Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


Vers TwitterAu grisli clandestinVers Instagram

Archives des interviews du son du grisli

PILES : Una Volta (Aagoo, 2018)

piles une volta

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, PILES, emmené par Guigou Chenevier, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite

C’est un drôle et je dirais même plus un beau drôle d’objet : un fanzine de 30 pages, noir et blanc mais plutôt deluxe, qui cache un CD. Sur le papier il y a un peu de poésie, les tracks d’Una Volta (le disque de PILES, donc), une collection de paraboles radio, de la typo graphique, des strips post-pop (tirés d’un film de Bas Mantel, je lis) et (enfin), en quatrième de couverture, les noms des trois faces qui sont / font PILES : Anthony Laguerre (batterie, guitares, keys), Guigou Chenevier (batterie) et Michel Deltruc (batterie).

Non, pas Les batteries. Mais un beau trio de batteries dont une seule m’était connue (celle de Chenevier, d’Etron Fou Leloublan à Volapük) qui disait en solo il y a une quinzaine d’années que Le batteur est le meilleur ami du musicien. Ici, ses partenaires sont un improvisateur qui a croisé le fer avec Xavier Charles et Jean-Sébastien Mariage (dans Wiwili) et un petit jeune qui peut jouer du rock dur (Laguerre avec Filiamotsa).

C’est d’abord tout batterie, bien appuyé, puissant, enregistré comme il faut, fort en gueule. Mais à la quatrième piste il y a une guitare qui rentre et après ça peut être un drone électronique, un enregistrement vocal... pour un résultat étrangement encore plus brut – aux amateurs des Jesus Lizard ou de Shellac, je conseille le morceau Mort aux cons). Tout ça est bien fichu, et quand arrive Kraut and Piles, on comprend d’où vient le vent qui porte ce beau trio de cogneurs. Vivement la seconda volta.

PILES : Una Volta
Aagoo
Edition : 2018.
Pierre Cécile © Le son du grisli

COUV ET BANDEAU



Jean-Jacques Birgé : Centenaire de Jean-Jacques Birgé (GRRR, 2018)

centenaire jjb

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Jean-Jacques Birgé, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite

Jean-Jacques Birgé a 100 ans. C’est lui qui l’a décidé. D’accord, un centenaire c’est pas toujours joli mais au-dedans c’est une expérience. Dans le CD, tout est expliqué : cent ans de recherches sonores et cent ans de rencontres. Mais pas que… Car Birgé c’est aussi un ego bien calibré, qui sait se la raconter tout seul, sans qu’on le pousse. Alors, à ses invités d’anniversaire (Bernard Vitet, Didier Petit, Pascale Labbé, Yves Robert, Philippe Deschepper, Vincent Segal, Cyril Atef et bien d’autres), le centenaire demande de bien se tenir à table. 

Le jeu est tout simple : suivre l’ego-trip qui le ramène à l’enfance et le conduit vers la fin de vie. Birgé en action, quoi : qui déclenche une sorte de vieille chanson soufflée à l’accordéon, avec faussetés dans la voix canaille, pour déjà penser (à) ce que sera demain. Les revendications sur fond de rock prog, la poésie frappée-flippée par l’électroacoustique, la surenchère de synthés (dans les années 1990, vraiment ?), la douce voix de Birgitte Lyregaard pour notre époque et après c’est les paris sur l’avenir. Toutes les décennies sont là, j’ai vérifié. Celle-ci nous ravit et celle-là nous assomme. C’est que 100 ans, c’est long et qu’on passe par plein d’humeurs. Reste à souhaiter à Jean-Jacques Birgé de vivre cent ans encore, il en est bien capable. 

Jean-Jacques Birgé : Centenaire de Jean-Jacques Birgé 
GRRR 2018

COUV ET BANDEAU

 

 


The Necks : Body (ReR, 2018)

the necks body

On sait que The Necks, ça tourne rond. De plus : ça tourne en rond. Ça se répète un peu, aussi, forcément, à force de tourner en rond. Mais quand on tourne en rond, la tête vous tourne de temps en temps, n’est-ce pas ? La question est de savoir, quand sort un nouvel album du trio, si celui-ci va vous la faire tourner, la tête. Hein ?

Je ne répondrai pas à cette question, il faudra lire jusqu’au bout ma petite chronique – petite, car je ne vais pas revenir sur qui c’est The Necks, sauf pour dire que c’est toujours les trois mêmes : Chris Abrahams au piano, Lloyd Swanton à la basse (mon  préféré) et Tony Buck à la batterie. Le Buck en question bat de la cymbale, au début de ce CD, et le Swanton te pose deux fois la même note en attendant trois coups de balai pour te reposer deux fois la même note. Il n’y a qu’Abrahams qui a l’air de s’amuser un peu, titillant ses touches légèrement autour (lui) non pas de deux mais de trois ou quatre notes ! De temps en temps, il y en a de longues, de l'orgue qui monte, et c’est joli.

Et puis vers la (petite) vingtième minute, un archet de contrebasse casse le modal facile. Des sons d’orgues et d’instruments non identifiés s’invitent dans le trio. OK, me voilà face à une enceinte qui me crache un album de séquences sonores, rien de surprenant. Et puis vlan. Je ne vous dis rien. Je ne peux rien vous dire si ce n’est que commence le meilleur moment de l’album. Une claque entre kraut bush et Stereolab des Bermudes… Y’a même une guitare (ça m’en a tout l’air) qui retourne la chose. Bref, c’est l’effet de surprise que l’on n’attendait pas. Et même si une dernière séquence nous plonge dans un planplan séquence japonisant, c’est diantre là un très bon cru des Necks.

125

The Necks : Body
ReR Edition : 2018.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Gregory Büttner : Tonarm, P.S. (Fragment Factory 2017)

gregory büttner tonarm

Les dernières nouvelles reçues de Gregory Büttner provenaient de son propre label, 1000füssler : Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt était un petit disque sur lequel l’intéressé faisait une belle musique de crépitements et du chant d’objets divers. Sur les labels Hideous Replica ou Herbal International, seul ou accompagné par la trompettiste Birgit Ulher, il avait plus tôt intéressé au son d’épreuves toujours différentes, qu’elles fussent électroacoustique ou concrète.

Sur cette cassette Fragment Factory (l’étiquette allemande lui assurant une sorte de « promotion »), Büttner compose sur des plaques tournantes qui nous renverront bientôt à l’oreille l'une de ses préoccupations : la rumeur qui rôde, sa lente déformation, sa disparition enfin. Maître d’un jeu de roulette unique sur lequel il balance combien de nouveaux objets, le musicien compose avec désinvolture. En seconde face, déclenchant une cascade de boucles et de silences, il impressionne même : car, chez Gregory Büttner, le grain de sable arrive toujours, qui grippe le ronron expérimental. Même prévenu, l’auditeur ne peut qu’y trouver son compte.


tonarm_ps

Gregory Büttner : Tonarm, P.S.
Fragment Factory
Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao (An'archives, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des 90 que l'on peut lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, en plus d'une longue interview de... Harutaka Mochizuki

fuji yuki michel henritzi harutaka mochizuki

Où l’on retrouve Harutaka Mochizuki : première et dernière des quatre plages de ce disque de Michel Henritzi échangeant (en duo) au Japon avec le saxophoniste et la vocaliste Fuji Yuki. C’est que, tout en poursuivant son œuvre de défricheur et de passeur, Henritzi remet sur le métier son art personnel – à Philippe Robert, il confiait ainsi dans Agitation FrIIte : « J’ai enregistré avec À Qui Gabriel des reprises de chansons enka, joué des chansons de Kazuki Tomakawa à Tokyo et l’accueil était plutôt bon. Ma seule ‘’fierté’’, c’est qu’on m’ait dit plusieurs fois que ma musique semblait habitée par la musique japonaise : pour moi, c’est le plus beau compliment. »

À Shizuoka avec Mochizuki, Henritzi apparaît – « Je suis passé de la guitare au lapsteel, qui ouvre de façon incroyable de nouvelles approches et me semble être un instrument sous-employé dans ces musiques, comme la vielle à roue qu’on redécouvre aujourd’hui. » – en dérouleur de nappe épaisse sur laquelle fleurissent des bourdons et va le saxophone empêché d’abord, saisissant ensuite. Faits pour s’entendre, les deux hommes adaptent leur langage singulier et en créent un troisième. Tsuki No Kage le redit : Mochizuki commence seul, que le guitariste rejoint en glissant : c’est alors une Western Suite réinventée à l’Orient.

À Shizuoka avec Yuki, Henritzi intervient aux guitares, aux percussions et au banjo, pour accompagner un autre chant énigmatique. Sur un léger écho, Yuki progresse à distance, comme en élévation même ; ses vocalises, à l’air fragile mais qui persistent, se promènent dans une forêt de cordes qu’elles finissent par envelopper. C’est la fin, notamment, de We Turn In the Night Endless, beau chant de brume que l’on pourrait laisser filer une journée entière. De quoi revenir souvent à ce beau disque (c’est la loi de la maison) An’archives.

cd-shiroi-kao

Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao
An'archives
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



David Grubbs, Taku Unami : Failed Celestial Creatures (Empty Editions, 2018)

david grubbs taku unami failed celestial creatures

Les structures des chansons de David Grubbs – puisqu’il s’agit bien, chez David Grubbs, toujours, de chanson – sont particulières. Propres à lui, qui souvent décide d’une ouverture dans laquelle s’engouffrer ou d’une nouvelle direction à suivre. A la mélodie première, il reviendra ; mais entretemps bien des choses se seront passées. Et puisque les frontières, en musique, ne sont plus qu’un mirage, Grubbs continue d’interroger ses manières au contact de partenaires doués d’improvisation : Mats Gustafsson, Nikos Veliotis, Nate Wooley et Paul Lytton hier, aujourd’hui Taku Unami.

Une corde basse de guitare et deux cordes pincées du reste de l’accord suffisent à ouvrir la première des deux pièces enfermées sur ce vinyle : Failed Celestial Creatures, sur laquelle le duo trouve un équilibre – un léger bourdon le soutenant, sorti sans doute de l’ordinateur d’Unami – qui l’engage à gagner en vitesse puis en effets ; d’un bout à l’autre de la face, les cordes de guitare tremblent alors, et puis ce sont vos enceintes.

En seconde face, les guitares tremblent encore, mais la chanson (The Forest Dedication) délivre un texte : le parlé-chanté de Grubbs suit ainsi le cours d’une ballade que n’aurait pas renié le Charlie Haden de Beyond the Missoury Sky : le premier médiator égrène lentement une guitare électrique, le second trouve comme par enchantement le chemin des fioritures. La voix, elle, n’a plus qu’à conter. Suivent quatre Threadbare, courtes pièces instrumentales que se disputent combien de motifs (nés d’un tapping, d’un glissando et puis d’un patient égrenage…). Autant d’autres chansons – quatre versions, tout compte fait, de la même – dont les structures changent sous le coup d’une commune imagination.

a4244101644_10

David Grubbs, Taku Unami : Failed Celestial Creatures
Empty Editions
Enregistrement : 7-9 août 2017. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman (Intakt, 2018)

parker guy lytton david mossman

Dans les notes qu’il signe pour ce nouvel enregistrement du trio qu’il forme avec Barry Guy et Paul Lytton, Evan Parker rend hommage à John Stevens avant de revenir sur sa longue collaboration avec une paire rythmique d’exception : « J’ai rencontré Paul Lytton pour la première fois en 1967 à l’occasion d’un festival de musique qui se tenait dans un parc de Birmingham où je jouais en duo avec John… »

Compagnons du London Jazz Composers Orchestra de Barry Guy, Parker et Lytton ont joué en duo puis, dès 1980, en trio avec le contrebassiste. Si Tracks, le premier enregistrement de l’association, a paru en 1983 sur Incus, son œuvre a été publiée par une pléiade de labels (Emanem, Leo, Marge, Clean Feed, CIMP et bien sûr Maya et psi) que vient aujourd’hui grossir Intakt.

Ce sont-là deux sets enregistrés le 14 juillet 2016 au Vortex de Londres et quatre pièces que le trio dédie au fondateur du club, David Mossman. Solos, duos, trios : les combinaisons changent et, avec elles, les directions de cette nouvelle et saisissante épreuve d’improvisation libre. Et puisque les musiciens, en plus d’être capables, sont depuis longtemps intimes, ils adaptent leurs discours personnels sans jamais faillir : ce sont Guy et Lytton qui s’expriment avec une même retenue (II), Parker qui invente en frénétique à la suite de Lytton (III), Guy qui rejoint Parker au son d’un archet fragile (IV)… Quant à la première pièce du disque, sa mise en place augurait une heure fabuleuse. Et c’est ce qui est arrivé. 

125parker

Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman
Enregistrement : 14 juillet 2016. Edition : 2018.
Intakt Records  / Orkhêstra International
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ep3

 


Yann Leguay : Ground (Tanuki, 2017)

lsdg4150Cette chronique de disque (cassette) est l'une des 90 à lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, à commander d'urgence !

yann leguay grisli

Yann Leguay est un artiste sonore belge. Un Belge sonore. Et c’est ce qui nous rapproche (notez que nous ne nous connaissons pas : c’est juré). Sur la première face de cette cassette il se promène en clamant (en douce) partout « Here I Am ».

Sauf que cette phrase est à peine entendue par le monde qui l’entoure (Yann Leguay) qu’il est déjà à quelques mètres (Leguay Yann). J’aime la poésie sonore, et son ego trip me va très très bien d’autant que comme Marc j’ai reconnu des enfants là-dessus. Mais surtout parce que Yann Leguay a un rire en pointe.

J’en déduis alors qu’un Belge sonore qui rit, eh bien, c’est un vrai Belge. Et un vrai Belge, c’est déjà ça. Je retourne la cassette et c’est tout différent : une sorte d’electroldschoomenampli faite comm' ein' beat d'ours. Et pour un grisli, ein’ beat d’ours c’est l’occase de rêve comme on dirait chez Stefantiek : entre la poésie sonore et la tech minimaliste, on pourra bien passer pour des Belges qui parlent aux Belges, mais alors ? Ça me goûte ! 

PS : Rien ni personne n’est infaillible, même pas un chroniqueur du son du grisli, hélas. Ici, deux erreurs : Yann Leguay n’est pas Belge mais Français (Pierre, m’entends-tu ?, est-ce par un fait exprès ?) ; et sur Here I Am, ce n’est pas Yann Leguay qu’on entend mais Brad Downey (que Leguay enregistre). Décidemment, impossible de se fier à la Belgique ! [gb]


Harutaka Mochizuki : Through the Glass / Short Short (Armageddon Nova, 2017)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des soixante-dix que l'on trouvera dans le quatrième numéro papier du son du grisli, en plus d'une longue interview de... Harutaka Mochizuki

mochizuki

Il y a presque quinze ans paraissait Solo Document 2004, premier disque du saxophoniste – et chanteur – Harutaka Mochizuki. En quatre improvisations, le jeune homme prouvait que d’un souffle voulu difficile pouvait naître une expression certaine. Au jeu des comparaisons, on pouvait oser les noms d’Albert Ayler ou de Martin Küchen, mais quelque chose n’allait pas. Les provocations de Mochizuki cachaient de toute évidence autre chose qu’une énième révérence au free jazz ou à l’improvisation libre.

Déjà en 2004, un air – pour ne pas dire une mélodie – s’insinuait au fil de l’exercice : au creux d’un souffle timide ou derrière un sifflement, une habile soustraction de notes ajoutant sans cesse au contenu musical. Aujourd’hui, le mystère reste entier et, même : après l’écoute de Through the Glass et de Short Short, deux nouveaux solos de saxophone, n’a-t-il pas épaissi ? Mochizuki a beau dire qu’il a passé du temps entre son premier solo publié et ces deux disques-là, la première intention est la même : chanter la bouche fermée par le bec d’un alto.

Vingt minutes et puis dix, voilà pour Through the Glass. Aux souffles embarrassés pourront succéder des sifflements et à un chapelet de notes amoindries un bruyant dérapage : le saxophoniste n’abandonnera jamais la mélodie étrange qu’il a construite sans même que l’auditeur s’en aperçoive. Mais lorsque le motif l’atteint enfin – ce Summertime rebelle mais qui vacille –, ce-dernier comprend qu'il n’a pas été à la hauteur. Trop distrait, ici, pour saisir telle nuance, trop occupé ailleurs à chercher, en lieu et place du musicien, une conclusion à son exercice. Pouvait-il s’attendre alors, pour finir, à ce bruit de verre brisé ? 

La seconde pièce de Through the Glass pourrait faire l’effet d’une ligne tracée à la craie sur un tableau noir. C’est donc l’histoire d’une trace et celle d’un passage, ce que redit Short Short en deux très courtes faces. C’est là une cassette tirée à 51 exemplaires, certes, mais toujours différente puisque Mochizuki les a enregistrées l’une après l’autre en combinant deux morceaux tirés de manière aléatoire d’un répertoire de dix. Quelle mélodie l’auditeur entendra-t-il alors ? Acceptera-t-il d’ignorer jusqu’au titre des deux pièces qu’il possède ?

La bande tourne déjà : le passage a commencé et la trace se laisse entendre au gré de la progression d’un alto fragile. Derrière le premier souffle il y a une, deux ou trois notes à la peine et des bruits impromptus : il y a surtout un air qui reviendra plusieurs fois, disparaîtra ensuite, reviendra à nouveau. Aussi fragile que l’instrument duquel il est sorti, aussi iconoclaste que le musicien qui l’a inventé. C’est une somme de mystères qui provoque une exceptionnelle attente.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 

lsdg4

 


Entrechoc : Aux antipodes de la froideur (Trace / Bloc Thyristors, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des soixante-dix que l'on trouvera dans le quatrième numéro papier du son du grisli. Qu'il faut commander, et même : dès maintenant !

entrechocs antipodes

C’est là – après Brigantin (avec Conrad et Johannes Bauer et Barry Guy) et L’étau (avec Keith Tippett, Michel Pilz et Paul Rogers) – la troisième (et dernière, faut-il croire) belle boîte de tissu estampillée Trace / Bloc Thyristors à renfermer des associations nées dans l’esprit de Jean-Noël Cognard, batteur qui improvise mais, d’abord : organise.

Organiser : pour un improvisateur, qu’est-ce à dire ? C’est qu’il en faut, des improvisateurs qui ne font pas qu’improviser sur demande, contre cachet, etc. Mais qui organisent aussi. Et qui imaginent, même : des associations nouvelles, respectueuses (de ce qui a été fait plus tôt) et concrètes enfin. L’organisation n’interdisant pas l’inspiration, c’est donc là, pour la troisième fois, une boîte de couleur qui en contient combien d’autres ? Non pas 5, mais au moins 5 au carré ; ce qui nous fait 25…  bien. Or, à bien compter, puisqu'il faut toujours compter désormais et partout, on est en fait encore loin du compte.

Car d’une couleur à l’autre – voilà enfin (troisième paragraphe) les intervenants qui ici font impression : Michel Pilz (clarinette basse), Mark Charig (trompette), Quentin Rollet (saxophones), Marcio Mattos (contrebasse et violoncelle) et Jean-Noël Cognard (batterie) –, des rapprochements sont envisagés, qui bientôt « bavent ». Or, c’est dans la bave que l’amateur de musique créative trouve généralement son compte : dans le son de trop comme dans le silence : quelle est la différence ? Moins souvent dans l’accord tandis qu’il se fait entendre ; jamais, ou presque, dans l’unisson.  

Ravi donc, l’amateur. Pour ce qui est des couleurs : bleu de Sienne (le jazz créatif des années 1960), ocre de Provence (c’est l’improvisation, au soleil, chapeau de paille jusqu’au nez), noirs de partout (ce que c’est qu’un tempérament, il faudra faire avec). Alors le quintette va : deux jours passés en studio en 2017 à Chatenay-Malabry et puis un concert donné un peu plus tard aux Instants Chavirés. A chaque fois, disques noirs ou disque rouge, c’est le fruit d’un compagnonnage Cognard, d’une confrérie non pas du souffle mais de la claque, qui vaut caresse – allez expliquer ça aux curetons de la « société civile ». Et puis non, n’allez pas expliquer, soyez à la hauteur de ce que vous avez entendu : gardez ça pour vous, et pour eux encore davantage. [gb]

 



Commentaires sur