Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Lonberg-Holm, Melech : Coarse Day (Multikulti, 2011) / Lonberg-Holm, Stephens : Attic Antics (Loose Torque, 2011)

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Seul, Fred Lonberg-Holm investit Coarse Day et en démontre : son partenaire du jour (16 novembre 2009), Piotr Melech, comprend qu’il n’a d’autre choix que celui de suivre – ici, à la clarinette basse.

Le dialogue est remonté, que Melech pourra fuir de temps à autre au son d’improvisations plus lentes et même mélodiques : la fougue insatiable du violoncelliste n’en prend pas ombrage, elle semble même ne pas y faire attention. Sûr de son art de la fantaisie, Lonberg-Holm poursuit sa course et invente (faisant aussi usage d’électronique) quelques sonorités rêches sur boucles ou aires de jeu libre. A la clarinette, Melech aura lui œuvré à l’amorce d’un échange plus cohérent. Or il se pourrait que le charme de Coarse Day se niche justement dans le déséquilibre...

Fred Lonberg-Holm, Piotr Melech : Coarse Day (Multikulti)
Enregistrement : 16 novembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Cloudburst 02/ Slit in Slot 03/ Blunt 04/ Tangle of Loops 05/ Layer Seven 06/ Finger On the Trigger 07/ Mildew Gourmets 08/ How Are You Mr. Loomy?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Autant d’énergie et plus de résistance, voici ce qu’oppose le contrebassiste Nick Stephens à la verve du violoncelliste Fred Lonberg-Holm. Trois pièces enregistrées le 22 octobre 2010 profitent d’une fougue en commun : les deux hommes sont agiles, leurs passes souvent dissonantes et leurs archets emmêlés avec une grâce naturelle. Cependant, c’est lorsque le duo remise l’énergie que la forme d’Attic Antics adopte des contours originaux : ainsi Tantric Ants ne se fait plus dans l’opposition mais dans un agacement sournois qui rend la joute piquante.

Fred Lonberg-Holm, Nick Stephens : Attic Antics (Loose Torque)
Enregistrement : 22 octobre 2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Attic Antics 02/ Antiques Addicts 03/ Tantric Ants
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Aymeric de Tapol : Static Island (Tsuku Boshi, 2011)

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Aymeric est de Tapol et de Strasbourg (mais habite Bruxelles). Ce qui ne l’empêche pas de quitter la ville pour des contrées moins balisées où il enregistre le bruit du vent, de l’eau ou de la neige. C’est comme ça qu’il a sillonné le Rhin sur une péniche (le chemin est donc un peu balisé quand même) et en a ramené dans ses bagages Static Island.

Quand les enregistrements de plein air de Tapol dressent l'oreille en direction des petites choses, le rapport peut ennuyer et nécessite le soutien de basses de synthèse pour se faire entendre. Par contre, le travail de Tapol devient intéressant quand il donne dans les bourdonnements épais que l’on imagine accouché d’une avalanche ou d’une cascade. On pense alors à quelques représentants de l’écurie Baskaru ou à un Francisco Lopez au petit pied.

Je ne sais pas si, après Akio Suzuki, on peut encore se contenter d’enregistrer la pluie tomber (comme sur Force). Je sais par contre qu’Aymeric de Tapol parvient à enrichir ses enregistrements au moyen de l’électronique. Alors, qu’il en profite !

Aymeric de Tapol : Static Island (Tsuku Boshi)
Edition : 2011.
CD : 01/ Earth 02/ Static Island 03/ Dentrites 04/ Eckman 05/ Frozen Tones 06/ Force
Pierre Cécile © Le son du grisli


Doneda, Kocher, Schiller : /// grape skin (Another Timbre, 2011) / Doneda, Kocher : Action mécanique (Flexion, 2011)

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Le 23 juin 2010, Michel Doneda improvisa en compagnie de l’accordéoniste Jonas Kocher et du joueur d’épinette Christoph Schiller.

Ainsi ///grape skin conserve-t-il le souvenir de cette réunion : consigne des lignes sinueuses s’emmêlant et des bruits qui tournent en satellites au-dessus de l’association. A force de mouvements, ce sont deux membranes qui sont ici créées. La première adopte la ligne d’un chant monacal et, sur le cadre de l’instrument à cordes, dépose les longs aigus de sopranos et les graves tenaces de l’accordéon. La seconde est faite de moments différents intelligemment imbriqués : l’homme y scie ou y souffle, y affirme ou y tremble, dans des instruments qu’il a voulu d’un autre âge (c'est à dire en avance sur son temps). De ces deux membranes de formes différentes filtrent alors cet ouvrage de cohérence, cette affaire d’osmose qu’est ///grape skin. 

EN ECOUTE >>> /// grape skin (extrait)

Michel Doneda, Jonas Kocher, Christoph Schiller : ///grape skin (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 23 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ First Membrane 02/ Second Membrane
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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D’un concert donné à Sofia un peu plus tôt (27 novembre 2009), Doneda et Kocher ramenèrent de quoi permettre au second d’inaugurer le catalogue de son propre label, Flexion. Sur cet Action mécanique, le duo va, toujours dans l’urgence, de paraphrases en déconstructions. Fait d’interventions brèves, le dialogue gagne en rondeurs au point de rassurer Doneda qui laissera en conséquence libre cours à une invention plus individualiste. Le changement de cap, d’augmenter et même de compléter cet autre exercice d'improvisation convaincante.

EN ECOUTE >>> Action mécanique (extrait)

Michel Doneda, Jonas Kocher : Action mécanique (Flexion / Metamkine)
Enregistrement : 27 novembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Action mécanique
Guillaume Belhomme © le son du grisli


David S. Ware : Organica (AUM Fidelity, 2011)

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Jamais inutiles au ténor, les convulsions semblent déserter le sopranino de David S. Ware. Car au sopranino, le chant de Ware est plein, dru et sans artifice. Obstinément (Minus Gravity 2), la courbe se creuse et ne bouscule jamais le mouvement-rythme initial. C’est donc sans crescendo ni decrescendo, sans baisse de rythme ni de tension que le saxophone déboule et fait abonder la mélodie. Souvent modalement, toujours profondément.

Au ténor, le terrain est plus escarpé, les avens sont plus sournois (Organica 1). D’un souffle grave, enfoui au plus profond des entrailles ou en projection d’aigus supersoniques, le souffle-force de Ware réitère les visions d’antan : les sinuosités de Third Ear Recitation, les frayeurs d’Oblations & Blessings. Comme en recherche de la note inatteignable, le saxophoniste impulse à son ténor de ne jamais abandonner la lutte.

En deux concerts solo (Brooklyn & Chicago), revoici intact le chant profond de David Spencer Ware.

David S. Ware : Organica (Solo Saxophones, Volume 2) (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Minus Gravity 1 02/ Organica 1 03/ Minus Gravity 2 04/ Organica 2
Luc Bouquet © Le son du grisli


The Imaginary Soundscapes : A Way Out by Knowing Smile (Ruptured, 2011)

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Deux musiciens collaborant pour la première fois – ici, sous le nom de The Imaginary Soundscapes, Frédéric Nogray et Stéphane Rives – peuvent attendre pour en démontrer. C’est ce que disent les première secondes de Low, pièce qui compose avec High cet A Way Out by Knowing Smile.

Des secondes qui n’en démontrent pas, donc, et ne font pas plus preuve d’originalité. Mais dont l’hésitation saura disparaître à l’allumage d’une musique électronique accidentée : des courbes d’expressions diverses s’y rencontrent et se renversent sur l’endurance d’un drone ; des parasites grouillent sur restes de particules sonores et souvenirs d’improvisations en public ou de répétitions. L’apparition de longues notes découpées de saxophone marque d’ailleurs le tournant du projet, qui gagne en force et en profondeur. Dans le sillon désormais tracé, Nogray et Rives n’ont plus qu’à distribuer des aigus persistants pour conclure sous alarme leur premier et vaillant échange. 

The Imaginary Soundscapes : A Way Out by Knowing Smile (Ruptured)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Low 02/ High
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Ruedi Häusermann : Wetterminiaturen (Col Legno, 2011)

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Le Suisse Ruedi Häusermann est un homme de musique & un homme de théâtre. Ces deux passions se mêlent sur Wetterminiaturen même si tout commence par un petit motif joué plus ou moins vite au piano. Un deuxième piano arrive, mais il est « défaillant », semble-t-il, et parasite le premier. En tout, quatre pianos se relayeront de la sorte.

Comme ils sont (bien entendus) préparés, ils ont du mal, malgré le cœur qu’ils mettent à l’ouvrage, à interpréter les mélodies d’Häusermann et c’est alors que commence le théâtre. Sur la scène, on installe des clavecins modifiés (les cordes sont étouffées par des torchons) devant lesquels prend place un vocaliste à la voix aigüe. Clinique dans l’idée mais en fait fausse, son intervention fait penser à l’exposé d’un élève chahuté par trois camarades de classe. Chacun d’eux y va de sa petite provocation : l’un joue une berceuse, un autre invente une musique de suspense, etc. A force, tout se confond (au point que parfois le brouillon peut apparaître trop chargé). Peut-être est-ce que les pianistes n’en font qu’à leur tête ? Ils se paraphrasent, donnent des coups à leurs instruments... On ne sait donc pas à qui l’ont doit ces Wetterminiaturen : au compositeur bienveillant ? aux pianistes mutins ? Ce qui est sûr, c’est que leur collaboration est, le plus souvent, des plus passionnantes.

EN ECOUTE >>> Jeder ruhende Gegenstand drückt – Pat.angem.

Ruedi Häusermann : Wetterminiaturen (Col Legno / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Kurzer, aber trotzdem sehr lustiger Einklang 02/ Kern der Sache 03/ Senkblei, Privaterklärung 04/ Sog.wohlpräpariert 05/ Lento Schubkraft 06/ Einläutung 07/ Jeder ruhende Gegenstand drückt – Pat.angem. 08/ Diese Radgeschichte 09/ Schwank 10/ Zur Unwucht 11/ Der Künstler weiß das wohl 12/ Kurzer, aber trotzdem sehr lustiger Ausklang 13/ DoReMi (Bonustrack)
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Philippe Petit, Eugene S. Robinson : The Crying of Lot 69 (Monotype, 2011)

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Après la réédition de son essentiel Henry: The Iron ManPhilippe Petit trouve en l’Américain Eugene S. Robinson un nouveau partenaire à la hauteur de ses passionnantes ambitions. Membre du groupe Oxbow, que d’aucuns d’entre vous connaissant peut-être pour leur passage sur le très indépendant label Neurot Recordings, Robinson déploie en six chapitres un spoken word inquiétant et ravageur – tel un fils expié de Gil Scott-Heron affranchi de la figure paternelle et reconverti en figure prophétique des mauvais temps à venir.

Qu’on ne s’y trompe pas, toutefois, l’ensemble est absolument fa-sci-nant d’acuité et d’hypnose. Le pourquoi ? Quelques petites choses, mystérieuses en apparence et qui, mises bout à bout, implique une lecture sombre des événements, sans verser ni dans le pathétique, ni dans le suicidaire. Car, il faut le dire, tout concourt pour faire de la rencontre Petit / Robinson un nouveau classique à la mesure, dans un autre style, d’Anne-James Chaton vs Alva Noto (ou d’Olivier Cadiot & Rodolphe Burger), sans même parler de GSH aux côtés de Jamie XX. Voix d’outre-tombe clamant des textes angoissants au possible – telle une traversée du Montana en pleine nuit d’encre sous la menace de l’orage (Robinson), décorum musical bruitiste d’une somptueuse et terrifiante jubilation entre musique concrète et electronica ambient au vent mauvais (Petit), tout concourt pour faire de ce disque un incontournable de l’année 2011 – à commencer par la track 3, In My Curiosity, à rendre maboul d’ivresse apocalyptique.

Eugene S. Robinson, Philippe Petit : The Crying Of Lot 69 (Monotype / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ 1 The Table, The Stone 02/ Modern Trends In Modernity 03/ In My Curiosity 04/ Change In Total 05/ What Eros Is 06/ The Right Eye Cast
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Julius Hemphill, Peter Kowald : Live at Kassiopeia (NoBusiness, 2011)

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Pour évoquer ce double-disque, enregistrement d’un concert donné à Wuppertal en 1987, on pourrait s’en tenir aux noms des intervenants : Julius Hemphill et Peter Kowald. L’idée à se faire de la musique (solos et duos) tiendrait de l’évidence.

C'est-à-dire : de ce discours remonté qu’Hemphill a bâti sur les grands souvenirs qu’il garde du blues et du bop. Seul à l’alto, il passe de ballades contemplatives en varappes divertissantes et surtout prometteuses de trouvailles – le rapprochement rappelle ces Connections qu’il servit avec le World Saxophone Quartet. C'est-à-dire encore : de ce chant d’inventions auquel Kowald n’a cessé de revenir à la contrebasse, sur l’air duquel se disputent bouquet de notes arrachées, soupçons réconciliant et impérieuses harmoniques.

Lorsque Kowald et Hemphill se rencontrent, les deux pratiques ne tardent pas à s’accorder et l’exercice, improvisé, y trouve d’autres reliefs : le saxophone, en léger retrait, fait œuvre de découpes et de saillances sur l’archet endurant pour ailleurs décider, en Hodges ralenti, d’un repli en jazz permis par l’abstraction fantasque qu’imagine son partenaire. Qui ne se satisfera ni de l’évidence ni de ce court rapport ne pourra faire autrement qu’aller entendre ce Live at Kassiopeia.

EN ECOUTE >>> Peter Kowald : Solo >>> Peter Kowald & Julius Hemphill : Duo II

Julius Hemphill, Peter Kowald : Live at Kassiopeia (NoBusiness)
Enregistrement : 8 janvier 1987. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Julius Hemphill : Solo I 02/ Julius Hemphill : Solo I 03/ Julius Hemphill : Solo III 04/ Peter Kowald : Solo 05/ Duo I 06/ Duo II 07/ Duo III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jean Derome, Lê Quan Ninh : Fléchettes (Tour de bras, 2011)

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Les fléchettes que décochent Jean Derome (flûte, saxophone alto, appeaux et petits instruments) et Lê Quan Ninh (grosse caisse environnée) délivrent un poison qui saisissent en un rien de temps.

Derome avait pourtant prévenu du danger : maugréant d’abord avant de se ranger à l’opinion vindicative de son partenaire : Lê Quan Ninh qui vitupère, frappant fort ou faisant rugir sa grosse caisse à force de caresses multipliées. Ce sont ainsi des râles tenaces et des drones insistants que le percussionniste dépose au second plan.

Contraste : maintenant Derome siffle. A l’alto il défend une intensité bruitiste qui annule et remplace la gentillesse de son usage des petits instruments, que les graves profonds de Ninh avalent de toute manière. A la flûte, Derome évoque alors Prokofiev avant que sonne l’instant d’une autre saillie : sifflements, grognements que domptera un lot de baguettes sèches. Le bois dont on fait les fléchettes cédera sous les effets de derniers tremblements. Le souvenir, ravissant, est d’engourdissement. 

Jean Derome, Lê Quan Ninh : Fléchettes (Tour de bras)
Enregistrement : 27 novembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Fléchettes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Wiese : Seven of Wands (PAN, 2011)

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Pour présenter ce CD de John Wiese, le label PAN use d’un terme étrange : « listenable ». D’aucuns en déduiront qu’il y a des disques de Wiese qui ne sont pas « écoutables » ; d’autres, bien mal informés, que Seven of Wands serait le seul à l’être ?

Ce qui est sûr c’est que, en effet, son parti pris est moins radical que ceux dont Wiese a l’habitude. Moins brut de décoffrage, l’homme y apparaît appliqué à soigner le fond plus encore que la difformité. D’abord ce sont des larsens et des clics qui font leurs affaires pendant de grands glissements de terrain. C’est un John Wiese inspiré par Solaris qui se penche ici sur le son, le rend artificiel et artificieux. Seven of Wands est une œuvre de no-noise ou de noise à sourdine et/ou une musique concrète signée Tristan Tzara et/ou un collage de sons de batterie (celle de Julian Gross de Liars) et de field recordings (collection Angus Andrew) et encore un CD aussi farfelu qu’ingénieux et, pour couronner le tout… écoutable. Bien plus qu’écoutable !

EN ECOUTE >>> Scorpio Immobilization Sleeve

John Wiese : Seven of Wands (PAN / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ The New Dark Ages 02/ Scorpion Immobilization Sleeve 03/ Alligator Born in Slow Motion 04/ Burn Out 05/ Corpse Solo 06/ Don’t Move Your Finger 07/ Don’t Stop Now You’re Killing Me
Pierre Cécile © Le son du grisli



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