Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Manuel Zurria : Loops4ever (Mazagran, 2011)

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Avec Repeat (trois CD sur Die Schachtel), Manuel Zurria avait mis sa flûte et ses electronics au service de compositeurs tels que John Cage, Arvo Part, Tom Johnson. Avec Loops4ever, il recommence et ses choix de partitions, autant d’ « œuvres ouvertes », sont tout aussi éclairés puisqu’on y remarque des pièces de Giacinto Scelsi, Pauline Oliveros, Alvin Lucier, Alvin Curran, John Duncan, Jacob TV, Eve Beglarian, Clarence Barlow, William Basinski, Frederic Rzewski, Terry Riley.

C’est peu dire que Zurria profita des libertés données à l’interprète par ces « classiques » du contemporain et du minimalisme. Il rafraîchit leur pensée même en mélangeant des drones et des ondes sinusoïdales à son jeu à la flûte. Par exemple, Madonna and Child de Curran échange son je-ne-sais-quoi de médiéval contre une traînée de poudre stellaire. Autres exemples, I Will Not Be Sad in This World d’Eve Belgarian et Variation #6 de William Basinski deviennent d’inoubliables morceaux de folk lunaire.

Mais Zurria n’est pas toujours sur la lune. La preuve avec les sifflements radicaux du Carnival de John Duncan (alors que j'écoutais ces sifflements encore hier, j'ai appris la mort de Tàpies ; ils me rappèleront maintenant toujours Tàpies) ou les délires musico-langagiers de Jacob TV, qui me font penser à l’art de Robert Ashley, bien qu’en moins abouties. Enfin, Zurria s’en va en interprète interprétant (Dorian Reeds de Riley est joué avec une exactitude qui n’a d’égale que l’amplitude de la partition) pour montrer une autre face encore de son talent. Louanges à Manuel Zurria !

EN ECOUTE >>> Casadiscelsi >>> The Carnival >>> Variation #6

Manuel Zurria : Loops4ever (Mazagran)
Edition : 2011.
CD1 : 01/ Giacinto Scelsi : Casadiscelsi 02/ Pauline Oliveros : Portrait 03/ Alvin Lucier : Almost New York 04/ Alvin Curran : Madonna and Child 05/ John Duncan : The Carnival – CD2 : 01/ Jacob TV: The Garden of Love 02/ Eve Beglarian : I Will Not Be Sad in This World 03/ Jacob TV : Lipctick 04/ Clarence Barlow : …UNTIL… 05/ William Basinski : Variation #6: A Movment in Chrome Repetitive 06/ Frederic Rzewski : Last Judgment 07/ Terry Riley : Dorian Reeds
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Jim Haynes : The Decline Effect (Helen Scarsdale Agency, 2011)

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Notion introduite en parapsychologie, l’effet déclin implique l’idée que le pouvoir des médiums faiblit au fur et à mesure du temps – et qu’à long terme, chaque contrôle de leurs capacités démontre un peu plus la faiblesse de leurs résultats. Bien que mystérieuse au béotien total que je suis dans le domaine, la théorie offre toutefois l’avantage non négligeable de jeter un regard intéressant sur le présent double LP de Jim Haynes.

Artiste originaire de la baie de San Francisco, il développe le long de quatre longues séquences (75 minutes au total) un continuum sonore d’une belle acuité, quelque part en marge de Fennesz et BJ Nilsen (notamment du magnifique The Invisible City de l’électronicien suédois). Tout le long des plages du vinyle, les rencontres fortuites se muent en accidents contrôlés – tels des acronymes familiers échafaudés sur des structures bruitistes entre musique concrète et electronica nappée. Visions d’orage ou butinages vivaces, échos de cascades au lointain ou ruptures de charges fantomatiques, le producteur californien développe un luxe de détails sonores assez rare – tout en s’accordant, quel luxe !, les minutes indispensables à la pleine réalisation de ses idées. Même si, en quelques instants plutôt rares, le temps s’écoule trop lentement à mon goût, la fréquentation de The Decline Effect m’a paradoxalement remis sur une pente ascendante.

Jim Haynes : The Decline Effect (The Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2011.
2 LP : 01/ Ashes 02/ Terminal 03/ Half-Life 04/ Cold
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Rhodri Davies, Mark Wastell : Live in Melbourne (Mikroton, 2011)

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C’est un Live daté du 17 septembre 2005 : in Melbourne Rhodri Davies et Mark Wastell s’attelèrent à des travaux de mesure : dans un de ses plateaux, une balance aurait ainsi accueilli l’électronique lo-fi de Davies ; dans l’autre, le matériel de Wastell : console de mixage, pédales d’effets, micros de tous contacts, lecteurs MD ou CD, cloches, bols chantant, harmoniums et pièces d’électroniques préenregistrés, etc.

Impressionnant, l’attirail trouve son équilibre sur la ligne d'un drone et les perturbations de parasites nombreux que Davies et Wastell froissent avant d'y découper des motifs aux contours saisissants. Sur une courbe, on croirait entendre un souvenir de harpe instantanément mis en musique. Or, ce n’est qu’un premier aigu qui en engendrera d’autres, amenés à renouveler le discours de l’association : ici le goût de métal qui préside à la joute est changé en mitraille ; ailleurs les oscillations tremblent au point de se taire presque.

A la fin de la course, le paysage est diaphane ; on y avait pourtant repéré quelques plages de fusain hors-normes.  C’est qu’aux antipodes, les jeux de miroirs de Davies et Wastell auront fait leur œuvre flexueuse : selon l’inclinaison, les réflexions n’ont pas les mêmes effets – de discrètes variations en formidables négatifs.

Rhodri Davies, Mark Wastell : Live in Melbourne (Mikroton)
Enregistrement : 17 septembre 2005. Edition : 2011.
CD : 01/ Live in Melbourne
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Stone Quartet : Live at Vision Festival (Ayler, 2011)

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A New York, le 28 juin 2010, les cordes de Joëlle Léandre et de Mat Maneri ne se faisaient pas prier pour s’entremêler. De sorte que l’on aurait pu croire Roy Campbell et Marilyn Crispell installés dans le retrait. Mais c’était mal connaître et mal interpréter le Stone Quartet dont le but tend à consolider et maintenir un axe collectif avant toute autre chose.

Ainsi, quand tout fut installé, elle et ils purent entrer dans la danse et animer une lente pulsation jamais abusée. Nulle structure, nulle combinaison ici mais un remarquable enchaînement des matières. On pourra, aussi, projeter quelques grandeurs : un fugace mais poignant duo flûte-voix, une contrebasse plus pizz et moins arco que d’ordinaire, une trompette perçante et chavirante mais dans tous les cas de figure, soudés et solidaires, nous les retrouverons toujours. Un grand disque, je crois…

EN ECOUTE >>> Vision 1 >>> Vision 2

Stone Quartet : Live at Vision Festival (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Vision One 02/ Vision Two
Luc Bouquet © Le son du grisli


Angel : 26000 (Editions Mego, 2011)

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A la base, le calcul est simple bien qu’aguichant, Ilpo Väisänen de Pan Sonic + Dirk Dresselhaus de Schneider TM = Angel. Très vite, et fichtre qu’on aime ça, l’addition devient carrément baveuse à la lecture des trois renforts que sont la magnifique violoncelliste Hildur Gudnadottir, le pape ambient BJ Nilsen et le guitariste tripatouilleur Oren Ambarchi. L'affiche est sexy, au sens mystique d’une musique que traversent les forces contradictoires – ou pas – de Oneohtrix Point Never vs Earth vs Throbbing Gristle.

Censées représenter les derniers temps d’un cycle étalé sur 26000 années, d’où son titre, le disque débute par un immense morceau de bravoure noise – encore que la simplicité du qualificatif ne rende guère hommage à la violence contenue qu’il dégage. Echafaudé sur les glissandi de Gudnadottir, déclinés en de multiples torrents où l’orage le dispute à la tempête, Before the Rush et ses 13’45 impliquent une haute revendication bouillonnante aux airs de champ de bataille après la mort. Un temps de musique quasi-concrète plus tard, mais telle qu’elle serait revue et corrigée par Z’ev et Daniel Lopatin en nouveaux membres d’Einstürzende Neubauten (In), le quintet germano-scandinavo-australien décide de nous emmener dans les entrailles de la terre, direction les égouts sous la ville où le moindre pas fait écho de longues secondes ( Dark Matter Leak). On y fait d’étonnantes rencontres – à un tel point qu’on se prend à entendre un OVNI perdu à jamais en les sous-sols putréfiés d’une civilisation imbibée de sa propre décadence (la nôtre ?). Présents tout au long de l’œuvre, les boules de verre et autres objets métalliques tiennent sur Out le haut du pavé, bien qu’on les ait déjà appréciés en meilleurs termes, notamment chez Figueras, Toop et Burwell (mais c’était il y a bien longtemps). En sortie de piste, un long bourdonnement – very – hypnotique étend sa masse lunaire, tel une toile d’araignée lentement tissée autour de nos cervelets mis à rude – mais fascinante – épreuve vingt-six mille années durant.

EN ECOUTE >>> 26000

Angel : 26000 (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2011.
CD/LP : 01/ Before The Rush 02/ In 03/ Dark Matter Leak 04/ Out 05/ Paradigm Shit
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Mark Alban Lotz & Islak Köpek : Istanbul Improv Sessions May 4th (Evil Rabbit, 2011)

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Voici le second volet – mais le premier chronologiquement – des aventures conjointes de Mark Alban Lotz et d’Islak Köpek (Sevket Akinci : guitare / Kevin W. Davis : violoncelle / Korhan Erel : laptop / Robert Reigle & Volkan Terzioglu : saxophones ténors). Ici, et même si les six musiciens n’improvisent ensemble que quatre fois sur un total de quinze pièces, cela suffit à confirmer la totale fusion du flûtiste batave et des cinq improvisateurs turcs (d’origine américaine, Kevin W. Davis et Robert Reigle sont, aujourd’hui, résidents turcs).

Face aux flûtes sereines de Lotz voici que se déchaîne le ténor rugueux de Robert Reigle : nul combat ici mais une course aux dissonances impulsée de façon toute naturelle. Maintenant, ce sont des souffles étranglés et inquiets qui émergent de la masse nébuleuse. Mais les plus beaux instantanés du disque sont à mettre à l’actif du flûtiste et de Korhan Erel: entre les vents ancestraux de l’un et les gargarismes électroniques de l’autre se lient quelques idées fortes, accomplies. Sans nul doute, une piste à argumenter pour l’avenir.

Mark Alban Lotz, Islak Köpek : Istanbul Improv Sessions May 4th (Evil Rabbit Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ We 02/ Mouths 03/ Mouthtrap 04/ Stop 05/ Throat 06/ Us 07/ Scared 08/ Talking 09/ Down 10/ Short 11/ Sacred 12/ Mouthstrap 13/ Diamond 14/ Our 15/ Mouthwater
Luc Bouquet © Le son du grisli


Weird Weapons : 2 (Creative Sources, 2011)

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Je pensais, jusqu’à cette écoute, pouvoir reconnaître la guitare d’Olaf Rupp. Mais au début de Buckram, est-ce elle qui gratte ou la contrebasse de Joe Williamson ? Et aussi, est-ce elle qui gonfle ou la peau de la caisse claire de Tony Buck ? Impossible à dire.

Heureusement, la guitare de Rupp me revient, répétitive et acharnée sur les trois ou quatre cordes qui suffisent à ses arpèges. Cette fois nul doute c’est bien là Williamson alors que Buck s’escrime à enfoncer ses baguettes plus profond dans les fûts. Je reconnais donc la guitare de Rupp parce que je m’aperçois que ses deux partenaires sont occupés ? Soit, qu’importe. Ce qui importe c'est que tout tourne et que les arpèges dansent avec un drone et un bruit de métaux. La guitare classique de Rupp ne lâche rien, elle tient bon sous la pression conjointe de bassiste de Trapist et du batteur de The Necks. Le premier Weird Weapons était sorti sur Emanem. Le second ne trahit aucune de ses promesses.

EN ECOUTE >>> Shantung & Buckram

Weird Weapons : 2 (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Shantung 02/ Buckram
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Sissy Spacek : Grisp / Freaked with Jet (Gilgongo, 2011)

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Improvisations bruitistes, collages, noise core primitiviste, musique industrielle, musique concrète… Enregistrés par Aaron Hemphill, Jesse Jackson, John Wiese, Mitchell Brown, Peter Kolovos et Rick Potts, réinjectant sur une partie du disque des fragments sonores de Smegma et The Haters, les huit titres de Grisp forment une matière explosive – décidément instable.
 
Sifflements, grésillements, raclements, crissements, crépitements sont quelques-uns des modes phénoménaux de ces expérimentations sonores, procédant par abrasions et par électrocutions, par fissures et par fissions, par scissions brutales.
 
La musique de Sissy Spacek naît de l’agencement de déchets sonores – larsens, bruits blancs, bruits métalliques – et d’opérations sauvages à même le support enregistré : une exploration excitante des puissances de l’hétérogène !

EN ECOUTE >>> Grisp

Sissy Spacek : Grisp (Gilgongo Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Real Trash 02/ Lipstick 03/ Tribulation 04/ Jerk Loose 05/ Fontellabass 06/ Teenage Kick (Anti-Anxiety) 07/ Grisp 08/ Mono No Aware 2
Samuel Lequette © Le son du grisli

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Compilation de titres enregistrés en 2008 par John Wiese (électronique), Charlie Mumma (batterie) et Corydon Ronnau (voix), Freaked with Jet assemble 75 pièces-projectiles. Publiées plus tôt sur 45 tours (Gutter Splint, Fortune b/w The Eyes Of Men, Epistasis, Vacuum, Agathocles, Vanishing Point), ce sont pour l’essentiel des miniatures que se disputent saccades vocales et batterie hachée menu, autres miniatures remontées que sectionnent pauses et nouveaux départs et ultimes miniatures frappées aux cris d’angoisse supérieure. L’électronique – de Wiese y est à la peine tant la rage du duo Ronnau / Mumma fait de foin...

EN ECOUTE >>> Freaked with Jet

Sissy Spacek : Freaked with Jet (Gilgongo Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01-15/ Gutter Splint 16-39/ Fortune b/w The Eyes of Men 40-54/ Epistasis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Gianni Lenoci : Secret Garden (Silta, 2011)

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D’abord se fait entendre la contrebasse, précipitée, déterminée, presque affolée, puis apaisée à l’arrivée d’un piano et d’une batterie dont les pas seront vite emboîtés par un saxophone alto ample et assuré. Secret Garden commence ainsi. Pour changer bientôt, à coups de subtils dérèglements ou d’emballements plus vifs. Alors on pense à Coltrane, pour cette combinaison de quatre lumineuses : batterie rayonnant large, contrebasse plantée profond dans le sol, piano en accords plaqués, sax au-dessus de la mêlée. Très vite, chacune des quatre voix se singularisera, sans perdre de vue totalement, toutefois, l’imposant héritage. Et de narrer d’autres histoires, de dessiner d’autres figures. Chacun à leur tour, les quatre s’éloigneront de la route qu’ils semblaient vouloir tracer pour aller se perdre ailleurs. Les dix minutes du morceau augural de Secret Garden, portant ce même nom, auront passé vite et laissé présager l’importance de ce disque.

A Palindrome Life, deuxième morceau, achève de convaincre. Gianni Lenoci et ses compagnons y offrent une longue méditation, un art de souffle retenu, d’énigme irrésolue. Reprenant les timbres là ou Secret Garden les avait laissés, A Palindrome Life s’éloignera après son premier tiers vers de nouvelles terres. Si la main gauche de Lenoci reste fidèle au piano, la droite égrène les touches d’un mbira. Marcello Magliocchi se concentre alors sur le son mat des seuls tambours tandis que William Parker se saisit d’un archet grave. Don Cherry et son folklore imaginaire ne sont pas loin, et seront invités de nouveau sur Mbira, cinquième morceau de l’album, tout aussi convaincant.

Avec Two Days in Amsterdam, le groupe, s’il revient aux formules éprouvées premièrement, les soumettent à une accélération de tempo dont Parker et Magliocchi sont les implacables artisans. Gaetano Partipilo achève de tisser les liens qui le rattachent à l’esprit de Giuseppi Logan et Lenoci dresse un pont entre les pianos de McCoy Tyner et Cecil Taylor.  Le quatrième titre, Splinter, courte course-poursuite au souffle coupé, et le final et plus long Variations, se feront vite oublier, tant tout semble avoir été (bien) dit ailleurs. Et incitent somme toute à reprendre l’écoute de ce néanmoins très bon disque. Alors, reprenons : d’abord, se fait entendre la contrebasse…

Gianni Lenoci Quartet : Secret Garden (Silta Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Secret Garden 02/ A Palindrome Life 03/ Two Days in Amsterdam 04/ Splinters 05/ Mbira 06/ Variations
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim, 2011)

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C’est à gauche que l’on repérera la première note née de cette nouvelle collaboration de Radu Malfatti et Lucio Capece. A gauche donc que ce grave traînera un temps avant de disparaître. Tenir davantage – mieux faire ? – la prochaine fois, ou l’une des prochaines fois – quarante minutes à peine lui sont offertes pour y parvenir.

Excavée : non pas une musique de silences mais une musique de soupçons. Pas de dialogue : la rencontre de Capece et Malfatti dit pourtant et même compose : à force de retenues plutôt que de soustractions. L’expression est en négatif et l’attitude d’opposition. Mais le laisser-taire, s'il provoque une autre écoute, est-il musicalement viable ? Ces craquements qui trahissent les présences sont-ils aussi affaire de musique ?  

Poser la question, c’est déjà discuter la place du qui-vive dans le déroulement de l’exhibition et celle de l’attente au creux de l’action. Affûté, le trombone ose enfin une note, et même une seconde. En accord avec la clarinette basse, il élève des parallèles qui dessinent un horizon auquel raccrocher toute obligation de musique.

Parce qu’il chercha partout la note promise par la présence des musiciens, l’auditeur pouvait-il ignorer que Capece et Malfatti respiraient ? C’était pourtant pour lui souffler des choses rares, en tout cas différentes de celles généralement entendues. Peut-être même « la chute du temps, goutte à goutte », que Pessoa saisit un soir avant que le sommeil ne l’emporte. « Et aucune des gouttes qui tombent n’est entendue dans sa chute. » 

Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 25 septembre 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Explorational
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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