Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Kay Grant, Alex Ward : Fast Talk (Emanem, 2012)

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Jamais très éloignées l’une de l’autre, une voix (Kay Grant) et une clarinette (Alex Ward) se trouvent. Une fois émis le regret de n’écouter, ici, que des extraits-fragments de quatre concerts londoniens et d’une séance studio, toute aussi londonienne, on insistera sur l’évidence de ces rencontres.

Ici, la mélodie n’est jamais mise en sommeil ; qu’elle se dispute – ou se réconcilie – en contrechant – ou en contrepoint –, la mélopée, toujours, se fait large, ludique parfois, anecdotique jamais. Et si roucoulade il y a, elle sera acide, tentaculaire, désagrégée. Entre humeur et humour, les souffles se grillent. Lancés en poursuite ou en suraigus, ils ne s’opposent jamais. Doit-on le regretter ?

Kay Grant, Alex Ward : Fast Talk (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ May I Have This Dance 02/ And Another Thing 03/ Considerer the Alternative 04/ Wood for the Trees 05/ Salisbury Blues 06/ You Don’t Say 07/ Thin Ice 08/ Tale of Two Heads 09/ Absolutely (Not) 10/ Take the Scenic Route
Luc Bouquet © Le son du grisli



James Rushford, Joe Talia : Paper Fault Line (Bocian, 2011)

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Sur Paper Fault Line, un duo d'Australiens – James Rushford (violon, piano, synthétiseur, orgue…) et Joe Talia (batterie, percussions, synthétiseur…) –, un moment augmenté par la présence d’Anthony Pateras, amalgament des improvisations enregistrées entre Melbourne et Rotterdam.

L’amalgame tient de la fusion : d’un archet vif et de bruissements d’ailes, d’innombrables instruments mis au service d’un projet sombre et de corps chantant qui se laissent endormir par un horizon qui bientôt se referment sur eux. Approche alors une machinerie gigantesque aux bruits qui en disent long : la seconde face sera leur aire de jeux.

Au son de graves hybrides, Rushford et Talia concassent là tout ce qu’on trouvait en A. La musique est nourrie de souvenirs transformés par l’inspiration du moment : terrible, celle-ci, jusqu’à ce qu’elle sacrifie sa virulence aux promesses de repos d’une électroacoustique atmosphérique calquant son allure sur celle de cordes délicatement pincées. Comme beaucoup, Rushford et Talia aiment contrarier leurs pratiques bruitistes au gré de retours au calme, voire de berceuses. Le duo ayant ceci de peu commun qu’il agit avec un passionnant sens de l’intrigue.

James Rushford, Joe Talia : Paper Fault Line (Bocian / Metamkine)
LP : Paper Fault Line
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Greie Gut Fraktion : reKonstruKtion (Monika Enterprise, 2011)

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Rapprochement à demi-réussi (seulement) entre la jeune Finlandaise de Berlin AGF (aka Antye Greie) et  la légendaire Gudrun Gut, figure du Kreuzberg underground eighties avec son punk band Malaria et patronne de longue date du label Monika, Baustelle déclinait voici deux ans les bruits de chantier (d’où son titre) au son d’un electro-pop minimaliste et sombre. Réussi par instants, dont l’obsédant Drilling An Ocean et la relecture spoken word du hit de Palais Schaumburg Wir Bauen Eine Neue Stadt, inconsistant en d’autres, l’exercice n’appelait à priori pas à la tentation facile du remix – qui est pourtant réussi avec acuité, sinon brio.

Parmi les titres retenus (les moins ont été laissés de côté, et c’est tant mieux), certains bénéficient d’un regard extérieur leur donnant une réelle plus-value sonore, voire totalement inédit à tel point qu’on n’identifie plus grand-chose de l’objet initial (notamment le Drilling An Ocean sous les doigts menaçants de Mika Vainio). Toujours formidablement en phase, Wolfgang Voigt confronte Wir Bauen Eine Neue Stadt au son martial de son génial piano sous beats techno – à la manière de son terrifiant Freiland Klaviermusik sorti l’an dernier.

Egalement identifiable au bout de quelques secondes, le son de Natalie Beridze insuffle à We Matter une touche poétique sous calmants électroniques, là où le traitement motorique de Jennifer Cardini sur Make It Work accapare sans réellement captiver. Autrement plus étonnant est le regard de Barbara Morgenstern sur Cutting Trees (mais il me laisse de marbre) tandis qu’Alva Noto est en pilotage automatique sur, lui aussi, Wir Bauen Eine Neue Stadt.

EN ECOUTE >>> Wir Bauen Eine Neue Stadt (Alva Noto)

Greie Gut Fraktion : reKonstruKtion (Baustelle Remixe) (Monika Enterprise)
Edition : 2011.
CD : 01/ Drilling An Ocean (AGF) 02/ Wir Bauen Eine Neue Stadt  03/ Wir Bauen Eine Neue Stadt (Wolfgang Voigt) 04/ Drilling An Ocean 05/ Ready Ready 06/ Black Betwixt Darkness 07/ The Far Field (WNYC Remix) 08/ The Serpentine Way 09/ Compounding Daydream 10/ Fabian Fox 11/ The Waves And The Beat 12/ Wir Bauen Eine Neue Stadt (Alva Noto)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Earth : Angels of Darkness, Demons of Light II (Southern Lord, 2012)

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Avant tout, je dois avouer que je n’ai jamais vraiment réussi à suivre Earth au-delà de Special Low Frequency Version – au-delà de leurs origines et de leur classique, quoi… Un détour par Thrones and Dominion ou une oreille jetée sur leur collaboration avec Sun O))) n’y ont rien fait : c’est Special low Frequency Version qui retourne le plus souvent au lecteur.

Après un Angels of Darkness, Demons of Light I sorti l’année dernière (que je n’ai pas entendu, mais ce sera réparé bientôt), le groupe publie Angels of Darkness, Demons of Light II. Sur la pochette, un cavalier de l’Apocalypse d’allure sino-mongole m’interpelle. Le CD tourne : les trois premières minutes sont une simple introduction de Dylan Carlson à la guitare électrique claire (des arpèges) et le violoncelle de Lori Goldston. Bon.

A l’écoute du reste, je note que si Earth ne s’est pas départi d’une lenteur qui a fait son charme, il semble l’avoir débarrassé de toute épaisseur (& en conséquence, de ses drones). Ses refrains qui interdisent tout couplet possible tournent trop souvent en rond et le groupe compte surtout sur les nœuds de cordes électriques (solos en droite ligne de CAN et consorts) pour s’extirper un peu de la mollesse ambiante. Pire encore, il se permet sur A Multiplicity of Doors des descentes d’accords très attendus. Voilà qui n’est pas fait pour me faire oublier Special Low Frequency Version.

Earth : Angels of Darkness, Demons of Light II (Southern Lord)
Edition : 2012.
CD : 01/ Sigil Of Brass 02/ His Teeth Did Brightly Shine 03/ A Multiplicity Of Doors 04/ The Corascene Dog 05/ The Rakehell
Pierre Cécile © Le son du grisli


S/S Motsol : Parallel Pleasures (Creative Sources, 2011)

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Une quarantaine de minutes ; dix moments brefs enchaînés que leur instrumentation distingue ; une entrée en matière intéressante, sur duo de batterie sèche (Ståle Liavik Solberg) et voix (Stine Janvin Motland) sans théâtre – soit S. MOTland + S. SOLberg = S/S Motsol ?

Tout semble disposé au mieux et l'inclusion progressive du cor (Hild Sofie Tafjord), du tuba (Børre Mølstad), de la trompette (Eivind Lønning), du piano même (Nils Henrik Asheim), confère à l'orchestre norvégien, dans les meilleurs instants, une dimension chambriste qui évoque presque Chris Burn, tout en restant bien « ancré ». Mais, au fil de l'écoute et dès le milieu du disque, les choses se gâtent tandis que l'agitation gagne, par bouffées qu'attisent saxophone alto (Klaus Ellerhusen Holm) et contrebasse (Per Zanussi) : le travail des timbres pâtit de ces mêlées et l'orchestre y perd de l'originalité qui se révélait au mieux dans les pièces les plus posées. Pourquoi ne pas se cantonner à ces tutti plus réfléchis que dispersés ?

S/S Motsol : Parallel Pleasures (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 11 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01-10/ S/S1 – S/S10
Guillaume Tarche © le son du grisli



Co Streiff : In Circles (Intakt, 2011)

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Presque toujours impulsées à l’unisson, les mélodies de Co Streiff s’entrouvrent parfois au contrepoint. Aucune sorcellerie, aucune magie ici mais un cadre strict ouvrant la porte à d’inspirés solos.

Chez la saxophoniste : d’abord, une timidité de souffle – elle s’excuserait presque d’être là – ; ensuite, torsadant des phrasés aux traits (presque) colemanien, la voici emportée et décisive. Chez le trompettiste Russ Johnson : une solide présence. Parfois l’appel des grands larges, parfois l’insistance compulsive d’un motif. Chez le contrebassiste Christian Weber : une assise parfaite laissant entrouvrir, au détour d’un archet provocateur, des possibilités étendues. Chez le batteur Julian Sartorius : un art du rebond et de la répartie qui font mouche. Un disque à l’image de ses deux co-leaders : sobre et délicat.

Co Streiff, Russ Johnson Quartet : In Circles (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.  
CD : 01/ Short Outbreak 02/ In Circles 03/ Five Dark Days 04/ The Looper 05/ Tomorrow Dance 06/ Farks Lark 07/ Confession
Luc Bouquet © le son du grisli


Hervé Moire : Mirage de Loire (Aposiopèse, 2012)

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Je ne connais pas le pays qu’Hervé Moire a enregistré. La Loire Atlantique, près d’Oudon. A quelle distance de l’océan Oudon se trouve-t-il ? Je l'ignore et cela m’aide, je pense, à croire à ce mirage que Moire a imaginé et construit en retouchant des field recordings.

Mirage de Loire est donc un autre pays que celui que je ne connais pas. L’eau le traverse de part en part. Les oiseaux y ont établi leurs nids dans des bols chantants. L’hôtel de ville célèbre les noces de la nature et de l’électronique sur des tons pastels. Le mirage est celui d’un village paisible où rien de concret ne vous touche plus. Y séjourner, même une vingtaine de minutes seulement, est incantateur.  

EN ECOUTE >>> Mirage de Loire

Hervé Moire : Mirage de Loire (Aposiopèse)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Mirage de Loire.
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Full Blast & Friends : Sketches and Ballads (Trost, 2011)

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Pour Full Blast (Peter Brötzmann, Marino Pliakas, Michael Wertmüller), l’impasse est toujours possible : convulsions à répétition, étouffement de la forme, énergie fournie en pure perte de sens ; autant d’éléments pouvant être entretenus jusqu’à l’épuisement. Ici, en compagnie de quelques amis (Ken Vandermark, Thomas Heberer, Dirk Rotbrust), Full Blast délivre une composition double-face.

La première est collective. Par petits blocs contrapunctiques, le groupe choisit de ne rien développer des formes abordées, d’où une forte impression de zapping, heureusement balayée par les arrangements soignés et ultra-précis de Michael Wertmüller. La seconde partie (avant final fort d’une sauvagerie consommée) laisse les souffleurs délivrer des pistes plus solitaires (Heberer rond puis salivaire, Vandermark grognant une agitation ouverte, Brötzmann soyeux jusqu’à l’extase).

A noter : une heureuse utilisation des timbales proposée par Dirk Rotbrust et n’ayant de cesse de moduler – et consolider – une harmonie toujours fiévreuse. En trio ou avec d’autres partenaires, Full Blast reste fidèle à lui-même : puissant et  féroce.

Full Blast & Friends : Sketches and Ballads (Trost / Instant Jazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Sketches and Ballads
Luc Bouquet © Le son du grisli


Maya Homburger, J.S. Bach, Barry Guy : Lysandra (Maya, 2011)

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D’une improvisation, florissante à l’époque baroque, et dont certains musiciens tentent, aujourd’hui, de retrouver l’essence (Gabriela Montero pour le meilleur, Dan Tepfer pour le pire), nous ne savons, finalement, que peu de choses. Mais nous savons que la violoniste Maya Homburger, impliquée dans le baroque (Bach, Biber, Telemann) et dans l’improvisation aux côtés de son Barry Guy de mari, ne prend pas les choses à la légère.

Ainsi, son violon (très) baroque sait ne pas figer – si ce n’est renouveler – une partition mille fois rabâchée. Ici, l’interprétation de l’allegro assai de la Sonate n° 3 et du prélude de la Partita n°3 évite les vélocités inutiles. De la même manière, l’archet de la violoniste trouve le moyen d’insuffler justesse et profondeur au largo de la troisième sonate du Cantor de Leipzig. Encadrant les compositions de Johann Sebastian Bach, Lysandra, composé par Barry Guy, insiste sur les harmoniques glissantes et sur de courts motifs hérités d’une musique beaucoup plus contemporaine. En ce sens, plus proche d’un Penderecki que des maîtres du baroque. Et dans tous les cas de figure grâce à Maya Homburger : douceur, fragilité, flamme, intelligence et rayonnement du sens et de la matière.

Maya Homburger, J.S.Bach, Barry Guy : Sonata in C-dur & Partita in E-dur / Lysandra (Maya / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01-04/ Sonata N°3 BWV 1005 05/Lysandra 06-11/ Partita N°3 BWV 1006
Luc Bouquet © le son du grisli


Rogelio Sosa : Raudales (Sub Rosa, 2011)

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La crise est là, belle et bien là ? Heureusement, l’achat de bruits n’est plus ruineux grâce aux éditions Sub Rosa qui – crise oblige pour elles aussi ? – publient désormais des tirages limités dans une série appelée New Series Framework.

Dans cette série, Rogelio Sosa succède, ce n'est pas rien, à Francisco López, Daniel Menche, Benjamin Thigpen, Ulrich Krieger ou Novi_Sad. Trentenaire sorti de l’IRCAM, Sosa a un goût pour les bruits (électroniques, samplés, traités., etc.), c’est Raudales qui le prouve. Ses huit morceaux ont été enregistrés entre 2003 et 2009 et frappent fort. Sosa donne dans le noise marteau-piqueur, broie du noir ou invente une ambient house expérimentale qui racle. Bref, il n’arrête pas de vous frotter le dos avec une éponge métallique. Y’en a qui en redemandent. J’en suis.

Rogelio Sosa : Raudales (Sub Rosa)
Enregistrement : 2003-2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Residual (2004) 02/ Rutina de repulsión (2005) 03/ Vinylika (2003) 04/ Puber - hostil (2007) 05/ Resplandor (2009) 06/ Expecta (2006) 9.49 07/ Intoxicante (2005) 08/ Estertor (2008)
Pierre Cécile © Le son du grisli



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