Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Progetto Guzman ‎: If Not - Omaggio A Mario Schiano (Terre Sommerse, 2012)

progetto guzman if not omaggio a mario schiano

L’hommage qu’adressaient en 2011, sur scène à Rome, le trompettiste Angelo Olivieri et le saxophoniste Alípio C. Neto à l’œuvre de Mario Schiano aurait pu sonner creux, voire faux. Or, une fois n’est pas coutume, l’hommage est juste et ne trahit pas la figure de l’agitateur de l’Italian Instabile Orchestra.

En groupe d’instrumentistes délicats, le Progetto Guzman entame l’exercice sur une composition d’Olivieri, dont l’agencement ne souffre la comparaison avec les compositions de Schiano, complexes souvent mais encore ludiques. Ainsi, le jazz flirte avec la chanson – ici, c’est la voix de Maria Pia De Vito –, l’un acceptant l’escalade mélodique, l’autre avertie des rythmes entreprenants avec lesquels il faudra faire. Et quand le savant délirium fait le plus grand effet – grand guignol virant free –, c’est comme si Schiano « en personne » dirigeait le Progetto Guzman à la baguette molle.

Progetto Guzman ‎: If Not - Omaggio A Mario Schiano (Terre Sommerse)
Enregistrement : 28-29 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01-13/ If Not – Omaggio A Mario Schiano
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Witold Oleszak, Roger Turner : Over the Title (Freeform Association, 2012)

witold oleszak roger turner over the title

Pour ce racle-métaux qu’est Roger Turner, les bibelots sont précieux. Les frottant, pressant, entrechoquant, ils s’animent de frénésie et de fièvre. Jamais pris au dépourvu, intuitif et inventif, le percussionniste aime le choc sourd ici, les cassantes déflagrations ailleurs. A chaque improvisation, un bibelot s’éclaire : cymbales frémissantes, caisse claire mitraillette, tambours frémissants. On connaît cela, on ne s’en étonne pas, on en redemande.

Pour cet archéologue du piano qu’est Witold Oleszak, le trésor n’est pas le but recherché. Libérant toutes les résonances contenues dans les cordes du piano, il intimide le rythme, lui offre des chocs sans trêve. Et, au fil des minutes, aiguise ses angles, racle et résonne, découvre la juste vibration.  Et ces deux-là de se trouver naturellement. Naturellement et intensément.

Witold Oleszak, Roger Turner : Over the Title (Freeform Association)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Under 02/ Above 03/ Next To 04/ Below 05/ Near 06/ But How?
Luc Bouquet © Le son du grisli


Empty Cage Quartet : Empty Cage Quartet (Prefecture, 2012)

empty cage quartet prefecture music

L’Empty Cage Quartet « confectionne un jazz soutenu parcouru de dissonances, répétitions et entrelacs spécieux », écrivions-nous dans l’évocation d’Hello The Damage! Dans un même état d’esprit, le groupe enregistrait plus récemment une quarantaine de minutes que Prefecture Music édite aujourd’hui sous le nom du groupe : Empty Cage Quartet.

De leurs habitudes, Kris Tiner, Jason Mears, Ivan Johnson et Paul Kikuchi, font sept nouveautés qui profitent d’un bel usage des retournements : unissons, répétitions de motifs, encombrements des instruments à vents, tensions commandées par la contrebasse et la batterie, brin de soul dépêché au chevet d’un impétueux jazz de chambre. Dans sa course – digne d’intérêt – c’est en pugiliste essoufflé que le quartette brille encore davantage : Oblige the Oblivious et Peace propageant partout leur mesure.

écoute le son du grisliEmpty Cage Quartet
Empty Cage Quartet (extraits)

Empty Cage Quartet : Empty Cage Quartet (Prefecture Music)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
LP : 01/ Oblige the Oblivious 02/ Bubbler 03/ Peace 04/ Presence That Time Diminishes 05/ Taming Power of the Great 06/ Joyous Lake 07/ Avoid the Obvious
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Asva, Philippe Petit : Empires Should Burn... (Basses Fréquences, 2012) / Philippe Petit : Eugénie (Alrealon, 2012)

asva philippe petit empires should burn

Qui voudra s’y coller n’aura pas fini de décrypter l’art sonique sonore et parfois hurlant de Philippe Petit. Grand amateur-dévoreur de musiques en tous genres, il a composé avec Asva (groupe de metal drone doom de G. Stuart Dahlquist) ce terrible appel à l’incendie des empires…

Pour que leur plan fonctionne, Petit et Dahlquist doivent avant tout imposer la terreur, alors ils s’emparent de leurs instruments (guitares, orgue, turntables, electronics, cymbalum, piano, cordes…) et invitent quelques amis à expliquer le contenu de leurs plans. Chacun son tour, Edward Ka-Spel, Bryan Lewis Saunders et Jarboe lisent un texte qui leur est soumis).

Le résultat est inquiétant mais peu à peu ce sombre univers à la Bosch laisse percer un rayon de lumière. Il inondera la fin du CD d’une musique atmosphérique pas loin d’être zen. On n’attendait pas de happy end, mais elle nous va aussi !

Asva, Philippe Petit : Empires Should Burn… (Basses Fréquences / Small Doses)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ And Empires Will Burn 02/ Seet Dreams Asshole 03/ A Vision 04/ The Star Implodes 05/ Apocryphatic_Ally
Pierre Cécile © Le son du grisli

philippe petit eugénie

Electronics et turntables encore, mais cette fois pour servir la musique électroacoustique. Entouré d’une dizaine d’ « amis » (Els Vandeweyer, Reinhold Friedl…), Philippe Petit offre sur ces deux faces de dix pouces quatre morceaux différents (ambient indianiste, baroque malsain, folk tordu, expérimental larvé) qui raviront les amateurs de post-tout et de lupanar créatif.

Philippe Petit : Eugénie (Alrealon)
Edition : 2012.
10’’ : A1/ An Air of Intrigue A2/ Clapoutique A3/ Pyramid of The Moon – B/ Magma from The Aquarium
Pierre Cécile © Le son du grisli 


Cremaster, Komora A : Split (Monotype, 2012)

cremaster komora 1 split

Un split, c’est presque pas grand-chose. Alors sur un quarante-cinq tours, imaginez-donc… Sauf que… Sauf que Cremaster et Komora A, justement…

On sait qu’il existe des groupes seulement bons sur format court. Ce n’est pas le cas de Cremaster, bien sûr. Alfredo Costa Monteiro et Ferran Fages (tous les deux aux electronics) l’ont déjà montré mais sur cette face A, ils mélangent des larsens et des craquements sans parvenir à se montrer le moins du monde original. Komora A (un trio polonais : Dominik Kowalczyk, Karol Koszniec& Jakub Mikołajczyk) seraient-ils du genre à peiner sur la longueur ? En quarante-cinq tours, en tout cas, ils font mouche, avec leurs buzzs et leurs reverses, dans le soupçon sonique plus que dans l’esbroufe ambient, alors bravo : belle découverte que celle de Komora A – dont on attend une k7 verte sur le même label Monotype.

Cremaster, Komora A : Split (Monotype)
Edition : 2012.
7’’ : A/ Cremaster : Haz B/ Komora A : Crystal Dwarf Opens His Eyes
Pierre Cécile © Le son du grisli



John Raskin, Carla Harryman : Open Box (Tzadik, 2012)

jon raskin carla harryman

C'est une boîte de Pandore qu'ouvrent Jon Raskin (lecture, saxophones) et Carla Harryman (poésie et lecture) dès les premières secondes d'Open Box – projet mêlant musique et poésie que soutiennent pas moins de neuf musiciens, dont les membres du quartette de Raskin. Mais à l'intérieur de la boîte, trésors et drouille sont confondus.

Doué de parole, le duo explique d’abord les tenants et les aboutissants de leur projet sur fond de guitare et de batterie tonitruant : post-no wave poing levé sans véritable envergure, l'ouverture en appelle au patronage de Zorn ou de Ribot. La suite vaudra davantage que cette simplissime allégeance : Open Box 1 & 2 laissant les deux récitants portés par les surfaces étranges de Gino Robair : torves, les sonorités effacent la mièvrerie du récitatif dans un élan peu commun de poésie urbaine.   

C’est un art de l’étrange, ensuite, qui convoque des vocalisations à la népalaise et un baryton, une pièce de comédie musicale d’expérimentale obédience, un psychédélisme brouillon et les déclamations absconses qu’on croirait sorties d’un pénible jeu de rôles. C’est en conséquence vaguement saoul que l’on sort de cette écoute, demain nous dira-t-il quelle était la qualité de la mixture ?

Jon Raskin, Carla Harryman : Open Box (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Fish Speech 02/ Open Box Part 1 03/ Open Box Part 2 04/ LA Reactive Meme 05/ Song for Asa 06/ A Sun and Five Decompositions 07/ JS Active Meme
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


J/L Duo : Lovsang Och Hemlighet / Cerchio (Olof Bright, 2012)

jl duo Lovsång Och Hemlighet Cerchio

Johan Jutterström (instruments à vent) & Andreas Hiroui Larsson (batterie) forment ce duo de lettres, J/L, qui a enregistré entre 2009 et 2010 une drôle de carte de visite (recto-verso), intitulée Lovsang Och He-mlighet / Cerchio.

Drôle, la carte, car les deux hommes n’y sont pas démonstratifs tout de suite, bien au contraire ils ont plutôt l’air de chercher à disparaître derrière un jazz que l’on qualifiera de… ralenti. Peut-on y voir le premier effet de l’amour (Lovsang, c'est qu'en langues étrangères j'ai quelques notions !), qui est de rendre le sujet apathique ? Bref, il n’en reste pas moins que la carte est engageante et que si elle nous informe que le duo exerce dans un jazz « ralenti » elle se refuse pour autant à indiquer « tous travaux réductionnistes ». Climatique, chercheuse, et enfin plus énervée sur Cerchio, la musique du J/L Duo donne aussi quelquefois dans le clin d’œil (sur la fin, au duo Archie Shepp / Max Roach). Nul doute, on les recontactera !

J/L Duo : Lovsang Och Hemlighet / Cerchio (Olof Bright)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lovsång och Hemlighet 02/ Intermission 03/ Lake of fire 04/ Where sculptures used to stand 06/ Between eye and wall 07/ Continuous sounds inside a locked mind 08/ Intermission 09/ Freccia 10/ Punto 11/ Linea 12/ Triangolo 13/ Sirena 14/ Frecce
Pierre Cécile © Le son du grisli


Gilded : Terrane (Hidden Shoal, 2012)

gilded terrane

Debut album, comme on dit du côté de Perth, de la paire australienne Gilded, Terrane nous entraîne sur des terres jazz ambient d’un bel intérêt, telle une rencontre entre Kapital Band 1 et Z’ev dans une tonalité proche de Sébastien Roux et Chris Corsano...

Déroulant sur une note paisible et éthérée des tentations où le jazz et la microtonalité ne s’effraient pas mutuellement, le duo Matt Rösner / Adam Trainer ose sans le moindre complexe l’enchaînement des couches sonores, tout en donnant à ses sonorités une légèreté bluffante. Des neuf morceaux, on goûtera tout particulièrement aux atmosphères quasi-americana de Road Movie, mais aussi aux boucles pianistiques de Tyne, en marge de Sylvain Chauveau et de son Black Book of Capitalism.



Gilded : Terrane (Hidden Schoal Recordings)
Edition : 2012.
CD : 01/Velar 02/    String and Stone 03/ Dew Cloud 04/ Road Movie 05/ Tyne 06/ Straight Crest 07/ Cluttered Room 08/ Expand/Contract  09/ Moth Food
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Martin Bladh : Dirge; The Peter Sotos Files (Freak Animal, 2008)

martin bladh dirge the peter sotos files

Alors qu’il travaille à la traduction en Suédois de Selfish, Little: The Annotated Lesley Ann Downey – en français : Egoïste, infime : Lesley Ann Downey annotée –, l’artiste « complet » (mais écorché) qu’est Martin Bladh décide de reprendre son ouvrage musical. A l’auteur du roman, Peter Sotos (jadis musicien de Whitehouse), Bladh fait part de son projet : il recevra de lui sons et images dont profitera sa relecture.

Violences sexuelles (faites à de jeunes personnes, presque exclusivement) et racolages médiatiques sont de Sotos les sujets de prédilection. En amateur d’étrange et de dérangeant, Bladh composera une bande-son étrange, dérangeante, mais aussi fascinante.

Ainsi diffuse-t-il, sur une note tenue de synthétiseur ou quelques rares notes de basse, des voix de jeunes-femmes éplorées au téléphone ; ailleurs, il bouclera des litanies d’enfants – tous appels au secours perdus à jamais. En musicien, il peut aussi arranger des pièces d’indus et de noise qu’interrompent témoignages réels et lectures (voix de Bladh ou de Sotos) ou parasitent des enregistrements récupérés (de boîte à musique brisée, d'une annonce de programme de trash tv, d'un surréaliste jury populaire…). Ainsi Martin Bladh fait-il sensation – dans une conversation avec Peter Sotos, il explique justement que c'est bien là que se trouve la clef de son art : dans la « sensation ».  

Martin Bladh : Dirge; The Peter Sotos Files (Freak Animal)
Edition : 2008.
CD : 01/ Buyer’s Theme 1 02/ Dirge 03/ Playground Sex 04/ Dirge: Marc 05/ Insult 06/ Buyer’s Theme 2 07/ Dirge: Mary 08/ Predicate 09/ Injury 10/ Buyer’s Theme
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Vinny Golia : Take Your Time (Relative Pitch, 2011)

vinny golia take your time

Avant d’inviter Bobby Bradford à enregistrer pour lui, Vinny Golia sera souvent passé au Little Big Horn, club que le cornettiste dirigeait à Pasadena. Take Your Time, de profiter d’une complicité évidente en plus d’une section rythmique irréprochable.

On sait l’amour de Golia pour les graves de contrebasse : aussi doué à l’archet qu’au pizzicato, Ken Filiano doit ici le ravir, tant il embrasse la musique du quartette : mariage de swing et de bop, d’improvisation libérée de tout schéma et free léger. Au soprano (Golia dit avoir été bouleversé par le son de celui de Coltrane), est servi un jazz étonnement découpé qui peut rappeler Braxton (qui donna jadis quelques leçons d’instruments au meneur) ; au ténor et à l’alto, ce sont des pièces d’un swing gouailleur et sophistiqué à la fois qui prennent forme. La prise de son, un peu claire, n’y peut rien : l’enregistrement fait référence dans la discographie de Golia.

Vinny Golia Quartet : Take Your Time (Relative Pitch)
Enregistrement : 3 juillet 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ That Was For Albert 10 02/ Otolith 03/ On The Steel 04/ That Was For Albert 11 05/ Welcome Home 06/ Parambulist 07/ A Guy We All Used To Know 08/ Even Before This Time    
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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