Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

David Maranha, Z'ev : Obsidiana (Sonoris, 2012)

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Obsidiana se souvient d’un concert donné en 2010 à Lisbonne par David Maranha (orgue hammond) et Z’ev (grosse caisse, disques d’acier, maracas).

D’origines diverses, les objets frappés le sont d’une même force, qui concèdent des rumeurs et somment un drone de venir les soutenir. L’orgue obtempère avant d’aller sur deux notes : sous les effets des graves, le drone épaissit jusqu’à se transformer en brouillon inquiétant – auquel les maracas redonneront une forme rassurante. Ainsi l’orgue était-il une machine à tisser au moteur à percussions. L’épaisse tenture couleur d’obsidienne qu’on lui doit a conservé la chaleur de la lave.

EN ECOUTE >>> Obsidiana

David Maranha, Z’ev : Obsidiana (Sonoris / Metamkine)
Enregistrement 24 juin 2010. Edition : 2012.
CD : Obsidiana
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Vinny Golia, Mark Dresser : Live at Lotus (Kadima Collective, 2011)

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Voilà plus d’une dizaine d’années, le 20 janvier 2001 précisément, une clarinette s’emportait et une contrebasse n’était pas loin d’en faire autant. Cela se passait au Lotus new-yorkais et Vinny Golia diagnostiquait à sa clarinette une fringale anormale tandis que Mark Dresser tendait à son partenaire d’explosifs filets.

Intrépides et soudés, généreux et abondants, prêts à chevaucher des improvisations sans balises – Can There Be Two excepté –, ils se régalaient à accorder anche et archet sur une même fréquence. L’unisson s’était trouvé mais refusait de s’attarder. Très vite, ils repartaient à l’aventure. A nouveau, ils se réunissaient puis s’éloignaient. Quand clarinette basse et contrebasse trouvaient une même et juste distance, la réussite était totale (Excursion) mais bien plus aléatoire était leur chant quand ils s’entêtaient à parfaire un contrepoint incongru (Can There Be Two). Tout ceci pour le premier set. Le second est attendu avec impatience.

Vinny Golia, Mark Dresser : Live at Lotus (Kadima Collective / Instant Jazz)
Enregistrement : 2001. Edition : 2011.
CD : 01/ Locution 02/ Excursions 03/ Can There Be Two 04/ Directions to El Paso
Luc Bouquet © Le son du grisli


Scott Smallwood, Sawako, Seth Cluett, Ben Owen, Civyiu Kkliu : Phonoraphy Meeting 070823 (Winds Measure, 2011)

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Je ne pensais pas pouvoir trouver de sens à une compilation de field recordings – présentés à New York au Phonography Meeting en 2007. Un disque de la sorte, c'est-à-dire d’eau, de vents, d’oiseaux, d’engins, tous attrapés au vol par les micros de Scott Smallwood (ou) Sawako (ou) Seth Cluett (ou) Ben Owen (ou) Civyiu Kkliu.

Et pourtant, je me suis laissé avoir en écoutant ces bruits de tous les jours (de nouveaux bruits de tous les jours, qui ne sont pas les miens, ni ceux de mes voisins ou des passants que je croise). Qui a entamé cette conversation alors ? Où courent ces enfants ? Où vont ces cloches ? Pourquoi le micro crépite-t-il ? Qui a éteint la lumière ? Et la grande question : à qui tous ces bruits appartiennent-ils ? A ceux qui les ont captés ? Ou à moi qui suis peut-être le dernier à les avoir entendus ?

EN ECOUTE >>> Phonography Meeting

Scott Smallwood, Sawako, Seth Cluett, Ben Owen, Civyiu Kkliu : Phonoraphy Meeting 070823 (Winds Measure)
Enregistrement : 23 août 2007. Edition : 2011.
CD : Phonography Meeting 070823
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Chris Abrahams, Lucio Capece : None of Them Would Remember It That Way (Mikroton, 2012)

lucio capece chris abrahams none of them would remember it that way

Le synthétiseur DX7 a permis à Chris Abrahams d’entreprendre, entre 2003 et 2005, d’abstraites Germ Studies en compagnie de Clare Cooper. Plus récemment, il envisageait l’instrument avec Lucio Capece (saxophone soprano, clarinette basse, préparations et sruti box).

D’une autre manière, disent ces trois improvisations datées de 2008. Dans la longueur, d’abord, et ensuite dans l’opposition : de souffles indécis et d’élucubrations chantantes, de motifs courts taillés en rubans et de drones parallèles à ceux-là, de reliefs et de plateaux choisis comme aires de jeux, de graves et d’aigus souvent, enfin, de vindictes créatives et d’apaisements réconciliateurs.

Ce qui rapproche None of Them Would Remember It That Way de Germ Studies, ce sont les trouvailles qu’y font Abrahams et Capece : la pièce Southern Patterns en regorge et s’en nourrit, qui démontre en plus d’une forte cohérence dans son exposition d’expressions fantasques. La tête vous tourne alors ; vous tentez de vous remémorer None of Them Would Remember It That Way. Son souvenir est confus encore, mais curieusement agréable.

Chris Abrahams, Lucio Capece : None of Them Would Remember It That Way (Mikroton)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Ring Road 02/ Southern Patterns 03/ All the Oceans Between
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Lucio Capece : Zero Plus Zero (Potlatch, 2012)

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Si le premier coup d'œil au dos de la pochette de ce disque laisse craindre la dispersion (et tout particulièrement à la lecture de l'instrumentarium convoqué : « sruti box, soprano saxophone with preparations, ring modulator, double plugged equalizer, bass clarinet, sine waves, cardboard tubes », etc.), l'audition intégrale de l'enregistrement écarte cet écueil supposé ; mieux, elle convainc que, dans la conduite du projet solo de Lucio Capece – on a déjà apprécié le musicien aux côtés de Radu Malfatti, Sergio Merce, Lee Patterson ou dans le quartet SLW – cet attirail ne sert qu'à la continuation, par tous les moyens, d'une recherche originale.

Ainsi passe-t-on d'une pièce à l'autre sans perdre la cohérence du cheminement esthétique, atteignant des plateaux (de matières, de fréquences) successifs qui dessinent, au fil du disque, une progression assez fascinante : subtilement, Capece ménage des accès à ces états modifiés de concentration qui permettent de percevoir le son dans le son – et, pressent-on, peut-être aussi dans une sorte d'au-delà du son. Ondes à empreinte, jeux d'harmoniques longs jusqu'à l'hallucination, puissants drones à halo : un impressionnant travail !

Lucio Capece : Zero Plus Zero (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Some Move Upward Uncertainly 02/ Zero Plus Zero 03/ Inside the Outside I 04/ Inside the Outside II 05/ Spectrum of One 06/ Inside the Outside III
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Matthias Ziegler : La Rusna (Leo, 2012)

matthias ziegler la rusna

Chez Matthias Ziegler, les flûtes sont très graves et même la flûte alto résonne d’un souffle sombre. Et si parfois elles s’animent de nervosité, elles ne font que prolonger la réverbération caverneuse qui ouvre ce disque (La Rusna I). Entre chant grégorien, vents solaires et glissendis ligetiens, le risque de chuter en excès new-age est grand et ne sera pas toujours évité. Tout comme cet ennui qui s’incruste, à force d’effets et d’inactions tenaces.

Mais quand la machinerie se soulève et que le salivaire reprend ses droits, quand la flûte devient gutturale ou  saturante, ce solo passionne, séduit. Et ce sont, précisément, ces moments (ContraBasics, Ave Kingma) que l’on a envie de retenir et d’écouter de nouveau.

Matthias Ziegler : La Rusna. Music for Flutes (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ La Rusna I 02/ Stop n Go 03/ Never Old or Even 04/ ContraBasics 05/ Ave Kingma 06/ One Note 07/ La Rusna II
Luc Bouquet © Le son du grisli


"A" Trio : Music to Our Ears (Al Maslakh, 2012)

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Présentations faites hier de l’ ‘‘A’’ Trio, entrons dans le vif de l’improvisation consignée en Music to Our Ears. Le titre, d’ailleurs, pourrait être un credo qui relativiserait l’importance de tout étiquetage d’une réunion de sons naturellement attrapés au vol.

Ainsi donc Mazen Kerbaj (trompette), Sharif Sehnaoui (guitare) et Raed Yassin (contrebasse), composent-ils sur l’instant selon les usages du jour – faisant grand cas du silence, ne s’interdisent pas le plaisir des rafales expressionnistes – en se référant au passé (The Shape of Jazz That Came) ou en pariant sur le futur (Tomorrow, I’ll Make Breakfast). La forme actualise les recettes d’AMM en comptant sur l’érosion des discours et adresse quelques clins d’œil au free jazz des origines (ainsi Kerbaj peut invectiver quand Sehnaoui martèle manche et cordes).

Intense bien que tremblant, cet instant disparaîtra à l’orée d’un second, que se disputent déjà l’attente et la réflexion. Le troisième saura se souvenir et associera râles, parasites et harmoniques. Au bottleneck enfin, Sehnaoui taille dans les reliefs plus tôt élevés de Music to Our Ears pour peaufiner un ouvrage de beautés fragiles.

"A" Trio : Music to Our Ears (Al Maslakh / Instant Jazz)
Enregistrement : 29 et 30 septembre 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Textural Swing 02/ Three Portraits in No Color 03/ The Shape of Jazz That Came 04/ Tomorow, I’ll Make Breakfast
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Kasper T. Toeplitz, Eliane Radigue : Elemental II (Recordings of Sleaze Art, 2012)

kasper toeplitz eliane radigue elemental ii

C’est en tendant l’oreille que j’ai entendu les premières notes d’Elemental II, une œuvre qu’Eliane Radigue a composé pour le bassiste Kasper T. Toeplitz. Lui l’enregistre et la publie pour la seconde fois, des années après une captation live au festival Cités Soniques).  

Une fois qu'on est entré en Elemental II, il faut trouver une position, un équilibre, pour tenir sur ses ondes en mouvements et esquiver ses aigus. Son minimalisme pourrait être qualifié de « pur et dur ». Pour faire partie du grand tout, l’auditeur doit en effet se laisser faire (le laisser-faire serait un agir) autant que se rappeler de temps à autre à son bon souvenir (le qui-vive serait un réagir). Car il faut prendre garde aux craquements, ceux que fait une montagne après la pluie – ce que Toeplitz demanda à Radigue d’illustrer, justement.

La commande a été respectée et même au-delà de toute espérance je crois. Voilà pourquoi on entend aussi sur ce CD des appels à l’aide venir de sous la neige. Quand ce n’est pas des fantômes venir dire que l’ondulation d’un drone n’inquiétera jamais autant que leur flottement. Enfin, parmi les grands espaces blancs, Toeplitz arrange des niches : à vous de les remplir pour parachever la belle ouvrage.

Eliane Radigue, Kasper T. Toeplitz : Elemental II (Recordings of Sleaze Art / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Elemental II
Pierre cécile © le son du grisli


eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype, 2012) / eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton, 2011)

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La collaboration date de mars 2009 : concert qui peint Michel Doneda et eRikm en musiciens-inventeurs souvent empêchés par des trucs et astuces de représentation. Alors, à l’intérieur du soprano, un souffle passe puis une note tremble, dont eRikm teste la résistance aux perturbations de toutes sortes (parasites, scratchs, samples…) et de diverses qualités.

Certes, ses interventions pullulent et son implication est nette, mais eRikm confond là vitesse et précipitation. Si le catalogue dans lequel il se sert est celui d’artifices souvent datés, il peut néanmoins receler des surprises : ainsi arrive-t-il qu’un grave nourri avec patience tombe à point contre un souffle descendant : le duo se reprend alors, et temporise avec ingéniosité (sur Rain).

Après quoi, la folie reprend, ainsi que le spectacle léger d’un petit théâtre expérimental d'allure : un morceau d’émission sportive captée par la radio de Doneda, d’autres souffles en peine, et l’attention s’endort. L’incandescence n’est pas toujours promesse de flamme.  

EN ECOUTE >>> Rain

eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype)
Enregistrement : mars 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Raz 02/ Rain 03/ Azine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

erikm norbert moslang stodgy

Avec Norbert Möslang – aux cracked everyday-electronics, comme jadis en Voice Crack et, avec eRikm déjà, en poire_z –, guère mieux. Collection d’enregistrements datant de 2002 à 2005, Stodgy enfile ainsi trois pièces électroniques furieuses : à la réécoute, plus folâtres que fertiles. L’ardeur du dialogue, fracassante, aurait-elle amputé un peu de la réflexion ? Des étincelles encore, mais de flamme toujours pas.   

eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton)
Enregistrement : 2002-2005. Edition : 2011.
CD : 01/ Stinger 02/ Aérolithe 03/ Micelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno, 2012)

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On a beau préférer le noir de l’édition originale au bleu de la réédition, on n’en est pas moins heureux de retrouver les sonates pour piano de Galina Ustvolskaya, interprétées par Markus Hinterhäuser.

Bien sûr, j’ai encore – je veux dire, comme hier – l’impression de me faire réprimander par un piano quand mon attention faiblit un peu, quand je laisse aller mon oreille ailleurs que vers les notes que le piano m’envoie. Je présente alors mes excuses et me reconcentre : tiens, cette sonate ressemble à une étude, mais l’imagination de Ustvolskaya la transforme en mélodie douce ou en moment de tension.

Ma concentration, toujours elle, me fait suivre le balancement des accords ou m’invite à fredonner un air qui ressemble à du Satie mais qui tombe du bout des doigts d’Hinterhäuser. Jusqu’à la sixième sonate, j’ai donc obéis. Pourtant, cette sonate gronde plus qu’aucune autre. Je m’explique, je prouve mon attention, qui est accompagnée d’un beau plaisir. C’est alors que le silence gagne du terrain et soumet l’instrument, l’instrumentiste, puis le compositeur. Après quoi on ne se souvient que de la légèreté des pièces de Galina.

Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno)
Enregistrement : 1998. Réédition : 2012.
CD : 01-06/ Sonata No. 1 - Sonata No. 6
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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