Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Morton Feldman : Piano, Violon, Viola, Cello (Bvhaast, 2011)

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Le 28 mai 1987 devant Morton Feldman, Aki Takahashi, Mifune Tsuji, Matthijs Bunschoten et Tadashi Tanaka, s’emparèrent respectivement des instruments commandés par Piano, Violon, Viola, Cello, dernière partition du compositeur.

Celle dont il loua les qualités après l’avoir entendue interpréter son Triadic Memories – « Takahashi appears to be absolutely still. Undisturbed, unperturbed, as if in a concentrated prayer... The effect of her playing on me is that I feel privileged to be invited to a very religious ritual » – boucle un lot d’accords lents derrière lequel les cordes semblent chercher leur propre accord. A force de tentatives et de rapprochements sensibles, elles brouillent la carte-partition et forcent le piano à trouver un nouvel équilibre sur deux couples de notes.

La suite est une histoire d’ondes oscillantes provoquées par ce trouble minuscule. Un balancement léger qui commande une nouvelle mesure du temps : empirique, pensée sur le moment. La durée que nécessite un grave pour s’éteindre n’est qu’un des grains du sablier. Jusqu’à la chute du dernier, le temps tremble. Après quoi, se fait un long silence. Où la musique respire.

Morton Feldman : Piano, Violon, Viola, Cello (Bvhaast / Orkhêstra International)
Enregistrement : 28 mai 1987. Edition : 2011.
2 CD : Piano, Violon, Viola, Cello
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Ghédalia Tazartès : Repas froid (PAN,2011)

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Voir le nom de Ghédalia Tazartès sur une pochette est toujours l’assurance d’une aventure sonore hors du commun – le présent Repas froid confirme excellemment la règle. Jongleur de genres qu’il mélange avec un aplomb unique et une franchise réjouissante, le musicien parisien aux origines turques explose, une fois de plus, les canevas attendus – et ça fait un rude bien aux écoutilles.

Mélange de mélodies populaires, de chants nasaux en une langue indéfinissable, de field recordings claquants, de dialogues cinématographiques, de discours politiques (en russe ?) et de mille autres petites – ou grandes – choses, les deux faces du LP produisent un effet psychédélique stupéfiant qui vaut largement toute la beuh d’Afghanistan. Le cap des 64 balais atteint, on se réjouit de constater que Tazartès cultive un jardin anarchique que nombre de ses jeunes confrères feraient bien de visiter un jour. Saint-Ghédalia, prie pour eux, pauvres pécheurs.

Ghédalia Tazartès : Repas Froid (PAN / Souffle continu)
Réédition : 2011.
LP : 01-20/ -
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Balanescu : This Is The Balanescu Quartet (MUTE, 2011)

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On ne comprend pas bien, de « This Is » ou « An Introduction To », quel est le nom de la série de best-of que le label MUTE inaugure avec This Is The Balanescu Quartet. Ce qu’on comprend par contre c’est que la sélection pioche dans les disques que Balanescu a publié sur ce même label et seulement sur celui-ci : Possessed, Luminitz, Angels and Insects, Maria T. Et ce qu’on voit, c’est que le packaging n’a pas été soigné (ce qui justifiera, j'imagine et espère, un prix de vente restreint).

Il n’y a donc pas de surprise à l’écoute de cette « introduction ». J’y entends l’homme au chapeau changer son violon d’épaule : interpréter avec une belle rigueur des morceaux de Kraftwerk (Autobahn, Pocket Calculator, Model), questionner ses racines roumaines en samplant la voix de Maria Tanase ou rendre plus légère la musique classique (Aria ou Waltz). Si Balanescu est maître des dissonances et des illusions et frappe souvent juste, ses mélodies peuvent être simplistes ou la tension dramatique exagérée, mais les souvenirs que quelques-uns des refrains de cette compilation font remonter sont forts. Ils engagent à aller rechercher Possessed ou Maria T. enfouis depuis des lustres dans la pile de disques que nous oublions tous.

The Balanescu Quartet : This Is The Balanescu Quartet (MUTE / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Aria (Maria T) 02/ Autobahn (Possessed) 03/ Coppice (Angels and Insects) 04/ East (Luminitza) 05/ Wine’s So Good (Maria T) 06/ Model (Possessed) 07/ Revolution  (Luminitza) 08/ Waltz (Angels and Insects) 09/ The Young Conscript And The Moon (Maria T) 10/ Still with me (Luminitza) 11/ Love Scene (Angels and Insects) 12/ Pocket Calculator (Possessed)
Héctor Cabrero © Le son du grisli


MIMEO : Wigry (Bôłt / Monotype, 2011)

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La liste alphabétique des musiciens à trouver en ce MIMEO réuni à l’automne 2009 à Wigry : Phil Durrant (synthétiseur, sampler), Christian Fennesz (ordinateur), Cor Fuhler (piano), Thomas Lehn (synthétiseur), Kaffe Matthews (ordinateur), Gert-Jan Prins (electronics), Peter Rehberg (ordinateur), Keith Rowe (guitare), Marcus Schmickler (ordinateur), Rafael Toral (ordinateur).

Inutile – si ce n’est « pour le sport » et encore par goût de la défaite – de chercher à mettre un nom sur telle ou telle intervention si celles-ci ne donnent pas clairement d’elles-mêmes la nature de leur instrument. Autour d’une table rectangulaire disposée dans une église, d’imposants représentants d’une société secrète jouèrent à la Cène au son d’une improvisation inquiète.

La musique est entremetteuse, œuvrant avec patience de silences en artifices, de brondissements en stridulations, d’accalmies en dépressions. Son matériau est de métal ou de soie et son grand sujet un magnétisme qui fait de sillons disparates un grand chemin tortueux. Sous la brume, celui-ci laisse échapper des spectres sans autre motivation que celle de faire grand bruit. Voici l’église de Wigry pleine de clameurs nouvelles.

EN ECOUTE >>> >>> B >>> C >>> D

MIMEO : Wigry (Bôłt / Monotype / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
2 LP : A/ - B/ - C/ - D/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ken Silverman : From Emptiness (SoundSeer, 2011)

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Par petites cellules de durées quasi-égales (solos, duos, trios), les musiciens s’exposent. Guitare et oud (Ken Silverman) ; trompette, bugle ou flûte (Roy Campbell) ; chant ou sanshin (Kossan) ; saxophone alto ou clarinette (Blaise Siwula) ; turkish cümbüs (Tom Shad) ; batterie (Dave Miller) et violon (Tom Swafford) s’épanchent en des fondus-enchaînés qui ne sont rien d’autre qu’une mise en condition de l’improvisation qui va suivre.

Maintenant, tous vont croiser et entrecroiser leurs élans ; parfois en pure perte, parfois en atteignant quelque sommet. De cette auberge espagnole aux multiples pigments, la voix sera élément dissonant, vilain petit canard venant contrebalancer un horizon souvent normalisé. Ailleurs, une clarinette aura du mal à faire école et c’est le rythme qui sonnera le réveil du septet. Et ainsi,  l’hymne apparaîtra : pur et collectif, sincère et partagé. Pour résumer : un disque étonnant et passionnant.

Ken Silverman Septet : From Emptiness (SoundSeer)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ From 02/ Empti 03/ Ness 04/ Thought 05/ And Emo 06/ Tion 07/ From (reprise)
Luc Bouquet © Le son du grisli



Oren Ambarchi, Jim O’Rourke : Indeed (Editions Mego, 2011)

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Qui a écouté les précédentes collaborations de Jim O’Rourke et Oren Ambarchi (In A Flash Everything Comes Together ou Tima Formosa) sera forcément étonné par l’Indeed que sortent aujourd’hui les Editions Mego.

Enregistré en janvier à Tokyo, c’est un disque surprenant à plus d’un titre. Parce qu’au lieu du bruit et de la fureur des travaux signés avec Haino, il défend une ambient qui paraît avoir été improvisée et qui n’en est que plus duveteuse. Les synthétiseurs, les guitares, les cordes, les percussions, vous enveloppent avec un naturel désarmant.

Si le dos de la couverture nous ressert le sempiternel contraste tradition / modernité made in Japan, les sons d’Indeed sont d’une tout autre originalité. Leur origine ne compte plus, d’ailleurs, seule leur fusion empirique dans le moule atmosphérique importe. En un mot, je connais peu de disques au titre intraduisible de l’Anglais au Français qui définisse aussi bien ce qu’il contient : Indeed.

Oren Ambarchi, Jim O’Rourke : Indeed (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : janvier 2011. Edition : 2011.
LP : A/ Indeed Side A B/ Indeed Side B
Pierre Cécile © le son du grisli


Rant : Land (Schraum, 2011)

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L’introduction à Land est un brouillon qu’il aurait fallu ne pas conserver. Torsten Papenheim (à la guitare) et Merle Bennet (à la batterie) ne s’en sont pas rendu compte. Ce qui fait qu’après l’introduction on cherche encore à savoir ce qu’eux cherchent à faire. Que cherchent cette guitare électrique, ces cordes pincées, cet air qui revient et cette batterie de faible débit et de faible intensité ?

Peut-être à servir une musique pop assez simple. Que son sujet soit la mélodie facile, il n’y a pas de mal à cela. Mais pourquoi mettre ces effets sur la batterie (un delay poussif et une saturation mesquine) ? Et pourquoi  aussi ce manque d’inspiration dans le développement des mélodies justement ? Rant a beau boucher les trous avec des field recordings, rien ne marche : son Land est un territoire de peu d’âme. Son Land est même presque un territoire perdu.

Rant : Land (Schraum)
Edition : 2011.
CD : Land
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Antoine Chessex : Dust (Cave12, 2011)

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Artiste sonore et compositeur suisse dont les récents travaux mêlaient les sons du saxophone à l’électronique, c’était moyennement passionnant, Antoine Chessex se tourne aujourd’hui vers les instruments à cordes (les trois violons d’Elfa Run Kristindottir, Ekkehard Windrich et Steffen Tast) et la bonne vieille bande magnétique (Valerio Tricoli), pour un résultat pas totalement novateur mais d’une très enviable et bienvenue humilité.

Grinçante et brumeuse, la manière noise de l’artiste helvète donne bien des raisons de s’y intéresser de près, à commencer par ses crissements fantomatiques surgis de la purée de pois hivernale – ils parcourent la pièce de long en large le long de ses vingt-neuf minutes. Tout en ne sachant jamais trop si les spectres désincarnés d’une lutte ouvrière oubliée surgissent d’une gare de rangement perdue du côté de Sobibor ou si les échos lointains d’un essaim en habits Arcelor Mittal ont lancé une ultime alerte au Zyklon B, Chessex et ses quatre comparses créent un décor où l’abstraction sonore cède le pas, petit à petit, à une très étonnante – et excitante – tension aux frontières du dantesque. Brrrrrrrrrrrr.

EN ECOUTE >>> Dust (extrait)

Antoine Chessex : Dust, for 3 Violins,Backtape & Electronics (Cave12)
Edition : 2011
CD : 1/ Dust
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources) / Diatribes, Abdul Moimême : Complaintes de marée basse (Insub.)

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Abdul Moimême (guitares électriques jouées simultanément et parfois préparées) et Ricardo Guerreiro (interactive computing platform) se connaissent assez bien pour que le premier ait accepté de faire de ses sons improvisés le matériau de départ des jeux de transformation du second.

C’est ce que raconte Knettanu sur l’air d’une musique qui hésite sans cesse entre délicatesses et expressions exacerbées. Ici, le chant est raisonnable : la guitare est gentiment frappée, mais l’ordinateur la retourne et change ses murmures en munitions qu’elle projette par salves. L’exercice connaît quelques longueurs, mais la dernière pièce, bruyante, vacille avec furie au point qu’on ne peut regretter s’être déplacé jusque-là.  

Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 19 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ #26 02/ #34 03/ #30 04/ #29.1 05/ #29.2 06/ #29.3 07/ #36
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt, à Lisbonne, le même Abdul Moimême et Diatribes ont enregistré Complaintes de marée basse. La guitare préparée côtoie là les laptop et objets de D’incise et les percussions et frêles percussions de Cyril Bondi. La musique est rampante, jouant de bourdons épais, puis, à mi-parcours, la batterie se permet un rythme auquel se mesureront les intervenants avec plus d’intensité. Le mirage d’une pâle rencontre Keith Rowe / Ingar Zach s’efface alors, au profit d’un ouvrage plus original qui vaut bien qu’on l’écoute. D'autant qu'Insubordinations le met librement à disposition.


No Hermanos Carrasco : Mimesis Intempéries (L’innomable, 2011)

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Des enfants qui tournent dans un manège.
La menace d’une perceuse au loin.
C’est en ce qu’on s’imagine au début de Mímesis/Intemperie d’Edén & Nicolás Carrasco.
S’ils jouent d’autres instruments ou d’objets, Edén est surtout au saxophone et Nicolás au violon.
S’ils sont Chiliens, leurs field recordings n’y font pas référence.
S’ils sont frères…

Le disque est là pour attester une intimité. Edén & Nicolás tracent leur chemin dans une fête foraine et grattent des micros sur les bords d’une piste d’auto-tamponneuses. Le calme saxophone s'oppose en premier aux basses des musiques assourdissantes ou aux cris. Vient évidemment le tour du violon. Les deux instruments se rejoignent sur la fin, font fi du décorum et se moquent des cris. Ce n’était que le début de Mímesis/Intemperie.

Ensuite il y a deux minutes de silences.

Ensuite il y a une autre promenade, faite dans un zoo, carré des oiseaux (c’est alors peut-être une ferme). Au loin, on entend encore la fête. Edén & Nicolás répondent ce coup-ci aux chants des volatiles. Comme tout à l’heure, leur propos n’est pas de provoquer les bruits qui, avec ou sans eux, existent. Leur idée est plus de réagir en sons à tous ces bruits. C’est pourquoi le saxophone imite le sifflement tout juste émis par un oiseau alors que le violon virevolte en singeant les mouvements d’ailes d’un autre oiseau. Les deux instruments se rejoignent encore sur la fin. Si on devinait la fin, c'était une belle promenade.

No Hermanos Carrasco : Mímesis/Intemperie(L’innomable)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD-R : 01/ -1 02/ - [silencio] 03/ -2
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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