Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Daunik Lazro : Some Other Zongs (Ayler, 2011)

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Plus de dix ans après le Zong Book qu'il avait donné à l'alto et au baryton – et près de vingt ans après les brefs solos laissés sur Elan ImpulseDaunik Lazro délivre aujourd'hui un splendide recueil de « quelques autres zongs » gravés en public : au Mans d'abord (précisément où la caméra de Christine Baudillon avait saisi le musicien pour le film Horizon vertical) en 2010 ; en l'église parisienne de Saint-Merry ensuite, début 2011 ; dans les deux cas, au seul saxophone baryton...

Reprenant – là où il interprétait une pièce d'Ayler pour le disque du label Emouvance – en salut fraternel le Vieux Carré de Joe McPhee, Lazro envoûte illico, sur des unités de souffle d'abord, puis en raclant de lourds filons de houille ou en éraflant la stratosphère. Sur Caverne de Platon, c'est en quatre brasses, tout de suite, qu'il emmène à la profondeur voulue avant de passer, en raie manta, son filet-tamis sur le fond. Au fil des quatre pièces suivantes l'exploration se prolonge, toute de belle présence, parfois presque rêveuse (à mi-voix, quasiment flûtée) avant de revenir à une généreuse dépense (surfant sur des harmoniques qu'elle festonne d'écume) : toujours pleine de substance, à son allure, à son pas, assiette trouvée, la musique ménage ces trous dans le mur du temps par lesquels on respire largement, avec elle.

Quelque chose du pneuma de l'épopée, sans gesticulation ; puissant, là ; détenant et dispensant sa force. Sans doute comprend-on mieux alors qu'un haïku de Basho accompagne le disque du poétique trio (DL avec Benjamin Duboc & Didier Lasserre) que Dark Tree publie concomitamment.

EN ECOUTE >>> Vieux Carré >>> Zong at Saint-Méry 3

Daunik Lazro : Some Other Zongs (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
01/ Vieux Carré 02/ Caverne de Platon 03/ Zong at Saint-Merry 1 04/ Zong at Saint-Merry 2 05/ Zong at Saint-Merry 3 06/ Zong at Saint-Merry 4
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Daunik Lazro, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : Pourtant les cimes des arbres (Dark Tree, 2011)

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Partis d’un haïku, Daunik Lazro, Benjamin Duboc et Didier Lasserre, ont envisagé une improvisation en quatre temps sur un épais vaisseau dont le bois craque. Le pavillon arboré en appelle au vent et au silence : le baryton n’ose encore qu’une note, la contrebasse est étouffée et la caisse-claire frôlée à peine. 

Un balai plus affirmatif sur cymbale, tandis que l’archet perce quelques voies d’eau, fomente un grain que Lazro rejoindra pour le fortifier à coups d’aigus tenaces. Le transport est non pas accidenté mais lunaire, l’équilibre tient de la rencontre d’une atmosphère délétère et de notes sans cesse sur le feu. Jusque-là insaisissable, le chant du baryton se fera mélodique en plus de régler l’allure du trio : c’est déjà le quatrième temps. Celui d’une berceuse qu’un ultime grondement, cri étouffé en saxophone, changera en paysage fantastique formé sous dépression : la conclusion de Pourtant les cimes des arbres est admirable, convenant ainsi à merveille au bel ouvrage qu’est l’enregistrement dans son entier. 

EN ECOUTE >>> Deux extraits

Daunik Lazro, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : Pourtant les cimes des arbres (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 23 août 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Une lune vive 02/ pourtant 03/ les cimes des arbres 04/ retiennent la pluie
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Vijay Anderson : Hardboiled Wonderland (Not Two, 2010)

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Quand on aura le temps (c’est à dire jamais !), on lira Murakami. Pour l’heure, on écoute Hardboiled Wonderland, groupe drivé par le batteur Vijay Anderson et qui est aussi le titre d’un roman de Murakami. Y officient le saxophoniste Sheldon Brown, le clarinettiste Ben Goldberg, les guitaristes Avan Mendoza et John Finkbeiner et le vibraphoniste Smith Dobson V.

Le paysage y est familier : prudent et convenu quand l’axe résulte collectif ; mordant et incisif quand la parole est donnée aux duos, trios ou quartets. Ainsi telle guitare qui s’empêtrait de ses arpèges fuyants (Hard-Boiled Wonderland) devient subtil guide baroque en trio (Skittering), laissant à la clarinette la liberté d’allonger son souffle à loisir.

Et ainsi, par petits groupes, de se combiner et de s’enchâsser en des contrepoints giuffriens inspirés avant que la masse ne retrouve de sa lourdeur d’écume.

Vijay Anderson : Hardboiled Wonderland (NotTwo / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Hard-Boiled Wonderland 02/ East Oakland Reverie 03/ A Few More Hands 04/ Interlude 05/ Skittering 06/ Dilation 07/ A Widow’s Last Penny 08/ Swimming in a Black Well 09/ Nix 10/ March at the End of the World
Luc Bouquet © le son du grisli


Cindytalk : Hold Everything Dear (Editions Mego, 2011)

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Les débuts d’Hold Everything Dear de Cindytalk, le projet de Gordon Sharp et Matt Kinnison, fait penser à Cendre de Ryuichi Sakamoto et Fennesz (Touch Records). Un piano qui expire sous des larsens. Mais voici qu’un tracteur passe de l’enceinte gauche à l’enceinte droite…

Cet enregistrement environnemental ouvre une boîte de Pandore qui contient des hallucinations, des soupirs, des interrogations & des menaces. Tout cela prend la forme de collages électroniques et d’atmosphère de fin du monde. Où le piano peut réapparaître, désaccordé, avant de disparaître à nouveau sous un drone. Et, comme le serpent qui se mord la queue, Cindytalk ravale des couleuvres qui ont des voix d’enfants… Until We Disappear.

Cindytalk : Hold Everything Dear (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2011. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ How Soon Now 02/ On The Tip Of My Tongue 03/ In Dust To Delight 04/ Fly Away Over Here 05/ Hanging In The Air 06/ Waking The Snow 07/ From Rokko-San 08/ Fallen Obi 09/ Those That Tremble As If They Were Mad 10/ Floating Clouds 11/ I See You Uncoverd 12/ … Until We Disappear
Pierre Cécile © Le son du grisli


Géographie utopique (Le châtaignier bleu, 2011)

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L'excellent travail que Benjamin Bondonneau (clarinettes, peinture) présentait l'an passé avec L'arbre ouvert trouve dans Géographie utopique non seulement une prolongation – dans la démarche pluri-artistique – mais aussi une nouvelle extension particulièrement enthousiasmante.

Désireux de mutualiser les approches esthétiques d'un lieu particulier (le domaine de Certes en l'occurrence, dans l'estuaire de la Gironde, entre marais et forêt), de rendre compte de ses « interprétations sensibles », picturales, musicales ou cinématographiques qui auront autant puisé dans l'histoire que dans la faune ou la littérature, les participants au projet offrent, sous la forme de ce riche coffret, un véritable support de rêverie (y a-t-il d'ailleurs, vers l'utopie, meilleur véhicule que le songe ?). Les reproductions des peintures de Bondonneau d'abord, joyeux atlas mentaux ; le beau court-métrage de Sébastien Betbeder ensuite ; la musique enfin, pensée par Jean-Yves Bosseur, et à laquelle se mêlent d'évocateurs enregistrements de terrain.

Les scénarios ou propositions que ce compositeur a élaborés sont confiés au Quatuor Cassini [Bondonneau (clarinettes), Fabrice Charles (trombone), Laurent Charles (saxophones), Sébastien Cirotteau (trompette)] que Beñat Achiary (chant, lecture), habité, rejoint comme sur le disque qu'ils ont donné ensemble au label Amor Fati. Extraits de Charles Fourier, d’Élisée Reclus ou de contes peaux-rouges, jeux d'anches & d'embouchures, cache-cache de timbres : autant de vifs échanges qui font de cette réinvention de territoire une création très originale et une vraie surprise !

Jean-Yves Bosseur, Beñat Achiary, Quatuor Cassini, Benjamin Bondonneau, Sébastien Betbeder : Géographie utopique (Le Châtaignier bleu / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Voir la Terre 02/ Une planète androgyne 03/ Le héron 04/ Abécédaire 05/ En forêt 06/ Les mécanismes de la Nature 07/ L'unique trait de pinceau – DVD : Sarah Adams
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Dans l'après-midi du samedi 24 septembre, cette Géographie utopique sera appliquée au domaine de Certes.



Gianni Mimmo, Harri Sjöström : Live at Bauchhund (Amirani, 2011)

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Deux sopranos : Chirps pour balise plutôt que matrice. Réécouter Lacy et Parker et se dire que le grandiose a déjà été atteint. Et qu’il ne sert à rien de s’y frotter. S’y frotter : ce que ne font jamais Gianni Mimmo et Harri Sjöström.

Deux sopranos donc. Ludiques et alliés. Ludiques et sans accrocs. A l’écoute et sans singer, sans copier. Parfois s’opposer avec la douceur de ceux qui exècrent combats et duels. Souffler plutôt qu’occire. Et, en passant, détruire quelques idées reçues sur les conciliabules de piafs. Au charivari contenu de l’un, l’autre répond d’une harmonique rauque. Ou bien est-ce le contraire. S’amuser des souffles. Additionner et ne jamais soustraire ou diviser. Etre simplement naturels puis souder le temps qui passe. Non pas un exploit mais une possible définition de l’improvisation.

Gianni Mimmo, Harri Sjöström : Live at Bauchhund (Amirani Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Introduction 02/ Tap-Soup 03/ Uncovered-Pointed 04/ Curtain & Beyond 05/ Threshold Song 06/ Twin Constellation 07/ Lied 08/ Elliptical 09/ Facing the Distance 10/ Spirals
Luc Bouquet © Le son du grisli


Asmus Tietchens : Soirée (LINE, 2011)

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Disons que je suis en ce moment même, en prenant des notes, en train d’écouter le nouveau disque d’Asmus Tietchens. Richard Chartier l’a publié sur LINE. Avouerais-je que c’est la première fois que je l’écoute ? Ferais-je croire que c’est la énième ? Au fait, est-il déjà sorti ?

Sur la première plage de Soirée (on se souvient du classique de Tietchens, Notturno) nous voilà transporté. Plus avant, on reçoit des claques concrètes : notre transport est sans cesse dérangé par des bruits bizarres, agaçants. Est-ce le résultat de la méthode de recyclage que Tietchens applique ici ? Ces bruits qui claquent marquent peut-être chaque nouvelle mue de la partition musicale. Cette méthode, Tietchens y a recours parce que, dit-il, il se demande s’il est nécessaire de créer aujourd'hui de nouvelles compositions électroniques alors qu’une archive peut tout aussi bien accoucher d’un univers.

Malgré tout, les morceaux qui suivent se rapprochent de l’ambient « habituelle » de Tietchens : une ambient expérimentale (même si ses expérimentations se font devant un arrière-plan solide). Au premier plan, l’Allemand manie beaucoup de bruits étouffés et modifie le timbre de voix enregistrées. Il établit des contrastes qui n’obéissent à aucune règle de temps. Parce qu'une fois encore, et malgré la méthode qu'il emploie, Tietchens va voir au-delà du futur et au-delà du souvenir. Le méridien sur lequel son horloge est réglée n’existe pas. Cette Soirée est merveilleuse parce qu'elle n'appartient qu'à lui.  

EN ECOUTE >>> Soirée (extrait) >>> Soirée (autre extrait)

Asmus Tietchens : Soirée (LINE)
Edition : 2011.
CD : Soirée
Pierre Cécile © Le son du grisli


Tierce : Caisson (Another Timbre, 2011)

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Sur la table de dissection de Lautréamont, ce n’est pas un parapluie mais quelques organes et instruments (field recordings, cithare et micros contact de Jez Riley French) et des appareils électroniques (dont les platines de Daniel Jones) que rencontre une machine à coudre. 

Cousant en Tierce ce Caisson plein à craquer, la Dolpleta (180 et non plus 160) d’Ivan Palacky pique les craquements et larsens qui l’entourent. Par souci de camouflage, elle se change même en bateau à roue : cette dernière fait d’ailleurs des étincelles dont les bruits sont augmentés par les crépitements des micros. L’addition composant la symphonie d’un divertissement d’abstraction rare : le concert date de novembre 2010.

EN ECOUTE >>> Caisson (extrait) >>> Caisson (autre extrait)

Tierce : Caisson (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : novembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Caisson
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Robert Kusiolek, Anton Sjarov, Ksawery Wojcinski, Klaus Kugel : Nuntium (Multikulti Project, 2010)

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Des folklores imaginés par Robert Kusiolek (accordéon, electronics), Anton Sjarov (violon, voix), Ksawery Wojcinsky (contrebasse) et Klaus Kugel (batterie, percussions), s’immiscent quelques vibrations familières. Par exemple : ce violon, si proche de la dissonance ne nous dit-il pas quelques petites choses des quatuors à cordes de Béla Bartók ? Ailleurs, c’est un accordéon joué du bout des doigts qui évoque la grande Pauline Oliveros.

Et cette recherche sonore, ces larges séquences faussement méditatives puisque s’y croisent quelques modernes contrepoints, ne doivent-elles pas être rapprochées des compositions de Guillermo de Gregorio (que devient-il au fait ?) ? Puis loin, une contrebasse réinvente le jazz. Si bien et si intensément que, d’abord hésitants et pudiques, violon et accordéon  y souscrivent sans retenue. Et très souvent, des lignes répétitives venues en droite ligne de Reich et Glass viennent se nicher au sein d’une musique ample, profonde et à l’indiscutable intensité. Une belle découverte.

Robert Kusiolek, Anton Sjarov, Ksawery Wojcinski, Klaus Kugel : Nuntium (Multikulti Project / Instant Jazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Chapter 1 02/ Chapter 2 03/ Chapter 3 04/ Chapter 4 05/ Chapter 5 06/ Chapter 6 07/ Chapter 7
Luc Bouquet © Le son du grisli


Kanon : Beauty Is The Thing (Doubt, 2011)

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Faut-il regretter la première moitié de l’improvisation qui ouvre Beauty Is The Thing – béates, les notes y tournent en spirales qui se meuvent en trois labyrinthes qui, eux, s’ignorent malgré ces quelques couloirs qu’ils ont en commun – pour trouver à la seconde des charmes rassurants ? Les emportements de Kanon (l’association de la pianiste Aki Takase, du trompettiste Axel Dörner et du guitariste Kazuhisa Uchihashi) auront donc fini par avoir raison des premières lignes distantes : les chemins de traverse découverts par le trio, pourtant instables et fragiles, sont autrement parlant.

Trois improvisations restent alors. Si la fantaisie inspirante de Dörner éprouve des difficultés à gagner la pianiste – on sait Takase capable de bagatelles et d’excès romantiques en diable –, elle s’entend sur l’instant avec celle d’Uchihashi : le trompettiste et le guitariste s’accorderont par exemple à force de lutter sur An Aquatic Plant dont Takase est le boutefeu. Ces discordes faites pour s’entendre font le sel de Beauty Is The Thing : il fallait bien ce que l’improvisation de Kanon trouve sa raison d’être dans l’insurrection bravache.

Kanon : Beauty Is The Thing (Doubt Music)
Enregistrement : 11 décembre 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ A Break Into The Clouds 02/ Hear It Very Close 03/ An Aquatic Plant 04/ That Sense of Curving
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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