrebassiste parviendra à toutes les satisfaire.

Daniel Studer : Reibungen (Unit)
Edition : 2011.
CD : 01/ Knotenspiel 02/ Schleifriss 03/ Zupfeinschlag 04/ Knotengeflecht 05/ Teilungsfluss (Teil 1) 06/ Teilungsfluss (Teil 2) 07/ Teilungsfluss (Teil 3) 08/ Tastball 09/ Zeitzug 10/ Borstenflug 11/ Ramificazioni
Héctor Cabrero @ Le son du grisli


Joe Morris, Ivo Perelman, Louie Belogenis, Agustí Fernández, Taylor Ho Bynum, Sara Schoebeck...

joemorrisli

ivosliIvo Perelman Quartet : The Hour of the Star (Leo, 2011)
La critique virera peut-être à l’obsession : redire la flamme d'Ivo Perelman, l’indéniable talent de Joe Morris à la contrebasse et conseiller encore à Matthew Shipp d’arrêter de trop en faire. The Hour of the Star est un disque à l’écoute duquel on regrette que le piano ait été un jour inventé. Heureusement, sur deux improvisations, l’instrument est hors-jeu, pas invité, la démonstration n’est plus de mise, et The Hour of the Star y gagne.

flowsliFlow Trio : Set Theory, Live at Stone (Ayler, 2011)
Enregistré au printemps 2009, ce Flow Trio expose Morris, à la contrebasse, aux côtés de Louie Belogenis (saxophones ténor et soprano) et Charles Downs (batterie). La ligne rutilante bien qu’écorchée de Belogenis cherche sans cesse son équilibre sur l’accompagnement flottant qu’élaborent Morris et Downs en tourmentés factices. L’ensemble est éclatant.

traitsliJoe Morris' Wildlife : Traits (Riti, 2011)
En quartette – dont il tient la contrebasse – Morris enregistrait l’année dernière Traits. Six pièces sur lesquelles il sert en compagnie de Petr Cancura (saxophone ténor), Jim Hobbs (saxophone alto) et Luther Gray (batterie) un jazz qui hésite (encore aujourd’hui) entre hard bop et free. L’exercice est entendu mais de bonne facture, et permet surtout à Cancura de faire état d’une identité sonore en pleine expansion.

ambrosliAgustí Fernández, Joe Morris : Ambrosia (Riti, 2011)
L’année dernière aussi, mais à la guitare classique, Morris improvisait aux côtés du pianiste Agustí Fernández. Plus souple que d’ordinaire, le jeu de Fernández dessine des paysages capables d’inspirer Morris : les arpèges répondant aux râles d’un piano souvent interrogé de l’intérieur. Et puis, sur le troisième Ambrosia, le duo élabore un fascinant jeu de miroirs lui permettant d’inverser les rôles, de graves en aigus.

nextsliTaylor Ho Bynum, Joe Morris, Sara Schoenbeck : Next (Porter, 2011)
En autre trio qu’il compose avec Taylor Ho Bynum (cornet, trompette, bugle) et Sara Schoenbeck (basson), Morris improvisait ce Next daté de novembre 2009. Les vents entament là une danse destinée à attirer à eux la guitare acoustique : arrivés à leur fin, ils la convainquent d’agir en tapissant et avec précaution. L’accord tient jusqu’à ce que le guitariste soit pris de tremblements : l’instrument changé en machines à bruits clôt la rencontre dans la différence. 


Thomas Méry : Les couleurs, les ombres (Own, 2011)

lesgrislislesombres

Toucher à l’univers de Thomas Méry, évoquer le souvenir d’un showcase au défunt magasin bruxellois Le Bonheur, passer une heure à s’entretenir avec le jeune homme dans le salon de Maxime Lë Hung (du trio belge surréaliste Hoquets et du label Matamore), telles sont les vivaces images qui passent dans la tête à la réception de son nouvel album Les Couleurs, Les Ombres.

Tout en accédant aux mêmes armes que le précédent A Ship, Like A Ghost, Like A Cell, où la guitare acoustique impliquait une aridité parfois compliquée dans son appréhension, le songwriter parisien enrichit sa palette instrumentale – pour un résultat d’une honnêteté absolue qui n’exclut ni la poésie amère ni l’envie déboussolée. Convoquées à l’appel de ce grand disque de folk (principalement) en français, la clarinette et la batterie apportent un supplément d’âme aux textes désabusés de notre homme – qui a toutefois le chic de tomber dans la sinistrose totale, à l’instar du grand Thee, Stranded Horse, compagnon de haute lutte d’un artiste ne souffrant nullement la comparaison avec la légende Gérard Manset. Oui, lui.

Thomas Méry : Les Couleurs, Les Ombres (Own Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Du Sirop 02/ Ou De La Pluie 03/ Aux Fenêtres Immenses 04/ De L’Amour, De La Colère 05/ Ca 06/ En Silence
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Commentaires sur