Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Steve Lacy (unfinished)le son du grisli sur InstagramMy Bloody Valentine : Loveless de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Keith Fullerton Whitman : Generators (Editions Mego, 2012)

keith fullerton whitman generators

En ses premiers instants intrigant et mystérieux, pour ne pas dire opaque et insondable, le nouveau projet de Keith Fullerton Whitman gagne très vite en intensité sonore dynamique. Conçue lors d’une tournée nord-américaine de plusieurs dizaines de dates, la pièce Generator centralise les deux faces du présent LP. Mise au pluriel, en un double bien singulier, l’œuvre se présente sous deux aspects fondamentalement différents.

En side A, enregistrée lors d’un festival new-yorkais d’hommage(s) à l’incontournable Eliane Radigue, le drone macabre des premières minutes cède rapidement le champ électronique à un tournoiement analogique, quelque part à la rencontre du minimalisme répétitif de Philip Glass et de la Kosmische du groupe Fabric (sur Spectrum Spools, filiale des, tiens tiens, Editions Mego). Very nice indeed. De l’autre côté du disque, les secousses orageuses affrontent une évasion en scierie numérique – là, j’avoue moins accrocher à l’abandon méthodique de son abstraction.

Keith Fullerton Whitman : Generators (Editions Mego / Souffle Continu)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
LP : A1/ Issue Generator (for Eliane Radigue) B1/ High Zero Generator
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Lysander Le Coultre, Albert Van Veenendaal : A Cool Tree (Evil Rabbit, 2011)

lysander le coultre albert van veenendaal a cool tree

Du duo fondé par Lysander Le Coultre (décédé début 2009) et Albert Van Veenendaal, on ne pourra surtout pas reprocher l’éloignement. Un violoncelle et un piano s’unissent et ne se lâchent plus. Mélodies mystérieuses (A Cool Tree), dénuement, simplicité et beauté du geste (Firely, Calabrone), la musique du duo Le Coultre - Van Veenendaal est de celles qui ne peuvent cacher leur lyrisme et leur refus du débordement.

Toujours refusant de briser le lien les unissant et ne s’éloignant jamais de l’espace choisi, violoncelliste et pianiste définissent et habitent une nuit aux songes bienveillants.

Lysander Le Coultre, Albert Van Veenendaal : A Cool Tree (Evil Rabbit)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ A Cool Tree 02/ Ping Pong 03/ In The Middle There is No End 04/ Answers Only 05/ Summer Night’s Dream 06/ Totterdown 07/ Calabrone 08/ Peculiar Continuum 09/ Firefly
Luc Bouquet © Le son du grisli


John Tilbury, Keith Rowe : EE Tension and Circumstance (Potlatch, 2011)

keith rowe john tilbury ee tension and circumstance

Si les ombres des Duos for Doris planent sur cette rencontre enregistrée en 2010 aux Instants Chavirés, c’est que deux camarades de longue date ne peuvent compter seulement sur leur complicité pour donner une tournure agréable à leur conversation. Parfois, les mots manquent, ou alors ce sont les mêmes que ceux qui furent utilisés la fois précédente qui vous montent à la gorge.

Comme pour parer la redite, les débuts d’EE Tension and Circumstance sont de précaution, voire de timidité : la radio y crépite encore, les notes de piano sont passées au tamis, un membre du public tousse. Après quoi : un aigu de guitare percera les cercles nébuleux mais les cordes pincées n’y porteront la moindre attention, sûr qu’une partie de l’assistance cherchera alors du regard – scrutant visages et instruments – ce que cherchent à l’oreille et Keith Rowe et John Tilbury.

Toujours la cohésion est évidente ; jamais son maintien n’est garanti – l’intensité de l’exercice faiblit en conséquence. Alors, Tilbury décide d’un repli que l’on dira feldmanien : faite motif, une poignée de notes progressera face au souffle d’un petit moteur actionné par son partenaire ; devenue accord frêle, sa répétition fragilisera de plus en plus ce frêle accord qu’elle est. De son côté, Rowe nourrit des parasites arrangés en société d’agitateurs de circonstance. Ici, le dialogue fait effet.

De temps à autre, le dialogue fait effet. C’est qu’EE Tension and Circumstance est un disque sur lequel John Tilbury et Keith Rowe se cherchent longtemps avant de se reconnaître, de renouer au son d’un langage commun, puis de se perdre et d’évoluer l’un sans l’autre. Mais ces temps différents ne se succèdent pas si confortablement : ils ont été mis en pièces et leurs fractions s’imbriquent les unes aux autres. Voici l’improvisation réfléchie par un labyrinthe de miroirs – angles morts et éclats sont en conséquence de la composition.

Keith Rowe, John Tilbury : EE Tension and Circumstance (Potlatch / Orkhêstra International)
Rec : 17 décembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ EE Tension and Circumstance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Anthony Pateras : Errors of the Human Body OST (Editions Mego, 2012)

anthony_pateras_errors

Bande originale du film éponyme tourné par un certain Eron Sheean à l’Institut Max Planck – l’équivalent allemand de l’Institut Pasteur – de Dresde, Errors Of The Human Body se suffit TRES largement à lui-même pour ses propres qualités musicales. Jouée par sept instrumentistes, dont le compositeur australien Anthony Pateras au piano (éventuellement préparé), à l’orgue et à l’électronique, l’œuvre développe en vingt-et-une transitions une narration mélodique qui fait fi des seuls emplâtres ambient post-Tangerine Dream.

Atteignant parfois le sublime dans sa quête tonale (le saisissant Burton), Pateras et ses acolytes touchent également au but lorsqu’ils s’épreignent de Morton Feldman (Research From Unexpected Places) – tout en ne négligeant pas le Tuxedomoon lunaire de A Ghost Opera (qu’ils emmènent du côté de György Ligeti). Faut-il l’écrire, tant l’évidence est là, s’il ne faut guère s’attendre à de grandes envolées expressives, le sens überraffiné du détail impressionniste mis en place par l’homme de Down Under – dont c’est la première collaboration avec le réalisateur ???????? – vaut des louanges par cent et par mille. Mais oui, à ce point.

Anthony Panteras : Errors of the Human Body OST (Editions Mego / Souffle Continu)
Edition : 2012.
CD / 2 LP : Errors of the Human Body OST
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Gianni Lenoci : Bucket of Blood (Silta, 2011)

hocus pocus bucket of blood

Bucket of Blood, du trio Hocus Pocus 3 emmené par le pianiste Gianni Lenoci, invite le saxophoniste américain mais résidant en France depuis 40 ans Steve Potts à les rejoindre. L’invitation se présente en hommage. Le saxophoniste rare signe trois compositions, l’une des trois signées par Lenoci lui est dédiée et le septième titre de ce disque est une reprise d’une composition de Steve Lacy, alter ego de Potts puisqu’au-delà de la pratique commune du saxophone soprano, les deux hommes partagèrent quelques trente années de complicité artistique. Ce disque apparaît justement comme une belle occasion d’entendre Potts libéré de la présence de Lacy, et porteur d’une voix autre, plus charnelle, moins austère que celle de son vieux complice.

Deux compositions de Gianni Lenoci, longues, amples, lentes, ouvrent Bucket of Blood et permettent de dresser l’inventaire : un trio télépathe, un saxophone qui fait le choix de la mélodie. Et les quatre musiciens de nous convaincre de leur talent, de l’unicité et de l’intensité de cette session qui révèle que, décidément, « la musique exprime (…) toute l'expérience humaine au moment précis où elle est jouée », comme le confiait John Coltrane. Processional, le second titre, à l’étrangeté trouvée dans les aigus du saxophone soprano de Potts comme dans les profondeurs du cadre même du piano de Lenoci, nous offre le grand moment du disque.

Les climats demeureront plutôt sombres, retenus, rouges et noirs, sang (Bucket of Blood #1 et #2) et os (Bone), et la valse de Lenoci (Waltz for Steve Potts) ne sera guère plus enjouée que sa procession. L’apaisement, comme l’emballement, sont toujours porteurs ici de menace et de tension. Tout comme Secret Garden, paru sur le même label Silta Records un an plus tôt, où Lenoci et deux autres de ses compatriotes accueillaient une autre voix américaine d’importance (en l’occurrence le contrebassiste William Parker), Bucket of Blood affirme la singularité curieuse et perméable de Gianni Lenoci.

Gianni Lenoci Hocus Pocus 3 with Steve Potts : Bucket of Blood (Silta Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Mrs. Fagan 02/ Processional 03/ Shorts 04/ Bucket of Blodd (take #1) 05/ Waltz for Steve Potts 06/ Bone 07/ Bucket of Blodd (take #2)
Pierre Lemarchand © Le son du grisli



Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System, 2012)

tetras pareidolia

Le jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions, tel est l’idée musicale qui pourrait réunir et animer depuis 2010 les trois membres de Tetras : Jason Kahn (batterie percussions), Jeroen Visser (orgue, électronique) et Christian Weber (contrebasse). Si ce n’était que ce genre de rapprochement, s’il tient la route quelques minutes à l’écoute d’un enregistrement tel que Pareidolia – quatre faces se souvenant d’improvisations datées de février 2011 –, perd en affirmation à mesure que le trio travaille la matière sonore.

A l’instar du Radian de Brandlmayr, Tetras gonfle son électroacoustique jusqu’à l’explosion : de copeaux de burinage sur cymbale, d’impérieux gimmicks de contrebasse, de drones élevés avec patience, et d’effets multiples dus à l’électronique de Visser (crachin et suspensions). Sur crescendo ou à plat, Tetras croise trois perceptions d’un même moment à passer : les charmes de l’exercice soumettent l’auditeur à cette paréidolie annoncée : n’est-ce pas un jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions qu’on décèle ici ?

Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System/ Souffle Continu)
2 LP : Pareidolia
Enregistrement : Février 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Thanos Chrysakis, Philip Somervell : Knotted Alembic (Aural Terrains, 2011)

thanos_chrysakis_philip_somervell_knotted_alembic

Ce sont là deux pianos souvent remués de l’intérieur, augmentés de shruti-box, synthétiseur, vibraphone, radio… Pour les assaillir ou plus simplement en jouer : Thanos Chrysakis et Philip Somervell.

Les improvisations sont faites des plaintes de pianos à l’agonie et de cordes pincées qui rêveraient être assez influentes pour pouvoir les redresser un peu. Peine perdue. Mais de la lutte filtre un hymne dont la langueur est autrement suggestive. Des silences trouvent-là leur raison d’être quand le souffle de la shruti box, tremblant, n’emporte pas tout désir de constance. Pour l’avoir compris, Chrysakis et Somervell multiplient les pas de côté, s’amusent des légèretés de leurs dialogues et revendiquent un droit au désenchantement. Avec une cohérence surprenante.

Thanos Chrysakis, Philip Somervell : Knotted Alembic (Aural Terrains / Metamkine)
CD : 01-07/ I-VII
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Cage : Empty Words (Edition Wandelweiser, 2011) / Tacet : Qui est John Cage ? (Editions Météo, 2011)

john_cage_empty_words

Comme le hasard fait bien les choses… C’est la voix de Sylvia Alexandra Schimag qui nous le rappelle sur Empty Words de John Cage.  Le chef d’œuvre se divise en quatre temps : phrases, mots, syllables et lettres / mots, syllabes et lettres / syllabes et lettres / lettres et sons. Pour que tout tienne sur deux CD, le label a choisi le format MP3.

Sur la recommandation du compositeur, les intervenants ouvrent le Journal d’Henry David Thoreau et y piochent ce qu’ils veulent. Le langage en devient incompréhensible. Toute signification impossible.  Pendant que l’Ensemble Daswirdas actait, tu as ouvert la porte et demandé « c’est quoi ? » Schimag récitait comme dans un tunnel, elle m’interpellait moins directement que toi mais avec plus de réussite. Tu n’as pas obtenu de réponse, et tu as voulu écouter avec moi.

Nous avons tout écouté d’une traite – il faut avoir dix heures devant soi, et nous les avions. Phrases, mots, syllables et lettres / mots, syllabes et lettres / syllabes et lettres / lettres et sons. Le Wandelweiser Composers Ensemble ajouta des notes qui résonnèrent pour fuir le verbe. Plus loin, le piano de Jongah Yoon a fait une apparition : ce fut quand la voix commença à chanter timidement. Je ne crois pas m’être endormi. Une fois ou deux, tu as ajouté une syllabe, qui était la tienne. Lorsque le deuxième disque est arrivé à son terme, nous n’avons pas su trouver les mots. Nous nous sommes simplement souri.

John Cage : Empty Words (Edition Wandelweiser / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
2 CD : Empty Words I, II, III & IV.
Héctor Cabrero © le son du grisli  

tacet_john_cage

Du Festival Météo est née une revue : Tacet. Son premier numéro traite de John Cage. L’ouvrage est épais, qui contient des études souvent pertinentes signées Jean-Yves Bosseur, Michael Pisaro, Matthieu Saladin ou encore Mattin. On y trouve aussi « Confessions d’un compositeur », conférence que John Cage donna au Vassar College en 1948. La qualité de l’ouvrage vaut donc son épaisseur.

Collectif : Tacet. Qui est John Cage ? (Editions Météo / Metamkine)
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Erdem Helvacioglu : Eleven Short Stories (Innova, 2012)

erdem_helvacioglu_eleven_short_stories

Ici, le pianiste turc Erdem Helvacioglu commente en solo les scènes-clés de certains des films de ses cinéastes préférés (Kim Ki-Duk, David Lynch, Teo Angelopoulos, Jane Campion, Krzysztof Kielowski, Anthony Minghella, Ang Lee, Atom Egoyan, Darren Aronofsky, Alejandro Gonzalez Inarritu, Steven Soderbergh).

Selon votre degré de cinéphilie, vous parviendrez facilement à assembler le puzzle. Selon votre endurance à une joliesse très insistante ici, vous arriverez (ou pas) au bout de ces quarante-cinq minutes de musique minimale. Climats vaporeux, arpèges affolants de simplicité, réverbération maximale (magnifique prise de son de Murat Ersan soit dit en passant), espaces rigides et de peu de tension(s), la somnolence guette. Finalement, s’impose.

Erdem Helvacioglu : Eleven Short Stories (Innova)
Edition : 24 décembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ The Billowing Curtain 02/ Bench at the Park 03/ Jittery Chase 04/ Shattered Snow Globe 05/ Six Clocks in the Dim Room 06/ Mist on the Windowpane 07/ Blood Drops by the Pool 08/ Have Not Been Here in Forty Years 09/ Trapped in the Labyrinth 10/ Will I Ever See You Again 11/ Shrine in Ruins
Luc Bouquet © Le son du grisli


Ballister : Mechanisms (Clean Feed, 2012)

ballister mechanisms

En concert à Chicago, Dave Rempis (saxophones ténor et baryton), Fred Lonberg-Holm (violoncelle, electronics) et Paal Nilssen-Love (batterie) improvisèrent trois titres : consignés en Mechanisms, ils sonnent le retour de Ballister.

Rempis sait qu’il existe deux façons d’allumer un feu : la percussion ou la friction. Ainsi confie-t-il la première à Nilssen-Love, la seconde à Lonberg-Holm, pour s’occuper du reste en toute liberté. Par le reste, entendre l’entretien de la flamme : par spirales tracées au ténor qui remplissent l’espace d’un souffle neuf, motifs dont l’intensité est revendiquée par chacune des notes qui les composent, répétitions qui insistent jusqu’au dérapage qui grippera la machine, sifflements qu’avalent parfois l’électronique de Lonberg-Holm, salves crachées qui ont valeur de phrases définitives…

Eprouvant avec une ingéniosité rare la force d’invention et la résistance de Rempis, Lonberg-Holm et Nilssen-Love la subliment. Au point que le second enregistrement de Ballister est une référence aussi indispensable à la courte discographie du groupe qu’à celles, plus impressionnantes, de chacun de ses trois membres.



Ballister : Mechanisms (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 novembre 2010.
CD : 01/ Release Levers 02/ Claplock 03/ Roller Nuts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Commentaires sur