Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Thurston Moore, Umut Çağlar : Dunia (Monofonus, 2017)

 lsdg3 couv gifCette chronique de disque est l'une des soixante que l'on trouvera dans le son du grisli #3, à paraître la semaine prochaine aux éditions Lenka lente. A noter : ne restent que 2 exemplaires des deux premiers numéros du son du grisli.

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Bien sûr, Thurston Moore n’en est pas à son premier duo avec un autre guitariste que lui. Mais rien ne l’empêche d’en enregistrer d’autres : comme par exemple cet échange daté de juin 2016 avec Umut Çağlar, musicien que l’on peut notamment entendre dans Konstrukt – groupe d’improvisation turc qui a pris l’habitude d’inviter dans ses rangs des improvisateurs de taille (Marshall Allen, Evan Parker, Joe McPhee, Peter Brötzmann, Akira Sakata…).

Si le label Monofonus s’est fait une spécialité de la production de cassettes (Konstrukt en publia une l’année dernière : Live at Islington Mill), c’est sur un vinyle qu’il a choisi de consigner ces trois pièces d’improvisation. De premiers aigus, nés de différents remuages, y cherchent une cible ; une fois trouvée, celle-ci attire à elle autant de coups de médiator que de trémolos désœuvrés, autant de sons distors que d’éclats de mélodies. Enfin le duo gronde : Moore et Çağlar font face au renvoi par les amplis de leurs inventions et gagnent, encore, en intensité.

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Thurston Moore, Umut Çağlar ‎: Dunia
Monofonus / Astral Spirits
Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



L'ocelle mare : Temps en terre (Murailles Music, 2017)

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Avec les ans, Thomas Bonvalet – « L’ocelle mare est Thomas Bonvalet » – semble se transformer en homme-orchestre (certes, intéressé toujours par le minimalisme). On le savait jouant de la guitare et soufflant en harmonica et voici que Temps en terre débute au son d’un piano, désaccordé un peu (forcément) et enregistré mal (au téléphone) : l’ouverture du disque est une progression timide, comme celle d’un musicien dictant maladroitement une mélodie soudaine dont il craint perdre le souvenir.

S’il ne sait certainement plus où donner de la tête, Bonvalet garde toujours en elle cette idée d’atmosphère et de brouillon, en tout cas de non-fini, qui fait le charme des disques de L’ocelle mare. Si le dernier d’entre eux est abstrait encore, il l’est moins que les précédents : souvent, en effet, une pulsation l’anime (qui peut évoquer le Moondog des rues de New York) ; plus loin, c’est l’histoire d’une sonorité que l’on détériore ; ailleurs encore, une scène de théâtre où se succèdent un métronome, une bande qui peine à la déroule, un lot de cordes molles, une résonance, un larsen…

Et si la musique de Thomas Bonvallet ne nous surprend plus guère, si ses décors nous sont désormais coutumiers (mais qui s’en plaindrait ?), peu importe : il jaillit de ce nouvelocellemare une tension cotonneuse, quand ce n’est pas une angoisse sourde, qui fait forte impression.

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L’ocelle mare : Temps en terre
Murailles Music
Edition : 2017.
CD : 01-09/ Temps en terre 1-9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 lsdg3Cette chronique de disque est l'une des soixante que l'on trouvera dans le son du grisli #3, à paraître fin décembre.


David Grubbs : Creep Mission (Blue Chopsticks, 2017)

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La forêt de disques que David Grubbs a plantée ne l’empêche pas de continuer à semer, de temps en temps. Dernière preuve en date : Creep Mission

Ça commence de manière informelle, à la guitare solo, avec un arpège clair qu’une fausse note déséquilibre (sciemment). Et quand arrivent la trompette (de Nate Wooley), les electronics (de Jan St. Werner) et la batterie (d’Eli Keszler), c’est l’orage : la dissonance fait de plus en plus d’effet et fait claquer une distorsion, puis une autre, et ainsi de suite. Ça commence fort, donc, et cette tension ne retombera pas.

Mieux, même ! Les musiciens feront de cette tension un membre supplémentaire de la team plutôt qu’un instrument. Et le nouveau membre, et bien, c’est un agitateur fou qui leur vole dans les pattes ou les plumes, leur souffle dans le bec ou dans la caisse… Il n’y a donc pas qu’aux caprices des instrumentistes qu’obéissent les compositions de Grubbs.

A cela, il faut ajouter leur « inquiétante étrangeté », il n’y a qu’à entendre l’électroacoustique de Jeremiadaic pour s’en convaincre ou le dronesque The C In Certain (on aura compris l’allusion). Je n’ai presque rien d’autre à dire qu’à vous enjoindre d’y courir. Ah si, dire que Grubbs retrouve le solo à l’acoustique et que son jeu de guitare a le don de transformer une mélodie dont d’autres se seraient bien satisfaits. C’est bon, maintenant, vous pouvez y courir.

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David Grubbs : Creep Mission
Blue Chopsticks / Drag City
Pierre Cécile © Le son du grisli

 lsdg3Cette chronique de disque est l'une des soixante que l'on trouvera dans le son du grisli #3, à paraître fin décembre. En outre, comme le hasard fait bien les choses, ce numéro proposera une évocation d'AMM signée... David Grubbs.


France Sauvage : Le monde des doigts (Doubtful Sounds..., 2017)

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La pochette (signée Stéphane Batsal) du 33 tours (sorti sur une guilde de labels, comme le fut Jeux vocaux des bords de Dronne) donne le ton : Le monde des doigts des rennais de France Sauvage est placé sous le signe du collage ! Les doigts, c’est sans doute pour les échantillons (on appellera ça comme ça plutôt que « samples », « emprunts », « citations »…) de cette réédition vinyle d’un CDR enregistré et produit sur Larsen Commercial en 2009.

France Sauvage, c’était alors encore Arno Bruil (ordinateur, tourne-disque, électronique), Johann Mazé (batterie, percussions, samples, câbles), Manuel Duval (saxophone, échantillons, percussions) et Simon Poligné (et non Louvigné, au chant, clavier et platine, qui a maintenant quitté le projet). Une Nationale de la Concrète Clandestine (NCC) ou une Association d’Abstraction Debout (AAD)… Leur propos ? ... ou plutôt ce qu’ils promettent ? Eh bien, y’a qu’à voir les titres : nettoyage d’insectes, désenvoûtement et sauce samouraï…

Alors, forcément, quand on secoue le vinyle, il en tombe bien des choses : une guimbarde ou un crooner, un mini synthé et une machine à écrire, des colliers de tambours et même un éléphant. Et tout ça danse sans but mais avec plaisir d’autant que les musiciens suscités ajoutent leur grain de sel (des notes de saxophone, un rythme de batterie ou de l’électronique expérimentale). Cette aléatoire qui parade valait bien qu’on la réédite !

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France Sauvage : Le monde des doigts
Tomaturj, Agraph’ Prod, Fougère, Doubtful Sounds, Fruqueupruk, Les Potagers Natures, KdB et Attila Tralala / Metamkine
Editions : 2009. Réédition : 2017.
LP : Le monde des doigts
Pierre Cécile © Le son du grisli


John Butcher, Akio Suzuki : Immediate Landscapes (Ftarri, 2017)

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La tournée « Resonant Spaces » date de juin 2006, qui a emmené John Butcher et Akio Suzuki à travers l’Ecosse – et ce, jusqu’aux Orcades – jouer, seul ou en duo, en plusieurs endroits « résonant » dont les noms donneront leur titre aux cinq premières plages d’Immediate Landscapes : Wormit Reservoir, Fife ; Hamilton Mausoleum, South Lanarkshire ; Smoo Cave, Durness, Highlands ; Tugnet Ice House, Spey Bay, MorayLyness Oil Tank, Island of Hoy.

Ce n’est bien sûr pas la première fois que John Butcher (Resonant Spaces en solo, Cavern with Nightlife, seul ou avec Toshimaru Nakamura…) et Akio Suzuki (la quasi-totalité de sa discographie) interrogent l’espace qui les entoure, et leurs manières de procéder peuvent s’entendre. C’est donc, à chaque fois, d’abord un travail de prospection que le premier réalise aux saxophones et le second aux objets, à l'analapos ou à la voix. Ensuite, ce sont des dialogues que l’un espère, que l’autre imagine, et vice-versa, selon l’écho (saisissant, celui de l’Hamilton Mausoleum) ou diverses surprises.

De souffles en peine en interjections autoritaires, Butcher tourne souvent sur lui-même et accueille dans sa danse ici la voix de fausset de son camarade, là le battement de quelques-uns de ses objets, ailleurs encore la respiration de pierres dont il a certainement tout juste rempli ses poches. Puisque c'est là une des caractéristiques fondamentales de la poésie du duo : faire avec ce qui l’entoure, envisager ses possibles chants et s’évertuer alors à les faire entendre.

Après ces cinq courtes plages – de cinq à huit minutes –, le disque rend un duo enregistré par les mêmes au Ftarri Festival, organisé à Tokyo en 2015. Vingt-cinq minutes, cette fois, qui ont des airs de répertoire de sons inusités : le ténor vague ainsi parmi ce qui fait l’effet d’une guimbarde crépitante, de sifflements d’oiseaux ou de mystérieux craquements. Sans l’image, l’enregistrement interroge souvent, d’autant que Butcher peut parfois donner l’impression de s’y être égaré. Or, l’instant d’après, le voici qui épouse tel timbre incongru ou suit tel rythme minuscule : emboîtant le pas à l’iconoclastie de Suzuki, il s’y abandonne et la multiplie.

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John Butcher, Akio Suzuki : Immediate Landscapes
Ftarri / Metamkine
Enregistrement : juin 2006 / novembre 2015. Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Jérôme Noetinger, Anthony Pateras, Synergy Percussion : Beauty Will Be Amnesiac Or Will Not Be At All (IMMEDIATA, 2017)

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On a déjà eu l’occasion de souligner le soin avec lequel Anthony Pateras publie, depuis quelques années, ses propres disques sous étiquette IMMEDIATA. En plus de documenter son travail et d’attester ses collaborations, c’est aussi pour lui une manière de « dire » de quoi son art est fait, puisque l’enregistrement mis en valeur est à chaque fois accompagné d’un livret d’entretien entre Pateras et son ou ses partenaires.

Ici, c’est avec Jérôme Noetinger qu’il converse et nous permet d’apprendre que celui-ci donne dans le Revox b77 – instrument dont il use sur le disque qui nous intéresse – depuis 1989, époque à laquelle il formait avec Richard Antez le duo Appel à tous. Un quart de siècle plus tard, le voici enregistrant quelques duos que Pateras resculptera ensuite, comme il s’était servi pour Switch on A Dime de ses échanges au piano avec Erik Griswold pour mieux fomenter une nouvelle collaboration avec Robin Fox.

A la place de Fox, et après Noetinger, ce sont là six percussionnistes qui, sous le nom de Synergy Percussion, interviennent sur quatre plages maintenant devenues compositions électroacoustiques. Subtiles, celles-ci, d’autant plus qu’elles sont changeantes. Alors, de graves remuant à peine sous de pourtant terribles effets de bandes (I) en présence électronique qui « électrise » comme un jeu de carillon (II) et de tambours qui obéissent aux saillies de voix en peine ou de guitare électrique (III) à ces crissements volontaires qui chamboulent un paysage de graves suspendus (IV), le disque impressionne drôlement.

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Jérôme Noetinger, Anthony Pateras, Synergy Percussion : Beauty Will Be Amnesiac Or Will Not Be At All
IMMEDIATA / Metamkine
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2017.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 


Dave Rempis : Lattice (Aerophonic, 2017)

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Dave Rempis aura donc attendu avant de publier un disque qu’il aura enregistré seul. Dans les courtes notes qui accompagnent Lattice, il explique qu’après Coleman Hawkins, Eric Dolphy, Anthony Braxton, Steve Lacy, Joe McPhee, Ab Baars ou encore Mats Gustafsson, l’exercice était pour le moins difficile. Une tournée lui a pourtant permis de faire face à la gageure.

C’est que Dave Rempis a toujours fait grand cas de l’enregistrement de concert – dans le même temps qu’il publie cet enregistrement solo, il documente sur Aerophonic l’activité de son Percussion Quatet (Cochonnerie). Ainsi ces trente-et-un concerts donnés seul en vingt-sept villes différentes au printemps 2017 – à chaque fois, ce fut aussi l’occasion d’échanger avec quelques collègues éparpillés sur le territoire : Tim Barnes à Louisville, Steve Baczkowski à Buffalo, Larry Ochs à San Francisco… – tinrent de l’aubaine.

Quatre suffiront pourtant à composer ce premier disque solo d’un instrumentiste à la sonorité singulière. S’il fallait encore la « prouver », voici : deux reprises, en ouverture et en conclusion du disque, signées Billy Strayhorn (la mélodie n’en sera pas retournée, mais bouleversée plutôt, sous quelques coups qu’auraient pu admonester Daunik Lazro ou Nate Wooley) et Eric Dolphy (combien les sifflements de Rempis sur Serene convoquent-ils d’oiseaux ?). Entre ces deux chansons métamorphosées, des pièces d’une intimité rare.

Qu’elles paraissent attachées encore aux volutes d’Anthony Braxton (Linger Longer) ou fassent écho à cette relecture de soul estampillée Ken Vandermark (Horse Court), elles attestent une recherche certaine et, même, un objectif atteint : la voix de Dave Rempis y trace et même signe, finit par opposer à ses propres goûts un art confondant – ainsi, sur Horse Court encore, entendre un saxophone jouer de retours d’ampli comme une guitare pourrait le faire. L’art est confondant, oui ; mais vif, plus encore.

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Dave Rempis : Lattice
Aerophonic
Enregistrement : 2017. Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


James Marshall Human Arts Trio : Illumination (Freedonia, 2016)

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Le jazz – ce qu’il implique d’interrogations – oppose et opposera toujours deux lignes qui farouchement s’opposent quand elles ne parviennent pas à se compléter : la tradition et la création. Ce disque, publié par Freedonia Music, est un document d’importance qui illustre à merveille cette musique parallèle, née de la tradition autant que de la création.

Dans les années 1970, à St. Louis, Missouri, se fit entendre l’Human Arts Ensemble dans lequel donnèrent de la voix des musiciens tels que Charles Bobo Shaw, Hamiet Bluiett, Julius Hemphill, Oliver Lake, John Lindberg, Joseph et Lester BowieLuther Thomas, aussi, auquel le son du saxophoniste James Marshall fait écho dès les premières secondes de cet enregistrement daté de 1979. A cette époque, Marshall a pourtant quitté St. Louis et ses partenaires de jeu sont (seulement) deux percussionnistes, Frank Micheaux et Jay Zelenka (aujourd'hui aux manettes du label Freedonia) : c’est donc l’heure de l’Human Arts Trio. Dans les saxophones (soprano, alto, ténor) de Marshall, bien sûr, on entend Coltrane, Coleman, Redman, Lasha, et ce Thomas d’associé… Ce qui ferait de Marshall un petit maître…

Et donc ? L’écoute d’Illumination s’en trouve-t-elle atteinte – comme on le dirait d’une oreille ? L’abandon de son phrasé illumine (c’est le mot) les deux premières plages du disque, quand ses expérimentations – de saxophone en flûte, le voilà jouant une demi-heure durant sur Life Light de et avec un écho qui sublime jusqu’aux percussions – s’écoutent avec un plaisir non feint. En guise de « bonus », une quatrième plage enregistrée plus tôt : le même trio augmenté de deux souffleurs (au nâgasvaram, notamment) : Michael Castro et Alan Suits. Non de free jazz, c’est là une autre histoire de son qui mêle des tambours lointains à d’insistants instruments à vent. Le brouhaha étonne, désarme même : assez pour remercier Jay Zelenka d’avoir ressorti ces enregistrements sur cassette que le péril menaçait. .

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James Marshall Human Arts Trio : Illumination
Freedonia
Enregistrement : 1979. Edition : 2016
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


New Routines Every Day : You Never Know What Is Enough / Unless You Know What Is More Than Enough (Pulver und Asche, 2017)

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Ce sera ma dernière chronique de l’année (scolaire) mais que les cancres ne se rassurent pas : il ne s’agit pas d’une sortie. Une promenade, tout à peine, et en Suisse encore, grâce au label Pulver und Asche qui produit un double LP du duo (= Rudy Decelière & Marcel Chagrin) New Routines Every Day : You Never Know What Is Enough / Unless You Know What Is More Than Enough, enregistré (dans les conditions du direct, comme on disait dans le temps) en 2015 par un projet datant de l’année d’avant.

Un double LP, vous le savez aussi bien que moi, c’est parfois beaucoup, et beaucoup, vous le savez aussi, c’est très souvent trop. Or, là… non… Toute « cinématographique » qu’elle nous est présentée, la musique du duo passe très bien sans l’image. Oui, d’accord, il faut aimer les field recordings exotiques ou bizarres (c’est Decelière, mais le volume n’est pas fort et les rec. ne sont pas si nombreux) et les guitares électriques suspendues à des pylônes (c’est Chagrin, qui va chercher de l’énergie à la source) qui crachouillent et tremblotent.

On pense parfois (quand on y pense) à une possible BO d’un Lynch ou d’un vieux Wanders, à la guitare électroperturbée de Martin Siewert (non, pas Ry Cooder, même si parfois…), aux expériences et à l’humour de Luc Ferrari de temps en temps. Comment dire autrement qu’en disant que tous ces champs magnético-musicaux sont jolis qu’ils le sont, jolis (et même plus). Car on en a entendu, de la guitare, après tout ; et des guitares même ; et beaucoup de guitares et vous savez comme moi que beaucoup... ! Et voilà que celle de Chagrin nous dit que tout n’était pas fini, qu’il suffisait de triturer des cordes sur des bandes pour que les bandes sonnent à merveille. Et, vous le savez comme moi : à merveille, c'est beaucoup.

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New Routines Every Day : You Never Know What Is Enough / Unless You Know What Is More Than Enough
Pulver und Asche
Edition : 2017.
2 LP : You Never Know What Is Enough / Unless You Know What Is More Than Enough
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Arto Lindsay : Cuidado Madame (Ponderosa / northern Spy / P-Vine, 2017)

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Un nouveau disque d’Arto Lindsay, c’est toujours un (petit) événement. Une envie de découvrir et une appréhension accrochée à la queue de cette envie : n’aura-t-il pas trop abusé des synthés ou de la basse de son fidèle Melvin Gibbs ? et les nouvelles chansons, comment sont-elles les nouvelles chansons ? Car il faut avouer que c’est souvent les montagnes russes, avec Arto. Un coup nous voilà parti dans une complainte brésilienne que n’aurait pas reniée le tropicalisme le plus triomphant, un autre c’est dans un marasme à couches électroquatrevingt qu’il peut vous plonger quand il n’essaye pas de vous perdre dans des expérimentations parfois alambiquées…

Sur ce nouvel album studio (plus de dix ans après Salt, même si depuis il y a eu la sortie de Scarcity, avec Paal Nilssen-Love), notre homme est accompagné  du fidèle Gibbs et s’est adjoint (entre autres) les services de musiciens qui promettent : le pianiste Patrick Wilson, le guitariste Patrick Higgins et le percussionniste Kassa Overall (qui a battu le tambour derrière Geri Allen ou Peter Evans). Avec Higgins, il cosigne par exemple cet Arto vs. Arto, un clash de guitares et de programmations qui renvoie à ses expérimentations les plus radicales (avec DNA mais aussi avec ses duos avec Peter Scherer ou ses exploits guitaristiques dans les Lounge Lizards).

Mais avant et après, il balance (oui, « balance »), comme à son habitude, entre des loops nonchalantes et des jeux de construction audacieux. Côté Brésil, Arto copie et colle le candomblé, met des mots sur une partition du violoniste Luis Filipe de Lima ou compose avec son amie Marisa Monte ou le jeune chanteur Lucas Santanna. Bref, il explose, comme à son habitude encore, toutes les frontières et si ça ne marche pas toujours on lui redira, pour Grain by Grain, Deck ou Uncrossed, tout le bien qu’on pense de lui, de son talent, de ses excès et même… de ses défauts !

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Arto Lindsay : Cuidado Madame
Ponderosa Music & Art / P-Vine / Northern Spy
Edition : 2017.
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

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