Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Kasper T. Toeplitz, Eliane Radigue : Elemental II (Recordings of Sleaze Art, 2012)

kasper toeplitz eliane radigue elemental ii

C’est en tendant l’oreille que j’ai entendu les premières notes d’Elemental II, une œuvre qu’Eliane Radigue a composé pour le bassiste Kasper T. Toeplitz. Lui l’enregistre et la publie pour la seconde fois, des années après une captation live au festival Cités Soniques).  

Une fois qu'on est entré en Elemental II, il faut trouver une position, un équilibre, pour tenir sur ses ondes en mouvements et esquiver ses aigus. Son minimalisme pourrait être qualifié de « pur et dur ». Pour faire partie du grand tout, l’auditeur doit en effet se laisser faire (le laisser-faire serait un agir) autant que se rappeler de temps à autre à son bon souvenir (le qui-vive serait un réagir). Car il faut prendre garde aux craquements, ceux que fait une montagne après la pluie – ce que Toeplitz demanda à Radigue d’illustrer, justement.

La commande a été respectée et même au-delà de toute espérance je crois. Voilà pourquoi on entend aussi sur ce CD des appels à l’aide venir de sous la neige. Quand ce n’est pas des fantômes venir dire que l’ondulation d’un drone n’inquiétera jamais autant que leur flottement. Enfin, parmi les grands espaces blancs, Toeplitz arrange des niches : à vous de les remplir pour parachever la belle ouvrage.

Eliane Radigue, Kasper T. Toeplitz : Elemental II (Recordings of Sleaze Art / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Elemental II
Pierre cécile © le son du grisli



eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype, 2012) / eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton, 2011)

erikm michel doneda razime

La collaboration date de mars 2009 : concert qui peint Michel Doneda et eRikm en musiciens-inventeurs souvent empêchés par des trucs et astuces de représentation. Alors, à l’intérieur du soprano, un souffle passe puis une note tremble, dont eRikm teste la résistance aux perturbations de toutes sortes (parasites, scratchs, samples…) et de diverses qualités.

Certes, ses interventions pullulent et son implication est nette, mais eRikm confond là vitesse et précipitation. Si le catalogue dans lequel il se sert est celui d’artifices souvent datés, il peut néanmoins receler des surprises : ainsi arrive-t-il qu’un grave nourri avec patience tombe à point contre un souffle descendant : le duo se reprend alors, et temporise avec ingéniosité (sur Rain).

Après quoi, la folie reprend, ainsi que le spectacle léger d’un petit théâtre expérimental d'allure : un morceau d’émission sportive captée par la radio de Doneda, d’autres souffles en peine, et l’attention s’endort. L’incandescence n’est pas toujours promesse de flamme.  

EN ECOUTE >>> Rain

eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype)
Enregistrement : mars 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Raz 02/ Rain 03/ Azine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

erikm norbert moslang stodgy

Avec Norbert Möslang – aux cracked everyday-electronics, comme jadis en Voice Crack et, avec eRikm déjà, en poire_z –, guère mieux. Collection d’enregistrements datant de 2002 à 2005, Stodgy enfile ainsi trois pièces électroniques furieuses : à la réécoute, plus folâtres que fertiles. L’ardeur du dialogue, fracassante, aurait-elle amputé un peu de la réflexion ? Des étincelles encore, mais de flamme toujours pas.   

eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton)
Enregistrement : 2002-2005. Edition : 2011.
CD : 01/ Stinger 02/ Aérolithe 03/ Micelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno, 2012)

galina

On a beau préférer le noir de l’édition originale au bleu de la réédition, on n’en est pas moins heureux de retrouver les sonates pour piano de Galina Ustvolskaya, interprétées par Markus Hinterhäuser.

Bien sûr, j’ai encore – je veux dire, comme hier – l’impression de me faire réprimander par un piano quand mon attention faiblit un peu, quand je laisse aller mon oreille ailleurs que vers les notes que le piano m’envoie. Je présente alors mes excuses et me reconcentre : tiens, cette sonate ressemble à une étude, mais l’imagination de Ustvolskaya la transforme en mélodie douce ou en moment de tension.

Ma concentration, toujours elle, me fait suivre le balancement des accords ou m’invite à fredonner un air qui ressemble à du Satie mais qui tombe du bout des doigts d’Hinterhäuser. Jusqu’à la sixième sonate, j’ai donc obéis. Pourtant, cette sonate gronde plus qu’aucune autre. Je m’explique, je prouve mon attention, qui est accompagnée d’un beau plaisir. C’est alors que le silence gagne du terrain et soumet l’instrument, l’instrumentiste, puis le compositeur. Après quoi on ne se souvient que de la légèreté des pièces de Galina.

Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno)
Enregistrement : 1998. Réédition : 2012.
CD : 01-06/ Sonata No. 1 - Sonata No. 6
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Tomek Chołoniewski: Un (Mathka, 2011)

tomek choloniewski un

Un = cinq courtes étapes au fil desquelles Tomek Chołoniewski explique de quoi retourne son art de la percussion. L’ensemble n’atteint pas la vingtaine de minutes, mais la concision procure un charme à l’exercice : les éléments de bois et de cuivre y évoluent en roue libre et inventent cent schémas dans l’urgence ; la résonance des frappes étoffe les paysages ; la voix du musicien peut engager une lutte avec les instruments qu’il agite.

Sur un tambour – alors que Chołoniewski pense la plupart du temps sa musique en percussionniste briseur de rythmes –, une allure peut s’imposer : des coups de baguettes sont passés en machine pour qu’une caisse claire ou une cloche perde de leur naturel. A l’heure où quelques esprits frappeurs (Jason Kahn, Fritz Hauser, Will Guthrie…) sortent des solos d’envergure, Tomek Chołoniewski passe une tête et laisse entendre qu'il faudra compter avec lui.

EN ECOUTE >>> ici

Tomek Chołoniewski: Un (Mathka)
Enregistrement : 16 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Unit 02/ Untitled 03/ Untilted 04/ United 05/ Unlitted
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Paints of Anima : Moon Worship (Dokuro, 2011)

paints of anima moon worship

Paints of Anima, c’est Pearson Wallace-Hoyt. Voilà ce qu’il faut savoir. C’est même tout ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans Moon Worship, un disque de noise que l’homme a confectionné en triturant des voix de femmes et des guitares qui rappellent le Merzbow d’antan.

Derrière des cris que boucle Wallace-Hoyt, il y a des bruits qui grondent et qui menacent de plus en plus fort. On me dit qu’il n’existe que soixante exemplaires de Moon Worship ? Ce sont donc 120 oreilles qui demandent grâce (ce que leur cerveau leur refuse) !

EN ECOUTE >>> Moon Worship

Paints of Anima : Moon Worship (Dokuro)
Edition : 2011.
CD-R : 01-02/ Moon Worship
Pierre Cécile © le son du grisli



Sandro Satta, Roberto Bellatall, Fabrizio Spera : Re-union (Rudi, 2011)

satta bellatalla spera re-union

A Rome, le 9 avril 2011, le trop discret Sandro Satta retrouvait le contrebassiste Roberto Bellatalla et le batteur Fabrizio Spera. Sans transpiration mais avec inspiration, l’altiste mène la danse. C’est lui qui, suavement, installe la mélodie, la déroule consciencieusement, éclaircit ses arêtes avant d’alerter un souffle continu, entraînant quelques rebondissements opportuns.

Parfaits dans le rôle d’accompagnateurs éclairés, contrebassiste et batteur partagent ce joyeux festin : l’un n’affolant jamais un jeu tout en rondeur et délicatesse ; l’autre luttant pour ne pas surcharger ses fûts de frappes inutiles. Et ainsi, tous les trois, de nous rappeler que douceur et élégance ne sont pas un frein à l’intensité de cette libre improvisation.

Sandro Satta, Roberto Bellatalla, Fabrizio Spera : Re-union (Rudi Records)
Enregistrement : 9 mai 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Light Lions 02/ Aria 03/ All Hostages 04/ Walkies 05/ Estremo Est 06/ Sambuco
Luc Bouquet © Le son du grisli


Boris Hauf : Proxemics / Next Delusion (Creative Sources / Clean Feed, 2011)

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Cette aire de jeux en couverture (une moitié de terrain) pourrait être la partition graphique dont l’association inattendue de Boris Hauf (saxophones), Juun (Judith Unterpertinger, piano), Keefe Jackson (clarinette contrebasse et saxophone ténor) et Steven Hess (batterie, électronique), suivrait les lignes avec concentration. Si ses règles ne sont pas arrêtées, le jeu est toujours le même : remise en cause de la ligne écrite, que chacun des musiciens peut, s’il l’entend, prolonger en plein ciel.

Et l’appel du large est irrésistible – les vents se croisent, fomentent et achoppent – et même inspirant : plusieurs formules électroacoustiques sont ici essayées : mises bout à bout, elles rivalisent de subtilités et leurs moments polymorphes s’emboîtent avec nonchalance. Si leur harmonie est parfois empêchée, c’est parce que les intervenants préfèrent passer pour perturbateurs plutôt que pour musiciens. C’est ce qui rend Proxemics attachant, alors qu’il était déjà perturbant et musical.

Boris Hauf, Steven Hess, Keefe Jackson, Juun : Proxemics (Creative Sources)
Enregistrement : avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Public 02/ Social 03/ Personal
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Enregistré à la même époque que Proxemics, Next Delusion donne à entendre Boris Hauf conduire un sextette dans lequel prennent place Steven Hess (batterie, électronique) et Keefe Jackson (saxophone ténor et clarinette basse) et puis Jason Stein (clarinette basse), Frank Rosaly et Michael Hartmann (batteries). Là, les vents progressent à l’unisson, que les tambours attisent puis contraignent. Des graves sinueux se répandent au sol et bientôt les rôles sont distribués : série de duels, pour l’essentiel, qui arrangent l’ensemble par modules. L’intérêt de l’auditeur variant au gré des inspirations.

Boris Hauf Sextet : Next Delusion (Clean Feed / Orkhestra International)
Enregistrement : Avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Gregory Grant Machine 02/ Eighteen Ghost Roads 03/ Fame & Riches 04/ Wayward Lanes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun, 2011)

pauline oliveros jesse stewart the dunrobin session

Cette « session » pendant laquelle Pauline Oliveros et Jesse Stewart ont improvisé à l’accordéon Roland V, au synthé digital et aux percussions, est datée de mars 2011. Il est important de le noter parce que le Roland V peut ne pas « faire d’aujourd’hui ». On croit d’ailleurs d’abord entendre une flûte de pan géante puis une grande contrebasse ramper sur des objets coupants.

L’improvisation d’Oliveros & Stewart est (pourrais-je dire) cyclothymique : les drones côtoient des percussions qui gémissent sous le doigté de Stewart, des sons imitent la voix humaine quand d’autres s’opposent selon les tons qu’ils adoptent… En fond sonore, l’échange n’est pas désagréable (si ce n’est quelques vocalisations digitales d’un autre temps qui rappellent les plus belles erreurs de Laurie Anderson) mais, pour peu que l’on tende l’oreille, on a quand même du mal à se passionner pour la chose. Dommage dommage.

EN ECOUTE >>> The Dunrobin Session

Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun)
Enregistrement : 16 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Drop 02/ Caress 03/ Breathe 04/ Lurch 05/ Touch 06/ Paint 07/ Pound 08/ Feel 09/ Sleep 10/ Leap 11/ Crawl
Pierre Cécile © son du grisli


Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure, 2010)

michael t bullock andrew lafkas ceremonies to breathe upon

A la lecture de noms inconnus, la pochette d’un disque peut vous rassurer. Parce qu’elle est en papier cartonné, que les mots y sont gravés, que son dessin est intrigant ou qu’elle réserve une surprise (une petite carte, ici, sur laquelle est dessinée un vieux plan d’architecture).  Comme par enchantement, on fait confiance à Michael T. Bullock et Andrew Lafkas.

Ce sont deux contrebassistes (le site du premier précise qu’il a joué avec Bhob Rainey, Tatsuya Nakatani, Axel Dörner, Pauline Oliveros). D’autant plus rassuré, on plonge. Le duo évolue à l’archet. Sur une même note, qui se scindera en deux, qui interféreront, qui se réconcilieront, qui feront silence, qui repartiront, qui grandiront ensemble, qui parfois resteront interdites. Le minimalisme du duo est quasi sacral. Il renvoie aux Très Riches Heures de Marin Marais comme au Merveilleux de Terry Riley. Il est donc conseillé d’écouter cette paire de contrebasses.

Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure)
Edition : 2010.
CD : Ceremonies to Breathe Upon
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan, 2011)

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Sans l’inachevé de HNH (Clean Feed) et avec le renfort du clarinettiste Joachim Badenhorst, revoici les tambours de Joe Hertenstein, les trompettes de Thomas Heberer et la contrebasse de Pascal Niggenkemper.

Soit huit compositions, certaines très poussées en direction d’un jazz habile (Nupeez, Polylemma) ; d’autres plus opaques mais privilégiant de tout aussi habiles alliages de cuivres (Garden, Sugar’s Dilemma). Compositions et improvisations sans errance ici, sûres et déroulant des coups de projecteurs bienveillants (batterie et contrebasse puis les deux emmêlés sur One Ocean at a Time) ou compilant des couches multiformes et multi-teintes (Stratigraphy). A l’arrivée : un court (45 minutes) mais très intense enregistrement.

Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Polylemma 02/ Garden 03/ Sugar’s Dilemma 04/ Stratigraphy 05/ One Ocean at a Time 06/ Crespect 07/ Banners n’ Bubbles 08/ Nupeez
Luc Bouquet © Le son du grisli



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