Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Chris Watson : El tren fantasma (Touch, 2011)

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Le hasard de mes journées – et les perturbations du trafic à la SNCB – a voulu que la chronique de El tren fantasma soit écrite à bord d’un… train, qui n’avait rien de fantôme, contrairement à celui évoqué ici. Quatrième disque solo de Chris Watson pour le compte du toujours excellent label Touch – le premier depuis 2003,  mais il serait profondément injuste d’oublier la récente collaboration Cross-Pollination avec Marcus Davidson – le voyage décrit avec moult détails étonnants les étapes de ce train fantôme qui relie, pour de vrai, Los Mochis à Veracruz au Mexique.

Nul besoin d’images pour accompagner les ambiances gravées par l’artiste anglais, spécialiste mondial de la captation des éléments naturels, mais aussi de la diversité humaine. Entre appels au micro en espagnol et anglais (La Anunciante et son last call for the ghost train), aboiements divers, bruits de la circulation, chants du coq (Los Mochis), cris d’oiseaux des marais (Sierra Tarahumara), avertisseurs sonores de trains, bruits de rails (El Divisadero), on en passe des cents et des mille, les dix plages parcourent en une foule de détails absolument stupéfiante (et d’une immense qualité sonore) les épisodes de la vie au pays de Murcof – à en juger, elle est bien plus bruyante et chatoyante que calme et reposante. Les grincheux diront que ce n’est pas de la musique.  Ils ont raison, c’est beaucoup mieux que ça, et en prime, on a rarement entendu un hommage aussi passionné/nant à l’œuvre de Pierre Schaeffer, auquel l’œuvre est dédiée. A total juste titre.

Chris Watson : El tren fantasma (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
CD / LP : 01/ La Anunciante 02/ Los Mochis 03/ Sierra Tarahumara 04/ El Divisadero 05/ Crucero La Joya 06/ Chihuahua 07/ Aguascalientes 08/ Mexico D.F. 09/ El Tajin 10/ Veracruz
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Dennis González : Resurrection and Life (Ayler, 2011)

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Sur Resurrection and Life (Jean 11 :25), ce n’est non pas Henry Grimes qui augmente le Yells at Eels de Dennis González, mais Alvin Fielder – contrebassiste entendu déjà dans quelques ensembles emmenés par le trompettiste (New Dallas Sextet  et New Dallasangeles dans les années 1980 et Jnaana Septet plus récemment) et proie régulière de problèmes de santé capables de faire naître quelques inquiétudes. 

C’est avec aplomb que Fielder prouve pourtant dès The Oracle que sous les peaux le cœur bat encore et même avec entrain. A tel point que González à la trompette et Gaika James au trombone y toruvent un supplément d'âme. L’air, que n’aurait pas renié Roswell Rudd, est d’une intense légèreté qui invite les intervenants au solo – Stefan González au vibraphone, premier de tous.

L’autre fils, Aaron, à la contrebasse, ouvrira à l’archet noir cet Humo en la Mañana aux airs d'Alabama. Plus loin, il signera Psynchronomenography, composition aux fondations répétitives sur lequel bugle et trombone claudiqueront le long d’une ligne mélodique qui rappelle, elle, quelque chanson de Steve Lacy. Ainsi le jazz de Yells at Eels est-il de références choisies et, lorsqu’il se fait plus singulier, soit revêt les atours de marches funèbres que se disputent rire et solennité (Resurrection and Life, Battalion of Saints), soit croule sous le poids des ornements (Everywhere to Go But Up, Nowhere to Go But Down). Mais l’écueil est plutôt l’exception, et ne doit en rien détourner le cortège des amateurs de González de la station Resurrection and Life.

EN ECOUTE >>> Psynchronomenography >>> The Oracle

Dennis González Yells at Eels : Resurrection and Life (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010, 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ The Oracle 02/ Humo en la Mañana 03/ Psynchronomenography 04/ Everywhere to Go But Up, Nowhere to Go But Down 05/ Resurrection and Life 06/ A Cobra on Clinton Avenue 07/ Battalion of Saints 08/ Max-Well
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dennis González, João Paulo : So Soft Yet (Clean Feed, 2011)

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Scape / Grace était un disque d’été, dont la musique ondulait au rythme du linge séché par le vent et se gorgeait du soleil qui caresse les collines surplombant Lisbonne. So Soft Yet témoigne des retrouvailles du pianiste portugais João Paulo et du trompettiste et cornettiste américain Dennis González deux ans et demi après l’enregistrement de Scape / Grace. Au cœur de l’hiver lisbonnais, lors du mois de janvier 2010, Dennis González et João Paulo se retrouvèrent donc pour offrir une suite à leur premier disque, gravée elle aussi sur le label Clean Feed records.

Au seul piano joué sur le précédent disque, Paulo lui adjoint ici l’accordéon (sur deux titres) et le piano électrique (sur cinq). La sonorité rêveuse du premier imprime à la musique une certaine nostalgie, tandis que le second crée un climat de ciel obscurci et un paysage de reliefs tranchants. Mais on n’aime jamais autant la musique de ces deux-là que quand elle revient à ses fondamentaux, quand elle réitère le miracle de la première rencontre musicale : piano et trompette, en de longs entremêlements monochromes comme en de plus précipités dialogues irisés.

Dennis González, João Paulo : So Soft Yet (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : janvier 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Como a noite 02/ Broken Harp 03/ Deathless 04/ Thirst 05/ Taking Root 06/ El Destierro 07/ Sleeping Thunder 08/ Burning Brain 09/ Yielding to Song 10/ Sobre Mi Mi Koracon Doloryozo 11/ Augurio
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


The Living Room : Still Distant Still (Ilk, 2011)

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Ce disque a une gueule d’atmosphère. Atmosphère du grand Nord, cotonneuse, brumeuse. Atmosphère de beauté millimétrée. Atmosphère de lents envols. En général, presque toujours ennuyeuse. Sauf ici. Parce qu’ici la résonnance n’est pas effet mais nécessité ; parce que le grave soyeux du saxophone de Torben Snekkestad cache une rudesse très vite dévoilée ; parce que les rebonds sur tambours de Thomas Stronen militent pour la précision et la profusion ; parce que le piano de Soren Kjaergaard est affût et spectre et, parfois, les deux simultanément.

Et quand l’atmosphère prend congé, que la violence s’installe et qu’elle creuse son impitoyable sillon, le trio trouve alléchant cet enfer aux profondes crevasses. Il gèle en enfer comme aurait pu le dire un Mocky farceur.

The Living Room : Still Distant Still (ILK / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD: 01/ Temolo Hiving 02/ Twining, part 1 03/ Twining, part 2 04/ Still Distant Still 05/ Rainbow Stomp 06/ The Extinguished 07/ Mustard Variations 08/ Stone Unturned
Luc Bouquet © Le son du grisli


Alla Zagaykevych : Nord/Ouest (Nexsound, 2012)

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Le site internet d’Alla Zagaykevych ne mène nulle part (la preuve : nulle part). C’est sur le site de l’Ircam qu’on peut en apprendre sur cette compositrice ukrainienne. Mais on en apprendra encore plus en écoutant Nord/Ouest, CD qu’elle a enregistré avec son Electroacoustic’s Ensemble.

Zagaykevych programme, chante, joue des live electronics et du thérémine. Surtout, elle invente une musique qui emprunte à Xenakis autant qu’au folklore de son pays d’origine. Parfois, son programming sonne bien vieux d’autres fois il est très froid. Mais le voilà excusé lorsqu’arrivent les voix, les cordes et les percussions, toutes de belle qualité. Du Nord à l’Ouest, l’oreille vacille donc. Cette musique électroacoustique mi-folk mi-contemporaine nous mène nulle part, elle aussi:  je veux dire par là qu’elle est rare et déboussolante.

Alla Zagaykevych : Nord/Ouest (Nexsound)
Enregistrement : 12 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01-03/ Nord/Ouest
Pierre Cécile © Le son du grisli



Alon Nechushtan : Dark Forces (Creative Sources, 2011)

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Neuf mouvements en tension extrême, parcourus de forces obscures et rougeoyantes, qui font émerger par masses lentes et graves des phénomènes sonores hérissés de possibles, aux irisations inquiétantes : respirations saturées, grincements de portes, larsens, bruits de lames de couteaux, scintillements métalliques presque cristallins, étirements de tracés lumineux aux formes mystérieuses, glissandi de cordes scabreux, rires…

Neuf métamorphoses formidablement orchestrées et interprétées par onze musiciens (cuivres, bois, contrebasse et deux guitares électriques jouées par Henry Kaiser et Elliott Sharp), qui déploient des morphologies ambigües, comme électronisées, évoquant par jeux de latence successifs, des sons environnementaux – la mer, le vent, un oiseau –, un bestiaire fantastique, tout une jungle, selon d’étranges processus d’involution et d’évolution, de défiguration et de refiguration.

Une expérience d’écoute intense où l’ombre et le non-vu – le non-ouï – activent en silence une puissante fantasmatique.

Alon Nechushtan : Dark Forces (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01-10/ 01-10
Samuel Lequette © Le son du grisli


Alex Mincek : Lift-tilt-filter-split (Carrier, 2011)

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Les cinq pièces récentes d'Alex Mincek regroupées ici constituent une bonne introduction à l'univers de ce jeune compositeur : abordant d'une façon ou d'une autre – mais toujours avec une énergique clarté – les problématiques de la répétition et de la modification, de l'identité et de la distinction, de la progressivité et de la soudaineté, ce répertoire intéresse dès la première audition.

Dans leurs jeux de reprises, les Pendulum III et V – ce dernier ferait presque songer à certaines conductions de Butch Morris – tout autant que Poco a poco, servis par l'efficace Wet Ink Ensemble, exposent leurs séquences et combinaisons d'une façon aussi incisive que la composition Lift-tilt-filter-split : le JACK Quartet (ledit quatuor à cordes s'est par exemple fait connaître dans Xenakis, pour le label Mode) y exprime son mordant avec une rauque électricité. Le duo Nucleus (pour saxophone & percussion, par Michael Ibrahim & Eric Poland) quant à lui, n'est pas moins digne d'intérêt ; davantage peut-être pour ses principes de composition que pour son monde sonore (qui ne surprendra guère l'amateur de Butcher & Sanders).

Un corpus de belle tension, qui mérite vraiment d'être découvert !

Alex Mincek : Lift-tilt-filter-split (Carrier Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Pendulum V (2009) 02/ String Quartet n°3 : lift-tilt-filter-split (2010) 03/ Pendulum III (2010) 04/ Poco a poco (2009) 05/ Nucleus (2007)
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Peter Evans : Beyond Civilized and Primitive (Dancing Wayang, 2011) / Ghosts (More Is More, 2011)

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Pour ne pas avoir lu Ran Prieur – philosophe ayant publié ce Beyond Civilized and Primitive qui a inspiré Peter Evans –, il s’agira de se faire une idée d’une pensée au gré des sons qu’elle a inspirés. Pas simple, si l’on prend en considération les six pièces du vinyle…

Fruits de deux jours passés en studio, ils font en effet état d’un goût pour l’éparpillement – plutôt charmant, il va sans dire, Nature/Culture n’a-t-il pas déjà prouvé que la solitude va plutôt bien à Evans ? Ainsi le trompettiste rapproche-t-il sur deux faces ses divers intérêts d’instrumentiste curieux : pour des berceuses débordant d’un horizon qui tient dans une note, pour un minimalisme progressant avec lenteur, pour des solos développés sur drone enregistré au préalable, pour des improvisations s’entrechoquant, une expérimentation aux usages pneumatiques ou encore un lyrisme fait pour être érodé.

Si le titre de la berceuse (Complexity, Change, Invention, Stability, Giving, Freedom, and Both the Past and the Future) pourrait expliquer de quoi retourne le disque dans son entier, c’est que les mots qu’on y trouve sont autant de clefs pour la compréhension des gestes et des propositions de Peter Evans comme des exercices et des trouvailles de Beyond Civilized and Primitive.

Peter Evans : Beyond Civilized and Primitive (Dancing Wayang)
Edition : 2011.
LP : A1/ Complexity, Change, Invention, Stability, Giving, Freedom, and Both the Past and the Future A2/ History is Broken A3/ What Is Possible? – B1/ We Like Hot Baths and Sailing Ships… B2/ Simple Tools for Complex Reasons B3/ Our Nature Is Not a Location
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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En compagnie de Carlos Homs (piano), Sam Pluta (live processing), Tom Blancarte (contrebasse) et Jim Black (batterie), Peter Evans défend sur Ghosts une musique qui actualiserait celle de Sun Ra (faut-il oser le faire) ou celle du Miles Davis électrisé (faut-il en avoir envie). Le jazz qu’on y entend est ainsi consigné en capsule qui, après propulsion, deviendra satellite. Les interventions de Pluta ne sont pas pour rien dans la réussite du projet : l'empêchant de ourner en rond parce qu’e lui se refuse  à   respecter toute ligne de conduite.

Peter Evans Quintet : Ghosts (More Is More / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 et 6 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ ... One to Ninety Two 02/ 323 03/ Ghost 04/ The Big Crunch 05/ Chorales 06/ Articulation 07/ Stardust
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Luigi Nono : Risonanze erranti / Post-prae-ludium per Donau (Neos, 2011)

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Je n’ai jamais jamais autant attendu l’hiver que depuis qu’il a disparu. Ce n’est plus du ciel d’ailleurs qu’il peut arriver, mais des disques que je conserve au chaud. Il m’est par exemple arrivé hier lorsque, en écoutant le premier enregistrement de Risonanze erranti, un grand frisson m’a parcouru.

C’est l’Ensemble Experimental (Klaus Burger, Susanne Otto, Roberto Fabbriciani), Les Percussions de Strasbourg et l’EXPERIMENTALSTUDIO des SWR qui jouent cette œuvre électroacoustique (les electronics sont live) de Luigi Nono. Des mots extraits de volumes d’Herman Melville et d'Ingeborg Bachmann peuvent faire croire à des chansons glaçantes. Les voix s’y coupent malgré la résonance. Les percussions claquent. Des sifflets vous font perdre tous vos repères. Risonanze erranti vous couvre de blancs et vous voilà bien.

Pour tuba et live electronics, Post-prae-ludium per Donau est une pièce écrite pour Giancarlo Schiaffini. Klaus Burger est au tuba à côté des musiciens de l’EXPERIMENTALSTUDIO. Mais le tuba de Berger est une extension de la voix humaine. Il se promène avec délicatesse, là-bas, sur des couches de ouate et derrière des vapeurs. Les sons explorent les blancs de Malevitch alors que l’hiver n’arrive toujours pas. Peut-être est-il tombé sur l'Italie.

Luigi Nono : Risonanze erranti / Post-prae-ludium per Donau (Neos)
Edition : 2011.
CD : 01/ Risonanze erranti 02/ Post-prae-ludium per Donau
Héctor Cabrero © Le son du grisli


ASPEC(T) : Abattoir (Nuun, 2011)

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ASPEC(T), ça pourrait être Keith Fullerton Whitman et Mat Pogo plongés dans le mazout. Parce que les collages du duo Mario Gabola (sax, minicassette, feedbacks, etc.) / SEC_ (bandes, samples, feedbacks, etc.) sont extatiques, sombres, frénétiques, et même parfois... lugubres !

Leurs bidouillages violents font remonter une bile de velours noire qu’on ignorait être en nous. Leur noise est bestial (des cris sont mixés à des aboiements) et leur langage inquiète plus que deux raisons. Abattoir, c’est encore les carcasses de Soutine au balcon et les fantômes de Bacon en sautoir. Inutile de dire qu’il est urgent d'aller voir l’exposition.

EN ECOUTE >>> La bestia inafferrabile

ASPEC(T) : Abattoir (Nuun Records)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Limitrofie 02/ Asymmetric Mimicry 03/ La bestia inafferrabile 04/ LightFoot 05/ Strategies of disappearance 06/ Contratti o sabotaggio? 07/ Black Body 08/ Noisy-le-grand 09/ Noisy-le-sec 10/ Intorno al drago 11/ Welcome to the new barbarian
Pierre Cécile © Le son du grisli



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