Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Ressuage : Semelles de fondation (Bloc Thyristors, 2011) / Irau Oki, Benjamin Duboc : Nobusiko (Improvising Beings, 2010)

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Sous le nom de Ressuage– technique inquiète de lourd et de métallique – agissent Itaru Oki (trompette, bugle et flûtes), Michel Pilz (clarinette basse), Benjamin Duboc (contrebasse), Jean-Noël Cognard (batterie), Patrick Müller (« electronsonic ») et Sébastien Rivas (ordinateur).

Sous un ciel de soupçon se dressent ces Semelles de fondation : plantées là, auxquelles le climat s’adapte maintenant : une note de contrebasse tombe, la flûte et la clarinette invectivent, la cymbale menace et l’électricité gagne du terrain. Sous les coups de Cognard, elle finit d’ailleurs par faire éclater une pluie d’éléments variés qui retomberont lentement, au son des effets d’étouffoirs et de transformateurs. La suite, sur l’autre face, délivre un exercice plus atmosphérique : valse de gimmicks sous réverbération. La fusion industrielle rêvée a tous les charmes de l’exercice artisanal qu’un jeu de citations opposant Oki et Pilz changera en improvisation amène.

Ressuage : Semelles de fondation (Bloc Thyristors / Metamkine)
Enregistrement : 29 et 30 novembre 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Portiques indéformables A2/ De béton et de verre A3/ Les travées basses des façades A4/ Module d’échanges B1/ Pré-tension B2/ Voiles suspendues B3/ Emprise ferroviaire B4/ Long pan opposé
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt (15 décembre 2009), la paire Itaru Oki / Benjamin Duboc enregistrait Nobusiko. Donnant de la voix, passant de trompette en flûte et de bugle en percussions, le premier construit sur le solide soutien du second des mélodies réservées et des pièces plus vindicatives – ici Duboc accompagne (Foudo), là il provoque (Harawata), ailleurs encore s’emporte à l’archet (Siwasu). Remisant ses éclats, Oki tranquillise alors. Nobusiko est l’histoire d’un équilibre trouvé à deux, un geste après l’autre.



Francesco Forges, Gianni Lenoci : Au fond de la nuit (Petit Label, 2011)

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Deux passeurs traversés par de si nombreuses choses : le jazz, l’improvisation, les musiques classiques et contemporaines.

Voici donc Francesco Forges, sa voix parlée, chantée au service des mots de Caproni, Aragon, Girondo, Rosselli. Voici sa flûte, chuchotant des vents légers et enveloppants. Voici sa flûte ne déballant que le strict nécessaire. Voici Gianni Lenoci et son piano, mi-Waldron, mi-Debussy. Voici un piano connaissant les vertus du silence et de l’espace. Un piano au service des mots et des sens.

Quant on connait la difficulté, le fragile équilibre entre vocables et improvisation, quand s’allonge jour après jour la liste des échecs, on ne peut que s’enthousiasmer pour ce petit miracle de douceur et d’inspiration mêlées.

Francesco Forges, Gianni Lenoci : Au fond de la nuit (Petit Label)
Enregistrement : 2004. Edition : 2011.
CD : 01/ Nelle ore notturne 02/ Frases incorrectas 03/ Au fond de la nuit 04/ For Call Cobbs 05/ Nocturno 06/ Singing Rot 07/ But It Was Only when the Town Was Asleep 08/ Steve Lacy, in memoriam 09/ Sleeplessness
Luc Bouquet © Le son du grisli


John Duncan, Michael Esposito, Z’ev : There Must Be A Way Across This River / The Abject (Fragment Factory, 2011)

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Sur la première face, je suis invité par John Duncan en personne à passer une porte basse. Je le précède donc et emprunte un escalier qui descend. A chacun de nos pas, l’escalier répond par des sortes de grincements tandis qu’une voix murmure à mon oreille (peut-être cherche-t-elle à me prévenir ?). Je suis inquiet et en plus claustrophobe mais j’avance jusqu’en face B.

J’entre alors dans une pièce où sont assis d’autres invités et je m’assois. Z’ev est là, debout qui s’agite tandis qu’une autre voix raconte sa maison d’enfance, nous la fait visiter. Cette voix remue des souvenirs pendant que Z’ev mime le passage des fantômes soulevés à la machine à neutrons. La poésie est noire, mais moins que ce qu’on veut nous cacher. En effet, d’une porte qui doit être dérobée nous parviennent d’autres cris d'une souffrance presque aussi terrible que celle de ces « laissez moi mon triple A ! » que l'on entend partout.

Ce que laissent entendre ces deux collaborations de Michael Esposito (electronics, voix, enregistrements) sont peut-être moins impressionnantes que ce qu’elles nous cachent. Après la réunion, je reste assis quelques minutes au même endroit, la pièce est déserte et les voix se sont tues. Je rêve de ce qu’aurait pu m’apprendre une troisième face, et une quatrième, etc. Je suis rassuré mais pas apaisé. Il me faut reprendre cette porte basse.

EN ECOUTE >>> There Must Be A Way Across This River (extrait)

John Duncan, Michael Esposito, Z’ev : There Must Be A Way Across This River / The Abject (Fragment Factory)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
LP : A/ There Must Be A Way Across This River B/ The Abject
Pierre Cécile © Le son du grisli


Marianne Pousseur : Only (Sub Rosa, 2011)

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Only est une sélection d’airs qui permet à la soprano Marianne Pousseur de faire état des belles manières qu’elle a de s’emparer de mots mis en musique. Seule le plus souvent et « en situations » (dans une voiture en marche, une chapelle ou encore en forêt), elle reprend-là Cage, Feldman, Scelsi

Derrière la voix douce, le bruit d’un clignotant : The Wonderful Widow of Eighteen Springs pour lequel Cage a emprunté des éléments à Finnegans Wake est une berceuse captivante qui s’effacera devant les notes en dissolution lente que Feldman a cachées derrière des phrases de Rilke (Only). Une autre berceuse, mais menaçante et enregistrée dans une école, saura inspirer Pousseur : ce celte Lustukru de Théodore Botrel qui en appelle à l’Hungry Child de Frederic Rzewski.

Le recueil renferme aussi des airs de Giacinto Scelsi et Hanns Eisler, compositeurs auxquels la chanteuse a déjà consacré deux ouvrages – Songs et Trei Canti Popolari – , leurs structures flottantes ou strictes lui allant à merveille. Peut-être est-ce ici que Marianne Pousseur doit être attentive à son équilibre et, habile, parvient à ne le perdre jamais. Ce que pourraient confirmer les exceptions que sont ces quatre chants sépharades au goût de folklore las ou la Lettre d’Epicure de György Kurtág : pièces plus accommodantes qui se laissent, elles, interrompre par les bruits de notre quotidien.

EN ECOUTE >>> Hungry Child

Marianne Pousseur : Only (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01/ John  Cage : The Wonderful Widow of Eighteen Springs 02/ Morton Feldman : Only 03/ Hanns Eisler : Von der Freundlichkeit der Welt Hanns Eisler 04/ Giacinto Scelsi : Hô 1 / Hô 2 05/ György Kurtág : Letre d’Epicure 1, 2, 3, 4 06/ Henri Pousseur : Mnémosyne 07/ Frederic Rzewski : Hungry Child 08/ John Cage : Experience N°2 09/ Sephardic Songs : El mundo entero / Abre tu puerta / Bre sarica / Que hermoza 10/ Henri Pousseur : Un jour 11/ Théodore Botrel : Lustukru 12/ Rudolf Sieczynski : Wien Wien nur du allein
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mario Rechtern, Eric Zinman : Zorn (Improvising Beings, 2011)

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Impossible de ne pas songer à AM4, trio composé d’Uli Scherer, Wolfgang Puschnig et Linda Sharrock à l’écoute de certaines plages de Zorn.

Et si ne surgit pas la grave voix de Linda Sharrock, s’affirme ici une musique intrigante, intransigeante, passionnante. Poussiéreux et perçants sont les saxophones de Mario Rechtern. Opaque ou au contraire émancipé est le piano d’Eric Zinman. Violence (le disque ne s’intitule-t-il pas Zorn ?) et amertume s’additionnent et ne quittent jamais l’espace investi par le duo. Soit un aven profond ne s’évidant jamais et persistant longtemps après écoute.

Avec son lyrisme belliqueux entre ultimatum et strangulation, lenteur et fausse retenue, Zorn est la très bonne nouvelle de cette rentrée musicale.

Mario Rechtern, Eric Zinman : Zorn (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007 & 2008 / Edition : 2011
CD : 01/ The Guy of the Village Zorn 02/ Dancing on a Wet Mirage of 03/ Pink, Blue & Green 04/ A Mirage of Stone Tears, Dry 05/ And Deceived of Hopes 06/ A pompe funèbre for the divorcée 07/ Were Demons Die on High and on a Cloud 08/ That Is the Resolution : KICICIC IYA
Luc Bouquet © Le son du grisli



Pascal Marzan, John Russell : Translations (Emanem, 2011)

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De discrétions, naît le dialogue. Les interventions sont claires ou sèches. Le premier est à gauche (John Russell), le second à droite (Pascal Marzan). Si vous n’aimez pas les guitares, prévient le premier, aucune chance que vous aimiez ce disque !

De dialogues tendus en phases de relâchement, le duo improvise et compose cinq fois – c’était en 2007 et 2010. Des pièces qui élèvent le contraste au rang de principe (Marzan reprisant ici les motifs que Russell désassemble, une harmonique s’opposant là à un grattage insistant), changent une somme d’obsessions en ronde légère, commandent des houles qui vous emportent ou, plus simplement, cherchent à débarrasser ses auteurs de leurs habitudes – arpèges et accords rivalisent d’ingéniosité pour ce faire. C’est enfin Satie qu’on réinvente dans un jardin de conclusion. Des Translations d’humeur qu’il faut entendre en conséquence.

Pascal Marzan, John Russell : Translations (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 février 2007 (01-03) et 22 mars 2010 (04-05). Edition : 2011.
CD : 01/ Don’t Tease Your Cat 02/ Eighty-eight Beautiful Canals 03/ Nightwork 04/ Kuulilennuteetunneliluuk 05/ In Mr Niwa’s Garden, Two Chickens Suddenly Ate a Crocodile
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tom Waits : Bad As Me (Anti, 2011)

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Bad As Me ne bouleversera sans doute pas la discographie de Tom Waits mais il en est un bon élément. Un CD de rocaille, de folk et le blues, de rock pris aux racines…

Parfois quand même, c’est la grosse cavalerie (Chicago) et on peut frôler la chanson de marin (les Pogues ne sont pas loin sur Pay Me). Pour se rattraper, Waits se déguise en diva post-Billie (Kiss Me touche au cœur sous ses allures de My Man) ou, au contraire, distribue des claques comme lui seul sait le faire (comme Screamin’ Jay Hawkins savait le faire en son temps, sur des canevas aux vapeurs enivrantes).

Sur un disque de chansons, on peut souvent imaginer le chanteur seul et unique interprète ; or Tom Waits est, là encore, un cas à part. Il sait s’entourer. Pour preuve : Marc Ribot à la guitare (et parfois Keith Richards), Gino Robair aux percussions ou encore Clint Maedgen aux saxophones (dont un baryton qu’aurait sûrement embauché sur le champ Little Richard). Avec tout ça, on se dit que si la chanson est aussi bonne que Tom Waits prétend être mauvais (Bad As Me), alors on a bien le droit d'y revenir !

Tom Waits : Bas As Me (Anti / Pias)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Chicago 02/ Raised Right Men 03/ Talking at the Same Time 04/ Get Lost 05/ Face to the Highway 06/ Pay Me 07/ Back in the Crowd 08/ Bad As Me 09/ Kiss Me 10/ Satisfied 11/ Last Leaf 12/ Hell Broke Luce 13/ New Year’s Eve
Pierre Cécile © Le son du grisli


Darius Jones : Big Gurl (AUM Fidelity, 2011)

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En trio (Adam Lane : contrebasse, Jason Nazary : batterie), Darius Jones se souvient de George Clinton et de ses Parliament-Funkadelic mais n’est jamais autant lui-même que lorsqu’il s’agit de déblayer le Take the « a » Train du couple Strayhorn-Ellington(A Train).

Ailleurs, le jeune altiste réitère les audacieux chemins des disques précédents : phrasé en torsade – vif et convulsif sur tempo rapide, lyrique et dissonant sur les ballades –, attaque forte, maintien et insistance de la note, harmoniques gloutonnes. Bref confirme sa belle singularité en attendant de convaincre totalement. A suivre donc…

EN ECOUTE >>> A Train

Darius Jones Trio : Big Gurl (Smell My Dreams) (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD: 01/ E-Gaz 02/ Michele Love Willie 03/ A Train 04/ I Wish I Had a Choice 05/ My Special “D” 06/ Chasing the Ghost 07/ Ol’ Metal-Faced Bastard
Luc Bouquet © Le son du grisli


Rüdiger Carl, Sven-Åke Johansson: D’accord (SAJ, 2011)

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Ce D’accord est un double-disque de duos enregistrés avec Rüdiger Carl que publie Sven-Åke Johansson. Les deux hommes sont à l’accordéon ; le premier retournant parfois à la clarinette ; le second jouant aussi de la batterie et donnant quelques fois de la voix.

Premier disque. L’enregistrement date de 1997. Lorsque deux accordéons s’accordent, naissent des sons qui changent bien sûr l’instrument de son usage traditionnel. Abstrait en conséquence, le dialogue trouve d’autres formes selon les changements d’appareils : Carl se faisant plus mélodique à la clarinette, Johansson orientant l’exercice vers un théâtre musical lorsqu’il s’applique à un sérieux récitatif.

Second disque, enregistré cinq ans plus tard. Les recherches gagnent encore en vigueur, voire en nervosité. La clarinette se fait impétueuse pour répondre aux frottements et secouages par le biais desquels Johansson interroge l’accordéon. Encore quelques mots glissés dans la conversation et le voici regagnant la batterie : Carl à la clarinette, à l’accordéon, à la clarinette encore : la verve du duo s’occupe de constructions ludiques – ironie, élément essentiel de son vocabulaire – ou de minuscules morceaux d’atmosphère avec un art de l’enchaînement qui n’est pas pour rien dans la réussite de l’accord promis.

Rüdiger Carl, Sven-Åke Johansson: D’accord (SAJ / Metamkine)
Enregistrement : 1997 & 2002. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Accoacc I 02/ Accoacc II 03/ Clacc I 04/ Accodrum I 05/ Accodrum II 06/ Gesacco I 07/ Gesacco II 08/ Gesacco III “Handschuhfabrikation” 09/ Accodrum III 10/ Accoacc III 11/ Accoacc IV 12/ Accoacc V – CD2 : 01/ Langer Ludwig 02/ Schlosskeller 03/ Mathildenhöhe 04/ Ferienkurse 05/ Fünffingerturm
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


M. Ostermeier : The Rules of Another Small World (Tench, 2011)

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A la lecture du patronyme de Marcus Ostermeier, alias M. Ostermeier, les souvenirs brumeux d’un mini-album trois pouces (Percolate) sur [ parvoart ] recordings ont rapidement refait surface. Une tentante réécoute plus tard, l’étrange univers mi-spatial mi-ambient du producteur de Baltimore n’a nullement perdu de sa douce pertinence et c’est avec grand intérêt que nos oreilles se sont jetées sur The Rules of Another Small World, sorti sur son propre label Tench.

Minimaliste tout en déployant une belle densité sonore aux atours colorés de vif, le monde d’Ostermeier ingurgite les envies passées de Cluster et Harold Budd en les présentant à Benjamin Lew, en onze déclinaisons séduisantes et bienvenues. D’un calme trompeur, on ne sait trop s’il invite à la méditation ou à l’inquiétude, les compositions électro-acoustiques déploient lentement – et cela ne rime jamais avec ennuyant – des trésors harmoniques dissimulés sous des micro-mélodies en format pop (trois minutes environ). Illustrant à merveille l’ambiance d’un monde dont on ne sait plus trop s’il est futuriste ou en bout de course, la splendide pochette montre une étrange colonie moderniste abandonnée, tels des OVNIs abandonnés dans une contrée humide (Taiwan en l’occurrence) redessinée par l’immense architecte brésilien Oscar Niemeyer. Etrange et beau, indeed.

M. Ostermeier : The Rules of Another Small World (Tench)
Edition : 2011.
CD : 1/ Micro Forest Updraft 2/ Streambed Arrangement 3/ Sunlight On My Desk 4/ I Took Out Your Picture 5/ Floorboards, Well-Worn 6/ Trickle Down 7/ Fast Darters 8/ Underwater Drifting 9/ Retreating Night 10/ Suspicions 11/ Ngth
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



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