Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Jake Meginsky : L’appel du vide (Open Mouth, 2014)

jake meginsky l'appel du vide

Percussionniste passé à l’électronique, Jake Meginsky forma avec John Truscinski Slaughterhouse Percussion, duo qui, augmenté de Bill Nace, devint XO4. Aussi, avec Nmperign, il signa Selected Occasions Handsom Deceit et, plus récemment, remixait Last Mistress de Body/Head. Seul, c’est, forcément, L’appel du vide.

Plus de batterie, donc, mais des rythmes encore. Des allures, pour être précis, qui mettent en forme les rumeurs que Meginsky fait tourner quarante-cinq fois par minute. Quand son électronique tremble, elle tremble fort – en Strotter Inst. impatient, le musicien dénigre toute idée de « crescendo ». Quand l’abstraction prend le dessus, elle gagne jusqu’aux sillons du vinyle pour arracher un lot de pleurs au matériau. Enfin, quand électronique et abstraction s’entendent, voici Meginsky changé en gnawa trépident – trépignant, voire – ou en exceptionnel polisseur de surfaces. L’appel du vide est alors à son comble, impossible de lui résister.

Jake Meginsky : L’appel du vide (Open Mouth)
Edition : 2014.
LP : A1/ L'appel du vide A2/ Labmeat - B1/ Knuckleball B2/ Sgriob B3/ Decalomania
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Akio Suzuki, Aki Onda : ma ta ta bi (ORAL, 2014)

akio suzuki aki onda ma ta ta bi

Trois heures durant, Akio Suzuki et Aki Onda ont, le 30 juin 2013, arpenté ce qu’il reste d’une usine désaffectée de la banlieue de Bruxelles. A leurs instruments traditionnels (Analapos et pierres pour le premier, radios, ampli et walkmans pour le second), ils ajoutèrent quelques outils trouvés sur place : clous, planches de bois, bouteilles vides… Enregistrée, la performance est aujourd’hui rendue, réinventée aussi.

Dans la brochure d’une vingtaine de pages qui accompagne (renferme, même) le disque, une conversation est retranscrite. Les deux hommes se souviennent là de cet environnement particulier qu’il s’agissait de révéler par le son, hostile – pollution industrielle – mais confident, et disent l’importance de l’écho dans leur pratique sonore.

Sur disque, maintenant. Dans le même temps qu’il interroge l’acoustique de l’endroit, le duo recueille et parfois transforme ce que ce même endroit a à dire ; à ses captures, mêle ensuite ses propres respirations : inventions in-situ et inspirations « sur place ». Comme la trace sonore laissée au sol par le passage d’un avion, le chant de l’Analapos, le bruit de gestes concrets ou la voix de mystérieuses cassettes, prennent alors place sur un air de fabuleuse cantilène : ma ta ta bi.

écoute le son du grisliAkio Suzuki, Aki Onda
ma ta ta bi (extraits)

Akio Suzuki, Aki Onda : ma ta ta bi (ORAL / Metamkine)
Enregistrement : 30 juin 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ ta bi no ha zi ma ri 02/ do ko ka ra 03/ ma ta ta bi 04/ do ko e 05/ fu ta ta bi 06/ ta bi no ha te
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The Three Uncles : Live & More (Setola di Maiale, 2014) / One Hour With (Setola di Maiale, 2013)

the three uncles live & more

Le 10 mars 2013, The Three Uncles (Matthias Boss : violon, Roberto del Piano : basse électrique, Marcello Magliocchi : batterie, percussions) s’invitaient sur la petite scène du Limitationes d’Heiligenkreuz. Ce qu’ils avaient à offrir n’était autre qu’une improvisation à pas feutrés. Le violoniste rongeait ses phrasés, cisaillait la mélodie puis s’en allait cajoler quelque instantanée litanie. La basse électrique fourmillait, bruissait, secouait parfois le cocotier. Le batteur-percussionniste faisait titiller ses bibelots soniques avec aplomb et justesse. Mais l’improvisation n’était que feutrée…

Le 13 mars 2012, soit un an auparavant, les trois oncles étaient quatre (Massimo Falascone : saxophone) ou six (Paolo Falascone et Claudio Maffi : contrebasses) et leurs improvisations regorgeaient de fiel et de lucidité. Sur le vif, l’on découvrait alors une basse électrique éructant une colère ouverte, saisissante. L’aventure ne faisait que commencer…

The Three Uncles : Live & More (Setola di Maiale)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Farewell 02/ Farewell 03/ Farewell 04/ Farewell 05/ Farewell 06/ Farewell 07/ Farewell 08/ Farewell 09/ Farewell 10/ Farewell 11/Farewell 12/ Four Uncles 13/ Six Uncles Part A 14/ Six Uncles Part B
Luc Bouquet © Le son du grisli

the three uncles one hour with

Très bavards et très explicites avaient été ces mêmes Three Uncles lors de leur baptême discographique. Tous se glissaient dans les interstices des vieilles murailles. Violon et basse électrique portaient l’ivresse à bout de bras tandis que la batterie tentait de réguler la bataille. La microtonalité se portait large. La liberté : idem.

The Three Uncles : One Hour With (Setola di Maiale)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-07/ 01-07
Luc Bouquet © Le son du grisli


Piotr Melech, Fred Lonberg-Holm, Witold Oleszak, Adam Golebiewski : Di Vi Ded By 4 (Multikulti, 2013)

piotr melech fred lonberg-holm divided by 4

La clarinette de Piotr Melech lance-t-elle appel ou amorce ? Le violoncelle de Fred Lonberg-Holm n’en a cure, qui lacère la corde jusqu’à la fracture. De cette improvisation qui ressoude le sonique au désordre, on cherchera en vain la colonne vertébrale, l’articulation. Tout ici se démembre et à part quelques rares formes prégnantes, la confusion règne. Mais cette confusion est belle, guerrière.

Ici, le quartet prend le chemin des babillages incontrôlés. Les cordes sont en pleurs ou réduites au seul grincement, au seul gémissement. La clarinette se fait bourdon, s’émancipe parfois de sa glue, module quelque inattendue douceur sur fond de grignotage de cordes avant de retrouver intacte et décuplée l’angoisse initiale. On en oublierait presque le piano de Witold Oleszak et les tambours d’Adam Golebiewski, parfaits contremaîtres d’une improvisation singulièrement indocile.

Piotr Melech, Fred Lonberg-Holm, Witold Oleszak, Adam Golebiewski : Di Vi Ded By 4 (Multikulti Project)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Improvisation One 02/ Improvisation Two 03/ Improvisation Three 04/ Improvisation Four 05/ Improvisation Five 06/ Improvisation Six 07/ Improvisation Seven 08/ Improvisation Eight 09/ Improvisation Nine
Luc Bouquet © Le son du grisli 


Zbigniew Karkowski : Unreleased Materials (Fibrr, 2014) / Zbigniew Karkowski, Kelly Churko : Infallibilism (Herbal, 2010)

zbigniew karkowski unreleased materials

Le label Fibrr a eu raison de mettre en exergue, dans ce CD, une citation du regretté Zbigniew Karkowski : « Où finit le langage, commence la musique. » Pour décrire cette compilation de travaux inédits, il va pourtant me falloir trouver des mots…

Et la chose n’est pas facile, tant cette série de collaborations (inédites, on l’aura noté) se ressent plus facilement qu’elle ne se peut se raconter. Direct, la batterie de Daniel Buess m'abat avec ses coups secs avant que l’electronics ne donne la cadence à mes soubresauts. Entre deux plages, impossible de se remettre, qu’importe ! Avec Kasper Toeplitz, Karkowski vous inocule des virus larvo-nocturnes et avec Julien Ottavi, il décharge un noise plus violent. Heureusement (je devrais mettre cet heureusement entre guillemets, mais à l’heure qu’il est j’hésite encore), le Polonais se fait plus « doux » (là, pas d’hésitation) avec ILIOS avec qui il fabrique un drone poreux, avec Lars Akerlund avec qui il ensable des ondes sinus ou avec Sin:Ned quand il fait des nœuds de feedbacks de guitare.

Plus ou moins « agressifs », ces duos nous rappellent l'importance de se (re)plonger dans l’œuvre fourmillante du maître Karkowski.

Zbigniew Karkowski : Unreleased Materials (Fibrr / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2014.
CD : Unreleased Materials
Pierre Cécile © Le son du grisli

kelly churko zbigniew karkoswki infallibilism

Dans l’œuvre de ZK, il y a ce duo (de concert) avec Kelly Churko... Quoique légèrement « agressif » lui aussi, le rideau de pluie et de fer qui s’abat dès le début d’Infallibilism est un départ magnifique. Nous allons ensuite de surprise en surprise entre dérapages, crissements, brouillages, basses qui bouillent comme l’eau sur le feu, craquements crépitements assaillants qui remontent… Un must have, tout comme l’Unreleased Materials.  

Zbigniew Karkowski, Kelly Churko : Infallibilism (Herbal International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : Infallibilism
Pierre Cécile © Le son du grisli



Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision, 2013)

umpio irr

A la toute fin de l’année dernière, sortait ce disque à la drôle de pochette grise et noire, de deux formations aux noms encore inconnus de moi : Umpio (derrière lequel se cache un certain Pentti Dassum) et irr. app. (ext.) (qu’a imaginé Matthew Waldron, Californien qui a collaboré avec Nurse With Wound ou Stilluppsteypa).

Sur la pochette du CD, on lit que le premier joue dans les groupes Astro Can Caravan et Kroko et qu’il a baptisé la musique qu’il fait seul « Junkyard Elektroautistix ». Et alors, me direz-vous ? Eh bien, c’est que ce « Junkyard Elektroautistix » correspond parfaitement à ce qu’on trouve sur cette collaboration qui entremêle dark ambient et noise. Voilà ce que c’est que d’opposer deux autistes sonores : malgré leur hantise, ils finissent par se toucher. L’Observation affectant The Outcome, voilà qu'ils accouchent de monstres faméliques dans tous les coins !

Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Part I – Part V
Pierre Cécile © Le son du grisli


30/4 (Fragment Factory, 2013)

fragment factory 30

La « fabrique » de compilation est chose difficile – comme l’attestent la plupart des compilations éditées – mais Fragment Factory s’y adonne généralement avec soin, et même art – comme l’atteste cette compilation-là, trentième sortie du label, sur laquelle on trouve, subtilement agencées, des pièces diverses mais bruitistes toutes, singulières mais supportant le voisinage.

A l’origine, retourner à Hugo Ball, dont Joachim Montessuis interprète le Karawane d’une voix qui crache – l’aura-t-elle fait sur les costumes du public de la Fondation Cartier où il a été enregistré en 2012 ? – et mitraille.  Alors défilent quelques agitateurs notoires, beaucoup d’entre eux déjà présents au catalogue FF : AMK sur collages gonflés de field recordings, Michael Esposito (et son jeune fils) sur proto-indus tournant sous l’action d’EVP, Michael Barthel sur chants brillant ou pauvre mais l’un et l’autre travaillés, Aaron Dilloway sur parcours balisé de drones…

Déjà convaincante, la compilation gagne à en rajouter, sous l’effet de Michael Muennich, hôte qui vérifie si sa fantaisie noire est soluble dans l’eau. Au contact d’autres éléments, Krube entamera trop près du feu une courte symphonie pour instruments de bois quand Philip Marshall jouera de courants d’airs (en vérité, de vieilles cassettes trouvées) qui feront tourner des manèges à fantômes. Au contact d’autres spectres, Leif Elggren dictera à un alien qu’il retient le message qui rassurera ses proches. En conclusion – c’est-à-dire, au beau milieu de 30/4 –, GX Juppiter-Larsen brouillera tous les messages délivrés pour en exposer la substantifique moelle : noise créatif et intense fait de mille étrangetés.

COLLECTIF : 30/4 (Fragment Factory)
Edition : 2013.
CD : 01/ Joachim Montessuis: Karawane 02/ AMK : The Oxbow of Christ Night 03/ Aaron Dilloway : Final Date with Uss Urgo 04/ Philip Marshall : Mixtape  05/ KRUBE : Wenn ich die augen schliebe, sehe ich nichts mehr 06/ Michael Barthel : Unbekänntes (Klage 1) 07/ GX Jupitter-Larsen : Radio Abrasion 08/ Michael Muennich : Sekvenser (För Joel) 09/ Giuseppe Ielasi : Untitled. May 2013 10/ Michael Barthel : Die Diener 11/ Leif Elggren :Twenty One Twenty Two 12/ Michael & Basil Esposito : Witches in the Wheat  
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


RLW, Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype, 2013)

rlw srmeixner just like a flower when winter begins

Au départ, c’était un grand morceau sorti de deux plus petits de Ralf Wehowsky (P16.D4 et donc RLW) et Stephen Meixner (Contrastate et donc Srmeixner). Mais aujourd’hui, ce ne sont pas moins de dix morceaux différents, que les deux hommes ont fabriqué en rapprochant leur approche expérimentale de la plus grossière des musiques populaires.

Trois années à manipuler de balourdes chansons, à tricoter des sons bruts, à arranger des samples d’orchestres, des bouts de conversations & des incrustations de mille espèces… Dit comme ça, on pourrait se méfier de Just Like a Flower When Winter Begins. Or, les emprunts discographiques sont assez finement travaillés pour, dans les micro tubes de RLW et Srmeixner, donner naissance à une sorte de space ambient distrayante, parfois étonnante, en tout cas qu’on n’attendait pas là.

écoute le son du grisliRLW & Srmeixner
Just Like a Flower When Winter Begins (extraits)

RLW & Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Blumen für den Prachtjungen 02/ Old Hearts Rejuvenated 03/ Gummidorf (Simply Happiness) 04/ The Man with the Sunglasses 05/ Alle (Everyone) 06/ Wishing to be Entertained 07/ Definition (Konsumation) 08/ Gummidorf 09/ Seligkeit 10/ Spaßbremse 11/ Definition (Degustation)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings, 2014)

itaru oki chorui zukan

Le souffle infiltre le silence. La trompette d’Itaru Oki cueille la  mélodie (lumineux Misterioso & 'Round Midnight), se recueille devant ces histoires si souvent contées (I’m Getting Sentimental Over You, I Wish I Knew). Ici, ce ne sont plus des standards mais de neuves mélodies, crées il y a quelques secondes seulement.

Ailleurs, la trompette du japonais improvise et l’appel n’en est que plus pressant. Bill Dixon avait déjà tutoyé ces étranglements, cette réverbération salivaire, ces grondements zébrés. Itaru Oki lui offre un nouveau moteur, un autre mystère. Parfois les souffles se dédoublent, parfois le blues s’installe et tous les repères historiques et géographiques se perdent. Ou bien, est-ce le contraire. Ce disque solo suffira-t-il à nous convaincre de l’intrépide et singulier talent d’Itaru Oki ? On espère la réponse positive.

Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Janomecho 02/ I’m Getting Sentimental Over You 03/ Oogamadara 04/ I Wish I Knew 05/ Asagimadara 06/ Midorishijimi 07/ Misterioso 08/ You Are Too Beautiful 09/ Karasuageha 10/ I Wish I Knew 11/ Shimokita Blues 12/ Smiling Mr. Nanri 13/ Suminagashi 14/ ’Round Midnight
Luc Bouquet © Le son du grisli


Natura Morta : Decay (FMR, 2013)

natura morta decay

C’était le soir, j’étais seul. Assis sur la terrasse d’une maison isolée quand le bruit d’un train m’est parvenu. Je n’imaginais pas le village desservi. Ce train était conduit, de l’archet, par Frantz Loriot, qui avalait les mètres de rails que Sean Ali (à l’archet aussi) et Carlo Costa (aux doigts ou aux baguettes) déroulaient devant lui, et qui les menaient tous à moi.  

A peine étaient-ils arrivés, qu’ils gagnèrent un bout du jardin pour l’aménager. Plantés comme autant de sculptures sonores, leurs instruments diffusaient de premiers sons « aux couleurs » de l’Inde. Poursuivant ses travaux, le trio faisait plus ou moins de bruit (le violon pouvait par exemple crisser sur le roulement des toms basses). Moi, j’écoutais. Je prenais des notes sur les leurs.

Levant le nez : c’est tout un parc qui avait été aménagé à mes pieds. Avant de repartir, le trio y a planté des graines et enterré des œufs. Le Decay de Natura Morta, je m’y promènerai encore. Je compterai sur la brise pour faire tourner ses instruments, sur les frêles oiseaux qui s’y ébattent pour lui ajouter des touches et des variantes. Si la nature a horreur du vide, elle ne craint pas le silence. Ni les bruits quotidien qui ne cessent plus de le révéler.

Natura Morta : Decay (FMR)
CD : 01/ SIrens 02/ Miasmata 03/ The Burial of Memories 04/ As the Dawn Fades
Enregistrement : 30 mars 2012. Edition : 2013.
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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