Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Sissy Spacek : Grisp / Freaked with Jet (Gilgongo, 2011)

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Improvisations bruitistes, collages, noise core primitiviste, musique industrielle, musique concrète… Enregistrés par Aaron Hemphill, Jesse Jackson, John Wiese, Mitchell Brown, Peter Kolovos et Rick Potts, réinjectant sur une partie du disque des fragments sonores de Smegma et The Haters, les huit titres de Grisp forment une matière explosive – décidément instable.
 
Sifflements, grésillements, raclements, crissements, crépitements sont quelques-uns des modes phénoménaux de ces expérimentations sonores, procédant par abrasions et par électrocutions, par fissures et par fissions, par scissions brutales.
 
La musique de Sissy Spacek naît de l’agencement de déchets sonores – larsens, bruits blancs, bruits métalliques – et d’opérations sauvages à même le support enregistré : une exploration excitante des puissances de l’hétérogène !

EN ECOUTE >>> Grisp

Sissy Spacek : Grisp (Gilgongo Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Real Trash 02/ Lipstick 03/ Tribulation 04/ Jerk Loose 05/ Fontellabass 06/ Teenage Kick (Anti-Anxiety) 07/ Grisp 08/ Mono No Aware 2
Samuel Lequette © Le son du grisli

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Compilation de titres enregistrés en 2008 par John Wiese (électronique), Charlie Mumma (batterie) et Corydon Ronnau (voix), Freaked with Jet assemble 75 pièces-projectiles. Publiées plus tôt sur 45 tours (Gutter Splint, Fortune b/w The Eyes Of Men, Epistasis, Vacuum, Agathocles, Vanishing Point), ce sont pour l’essentiel des miniatures que se disputent saccades vocales et batterie hachée menu, autres miniatures remontées que sectionnent pauses et nouveaux départs et ultimes miniatures frappées aux cris d’angoisse supérieure. L’électronique – de Wiese y est à la peine tant la rage du duo Ronnau / Mumma fait de foin...

EN ECOUTE >>> Freaked with Jet

Sissy Spacek : Freaked with Jet (Gilgongo Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01-15/ Gutter Splint 16-39/ Fortune b/w The Eyes of Men 40-54/ Epistasis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Gianni Lenoci : Secret Garden (Silta, 2011)

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D’abord se fait entendre la contrebasse, précipitée, déterminée, presque affolée, puis apaisée à l’arrivée d’un piano et d’une batterie dont les pas seront vite emboîtés par un saxophone alto ample et assuré. Secret Garden commence ainsi. Pour changer bientôt, à coups de subtils dérèglements ou d’emballements plus vifs. Alors on pense à Coltrane, pour cette combinaison de quatre lumineuses : batterie rayonnant large, contrebasse plantée profond dans le sol, piano en accords plaqués, sax au-dessus de la mêlée. Très vite, chacune des quatre voix se singularisera, sans perdre de vue totalement, toutefois, l’imposant héritage. Et de narrer d’autres histoires, de dessiner d’autres figures. Chacun à leur tour, les quatre s’éloigneront de la route qu’ils semblaient vouloir tracer pour aller se perdre ailleurs. Les dix minutes du morceau augural de Secret Garden, portant ce même nom, auront passé vite et laissé présager l’importance de ce disque.

A Palindrome Life, deuxième morceau, achève de convaincre. Gianni Lenoci et ses compagnons y offrent une longue méditation, un art de souffle retenu, d’énigme irrésolue. Reprenant les timbres là ou Secret Garden les avait laissés, A Palindrome Life s’éloignera après son premier tiers vers de nouvelles terres. Si la main gauche de Lenoci reste fidèle au piano, la droite égrène les touches d’un mbira. Marcello Magliocchi se concentre alors sur le son mat des seuls tambours tandis que William Parker se saisit d’un archet grave. Don Cherry et son folklore imaginaire ne sont pas loin, et seront invités de nouveau sur Mbira, cinquième morceau de l’album, tout aussi convaincant.

Avec Two Days in Amsterdam, le groupe, s’il revient aux formules éprouvées premièrement, les soumettent à une accélération de tempo dont Parker et Magliocchi sont les implacables artisans. Gaetano Partipilo achève de tisser les liens qui le rattachent à l’esprit de Giuseppi Logan et Lenoci dresse un pont entre les pianos de McCoy Tyner et Cecil Taylor.  Le quatrième titre, Splinter, courte course-poursuite au souffle coupé, et le final et plus long Variations, se feront vite oublier, tant tout semble avoir été (bien) dit ailleurs. Et incitent somme toute à reprendre l’écoute de ce néanmoins très bon disque. Alors, reprenons : d’abord, se fait entendre la contrebasse…

Gianni Lenoci Quartet : Secret Garden (Silta Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Secret Garden 02/ A Palindrome Life 03/ Two Days in Amsterdam 04/ Splinters 05/ Mbira 06/ Variations
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim, 2011)

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C’est à gauche que l’on repérera la première note née de cette nouvelle collaboration de Radu Malfatti et Lucio Capece. A gauche donc que ce grave traînera un temps avant de disparaître. Tenir davantage – mieux faire ? – la prochaine fois, ou l’une des prochaines fois – quarante minutes à peine lui sont offertes pour y parvenir.

Excavée : non pas une musique de silences mais une musique de soupçons. Pas de dialogue : la rencontre de Capece et Malfatti dit pourtant et même compose : à force de retenues plutôt que de soustractions. L’expression est en négatif et l’attitude d’opposition. Mais le laisser-taire, s'il provoque une autre écoute, est-il musicalement viable ? Ces craquements qui trahissent les présences sont-ils aussi affaire de musique ?  

Poser la question, c’est déjà discuter la place du qui-vive dans le déroulement de l’exhibition et celle de l’attente au creux de l’action. Affûté, le trombone ose enfin une note, et même une seconde. En accord avec la clarinette basse, il élève des parallèles qui dessinent un horizon auquel raccrocher toute obligation de musique.

Parce qu’il chercha partout la note promise par la présence des musiciens, l’auditeur pouvait-il ignorer que Capece et Malfatti respiraient ? C’était pourtant pour lui souffler des choses rares, en tout cas différentes de celles généralement entendues. Peut-être même « la chute du temps, goutte à goutte », que Pessoa saisit un soir avant que le sommeil ne l’emporte. « Et aucune des gouttes qui tombent n’est entendue dans sa chute. » 

Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 25 septembre 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Explorational
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Srotter Inst. : Widerhall (Echomusic, 2012)

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Après avoir publié des CD-R (d’If, Bwana ou de Francisco Meirino, entre autres), le label Echomusic se tourne vers le téléchargement. Le premier qu’il met à disposition est une compilation de prestations de Strotter Inst. qui datent d’une tournée aux Etats-Unis en 2010.

Widerhall (« écho », en Allemand), c'est sept souvenirs enregistrés. Sept souvenirs qui reviennent façon boomerang à la face de Christoph Hess, grand défenseur d’indus minimaliste crachée par des platines-rotatives. En bucheron qui ne plaisante pas avec la régularité (mais qui s’accommode fort bien des feedbacks créateurs de décalages), il débite des motifs qu’il transforme en boucles. De ces boucles, il fait bien sûr des nœuds : simples, puis doubles, puis triples, etc. Le bondage est musical et les liens écrasent l’auditeur. Pour avoir pris des photos et gêné de ses bips d’appareils numériques le jeu de Strotter Inst., voilà qu'on le balance sur la platine : la force centrifuge lui fait prendre des positions interdites à la plus agile des contorsionnistes. Bien fait !

Strotter Inst. : Widerhall (Echomusic)
Enregistrement : mars-juin 2010. Edition : 2012.
Téléchargement : 01-07/ Widerhall 1-7
Pierre Cécile © Le son du grisli


Daunik Lazro, Jean-François Pauvros, Roger Turner : Curare (NoBusiness, 2011)

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Sur le papier – et pour peu qu'on ait écouté, ces dernières décennies, les travaux respectifs de Daunik Lazro, Jean-François Pauvros et Roger Turner – pareil attelage est diablement prometteur... Et l'auditeur déjà se met à désirer, échafauder, si ce n'est planifier ses scénarios : énergie rock et décharges soniques... C'est aller trop vite, car sur scène puis au disque (vinyle ou compact), c'est mieux encore, et au-delà du power trio fantasmé – pas plus de Lazro en sax macho, que de Pauvros en musculeux du manche, ou de Turner cogneur.

Ainsi à l'automne 2008, devant le public des Instants Chavirés, découpe-t-on des mobiles de tôle [Morsure, White Dirt], cherchant avec une patience tendue agencements et émergences (mais point encore les derniers outrages – Pauvros s'y connaît) : de la limaille, des copeaux, une mise en forme des plaques par chaudronnerie expérimentale, jusqu'au chant des métaux, à force de ferrailler.

A Besançon, fin juin 2010 [En Nage, The Eye], l'affaire prend un tour plus direct et presque poisseux. À larges traînées de fraiseuse baryton, tandis que de part et d'autre on s'active au pied-de-biche, une fois les lames du plancher soulevées, on dégage, on pousse et fait monter une pâte à échardes qui se met à circuler, lyrique et bien bandée.

Un disque formidable.

EN ECOUTE >>> White Dirt >>> En nage

Daunik Lazro, Jean-François Pauvros, Roger Turner : Curare (NoBusiness)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Morsure 02/ White Dirt 03/ En Nage 04/ The Eye
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Chicago Trio : Velvet Songs (Rogue Art, 2011)

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Dans la lignée loquace et sensible du regretté Fred Anderson, à qui cet enregistrement est d’ailleurs dédié, voici le Chicago Trio (Ernest Dawkins, Harrison Bankhead, Hamid Drake). Captées live les 11 et 12 août 2008 dans l’antre du Velvet Lounge, ces douze plages réunies en deux CD naviguent entre splendeurs et misères.

Splendeurs pour l’appétit et l’abattage du saxophoniste, pour son art du renouvellement et du resserrement, pour son alto vrillant toujours la bonne direction (You Just Crossed My Mind, Waltz of Passion), pour son soprano volubile et virevoltant (Peace & Blessings, Moi Tre Gran Garcon). Splendeurs que les interventions solistes d'Harrison Bankhead, contrebassiste (Woman of Darfur ou l’art de creuser en profondeur) et violoncelliste (Peace & Blessings) inspiré. Splendeurs, enfin, que ces plages de totale liberté dans lesquelles le free n’est plus spectre mais entité palpable et florissante (The Rumble, Galaxies Beyond).

Misères que ces blues poussifs, ces faux reggaes, ces écoutes avortées, ces solitudes sans armes. Misères que ces saxophones activés simultanément sur fond de funk virant, peu à peu, New Orleans (Down n’ the Delta). Misères que le jeu sec et prévisible d’un Hamid Drake en panne de souplesse. Mais, fort heureusement, One for Fred, improvisation enflammée et soutenue, de venir conclure et ressusciter la figure tutélaire du grand Baba Fred Anderson.

Chicago Trio : Velvet Songs. To Baba Fred Anderson (Rogue Art / Souffle Continu)
Enregistrement : 11 et 12 août 2008. Edition : 2011.
CD 1 : 01/ Astral Projection 02/ Sweet 22nd Street (The Velvet Lounge) 03/ You Just Crossed My Mind 04/ The Rumble 05/ Peace & Blessings (To Fred) 06/ Down n’ the Delta – CD 2 : 01/ Jah Music 02/ Galaxies Beyond 03/ Woman of Darfur 04/ Waltz of Passion 05/ Moi Tre Gran Garcon 06/ One for Fred
Luc Bouquet © Le son du grisli


Jean Rougier, Thomas Dubois, Didier Lasserre : Entendus avec l'âme (Petit label, 2011)

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Dans le trio de Didier Lasserre (Live at l’Atelier Tampon), on a pu entendre déjà la contrebasse chaotique de Jean Rougier. Celle-ci ouvre ces Entendus avec l’âme, trouvant vite un contrepoids dans les phrases fluides du trompettiste Thomas Dubois. Pour faire pencher l’ensemble, ce sont les coups éclatés de Lasserre qui agissent.

Sur caisse claire et cymbales, le batteur indique des chemins de traverses. Empruntés, les prises de risques y seront toutefois rares, notamment lorsque Dubois et Rougier agissent en duo. En conséquence, l’improvisation est de peu de reliefs ; heureusement, elle est polychrome : la belle précarité de l’équilibre du contrebassiste et les ponctuations aiguisées du batteur font que la nonchalance de ces conversations provoque à force d’insistances de beaux effets, salutaires même.

Jean Rougier, Thomas Dubois, Didier Lasserre : Entendus avec l’âme (Petit label)
Enregistrement : 25 mars 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Cuerpo sin cuerpo 02/ Tiempo sin horas 03/ Raices de tinta
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Heddy Boubaker, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême : Le beau déviant (Creative Sources, 2011)

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La pochette est sobre et les noms des morceaux (Le chant de la pluie, Singulier grain de sable, Tempête éteinte des passions…) sont des indices donnés par Heddy Boubaker (saxophones), Ernesto Rodrigues (violon) et Abdul Moimême (guitare électrique préparée) pour aborder leurs improvisations. L’écoute de leur disque confirme que ces indices étaient fiables.

Car leur « déviant » est « beau » ET attentionné. Les instruments sifflent & soufflent & chuintent, l‘improvisation balance deux notes de violon, ronronne près de l’oreille de l’auditeur ou se meut au loin. Ce qui était promis est donc tenu : la conversation dévie souvent. et est d'une très belle harmonie.  

Heddy Boubaker, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême : Le beau déviant (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 17 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Le chant de la pluie 02/ Singulier grain de sable 03/ L’arbre qui ne cache 04/ Tempête éteinte des passions 05/ L’échec des machinés formidables 06/ Un beau matin, la déchireure
Pierre Cécile © Le son du grisli


Daniel Menche, Anla Courtis : Yagua Ovy (Mie, 2011)

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On avait, sur The Torrid, furtivement entendu Anla Courtis et Daniel Menche ensemble. Yagua Ovy permet de prolonger ce plaisir, sous l’égide inspirante du loup-garou.

De nuit, forcément, Menche se cogne en forêt contre une nuée d’arbres, fait naître des murmures et des gémissements qui avertissent de l’arrivée de la bête au son d’une crécelle peu commune. Rattrapés par la figure qu’ils ont invoquée, Menche et Courtis livrent alors une lutte radicale – les râles de guitare électrique concurrencent en force de frappe les coups portés sur quelques éléments de batterie.

En face B – les séquelles peut-être –, la guitare est ralentie et les percussions se chargent d’admonester des pièces de bois minuscules. C’est la berceuse qui épouse le rythme de la respiration du Yagua Ovy, en train de reprendre du poil de la bête. Est-ce une scie circulaire qui, au loin, se fait entendre ? L’animal n’attendra pas qu’elle se soit trop approchée pour émerger, en découdre, en conclure…

EN ECOUTE >>> Runa-Uturunco & Em Relincho (extraits)

Daniel Menche, Anla Courtis : Yagua Ovy (Mie)
Edition : 2011.
LP : A/ El Relincho B/ Runa-Uturunco
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Scott Fields Ensemble : Frail Lumber (Not Two, 2011)

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Les cordes de Scott Fields ont de la suite dans les idées et le sens des hautes voltiges. Leur nature première se nomme inquiétude, leur seconde dissonance. Elles ne savent que se mêler et pulvériser le contrepoint naissant. Ces cordes disent la menace et la désorganisation. Elles activent de bien étranges circulations : lignes fuyantes en transit (Ziricotte), masse hurlante ne trouvant jamais d’échappée (Koa), basse continue brésillée par de bruitistes guitares (Paulownia), archets hurlants de terreur (Cocobolo), entorses fulminantes (Bubinga). Ici, l’alphabet du désagréable trouve son idéal dictionnaire.

Ces cordes saillantes et cisaillantes, oppressantes, menaçantes, le sont grâce à Mesdames Jessica Pavone et Mary Oliver & Messieurs Scott Fields, Daniel Levin, Axel Lindner, Scott Roller, Vincent Royer et Elliott Sharp. On souhaite vivement les réentendre.

Scott Fields Ensemble : Frail Lumber (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 5 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Ziricotte  02/ Koa  03/ Paulownia  04/ Cocobolo  05/ Bubinga
Luc Bouquet © Le son du grisli



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