Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Giancarlo Schiaffini, Sebi Tramontana : Wind & Slap (Rudi, 2011)

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Jadis, le tromboniste Sebi Tramontana quitta la Sicile pour aller suivre les cours que Giancarlo Schiaffini dispensait au Conservatorio Casella de l’Aquila, à Rome. Depuis, il se sera notamment fait entendre dans l’Italian Instabile Orchestra sinon aux côtés de Mario Schiano, Georg Graewe, Paul Lovens, Joëlle Léandre. Le goût de Tramontana pour la formule du duo est prononcé ; peut-être moins cependant que ne l’est celui qu’il avoue avoir pour les rencontres de graves – avant ce dialogue avec il Maestro, il s’entretint avec d’autres collègues trombonistes (Vinko Globokar, Johannes Bauer, Jeb Bishop). A noter, ici : Tramontana et Schiaffini délaissent parfois l’instrument de prédilection qu’ils ont en commun pour l’euphonium ou le tuba.

En studio treize fois et en concert trois autres, le duo improvise (ou non) et compose à coups de références (swing, blues, déconstruction, rapport pas plus contrarié que contrariant à la mélodie) et d’inventions (vocalisation, technique étendue, expérimentation ludique). A chaque fois, le dialogue est serré et ses voix se mêlent avec évidence. Avec harmonie, même, en public à Rome : au son d’improvisations qui trahissent un intérêt commun pour la chanson : en spectacle, l’accointance fait de l’audace un des champs envisageables de la musique populaire.  
 

Giancarlo Schiaffini, Sebi Tramontana : Wind & Slap (Rudi Records)
Enregistrement : Mai 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Quiet as a Bone 02/ As Tone lies Lost 03/ As the Heartless Ghost 04/ As they Dive 05/ As in my Bones 06/ This Shade 07/ Beautiful Roots 08/ Holy Leaves 09/ In the Wind's Wakes 10/ As a Purple Sofa 11/ She was Still Stoned 12/ As an Empty Stone 13/ As a Strange Tongue 14/ About Sleepwalkers and Wind 15/ Stones and Deadwood 16/ Wind and Slap
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Sabir Mateen, Silvia Bolognesi : Holidays in Siena (Rudi Records)

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Rien d’autre que le naturel d’un jazz. Tel un premier souffle chez l’un (Sabir Mateen) ; plus secondaire chez l’autre (Silvia Bolognesi) car croisé avec d’autres disciplines musicales (le classique, la composition théâtrale). On pourrait aussi dire : le maître et l’élève mais on ne le dira pas : la hiérarchie est une peste à dépasser, à nier de tous nos pores. L’expérience de l’un n’étant pas celle de l’autre, on n’établira aucune critique mais on se régalera de ce naturel si généreusement offert ici.

Pour l’un : le ténor comme une voix buissonnière, totalement étrangère aux trafics autoroutiers ; un alto fouineur et dérégulé, soufflant l’aigu jusqu’au plus profond du tympan ; une clarinette qui ne sait que regorger et maintenir la trame sans en épuiser la source ; une flûte piccolo trop délaissée ici. Pour l’autre : un répondant à ne pas négliger ; la maîtrise de la réponse à soutenir même si ne modifiant pas encore la donne ; un pizz boisé et robuste là où l’archet manque parfois de mordant. Dans tous les cas de figure : à suivre…

Sabir Mateen, Silvia Bolognesi : Holidays in Siena (Rudi Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Glory 02/ 2 with 3 03/ Walts for Jack 04/ Flavio’s Wine 05/ Double S 06/ It Will Be Heaven in 2011 07/ Hugs 08/ Sunset in Legoli
Luc Bouquet © Le son du grisli


Mark Fell : Manitutshu (Editions Mego, 2011)

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Malgré une discographie fournie, Mark Fell et sa musique électronique (ses musiques électroniques, devrait-on dire) étonnent encore ; il suffit d’écouter Manitutshu pour s’en convaincre. Sur ces deux douze pouces qui tournent quarante-cinq fois par minute, Fell retravaille une electronica dépouillée, qui crépite et change de cadence. A peine le temps de faire le parallèle avec Aphex Twin ou Monolake, voici que la donne change. Des synthétiseurs propulsés à toute vitesse, des sonorités qu’on croirait issues d’un plateau inédit de Mario Bros et des loops qui tournent et vous hypnotisent…

Jusqu’ici, rien que de naturel pour Fell. Mais lorsqu’il se fait remixer par Mat Steel (sur Occultation of…, qui prend toute la dernière face), il se rapproche des travaux d’Alva Noto ou Ikeda. Son électronique minimaliste ne joue plus : sadique, elle fait tourner un bip en bourrique et applique au drone un beau contrepoint. Bach eut ses Variations Goldberg, Fell ses Variations Steel.

EN ECOUTE >>> Manitutshu (A New Algorithm)

Mark Fell : Manitutshu (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
LP : A1/ Acids in The… thin razor, attack noise hat A2/ Acids in The… primes version A3/ Manitutshu (A New Algorithm)… LatelyBass and NewElectro, attack pulse hat B1/ Acids in The… razor experiment B2/ Manitutshu… parameter set 2 Linn HI Tom, JazzOrg, vortex study performance overdub, and synthesis reminiscent of Duet Emmo B3/ Acids in The… stochastic energy pause with thin razor, attack noise, Linn C1/ Manitutshu… First Algorithm Test C2/ Occultation… razor simple acid pause version with lfo to cutoff C3/ Materialisation epic razor chord and LatelyBass version with found voice D1/ Occultation of… Mat Steel Extended Remix
Pierre Cécile © Le son du grisli


Zimpel, Posteremczak, Wójciński, Szpura : Hera (Multikulti, 2010)

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Avec peut-être en tête une hypothétique Eurovision des souffles épais, la Pologne entraîne dans l’ombre un lot d’instrumentistes capables avec autant de zèle que la Chine met à entretenir son parc de beaux mais courts gymnastes de demain.

Sur Hera, c’est Waclaw Zimpel qui en démontre à la clarinette, clarinette basse, tarogato et fujara (ou longue flûte slovaque), mais aussi Paweł Posteremczak aux saxophones ténor et soprano. Soutenus par le contrebassiste Ksawery Wójciński et le batteur Paweł Szpura, le duo peint des paysages siciliens avec un pugnacité rare. Monreale pris pour décor d’une joute opposant clarinette basse et ténor avant réconciliation sur hard bop ; Cefalu dont les rues en pentes attirent toutes circonvolutions habiles ; Palermo aux mélodies nonchalantes et déstabilisées par les écarts du soprano et de la clarinette ; Segesta, enfin, plus décousue pour être improvisée, mais valant le détour tout autant.

En conclusion, une lecture de Sometimes I Feel Like A Motherless Child annonce le retour au bercail. L’air traditionnel que le quartette s’approprie racontant l’impossible ailleurs total, puisque l’ailleurs change selon l’instant et ce que l’on en fait.

Waclaw Zimpel, Pawel Posteremczak, Ksawery Wójciński, Pwael Szpura : Hera (Multikulti / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Monreale 02/ Cefalu 03/ Palermo 04/ Segesta 05/ Sometimes I Feel Like A Motherless Child
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Murcof : La sangre iluminada (InFiné, 2011)

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Bande originale d’un film mexicain de 2007 qui n’a jamais atteint les écrans européens – ouais, dit comme ça, c’est pas top excitant – La sangre iluminada (Le Sang Illuminé) doit avant tout son statut à son auteur, le cultissime Fernando Corona alias Murcof. Aujourd’hui ressuscitée grâce aux bonnes œuvres de la maison InFiné, l’œuvre du producteur electronica tendance néo-classique retrouve une seconde vie – pour autant qu’elle ait réellement connu une première.

Plus fondamentalement, les vingt titres de l’album forment une fidèle synthèse des travaux de Murcof. A mi-sentier cosmique entre ses escapades spatiales (Martes, Cosmos) et ses relectures de la musique française du temps de Lully (The Versailles Sessions)¸ les atmosphères délicatement tournoyantes de La sangre iluminada offrent un complément d’information intéressant, à défaut d’être fondamental, sur le style de la maison Murcof.

Murcof : La sangre iluminada (InFiné / Amazon)
Réédition : 2011.
CD/LP : 01/ Sangre Y Mateo 02/ Hugo I 03/ Hugo II 04/ Eugenio I 05/ Eugenio II 06/ Eugenio III 07/ Eugenio IV 08/ Paloma I 09/ Paloma II 10/ Paloma III 11/ Paloma IV 12/ Paloma V 13/ Soriano I 14/ Soriano II 15/ Isaías I 16/ Soriano III 17/ Isaías II 18/ Isaías III 19/ Isaías IV 20/ Como Quisera Decirte (Murcof Mix)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Steve Lacy : School Days (Emanem, 2011)

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Rétrospectivement, on est amusé de penser qu'un prudent délai d'une douzaine d'années avait été respecté par « l'industrie phonographique » avant la première mise en circulation de cet enregistrement historique de 1963 : Steve Lacy (saxophone soprano), Roswell Rudd (trombone), Henry Grimes (contrebasse) et Denis Charles (batterie), à force de distillation, y trouvaient leur passage dans le répertoire monkien...

C'est Martin Davidson qui s'était chargé d'assurer la disponibilité du disque au fil des années 70, avant que la maison Hat ne prenne le relais, sous format compact (en 1994 et 2002) ; aujourd'hui, le disque revient chez Emanem, dans une soigneuse édition revue et augmentée de deux morceaux live présentant Lacy aux côtés de Thelonious Monk (piano), Charlie Rouse (saxophone ténor), John Ore (contrebasse) et Roy Haynes (batterie) en 1960 – si leur intérêt intrinsèque est évident, l'éclairage qu'ils apportent au disque en tant que tel n'est pas déterminant mais permet néanmoins une bonne contextualisation.

Au long des sept pièces que le micro a réussi à sauver, c'est tout un monde qui est convoqué : l'art géométrique, harmonique et chorégraphique de Monk étant porté à une « température qui rende les choses malléables », le miroir étant traversé, les quatre tisserands peuvent rivaliser, dans la danse et le contrepoint, de verve et d'invention. Effectivement collective, l'improvisation confine au transport euphorique !

Toujours également enthousiasmé au fil des écoutes, j'ai voulu demander à trois des meilleurs connaisseurs de l'univers lacyen leur avis sur cet extraordinaire disque...

D'après Jason Weiss (auquel on doit le livre Steve Lacy : Conversations, chez Duke University Press, ou le disque Early and Late, du quartet de Lacy & Rudd, pour Cuneiform), « School Days est important non seulement en tant que témoignage (comme enregistrement de concert, au lieu d’être sorti en son temps sur un label, comme un disque-projet) du premier groupe consacré à la musique de Monk, mais plus spécifiquement en tant qu'exemple d’un vrai lancement out sur sa musique. Pour Steve comme pour Roswell, c’était une façon de poursuivre et de concentrer dans une seule pratique leurs expériences du Dixieland et de l’avant-garde. Monk était le langage parfait pour eux, surtout à cette étape dans leurs trajets musicaux. Ce disque marque aussi, pour Monk, les débuts d'un nouveau jeu à partir de son œuvre, un rajeunissement de son esprit et également une sorte de légitimation par l'hommage de jeunes musiciens qui le comprennent. Pour les auditeurs d’aujourd’hui, School Days est remarquable par son profond swing en même temps que son audace, sa liberté ; la musique ne me semble pas avoir vieilli. Bien que je ne l'aie pas écouté depuis deux ou trois ans, le disque reste frais dans ma mémoire, vivifiant. »

Pour Gilles Laheurte (musicien new-yorkais, ami intime de Lacy), « en 1963, le jeune Steve avait 29 ans. A peine connu, sinon de quelques oreilles averties. Qui donc se donnait vraiment la peine d’aller l’écouter dans ces petits clubs new-yorkais sans prestige ni visibilité ? Mais Georges Braque l’avait bien dit : c’est le fortuit qui nous révèle l’existence au jour le jour – aphorisme que Steve avait bien noté et repris dans son album Tips, seize ans plus tard. Et ainsi, un soir, le fortuit était là : un amateur accro dans le public, l'impulsion soudaine d’enregistrer le concert, un micro comme par hasard (?) disponible, une communion entre quatre âmes totalement dévouées à la musique (et pas n’importe laquelle !)… Oui, il fallait oser les jouer, ces compositions de Monk souvent considérées comme « bancales » à l’époque, et ces quatre intrépides complices ont osé. La Chance sourit aux audacieux. Un Moment éphémère mais précieux a été capturé pour toujours. Un événement, ce disque, pour Steve, pour Monk, mais aussi pour nous tous qui aimons les créations spontanées de l’âme, sans complaisance, hors des sentiers (commerciaux) battus. Près de cinquante ans plus tard, c’est une musique qui continue de nous prendre aux tripes dès les premières notes et qui étonne toujours autant qu’à la première écoute. C’est une éternelle exubérante fraîcheur, une énergie contagieuse, un « trip » dans un univers aux couleurs soniques d’une grande lumière. Un album qu’on ne se lasse pas d’écouter. »

Selon, Patrice Roussel (éminent discographe, producteur), « c'est le privilège de chaque époque de commenter les faits et gestes des générations passées avec une certaine condescendance. Mais essayons l'inverse, à savoir, dans le cas qui nous occupe, de nous replonger au début des années 60, en tentant d'ignorer ce qui s'est passé ensuite. Nous sommes donc assis à quelques chaises de Paul Haines, dans un café de Greenwich Village. Il y a un quartette qui joue exclusivement le répertoire de Monk, indiquant qu'aucun des quatre musiciens n'est passé par une école de commerce. Quelle idée ! Une musique pratiquement injouable, taillée sur mesure, réputée n'allant à personne d'autre, et ce dans un lieu fréquenté par des touristes plus habitués au prêt-à-porter du jazz. Et que dire du choix des instruments des deux solistes ? Un trombone et un soprano, ce saxophone tombé en désuétude. Du Monk sans piano ni ténor ?! On pourrait presque parler d'hérésie, si ce n'est que Monk et sa musique tenaient plus de la secte occulte que d'une religion établie. Quel culot, ou quelle insouciance fallait-il pour deviner une combinaison gagnante dans une telle entreprise ! Mais pour le reste des mortels, il a fallu quelques décennies pour transformer l'incongru en nécessité. »

Steve Lacy : School Days (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1963. Réédition : 2011.
CD : 01/ Bye-Ya 02/ Pannonica 03/ Monk's Dream 04/ Brilliant Corners 05/ Monk's Mood 06/ Ba-lue Bolivar Ba-lues-are 07/ Skippy + 08/ Evidence + 09/ Straight no Chaser
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Thymolphthalein : Ni maître, ni marteau (Editions Mego, 2011)

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Ni maître, ni marteau, prévenait récemment en concert à Bâle la formation Thymolphthalein, association d’Anthony Pateras (piano préparé, synthétiseur analogique), Natasha Anderson (flûte contrebasse, électronique), Jérôme Noetinger (magnétophone à bande, électronique), Clayton Thomas (contrebasse, préparations) et Will Guthrie (batterie, électronique).

La seule évocation de cette réunion en dit déjà long sur les choses qui en naîtront. L’écoute confirme toutes les prévisions et réserve même quelques surprises : comme oublié sur le feu, le groupe compose sous les effets de résistances et de tensions à accorder. Comme on dit « électrique », l’atmosphère avale cordes grattées et clusters, sifflements et motifs réduits qui tournent en boucle. L’indécision semble permanente, les treize pièces agissant comme autant d’aimants à combler le silence. Des flûtes fugitives sonnent le moment de la conclusion remontée : qui donne l’explication des interventions multiples qui l’ont précédée et les résume dans le même temps, avec une fougue déconcertante.

Thymolphthalein : Ni maître, ni marteau (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 15 novembre 2009. Edition : 2011.
LP : A1/ Meta-Tingue A2/ Soaked George A3/ Off the Wall A4/ Mosquito Squash A5/ L.B.O.K A6/ Streetcar Slugfuck A7/ Ayala – B1/ Jean Psycho B2/ Quince B3/ Lips B4/ Pierre Willy B5/ Greatest Hits B6/ Pim
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Charlie Morrow : Toot! (XI, 2011)

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Comme c’est agréable de faire la rencontre fortuite d’un artiste multicarte doté d’un sacré talent de compositeur. L’occasion nous est donnée par la sortie d’un triple CD sur le label Experimental Intermedia (XI), Toot!, qui contient des œuvres  sonores que Charlie Morrow a conçues entre 1957 et 2007.

Il y a de tout ou presque sur Toot! Et il y en a pour tout le monde. Par exemple des oiseaux électroniques qui piaffent à Central Park, des vieilles boîtes à musique, des collages de bande-son cinématographiques (la voix de Marilyn encerclée par les violons), des mélodies mélancoliques, des chansons de synthèse… Toutes les pièces servent un concept qui tient plus ou moins la route – c'est-à-dire qui réussit (ou non) à faire coller une belle forme sur une belle idée.

Tout ça n’est que poésie, me direz-vous… Accepté, encore que Morrow est capable de s’attaquer à des projets monumentaux, comme Choral Bounce (qui fait penser à Palestrina ou Eleni Karaindrou), Book of Hours of Catherine de Clèves (une étonnante évocation du XVIe siècle français) et surtout la série de Wave Music (qui évoque quant à elles Penderecki ou Zbigniew Preisner). C’est dire que cette anthologie est foisonnante, et que tout un chacun mérite de croiser un jour la route de Charlie Morrow, inoubliable poète des sons. 

Charlie Morrow : Toot! (XI Records)
Enregistrement : 1957-2007. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Central Park 1850 02/ Breath Chant 03/ Windsong 04/ Very Slow Gabrieli 05/ Marilyn Monroe Collage 06/ Late Afternoon Chant – CD2 : 01/ Central Park 2007 02/ Chorale Bounce 1 03/ Chorale Bounce 2 04/ Wave Music for 30 Harps 05/ Wave Music for 40 Cellos 06/ Toot 'n' Blink Chicago 07/ A Future Harvest – CD3 : 01/ Book of Hours of Catherine of Cleves 02/ Feather
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Dakota Suite : The Hearts of Empty (Karaoke Kalk, 2011)

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En théorie musique de l’instant où de chaque note découle un moment inattendu dû à sa nature improvisée, le jazz revêt toutefois une multitude de visages. Celui dessiné par le duo américain Dakota Suite est très séduisant. Construite sur des schémas à priori simples où la contrebasse et le piano entrent en interaction avec des percussions brossées, rien d’étonnant dans le secteur, la vision défendue par Chris Hooson et David Buxton est parfaitement à l’aise dans son époque. Evitant tout conformisme maniéré et tout intellectualisation forcée, leur démarche contourne les structures toutes faites.

Espiègles, les deux compères  scannent le champ du connu et du remâché – c’est pour mieux s’aventurer dans des directions séduisantes de dynamisme rythmique et de variations infinies sur des mêmes thèmes. Un exemple pratique au lieu d’un long discours ? La fin du troisième morceau arrivée, on se dit qu’on vient d’écouter le premier titre, que trois ou quatre minutes sont passées et que ça démarre bien. Non seulement le début est bon mais huit minutes se sont écoulées, telle une étoile filante qu’on ne voudra jamais voir disparaître. Time flies when you’re having fun.

Dakota Suite : The Hearts Of Empty (Karoke Kalk / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Easy Steps 02/ Cataluña 03/ Namiko 04/ The Hearts Of Empty 05/ How To Stop A Moving Body 06/ The Ladder 07/ Eskimo Nebula 08/ M-Theory 09/ Underpowered 10/ Vermont Canyon Road 11/ Congruences 12/ The Black Pyramid 13/ Legend Of The Skies 14/ The Basin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


John Zorn : The Satyr’s Play / Cerberus (Tzadik, 2011)

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L’enregistrement débute au son d’un fouet qui claque. Que l’on aimerait voir, de lui-même, se retourner contre John Zorn. Le geste et ses conséquences auraient sans doute plus d’allure que ces pièces pour percussions et inserts interprétées par Cyro Baptista et Kenny Wollesen (Visions of Dionysus) et cette composition d’un pompier terne (Cerberus) pour laquelle Peter Evans (trompette), David Taylor (trombone basse) et Marcus Rojas (tuba) ne peuvent pas grand-chose.

Ainsi donc, Visions of Dionysus fait défiler des percussions de toutes origines parfois passées en machines mais fait croire qu'il met bout à bout des éléments de rythme sortis d’un quelconque logiciel home-studio. Des monstres  à cornes et sabots, mais nulle âme qui vive, et le toc partout. Seconde composition, Cerberus aurait pu tirer profit de la comparaison. Mais son lyrisme est vain, et même agaçant. Une hypothèse : Zorn aurait écrit une pièce de musique qu’il aurait aimé que le trio convoqué improvise ; quitte à ne pas faire confiance, l'improviser lui-même était envisageable s’il s’agissait simplement d’augmenter sa discographie d’un autre (non pas nouveau, seulement énième) disque creux.

John Zorn :  The Satyr’s Play / Cerberus (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01-08/ Visions of Dionysus : Ode I-VIII 09/ Cerberus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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