Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

The Home of Easy Credit : The Home of Easy Credit (Northern Spy, 2012)

the home of easy credit

Par le carreau, on aperçoit Louise Jensen jouer du saxophone ou d’une flûte ou d’electronics ou chanter et Tom Blancarte se concentrer sur sa contrebasse. C’est là The Home of Easy Credit, un endroit où l’on trouve à boire et à manger dans un décor de vide-grenier farfelu.  

Tout est préparé sous vos yeux (pas d’overdub, mais beaucoup de sampling en direct) et la qualité va de l’excellent au passable : on recommandera les instrumentales merveilleuses de Monolithic Insanity ou Arches of Gold, qui utilisent la réverbération pour prendre de la hauteur, ou le kaléidoscope de voix de The Feast of the Meal Replacement Bars. Parfois le lo-folk expérimental du duo n’a pas la même saveur, son mystère semble impénétrable. Sa naïveté le gangrène. Dommage mais rien de grave, on peut quand même trouver refuge dans cette musique qui n’en est pas moins originale.

The Home of Easy Credit : The Home of Easy Credit (Northern Spy)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Monolithic Insanity 02/ The Dream of a Democracy of Goods 03/ The Feast of the Meal Replacement Bars 04/ The Dream of Abundance 05/ A Fireproof House for $5000 06/ The Dream of Novelty 07/ Arches of Gold 08/ The Dream of the Pursuit of Happiness 09/ Concentrated Animal Feeding Operation 10/ The Dream of Freedom of Choice 11/ The Geography of Nowhere 12/ Only 827 Miles to Wall Drug
Pierre Cécile © Le son du grisli



Mike Shiflet : Sufferers (Type, 2011)

mike shiflet sufferers

Difficile de développer avec autant d’insistance que de nuances une pratique musicale obnubilée par l’idée générale qu’on se fait du « bruit ». S’en défaire mais y revenir souvent, réfléchir à ce qui doit être dit et ce qui peut être entendu, déterminer l’essence d’expressions foisonnantes et s’y tenir pour que le bruit ne fasse pas confusion : trois règles appliquées par Mike Shiflet sur Sufferers.

Travaillant à la qualité du son qui amplifiera son propos, Shiflet compose en convoquant mille parasites venimeux qui grouilleront sur des drones multicouches : ceux-là feront son affaire musicale le temps de leur exploration d’un champ d’affres frémissant. Selon l’endroit parcouru, les trouvailles font état d’une variété d’éléments (résonances de cloches, enfouissements de notes longues, voix passées à la moulinette, traces sonores qui disparaissent à peine ont-elles été repérées) qui, si elles ne disent rien de la réalité de l’espace qu’elles jalonnent, composent un Chant de la Terre étourdissant.

EN ECOUTE >>> Sufferers (extraits)

Mike Shiflet : Sufferers (Type / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP / Téléchargement : 01/ (Sufferers) 02/ Sufferers 03/ Axle Grease 04/ Blessed and Oppressed 05/ No Sanctuary
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Volume : Tungt Vand (Nith World, 2011)

volume tungt vand

A Volume, rajouter fort plutôt que faible. Ecrire de Mikolaj Trzaska qu’il fait de l’éructation un principe premier et conclure qu’entre Brötzmann et Zorn, il restait une petite place.

Souscrire, à nouveau, aux joyeux barrissements de Johannes Bauer. Prendre les gazouillis soniques de la basse électrique de Peter Friis Nielsen pour ce qu’ils sont : des assauts chroniques. Ne pas oublier qu’un batteur de la trempe de Peter Ole Jorgensen peut trouver de nouveaux codes à la rébellion. Mais aussi s’enchanter des duels-disputes de deux souffleurs irréconciliables. Et à l’arrivée, prendre part et plaisir à leurs gargantuesques agapes.

Volume : Tungt Vand (Ninth World Music)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Washing Time 02/ Diving in Sound 03/ Megasus 04/ Light Shinning on a Black Surface 05/ Tungt Vand (Deuterium Oxide)
Luc Bouquet © Le son du grisli


Osvaldo Coluccino : Atto (Another Timbre, 2012)

osvaldo coluccino atto

Je ne sais pas ce que ça veut dire que de jouer d’objets acoustiques. Il faudrait que je me replonge dans Schaeffer peut-être. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je peux l’entendre. Surtout, il ne me faudra pas chercher quel est l’objet qui peut faire ce bruit-là, quelle est la chose qui peut sonner comme ceci.

Il est marqué dans le digipack que les objets de Coluccino ne sont pas musicaux. Et qu’il ne retouche rien à l’ordinateur. Voilà ce qu’il fallait que je sache. Pour ce qui est du reste, ce n'est qu'un voyage à faire. Un souffle me pousse, un crissement m’indique une direction, un sifflement capte mon attention. Tout a l’air de se passer dans l’air, oui c’est bien des courants d’air que j’entends. Mais je pose trop de questions, et je ferme les yeux.

Les objets de l’Italien me tournent maintenant autour, me voici encerclé, je garde les yeux fermés. Le tonnerre gronde, des roues tournent, des matériaux tintent sonnent grincent… Est-ce du polystyrène que l’on frotte sur mon parquet ? Et l’imagination reprend le dessus. Un trou apparaît, Coluccino et ses objets s’y engouffrent et je suis le mouvement. Par la force des choses, par la force des objets. Il y a des disques qui, en plus de vous emporter, vous font imaginer des choses. C’est le cas d’Atto.

Osvaldo Coluccino : Atto (Another Timbre)
CD : 01/ Atto 1 02/ Atto 2 03/ Atto 3 04/ Atto 4 05/ Atto 5
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
Héctor Cabrero © le son du grisli


Jean Derome, Normand Guibeault, Pierre Tanguay : Danse à l'Anvers (Ambianes Magnétiques, 2011)

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Ce n’est pas pour rien que le Trio Derome Guilbeault Tanguay réinitialise quelques-uns des thèmes de Kirk ou Dolphy. Comme ces deux derniers, isolés et incompris de la jazzosphère en leur temps, Jean Derome, Normand Guilbeault et Pierre Tanguay ne trouvent guère d’admirateurs, aujourd’hui, pour louer leur jazz vif et tranchant. Un jazz décalé, hors mode (les thèmes composés pour le baryton ne sont pas sans évoquer un autre outlaw du jazz : Charles Tyler) et puisant dans la périphérie ses ressorts harmoniques.

En ce sens, à mille lieux des tristes poseurs faisant les choux gras de la presse spécialisée officielle. Oui, le jazz passe, aujourd’hui, un petit peu du côté de Jean Derome et de ses amis. L’alto est aiguisé, la contrebasse n’est pas d’appoint mais de rigueur et d’inspiration, la batterie foudroie le swing et extraie de la matrice rythmique mille infinis. L’aventure continue pour le Trio Derome Guilbeaut Tanguay. Puissent-ils, enfin, être entendus.

Trio Derome Guilbeault Tanguay : Danse à l’Anvers (Ambiances Magnétiques / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Half-Way House 02/ Dooji Wooji 03/ Rip, Rig and Panic 04/ Danse à l’Anvers 05/ Kissleg 06/ Eufnag 07/ 17 West 08/ Straight Up & Down 09/ Lettre à Rainer Wiens 10/ I’m Checkin’ Out, Goom-Bye 11/ Poor Wheel
Luc Bouquet © Le son du grisli



Burkhard Stangl : Hommage à moi (Loewenhertz, 2011)

burkhard stangl hommage à moi

Cet hommage que s’adresse non sans malice Bukhard Stangl a valeur de rétrospective. Trois disques – qui peuvent être augmentés d’un DVD et d’un livre (en allemand) – reviennent sur le parcours d’un guitariste entendu, entre autres formations, en Ton Art, Efzeg ou Polwechsel – combinaisons dévouées toutes à des formes musicales réfléchies.

Sur le premier disque, Stangl expose des compositions écrites pour ensembles, sur lesquelles il dirige l’Extented Heritage – présences de John Butcher, Angelica Castelló et dieb13 – le temps de pièces d’électroacoustique ténébreuse : au récitatif diaphane inspirée d’un solo de Butcher (Concert for Saxophone and Quiet Players) ou comblée de field recordings et progressant au rythme d’un vaisseau fantôme soumis à grand vent (Los vestidos blancos de Mérida). Ailleurs, c’est son amour pour les voix et les souffles que Stangl trahit au son d’une rencontre Angélica Castelló / Maja Osojnik / Eva Reiter.

Le deuxième disque est celui d’intelligents divertissements. C’est l’endroit où se mêlent de concert expérimentations et contemplations. Là où Stangl contraint un clavier à accepter son destin électronique (Angels Touch), contrarie la trompette de Gabriël Scheib-Dumalin en lui imposant un vocabulaire réduit (For a Young Trumpet Player), concocte des miniatures explosives au moyen de collages hétéroclites et de numérique affolé que pourront chahuter Klaus Filip ou Christof Kurzmann (Nine Miniatures), s’oppose au piano à la cithare de Josef Novotny (En passant), enfin, transforme l’Extended Heritage en ensemble de musique baroque autant que fantasque (Come Heavy Sleep).

Sur le troisième disque, on trouve la réédition de l’incontournable Ereignislose Musik – Loose Music, jadis édité par Random Acoustics. Là, Stangl dirige Maxixe, grand ensemble élaboré au début des années 1990 dans lequel on trouve Radu Malfatti, Werner Dafeldecker, Max Nagl, Michael Moser… En concerts, les musiciens peignent une musique de traîne que des nasses et verveux faits de cordes de guitare, de violons et de contrebasse, cherchent à capturer, empêchés toujours par des voix qui s’opposent et préviennent (dont celle de Sainkho Namtchylak). Après quoi Stangl dirige en plus petits comités des pièces de nuances voire de discrétions.

Ainsi, ces travaux et ces souvenirs regorgent de trouvailles. Leur intelligence est égale, née de celle de Burkhard Stangl, qui fait qu’on y reviendra souvent : au gré des envies, du moment, des surprises…  

Burkhard Stangl : Hommage à moi (Loewenhertz)
Enregistrement : 1993-2009. Edition : 2011.
CD1 : Kompositionen für Ensembles : 01/ Concert for Saxophone & Quiet Players 02/ WOLKEN.HEIM.breathing/clouds 03/ My Dowland 04/ Los vestidos blancos de Mérida – CD2 : Divertimenti : 01/ Angels Touch 02/ Ronron 03/ For a Young Trumpet Player 04-06/ Three Pieces of Organ 07-14/ Nine Miniatures 15/ Come Heavy Sleep – CD3 : Ereignislose Musik – Loose Music : 01/ Konzert für Posaune und 22 instruments 02-04/ Drei Lieder 05/ Trio Nr.1 06/ Uratru
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Marcello Magliocchi : Trullo Improvisations (Setola di Maiale, 2011)

marcello magliocchi trullo improvisations

En choisissant de n’enregistrer que des pièces courtes ou de moyenne durée, et en s’imposant, à chaque fois, un nouveau cahier des charges, le batteur-percussionniste Marcello Magliocchi, le saxophoniste Bruno Angeloni et le guitariste Juan Castañon prennent le risque de divertir plus que nécessaire.

L’écueil est évité de justesse grâce à des improvisations décomplexées, généreuses. Le soprano ne cache pas son lyrisme, pas plus que son désir d’abonder sans retenue. La guitare fourmille de bonnes idées et d’accords fielleux mais sèche à vouloir faire exister le contrepoint. Quant à la batterie, sèche et précise, elle sait délimiter espaces et respirations avec une sobre intelligence (encore plus convaincante quand la percussion se fait minérale et résonnante). Beau disque donc.

Marcello Magliocchi, Bruno Angeloni, Juan Castañon : Trullo Improvisations (Setola di Maiale)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Durmiendo en un trullo 02/ Maya 03/ Eryn 04/ Dudu 05/ Stracci 06/ Mani di Blancia 07/ El nino F 08/ Aunzus 09/ Bishmilla II 10/ El afolador de cuchillos 11/ Torquo
Luc Bouquet © Le son du grisli


Gary Smith, Silvia Kastel, Ninni Morgia : Brand (Ultramarine, 2012)

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Ultramarine est ce label qui a pris fait et cause – il y a des raisons à cela ! – pour le guitariste Ninni Morgia. Pas surprenant, donc, que la brand new référence du label y revienne. Sur Brand, il joue en trio avec Gary Smith, guitariste qui enregistra (apprend-je) entre autres avec Rhys Chatham et John Stevens (pour Ecstatic Peace), et Silvia Kastel, chanteuse et joueuse de synthés qui s’occupe aussi du label… Ultramarine.

Deux guitares, une voix et des synthétiseurs, voilà une combinaison d’instruments qui peut être capable du pire comme du meilleur. Et alors ici ? S’il met un petit temps à décoller (Smith et Morgia ont l’air de renifler leurs instruments et Kastel murmure en les attendant), le trio investit un rock improvisé revenchard. Avec pertes et fracas, les guitares font trembler la voix de Kastel qui se défend avec ses synthés dont les nappes sont aussi féroces qu’ingénieuses. L’intensité est même telle qu’on trouve dommage d’avoir à retourner le LP – puisqu’il s’agit là d’un LP, pour changer… Si ce n’est cette obligation d’entre deux faces (tours ?), l’auditeur profite et se laisse consumer avec joie.

Gary Smith, Silvia Kastel, Ninni Morgia : Brand (Ultramarine)
Enregistrement : Janvier 2011. Edition : 2012.
LP : Brand
Pierre Cécile © Le son du grisli


Ran Blake : Vilnius Noir (NoBusiness, 2011)

ran blake vilnius noir

Ran Blake est venu au jazz au son de Mahalia Jackson et de Thelonious Monk. Au piano, Ran Blake est venu seul : Mes parents avaient un piano. A l’âge de 5 ans, ils m’ont retrouvé en train d’en jouer. On leur a dit qu’il serait peut-être bien que je prenne des leçons. [Entretien par téléphone, septembre 2009]. Seul au piano, Blake enregistrera plus tard ses plus beaux disques.

Vilnius Noir est de ceux-là. Assimilable en tout cas à ceux-là, puisqu’à l’occasion de ce concert donné le 10 décembre 2010, David Fabris – guitare électrique au son clair, discrète le plus souvent, versant quelques fois dans l’enfilage de fioritures – accompagna le pianiste le temps de quelques reprises. Seul, Blake interpréta une poignée de standards comme autant de souvenirs : Desafinado, Watch What Happens, Mood Indigo… Du piano s’échappent des arabesques : des accords descendent des pentes impressionnistes quand des notes isolées décrivent des nébuleuses magnétiques.

Et puis il y a cette paire de George Russell : Jack's Blues lié à Stratusphunk. Ici, Blake se rappelle le professeur auprès duquel il comprit de quelles manières jazz et musiques populaires pouvaient s’accorder : J’avais 19 ans lorsque j’ai rencontré George… J’ai adoré son premier disque, et Ezz-Thetic est un pur chef d’œuvre – Lee Konitz, Max Roach, Miles Davis ont joué cette pièce… Pendant ses cours, tout comme Gunther Schuller, George amenait ses étudiants à « se souvenir ». La parole de Russell transformé par Blake en langage singulier : comme Driftwoods hier, Vilnius Noir dit que l’évocation n’est pas moins bienfaisante d'être faite de souvenirs imprécis ou même réinventés. Elle peut être poignante même, dans le cas qui nous intéresse.

EN ECOUTE >>> Shlof Mayn Kinh

Ran Blake : Vilnius Noir (NoBusiness)
Enregistrement : 10 décembre 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Vilna / Turning Point A2/ Cry Wolf A3/ In Pursuit A4/ Shlof Mayn Kind A5/ Jack’s Blues / Stratusphunk B1/ Driftwood B2/ Sontagism B3/ Watch What Happens / Papirosn B4/ Thursday B5/ Desafinado B6/ My Chérie Amour B7/ Mood Indigo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mia Zabelka : M (Monotype, 2012)

mia zabelka m

N’éprouvant pas de goût particulier pour le violon électrique (il en est ainsi), la passion avec laquelle Mia Zabelka « l’enfourche » sur la couverture de son nouveau CD m’a fait craindre le pire. Ca, c’était avant que la première plage ne me rassure : la musique de Zabelka s’y diffuse goutte après goutte, sous delay, dans une belle épreuve minimaliste que la voix de la dame vient couronner.

C’est d’ailleurs la voix de Zabelka qui impressionne le plus ici, qu’elle se promène sur un drone vaporeux (sur Opus M) ou soit multipliée par la force du re-recording pour donner la parole à une réunion de sorcières (sur Adil’iu). Pour ce qui est du violon, lui aussi passe au re-recording mais n’est pas toujours convaincant (excessif dans l’expérimentation ou le mélodrame, il alourdit lquelques fois le propos de Zabelka). On retiendra de la chanteuse et violoniste un amour pour la multiplication des voix et un autre pour la réverbération : bien assemblés, c’est la musique de Zabelka qui gagne en mystère.

Mia Zabelka : M (Monotype)
Edition : 2012.
CD : 01/ Körperklangmaschine 02/ Opus M 03/ Mind Scratching 04/ Malstrom 05/ Adil'iu 06/  Tenebrae 07/ Roter Halbmond
Pierre Cécile © Le son du grisli



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