Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Matthias Muche, Philip Zoubek, Achim Tang : Excerpts from Anything (Creative Sources, 2011)

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Si c'est d'après une composition de Marcus Schmickler que le trio avait, pour le même label en 2007, bâti Sator-Rotas, la sélection d'aujourd'hui offre cinq pièces improvisées, en octobre 2010, par Matthias Muche (trombone), Philip Zoubek (piano préparé) et Achim Tang (contrebasse), au Loft de Cologne.

Ces cinq échantillons de tissu de belle facture timbrale, au tramé de qualité (coupe un peu berlinoise – on ne s'en plaint pas – mais saison 2000...), rendent compte d'un indéniable savoir-faire dans la recherche de textures, statiques ou sous ébullition contrôlée, et d'une bonne connaissance des idiomes en cours durant cette première décennie du siècle, entre Vienne et Londres.

Quelque chose, pourtant, finit par gâcher un peu le défilé : l'impression de feuilleter un catalogue, un book de cinq « excerpts » – effectivement – tous bâtis sur une idée distinctive (successivement : le drone-confort, le rêche-animé, la mosaïque-combinée, le sibilant-frotté, le fantôme-glissant), sans que l'attente ni l'attention de l'auditeur ne soient récompensées de quelque envoûtement. Un travail digne certainement, mais seulement plaisant.

Matthias Muche, Philip Zoubek, Achim Tang : Excerpts from Anything (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Excerpts from Anything
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Dave Phillips & Cornelia Hesse-Honegger : Mutations (Ini.Itu, 2010)

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Le camion que l’on entend passer est un poids-lourd chargés d’insectes. Ces créatures sont l’œuvre du diable – un diable né d’une collaboration entre une scientifique qui rapporte les mutations subies par des insectes touchés par le nuage radioactif de Tchernobyl (Cornelia Hesse-Honegger) et un ex-musicien de grindcore (Dave Phillips).

Sous chacune des carapaces, ce n’est pas un mais plusieurs cœurs qui battent. En plus de cela, les insectes crissent et leurs accouplements (qui sont en fait ceux de field recordings d’Asie ou de Suisse) engendrent d’autres bêtes mutantes. Tous ces bruits sont peut-être responsables de l’accident. Le camion s’est renversé sur la chaussée et il déverse sa cargaison. Les monstres se grimpent les uns sur les autres, lentement ils quittent le navire, lentement. Mais l’un d’entre eux vient de passer sous votre porte.

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Dave Phillips, Cornelia Hesse-Honegger : Mutations (Ini.Itu / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : A/ Mutations B/ Mutations
Héctor Cabrero © le son du grisli


Throbbing Gristle : Rééditions (Industrial, 2011)

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C’est au milieu des années 1970 que des membres de COUM Transmissions, communauté d’artistes influencés par les actionnistes viennois, créent Throbbing Gristle dont la musique, « industrielle », deviendra un genre à part entière. Leur devise : Industrial Music for Industrial People ! Quatre individualités forment le groupe : Genesis P-Orridge, Cosey Fanni Tutti, Peter Christopherson et Chris Carter. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le groupe, une aubaine : la réédition des disques qu’ils autoproduisirent sur Industrial Records, leur label. Il va sans dire : les enregistrements ont été remasterisés et chaque CD comporte à chaque fois un double fait de bonus et de prises inédites.

Le temps presse ? Alors, démarrage avec Greatest Hits, compilation qui met en appétit tout amateur de morceaux faits dans l’urgence, parfois bâclés mais toujours énergisants ! La sélection est tour à tour expérimentale, violente, expérimentale, brute de décoffrage, expérimentale, comme le sont toutes les sorties du groupe : proto-techno, délirium exotique, riff de basse sur n’importe quoi de guitare, et ce n’est que le début… Car il faut écouter Greatest Hits pour comprendre qu’on ne peut pas se contenter de Greatest Hits !

En conséquence de quoi, nous voilà bien obligés de planifier une razzia sur le groupe culte : The Second Annual Report of Throbbing Gristle / D.o.A. The Third and Final Report of Throbbing Gristle / 20 Jazz Funk Greats / Heathen Earth. Et voilà de quoi tenir jusqu’en février, et 2013 encore ! Jusque-là, on aura découvert d’autres Throbbing Gristle qui se cachaient derrière le premier : pré-post-punk, noise pas encore cynique, bidouilleur d’ambiances, chanteur sous morphine (mélanges de Nico, Sid Vicious et Siouxie), danseur à terre, déviant, déviant, déviant… Et du déviant qu’on remasterise !


Throbbing Gristle : The Second Annual Report of Throbbing Gristle / D.o.A. The Third and Final Re-port of Throbbing Gristle / 20 Jazz Funk Greats / Heathen Earth / Greatest Hits (Industrial Records / Souffle Continu)
Rééditions : 2011.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Great Waitress : Lucid (Splitrec, 2011)

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Le piano de Magda Mayas est de ces boîtes à cordes irritées et marteaux frustrés. Avec Monika Brooks (accordéon) etLaura Altman (clarinette), elle s’entend sur des mouvements de musicienne (Great Waitress au triple visage) et d’humeurs encore plus qui donneront forme à des paysages.

De la somme de trois hésitations ou de trois calculs élaborés avec patience – selon les moments –, résulte ainsi Lucid. Ses reliefs sont modérés, ses détours surprenant toujours. Ici un grand champ de collines profite d’un accident topographique créé sur répétitions espiègles, accrochages inattendus ou collisions harmoniques. Selon un lent mouvement de balancier, le trio déblaye des surfaces inconnues d’où il tire des couleurs. Ce sont celles de trois planètes en orbites que la gravitation rapproche ou éloigne. Les tendres chuintements de Lucid forment la musique qu’elles ont en commun.

Great Waitress : Lucid (Splitrec / Metamkine)
Enregistrement : 8 février 2011. Edition : 2011.
CD : Lucid
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Nate Wooley, Chris Corsano, C. Spencer Yeh : Seven Storey Mountain (Important, 2011)

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Longtemps affilié au jazz, le trompettiste Nate Wooley est, tout comme quelques-uns de ses partenaires (Matt Bauder ou Fred Lonberg-Holm), un improvisateur inquiet de sons sinon nouveaux du moins changeants. En 2009 en compagnie de C. Spencer Yeh et Chris Corsano, il donnait une suite à un projet personnel appelé Seven Storey Mountain qu’il a inauguré sur disque aux côtés de David Grubbs et Paul Lytton.

C’est-là un aimant en U de taille gigantesque que fabrique le trio – pour les outils : trompette amplifiée et bandes enregistrées, violon et batterie. Qu’il lève délicatement ensuite et dispose afin qu’il attire à lui un maximum de sons hétéroclites. Le magnétisme fait le reste : drones, voix, parasites, lignes d’archets, cymbales, éléments arrachés au décor et même quelques enclumes, forment autour de l’aimant (et sur disque, en conséquence) un amas fantastique prêt à exploser. Et qui explosera…

Chris Corsano, C. Spencer Yeh, Nate Wooley : Seven Storey Mountain (Important)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011
CD / LP : Seven Storey Mountain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Stine Janvin Motland, Fred Lonberg-Holm, Ståle Liavik Solberg, Frode Gjerstad : VC/DC (Hispid, 2011)

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Sur VC/DV (pour Voice, Cello, Drums et Clarinet), Frode Gjerstad, Fred Lonberg-Holm et Ståle Liavik Solberg se penchent sur le cas de Stine Janvin Motland, chanteuse chez qui loge une rare pierre de folie qu'ils se sont décidés à extraire.

Coûte que coûte, même : la clarinette entame la perforation tandis que les sifflements et saturations du violoncelle se chargent de faire diversion et les coups défaits du batteur d’endormir tout bonnement la patiente. Motland peut bien tourner de l’œil (un filet de voix le prouve) mais retrouve rapidement ses esprits. Alors, voici la folie de la vocaliste montée sur celles de Gjerstad et de Lonberg-Holm pour faire partout œuvre de spasmes ou de bruits incongrus, toujours de diversité.

Stine Janvin Motland, Fred Lonberg-Holm, Ståle Liavik Solberg, Frode Gjerstad : VCDC (Hispid)
Edition : 2011.
CD : 01/ NBGB 02/ BVFV 03/ CXSX 04/ UBCB 05/ WDED 06/ XZAZ 07/ VCDC
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Talweg : Substance Mort / Hate Supreme (Up Against the Wall, Morthefuckers!, 2011)

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Le Myspace de Talweg est une boutique obscure où l’on trouve de quoi souffler en quelques secondes un immeuble de treize étages. Un petit bout de femme (Erle, à la voix) et un gaillard (Fels, à la batterie) l’animent de leurs échanges corsés. De temps en temps, ils proposent au visiteur d’assister à une représentation de telle ou telle pièce de leur théâtre de la cruauté. Ca peut-être Substance Mort ou Hate Supreme.

Comme Coltrane a chanté l’amour, Talweg crache la haine – c’est bien ce qu’il faut comprendre ? Les disques du duo paraissent sous étiquette « Up Against the Wall, Motherfuckers! » : on est en plein dans le sujet. Dans son micro Erle crie cinq minutes pendant que Fels martèle sa batterie. Ce mur du son est impressionnant et remplace l’immeuble dont je parlais plus haut – c’est un terrible Ground Zero rebaptisé (si je puis dire) Hate Supreme.

Substance Mort, c’est encore autre chose. On assiste à un combat sans merci entre un minotaure enchaîné et un bourreau qui au bout de ses baguettes a disposé des tisons. Au début, le minotaure semble en appeler à son père mais trouve finalement les ressources qui lui vaudront d’être délivré. La bête se fait séductrice (Erle, qui en endosse le rôle, tire des notes aigues qui conviendraient aux sirènes ou joue la petite fille perdue en forêt) et son bourreau (fourbe qui se donne des airs d’exorciste) n’a d’autre choix que de l’exciter encore un peu plus. Les cris qui en sortent sont jubilatoires pour l’un et définitifs pour l’autre. Pour nous, ils sont définitifs et jubilatoires tout à la fois !

Talweg : Hate Supreme / Substance Mort (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2011. CD-R.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Billie Holiday : The Complete Masters 1933-1959 (Universal, 2011)

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Cinq grandes anthologies paraissent ces jours-ci, qui rendent hommage avec exhaustivité et même élégance à l’art singulier de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Sydney Bechet et Charlie Parker...

Pour ce qui est d’Holiday, ce sont quinze disques et un livret qui reviennent sur une carrière aussi brève qu’imposante. A quelques titres près – à peine une poignée –, on trouve-là l’intégralité de ses enregistrements pour les labels Commodore, Columbia, Decca et Verve, classés dans l’ordre chronologique. Entre un premier titre enregistré dans l’orchestre de Benny Goodman en 1933 et ceux qu’elle signa en compagnie de la formation de Ray Ellis en 1959, on peut entendre la diva fasciner aux côtés de Teddy Wilson, Lester Young, Roy Eldridge, Charlie Shavers, Benny Carter, Oscar Peterson, Mal Waldron…  A quelques titres près – à peine une poignée –, c’est indispensable.

Billie Holiday : The Complete Masters 1933-1959 (Universal)
15 CD : The Complete Masters 1933-1959 (Universal)
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Daniel Menche : Guts (Editions Mego, 2011)

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Dans le sillage de Ross Bolletter, mais avec une appétit de sonorités furieuses, Daniel Menche interroge sur Guts les possibilités musicales de pianos accidentés. Dans les entrailles des bêtes qu’il a trouvées, il s’agite donc : frottant les cordes sensibles, appuyant là où ça fait mal (restes de touches ou marteaux fatigués), donnant de sévères voire ultimes claques aux carcasses à terre. Inutile de préciser que Menche intervient là moins en instrumentiste qu’en faiseur de sons.

Ses trouvailles ont le bruit de grondements et de crachats, de crissements et de plaintes. Ce qui ne leur interdit en rien d’adopter une forme arrêtée : ainsi les Guts multipliées peuvent être rythmiques sans progresser vraiment (des disques de rythmes, Menche en a enregistrés déjà) ou flirter avec le drone industriel et épais. Passant au hachoir ou à la mitraille l’instrument classique de référence, Daniel Menche anéantit jusqu’au souvenir qu’on gardait de lui.

Daniel Menche : Guts (Editions Mego)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Guts One 02/ Guts Two 03/ Guts Three 04/ Guts Four
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Scrambled Eggs, “A” Trio : Beach Party at Mirna el Chalouhi (Johnny Kafta’s Kids Menu, 2011)

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Voici de qui sont faites les deux formations à entendre sur Beach Party at Mirna el Chalouhi : Charbel Haber (guitare électrique, électronique), Tony Elieh (basse) et Malek Rizkallaf (batterie) pour Scrambled Eggs : Mazen Kerbaj (trompette, voix), Sharif Sehnaoui (guitare acoustique) et Raed Yassin (contrebasse et voix) pour “A”  Trio. L’enregistrement s’est fait en studio début 2009, qui scelle l’entente possible d’un groupe de post-rock et d’un trio d’improvisateurs inspirés.

Au son de deux pièces longues que sépare un interlude écrit – Koji Kabuto, chanson amusée qui doit autant à Primus qu’à Rashied Taha (le jeune). Sur le morceau-titre, l’association arrange revendications bruitistes et besoins de silences avec habileté. Alors la musique est lente, aride aussi comme doit l’être tout folk en perdition ; ensuite, la voici colossale pour avoir tout à coup cédé aux bruits. Sur l’autre grande pièce, Uninterruptible Power Supply, Scrambled Eggs et “A” Trio mettent en branle une mécanique grinçante mais capable encore d’accorder avec intensité grognements, larsens et inserts hors-normes. Beach Party at Mirna el Chalouhi : où l’on entend l’“A” Trio sous influence tonitruante et Scrambled Eggs sur conseil musical avisé. 

Scrambled Eggs, “A” Trio : Beach Party at Mirna el Chalouhi (Johnny Kafta’s Kids Menu)
Enregistrement : 5 et 6 janvier 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Beach Party at Mirna el Chalouhi 02/ Koji Kabuto (Ya Akruto) 03/ Uninterruptible Power Supply
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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