Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbrook, 2014)

alan courtis aaron moore kppb

Après Brokeboxe Juke (élaboré par correspondance) et Courtis/Moore (enregistré en concert), la folie est la même qui (par correspondance encore) inspire Anla Courtis et Aaron Moore. Les contours de KPPB (King Pancreas et Punk Butter) n’en changent pas moins de ceux des deux références qui la précèdent.

C’est que cette folie inspirante tient au duo lieu de poésie, et que la poésie ne permet pas qu’on la répète. D’autant qu’ici, un millier d’instruments la traduisent à fin de collages hétéroclites. Guitares, saxophones, accordéon, violon, petites percussions et grands tambours... Tout œuvre à une « ambient in opposition » qui multiplie les efforts pour perdre son promeneur : expérimental minimaliste, boucles hallucinées, rengaines angoissées, expressionnisme pressant…

Certes, quelques flottements sur King Pancreas – absorbé par l’éther, le duo tente un air à la Wim Mertens ou boucle un temps des sonorités de peu – que Punk Butter relativise avec une morgue rare : bols en décalages et archets en perdition y introduisent une complainte captivante aux mouvements égaux. Un art musical de la situation et de son beau retournement…  

écoute le son du grisliAnla Courtis, Aaron Moore
KPPB (extraits)

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbook)
Edition : 2014.
CD : 01/ King Pancreas 02/ Punk Butter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

aaron moore anla courtis

Anla Courtis et Aaron Moore entameront ce 10 mars une tournée en Europe. Pour la France et la Suisse, ils sont attendus à Montreuil, Marseille, Toulouse et Genève : Instants Chavirés le 13, GRIM le 14, Myrys le 15, Cave 12 le 16.



Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata, 2013)

cactus truck live usa

Si John Dikeman (saxophones), Jasper Stadhouders (guitare et basse électriques) et Onno Govaert (batterie) se cachent derrière Cactus Truck c’est qu’ils ne craignent ni l’épine ni la vitesse. D’ailleurs, le power trio sax / guitare / batterie se s’embarrasse pas de présentation : à la place, il déverse directement le même free costaud que Luc Bouquet avait entendu sur Brand New China.

Sur le CD en question, les Hollandais ont placé des morceaux de trois concerts donnés aux USA, parfois avec Jeb Bishop (les deux premiers titres) et parfois avec Roy Campbell (le dernier titre). Et oui, le trio étend sa menace et les murs étasuniens en tremblent. Heureusement que Bishop improvise et que Campbell mélodise pour que le free jazz de Cactus Truck n’abatte pas tout jusqu’au dernier de leurs auditeurs. S’ils ont les épaules assez larges, ces-derniers applaudiront le groupe sur les ruines.

Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Prairie Oyster 02/ Seans Gone 03/ Hot Brown 04/ The Twerk 05/ Magnum Eyebrow 06/ Wedding Present (Sorry Erine) 07/ Ninja
Pierre Cécile © Le son du grisli


Sébastien Branche : Ligne irrégulière (2013)

sébastien branche ligne irrégulière

Je lis : « Le saxophone est placé sur un pied pour une complète indépendance de mouvement, et peut ainsi être utilisé comme objet en lui-même, en conjonction avec les différents accessoires accumulés au fil des années. Les micros (couple stéréo) ont été placés autour de l'instrument, afin que l'auditeur puisse entendre certains sons voyager d'un côté à l'autre lorsque ceux-ci sont clairement localisés sur le corps de l'instrument. Aucun montage, un peu de mixage. » D’accord, j’ai tout compris, Sébastien Branche, votre CD tourne en ce moment. Et il n’y  pas que lui…

Les sons qui sortent du saxophone aussi, comme sur le tour d’un potier – serions-nous ici en présence d’une pièce d’artisan et non d’artiste ? La vérité n’est peut-être pas loin... mais on regrette quand même que le son manque de « pêche » et ce grésillement, qui grésille un peu fort à mon goût. Les bourdonnements (non pas les bourdons) imitent la cornemuse ou cherchent un peu de force par accouplements contraints. L’abstraction (improvisée, je pense) n'invite pas au voyage promis. L’art n’y est pas, et si la ligne est irrégulière c’est parce que sa facture artisanale est celle des artisans les plus répandus… tout satisfaits de leurs défauts.

Sébastien Branche : Ligne irrégulière (Autoproduction)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD-R : 01/ L 02/ i 03/ g 04/ n 05/ e
Pierre Cécile © Le son du grisli


Anna Kaluza, Artur Majewski, Rafal Mazur, Kuba Suchar : Tone Hunting (Clean Feed, 2013)

anna kaluza artur majewski rafal mazur kuba suchar tone hunting

Deux souffles (Anna Kaluza, Artur Majewski) ne pouvant s’éloigner, une rythmique (Rafal Mazur, Kuba Suchar) tournoyante : on connait cela. Le free jazz est passé par là : il repassera.

La qualité de ce quartet polonais réside dans son entêtement. Ici, à part un solo de batterie sans grande importance, rien ne se détourne. Tout se joue dans cette systématique du 2 + 2. Et ces deux entités jamais ne se croisent, jamais ne se questionnent, jamais ne s’évaluent. Que l’esthétique porte les stigmates de la new thing ou que l’improvisation libre s’en mêle, jamais les premiers ne semblent se soucier des seconds. Il y a donc ici un territoire borné, obstiné, buté, quadrillé. Et pourtant il y a Complete Communion. Il y a les effluves d’un vieux free jazz bougeant encore. Et puis, il y a ces souffles croisés aux forts soupçons d’inabouti, d’inachevé. Une fois de plus, préférer les amorces aux résolutions n’est pas interdit.

Anna Kaluza, Artur Majewski, Rafal Mazur, Kuba Suchar : Tone Hunting (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5
Luc Bouquet © Le son du grisli  


Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 / Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture, 2013)

seattle phonographers union building 27 wnp-5

De ses archives personnelles de field recordings, le collectif Seattle Phonographers Union tire depuis plus de dix ans le matériau d’intrigantes improvisations organisées en endroits peu commun. Sur ce disque Prefecture – label que dirige de main de maître le percussionniste Paul Kikuchi –, le groupe prend place, à Seattle, dans un hangar à avion désaffecté puis dans la tour à refroidissement d’une centrale nucléaire abandonnée sur chantier.

Ecoutant plus encore qu’ils ne jouent, Perri Howard, Steve Peters, Toby Paddock, Doug Haire, Jonathan Way, Dale Loyd, Pete Comley, Christopher DeLaurenti et Steve Barsotti, investissent le Building 27 avec un art de l’accumulation qui profite de résonances suspendues et d’accords au sol. Bien sûr, la rumeur enfle, dessine par le son un croquis de carlingue avant de décider d’un repli en lignes ténues qui chanteraient l’érosion de structures métalliques.

A l’épreuve du temps, Comley, Lloyd, DeLaurenti et Barsotti, obligeront aussi la tour WNP-5. Architecture n'ayant jamais servi – et donc sans souvenir à faire entendre –, l’endroit résonne d’un futur interdit : ce sont-là un remue-ménage lointain, des présences anxieuses et des sirènes aphones qui mesurent l’espace d’un cratère éteint avant de le faire respirer. Avec une invention distante qui, dans l’un comme l’autre cas, impressionne.

écoute le son du grisliSeattle Phonographers Union
WNP-5
(Extrait)

Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 (Prefecture Music)
Enregistrement : 2007 & 2009. Edition : 2013.
LP / DL : A/ Building 27 B/ WNP-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

greg sinibaldi jesse canterbury ascendant

Sur l’écho naturel de la Dan Harpole Cistern de Port Townsend, Greg Sinibaldi (saxophone ténor, clarinette basse) et Jesse Canterbury (clarinette et clarinette basse) accordent d’abord leurs influences – qui pourraient avoir pour noms Richard Landry et John Surman. Consignant un minimalisme captivant sur sa première face, le disque le trahit néanmoins sur sa seconde : au son de sur-délicatesses ou d’industrieux bavardages. Ugly Beauty (reprise ici), avait prévu Monk.

Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture Music)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Wade A2/ Second Thoughts A3/ Two or Three Back, and Around A4/ Beside Ourselves A5/ Ugly Beauty 06/ If You Look Too Close – B1/ Not Forever, Just for Now B2/ Web of Lies B3/ Hold This B4/ Dreaming in Two Million
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Objets trouvés : Fresh Juice (Intakt, 2013)

objets trouvés fresh juice copy

Se libérant d’une lévitation inaugurale, nos Objets trouvés (Gabriela Friedli, Co Streiff, Jan Schlegel, Dieter Ulrich) observent quelques plats terrains avant de se délivrer par quelque trait compositionnel hardi. Mais ne pas croire pour autant que ce Fresh Juice ne trouve son salut que par la seule écriture.

Car, à vrai dire, cette écriture n’est là que pour baliser un itinéraire  aux tracés intimes. Presque pas d’éclats fanatiques ici mais une mise en espace de blocs (duo ou trio, rarement quartet) intensifiant sa force en des crescendos entretenus. A ce petit jeu, la saxophoniste gagne la mise : timide au début, elle fore des tracés onctueux qu’elle magnifie  avec un aplomb remarquable. De même, le jeu modal de la pianiste ne s’embarrasse d’aucune rupture mais impose assurance et souplesse au récit emprunté. De ces Objets trouvés – et faussement fragiles – on admirera la sage pertinence, le paysage familier.

Objets Trouvés : Fresh Juice (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Gessang der nacht 02/ Terris Hut 03/ Weisser Zwerg 04/ Equilibre tendu 05/ Faden der Ariadne 06/ Straying Horn
Luc Bouquet © Le son du grisli


Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY, 2013)

polwechsel traces of wood

Sans plus de souffle – même si le violoncelle singe parfois l’orgue –, Polwechsel enregistrait en mars 2010 et janvier 2011 ce Traces of Wood ayant valeur de tournant : « Faire moins de bruit, c’était se taire », explique Michael Moser. Alors, Polwechsel passe commande à ses quatre éléments de partitions qu’il fleurira d’improvisations.

Sur Adapt/Oppose, Burkhard Beins fait des archets l’instrument principal (sur contrebasse, violoncelle et cymbales), qui lentement vont ensemble avant de se répondre, comme d’une vallée à l’autre et sur peaux frottées : les combinaisons sonores, minuscules, forment un corps fragile qui basculera pour démontrer son adhérence. Les archets seront distants, sur l’ouverture de Grain Beinding #1, de Moser. La composition est plus nette, dramatique au fond, qui peu à peu focalise les quatre voix avec un art plus fabriqué.

Nia Rain Circuit, respecte, lui, les courants usages de son auteur, Martin Brandlmayr. La pièce échapperait pourtant au répertoire de Trapist ou de Radian pour jouer de nombreuses pauses et de redirections tranchées avant de convoquer des archets unanimes sur les résonances d’un vibraphone. Les coordonnées de l’endroit du monde où Werner Dafeldecker enregistra le blizzard qu’il injecte à sa composition donnent à celle-ci son titre : S 64°14’’ W 56°37’’. Plus effacé, mais perturbé d'autant, le groupe lutte contre les éléments à coups d’éclats et de drones qui laissent en effet des traces. Trois, au moins. Et tenaces.

Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Adapt/Oppose 02/ Grain Bending #1 03/ Nia Rain Circuit 04/ S 64°14’’ W 56°37’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


MoE : Oslo Janus (Conrad Sound, 2013)

moe oslo janus

On m’a dit tout le bien du monde de MoE (trio guitare / basse / batterie norvégien qui rassemble dans un élan métal-brusqué la Sult bassite-vocaliste Guro Skumsnes Moe, Håvard Skaset et Joakim Heibø Johansen) et j’en ai même lu, du bien de MoE (interview de Moe en personne par Lasse Marhaug dans Personal Best #3), c’est donc avec entrain que je disposais, tout bien couvert de cuir, Oslo Janus sur le lecteur CD qui devait me les révéler enfin.

Or, si mon écoute n’a pas été pénible et si l’ardeur ne manquait point, voici que la déception pointa et que je me retrouvai glapissant sur deux notes de basse plus fort et plus terrible que la (pourtant hargneuse) demoiselle. En vérité, l’envie de tout casser m’a effleuré un temps. C’est qu’on trouve sur ce CD – certes, je n’ai entendu qu’un seul CD de MoE – un gras mélange de Therapy?, Superchunk et (oui, disons-le) L7, quand je m’attendais à ce « Noise Rock from The North » qu’on m’avait promis. Ceci étant, sur un instrumental, on en vient au doom metal, mais à un doom metal sans véritable ampleur.

Voilà pourquoi vous pourrez apercevoir, si vous traînez tard le soir dans le vieux Lille, un homme hurlant à son tour à la lune « Where’s the DJ? » Cet homme-là, c’est moi : « T’as pas un autre truc de MoE à me faire écouter ?... Non ?... Alors, retour à Sult ! »

MoE : Oslo Janus (Conrad Sound)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ride Another Dove 02/ Fighting Light 03/ David Yow 04/ Where’s the DJ? 05/ I.I.I.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Kate Soper, Wet Ink Ensemble : Voices from the Killing Jar (Carrier)

kate soper wet ink voices from the killing jar

Possible petite sœur de Shelly Hirsch, Kate Soper tient à mettre en scène des personnages aussi antithétiques que Murakami, Henry James, Camille Desmoulin ou Emma Bovary. Et on ne sait, à vrai dire, comment cela tient debout.

Ce que l’on sait par contre c’est que son chant – encensé par ses admirateurs pour ses ruptures de ton et autres sorties de route – résulte ici d’une clarté absolue. Ce sont plutôt les meurtrissures et le côté inéluctable des compositions de la jeune femme qui garantissent à cet enregistrement une aura de mystère insondable. Brouillages et unissons poreux, débrayages acides, chant mortuaire et répétitif, opéra classique, accents carnatiques, parodies de musique médiévale : autant de détails sagement entretenus ayant pour but de maintenir éveillée notre bienveillante écoute.

écoute le son du grisliKet Soper, Wet Ink
Voices from te Killar Jar (extraits)

Kate Soper, Wet Ink Ensemble : Voices from the Killing Jar (Carrier)
Edition : 2013.
CD : 01/ Prelude: May Kasahara 02/ My Last Duchess: Isabel Archer 03/ Palilalia: Iphigenia 04/ Midnights Tolling: Lucile Duplessis 05/ Mad Scene: Emma Bovary 06/ Interlude: Asta Solija 07/ The Owl and the Wren: Lady Macduff 08/ Her Voice Is Full of Money: Daisy Buchanan
Luc Bouquet © Le son du grisli 


Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming, 2013)

jean-luc guionnet eric lacasa philip samartzis stray shafts of sunlight

Des extraits de concerts datant du printemps 2007 (Munich, Berlin, Hambourg, Venise, Grenoble et Montreuil) permettent à Jean-Luc Guionnet, Eric LaCasa et Philip Samartzis, de prolonger les effets d’un Soleil d’artifice enregistré à la même époque.

La lumière a quelque chose à voir – un aigu qui perce et résiste, une voix inquiète de détails, des notes d’alto refoulées qu’une sonde cherche, dans le corps de l’instrument, à récupérer, quelques moteurs branlants, des enregistrements de phénomènes naturels qui déposent plus qu’ils n’érodent, d’autres notes de saxophones, longues cette fois, parasitant une électronique de mitraille – et même à réfracter : les sous-bassement tanguent si, à la surface, les musiciens ne trahissent aucun remous.

Voilà pourquoi leur promenade en sons donnés et paysages réinventés ajoute à l’irréalité des choses, voire, puisque l’association est ingénieuse, à la poignante vérité des choses abstraites.  

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming / Metamkine)
CD : 01/ - 02/ - 03/ -
Enregistrement : mai-juin 2007. Edition : 2013.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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