Le son du grisli

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

OOIOO : Nijimusi (Thrill Jockey, 2020)

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Depuis le milieu des années 1990, OOIOO dispense une musique dans laquelle ses quatre membres – KayaN (guitare, voix), AyA (basse, voix) et Mishina (batterie) emmenées par YoshimiO (guitare, voix), déjà batteuse de Boredoms – fourrent diverses influences. Le début de Nijimusi, leur huitième album, atteste par exemple qu’elles auraient pu faire leur affaire de noise, oui mais voilà.

Voilà l’exercice chassé par d’autres envies et c’est au son des gestes d’une folle kagura que les quatre musiciennes inventent sans se soucier de genre : la danse provoquant des remous capables de distance, voici convoqués Can et Stereolab, Acid Mothers Temple et Björk, Tortoise et évidemment Shonen Knife… Les pulsations de ces sorcières sont insatiables, leurs cris réjouissants et leur bonheur endémique. Et quand elles se perdent en digressions instrumentales, leur art de la guitare (que ce disque met particulièrement en valeur) se déploie avec plus de liberté encore.  

OOIOO : Nijimusi
Thrill Jockey
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eugene Chadbourne : The Lost Eddie Chatterbox Session / The Guitar Trio in Calgary 1977

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La photo de couverture est belle, qui montre Duck Baker (dont Emanem avait mis en lumière voici trois ans au son d’Outside), Randy Hutton et Eugene Chadbourne en action. Sur cette référence Emanem, on entendra les trois guitaristes en 1977 en concert au Parachute Center for Cultural Affairs de Calgary puis en studio – c’est la huitième et dernière piste du CD, qui fut jadis la première du vinyle sorti par... Parachute sous le titre Eugene Chadbourne: Volume Three: Guitar Trios.  

Le concert, lui, est inédit. Mieux, d’un intérêt indéniable. Le son (lointain) de ces trois guitares acoustiques ajoute peut-être aux charmes du document : reste que ces compositions partagées ravissent aujourd’hui, plus de quarante ans après leur enregistrement. KJ is a DS, par exemple, sur lequel les musiciens se repassent un motif de guitare, sinon le mettent à mal en tirant fort sur leurs cordes. So Long, Mom, aussi, dont la marche lente contraste avec le pseudo standard de jazz réduit à sa substantifique moëlle de Two Peafowl… (concert version).

Quelques mois avant l’enregistrement de The Lost Eddie Chatterbox Session, Chadbourne réinvente aussi le blues et le jazz en belle compagnie : ainsi Mary Mahoney voit-il ses interprètes passer d’unissons tordues en fantaisies bon enfant quand Cards et Ornette Mashup célèbrent les influences que sont, pour les trois guitaristes, et Roscoe Mitchell et Ornette Coleman. A chaque fois, quand l’un lit la partition ou récite l’air entendu, l’autre improvise quitte à faire dérailler le premier, quand ce n’est pas agacer le troisième. C’est ici un disque aussi créatif que récréatif : jubilatoire, donc, à double titre.

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Ici, un document qui dépasse d’une tête – c’est-à-dire aussi d’une largeur – combien de nouveautés déjà obsolètes. Un disque d’une trentaine de plages enregistrées fin 1977 par Eugene Chadbourne à San Francisco et publiées une première fois sur cassette une dizaine d’années plus tard. Un disque qui, pour résumer, prouve – à qui ne le savait déjà – que Chadbourne n’est pas le fou que l’on croyait.

Non parce qu’il sait « son » jazz – ses thèmes de bop, pour l’essentiel : une douzaine de relectures de Monk et trois de Parker contre une de Coltrane et une autre d’Ornette – que parce qu’il se montre capable d’inventer par-dessus. Le tout enregistré (avec les moyens du bord) en un jour, comme d’autres font des tartes. Ainsi, l’instrument est toujours le même. Oui, mais lequel ? Une guitare à quatre cordes ? Un luth d’extraction récente ? Une vahila de contrefaçon ?... Indécision, puisque la sonorité est (là encore) lointaine au point de rappeler les premières heures du blues.

Nous miserons sur l’instrument guitare – derrière lequel, presque toujours, traîne une voix de batteur. Le jeu est intéressé, qui tient de l’exercice : impliqué donc forcément tendu, tendu donc parfois fauteur de trouble. Or, c’est justement sur le trouble – qu’il a dû ressentir au moment d’interpréter ces standards ou d’oser rendre ses propres chansons sans paroles – que Chadbourne bâtit son œuvre. En improvisateur libertaire, le voici fleurissant de glissandi Scrapple From the Apple, de notes précipitées Brilliant Corners ou approximatives 52nd Street Theme, de sorties sans issue Central Park West, de gestes free l’introduction de Smoke Gets In Your Eyes

Quant aux folies récréatives que signe Eugene Chadbourne, elles sont de taille à prendre place entre deux standards sans qu’on y trouve à redire, soit : ne déparaient pas dans un paysage qu’il faut remonter en trente stations et qui, enfin, vous « scotche » (modernité oblige, chacun sa croix). A l’occasion d’une interview, en 2008, j’avouais au musicien en question que le disque que je passais le plus souvent des siens était Old Time Banjo. Réponse, sarcastique : « Ça doit être parce que je n’y joue pas de guitare. » Depuis The Lost Eddie Chatterbox Session, mon avis a changé. Est-ce pour la guitare ? Pour le luth ? La vahila ?... Ou pour (mieux vaut tard que jamais) lui donner raison.

Eugene Chadbourne, Duck Baker, Randy Hutton : The Guitar Trio In Calgary 1977
Emanem / Orkhêstra International
Edition : 2019.

Eugene Chadbourne : The Lost Eddie Chatterbox Session
Corbett vs Dempsey / Orkhêstra International
Edition : 2017
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Glenn Branca : The Third Ascension (Systems Neutralizers, 2019)

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Cette chronique a été publiée à l'occasion de la parution de Pop fin de siècle, aux éditions du layeur, soit : 90 portraits de groupes / musiciens de "rock indépendant" ayant agi entre 1985 et 1995. Si Glenn Branca n'y a pas de portrait, il est mentionné plusieurs fois (avec Sonic Youth, Bruce Gilbert, Swans, Loop...)

C’est une autre fois Glenn Branca dans les cordes : lui à la partition et à la manœuvre – concert enregistré at The Kitchen – devant six musiciens disposés à le suivre : Arad Evans, Reg Bloor, Brendan Randall-Myers et Luke Schwartz aux guitares, Greg McMullen à la basse et Owen Weaver à la batterie.  

On pourrait croire qu’il s’agira de la même histoire qu’hier, celle de grands gestes agacés sur minimalisme rock, et « racontée » moins bien. Or, si The Third Ascension – la première ascension datait de 1981, la seconde de 2010, à chaque fois illustrée sur pochette par Robert Longo –, renferme quelques moments qui peinent à convaincre (Twisting In Space et The Smoke, que rattrape néanmoins sa conclusion) voire lassent (German Expressionism), d’autres enchantent.

C’est le cas de Velvet And Pearls dont la ritournelle, déjà martelée, s’effrite peu à peu sous les coups de médiators. Et quand, sur Lesson N°4, les guitares déclinent des motifs qui lentement dérivent sous l’effet des roulements de batterie, elles bourdonnent sur Cold Thing pour rappeler à l’amateur que les parenthèses instrumentales de Sonic Youth ne viennent pas de nulle part, qu’elles ont été influencées par de plus terribles expériences. La fin du disque l’atteste en plus : Glenn Branca n’avait rien perdu de sa superbe, le poids des âges en rien entamé ses régulières ascensions.

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Glenn Branca : The Third Ascension
Systems Neutralizers / Orkhêstra International
Edition : 2019.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Wedding Present : Tommy 30 (Scopitones, 2019)

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Cette chronique a été publiée à l'occasion de la parution de Pop fin de siècle, aux éditions du layeur, soit : 90 portraits de groupes / musiciens de "rock indépendant" ayant agi entre 1985 et 1995. The Wedding Present est l'un des 90 noms au sommaire du livre.

Dans le texte qu’il signe dans le digipack de Tommy 30, le bassiste Terry De Castro raconte comment David Gedge le rappela dans The Wedding Present pour célébrer sur scène les 30 ans de Tommy, la première des nombreuses compilations du groupe. Comme Danielle Wadey (guitare) et Charles Layton (batterie), De Castro dut apprendre à jouer des morceaux datant du Wedding Present des origines (avec Gedge, alors : Keith Gregory, Peter Solowka et Shaun Charman) ; chose faite, ce fut la tournée, puis un enregistrement.

Notamment parce que Gedge regrettait les conditions « médiocres » dans lesquelles les 45 tours autoproduits (estampillés Reception) avaient été enregistrés – c’était le début des années 1980, et celui aussi du Wedding Present. Le son de Tommy 30 est ainsi irréprochable, si l’enjeu n’est bien sûr plus le même. En leader expérimenté, Gedge (la voix est intacte) emmène une troupe qui devra se montrer à la hauteur et de sa vivacité et de son endurance.

Alors, défilent les morceaux regonflés pour l’occasion, dont ce Go Out and Get ‘Em, Boy! qui attira l’attention de John Peel : le médiator arpège, et c’est l’art nerveux du Wedding Present qui nous revient : Once more, At the Edge Of the sea, Living And Learning (aux origines du Brimful Of Asha de Cornershop, non ?), You Should Always Keep In Touch With Your Friends, What Becomes of the broken hearted?... Une question se pose maintenant : faudra-t-il réenregistrer Seamonsters ? Et Watusi ? Peut-on seulement imaginer réenregistrer ces deux albums là ? David Gedge le pourra-t-il, lui ?  

The Wedding Present : Tommy 30
Scopitones / Orkhêstra International
Edition : 2019.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ben Carey : Antimatter (Hospital Hill, 2019)

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Si l’on pense avoir tout de suite compris le message de Ben Carey c’est peut-être qu’on n’a pas vraiment compris le message de Ben Carey. Mais à qui la faute ? Parce qu’il a bien essayé de chercher le contact, Ben Carey… Il a bien émis une communication et nous l’a même adressée (pas nominativement, d’accord, mais bon). Et nous, nous avons cherché à percer le mystère de cette « antimatière » d’un nouvel électrobidouilleur.

Je ne saurais quoi vous écrire de Ben Carey, je n’ai rien trouvé d’autre qu’une nationalité (australienne) et qu’une réputation (abstract expé) qui le précède. Fissa au LP alors et à sa belle pochette qui brille qui nous donne les titres des trois morceaux : Peaks, Larsen et Networks Articulated. Tout ça commence par des signaux de morse électronique qui au fil des secondes se grimpent les uns sur les autres (c’est leur intimité) et qui font penser autant aux origines du GRM qu’à Institut Für Feinmotorik, Farmers Manual, Jan Jelinek ou Scanner.

La deuxième face est en fait plus originale. Networks Articulated (peut-être l’explication d’une méthode), c’est une quinzaine de minutes où se font face des signaux électroniques courts et des percussions (gongs ? carillon tubulaire ? je ne sais pas…) avant que tout se désagrège. C’est peut-être à ce moment (où les couleurs fusionnent bizarrement) qu’on peut parler d’antimatière… Je n’y connais rien à la physique, et même en lisant bien je sèche. Mais pour conseiller Antimatter, j’en suis déjà quand même à trois paragraphes !

Et de quatre ! C’est dire comme je conseille Antimatter.

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Ben Carey : Antimatter
Hospital Hill
Edition : 2019.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Yves Evrard, Christine Wodrascka (Montagne Noire, 2019)

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Dans le digipack de la deuxième référence – la première étant le beau Désordre d'Alexandra Grimal et Joëlle Léandre –, du catalogue Montagne Noire, label issu du GMEA (Centre National de Création Musicale d’Albi-Tarn), on lit que Jean-Yves Evrard est ici non seulement à la guitare (improvisation avec la pianiste Christine Wodrascka enregistrée par Benjamin Maumus en 2018) mais aussi au « montage ». La précision a son importance. Car on ne trouvera pas là une improvisation de plus, un « duo qui s’entend sur l’instant » ou une « conversation highly recommandable » (géniale, sans plus, dirait l'ami Berroyer), mais plutôt l’exposé d’une rencontre qui a bien fait d’avoir eu lieu.

Y montent des rumeurs de piano qui feront bientôt l’effet d’une déferlante après laquelle on n’oserait plus rien imaginer. Or, de la guitare d’Evrard émergent des notes qui crépitent, et insistent après le piano : c’est à une musique de sombres méandres et non à des notes qui batifolent sans compter que les deux instruments ont été consacrés. Rampantes, les traînées de sons que le duo laisse derrière lui jouent de stridences, d’étranges accordages, de ronflements voire d’étouffements. Comment, après cela, était-il possible d’intituler la rencontre ?

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Jean-Yves Evrard, Christine Wodrascka
Montagne Noire
Enregistrement : 2018. Edition : 2019.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jacques Thollot : Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer (Souffle Continu, 2019)

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« Un voyage au long cou », écrit Jean Rochard du premier disque publié sous le nom de Jacques Thollot – référence Futura qu’a eu la bonne idée de rééditer Souffle Continu. Un voyage qu’il faut faire et refaire, défaire un peu de temps à autre, tant les labyrinthes qu’il renferme le transforment à chaque écoute.

En studio début mars 1971, le batteur – que l’on entend aussi au piano et à l’orgue – accouche non pas d’une souris mais d’une girafe. Une girafe particulière, certes, de celles qu’il faut jeter quand le son devient aigu, espèce mise au jour par Henri Michaux. Une girafe en morceaux : quatorze pièces qui font un disque codé, surréaliste, lunaire et visionnaire.

À un motif de piano qu’il répète, Thollot applique d’abord un peu de swing avant d’en perturber la rotondité au son d’un clavier dérangé. La compagnie de Jef Gilson ou celle de François Tusques, l’utopie de Kurt Weill et le souvenir de Don Cherry qu’il chante l’un après l’autre, engagent Thollot à l’imagination. La sienne est vivifiante : free morse, piano braque, variété kaléidoscopique, tambour battant à la tempe d’un bébé en pleurs… Les saynètes se suivent en toute liberté, alors les idées fusent. Et la fin du disque, qui dit « À suivre ».

Jacques Thollot : Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer
Réédition : 2019.
Souffle Continu Records
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 


Eye Flys : Context (Thrill Jockey, 2019)

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Au jeu de démontage / remontage de références metal, hardcore, trash, doom… Eye Flys me cherche et m’a (je l’avoue) trouvé. Je m’explique : le genre rock hargneux je n’aime pas que ça traîne en longueur, et celle des six morceaux de Context est faite pour moi. Pas plus d’un quart d’heure en guise de carte de visite, qui dit mieux ?

Philadelphie / Pennsylvanie, voilà pour les origines des quatre membres de ce (nouveau) groupe à testostérone et décibels. Leur pédigrée, c’est encore autre chose : Full of Hell (pour Spencer Hazard à la guitare) + Blackslider (pour Patrick Forrest à la batterie et Jake Smith à la basse) + Triac (pour Kevin Bernsten à la basse). Si dit, c’est tête baissé qu’on fonce dans le mur Eye Flys = percuté sans attendre par la masse des instruments.

Qui se souvient s’être pris des coups d’Unsane ou des Melvins devra aller se mesurer à ce nouveau groupe : Eye Flys est comme un souvenir qui vous revient dans la boule, pour ne pas utiliser le pluriel.

 

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Eye Flys : Context
Edition : 2019
Thrill Jockey
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

Image of La chanson des vieux époux de Pierre Loti & Quentin Rollet / Vomir

 


Nappe : mmemm nolain (Dysmusie, 2019)

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Reprenons le dictionnaire Chevalier & Gheerbrant évoqué dans la chronique d’A Quiet – Earthquake Style, dernier disque de La Morte Young d’où nous arrivent Pierre Faure (guitares) et Christian Malfray (électronique) : « La mutilation peut aussi, dans de très rares cas, revêtir une haute valeur initiatique : le distributeur n’a pas de bras ; le voyant est aveugle et le génie de l’éloquence est bègue ou muet. »

Alors quid du dernier effort de ce couple de « mutilés » ? Est-il encore audible le discours que l’on tient à étouffer ? Car entre les messages codés et les motifs tournants, les expressions enfumées et les parasites élevés en conduits, l’auditeur pourra, en plus d’entendre, s’essayer à l’interprétation : Nappe est-il ce groupe à guitare – qui expliquerait, en deuxième plage, ce clin d’œil adressé à Sonic Youth en compagnie d’Eric Lombaert – qui fait tout pour qu’on oublie jusqu’à son premier instrument ? Ou alors ce duo d’électronique qui étouffe jusqu’au tout premier signal cordé ?  

L’affaire n’est pas résolue quand, en seconde face, le duo mitraille. Un premier assaut derrière lequel c’est l’alerte : Faure et Malfray s’amusent alors d’autres motifs retournés, d’autres discours enfouis. Mais passée l’interrogation qui s’inquiète de l’origine du signal, c’est la trajectoire – la danse, même – que suivent bientôt tous leurs sons qui intéresse et impressionne. C’est – la cause est entendue – le génie de l’éloquence dans le bègue et le presque muet.

 

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Nappe : mmemm nolain
Dysmusie
Edition :  2019
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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La Morte Young : A Quiet - Earthquake Style (Doubtful Sounds, 2018)

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Ce que l’on sait de La Morte Young – ce Talweg (Joëlle Vinciarelli et Éric Lombaert) augmenté de Pierre Faure (guitares), Christian Malfray (électronique) et Thierry Monnier (guitare aussi) – vient de ce que l’on en a déjà entendu : La Morte Young, bien sûr, et aussi ce split avec Drone Electric Lust. Ce qu’on ignore avec La Morte Young, toujours, c’est le contenu du disque suivant. Or voici que celui d’A Quiet – Earthquake Style, enregistré en 2015, claque et surprend à son tour.

La chose est attendue dès la première plage : free rock où s’engouffrent tous les démons (ceux de chacun des cinq musiciens) et qui illustre à lui seul quelques-uns des mots que l’on trouve imprimés sur le carton inséré dans le disque : earthquake, heaven, fright, memory… Tout avait donc été annoncé, restait à estimer l’envergure des déflagrations : la voix et les guitares pourront passer en concrétion, l’énergie l’emportera toujours sur le rabâchage… Mais quelle place accorder alors à ces étranges et minuscules vielles à roue ?

À force de tourner, elles tissent des fils sur lesquels le « super groupe » progresse plus prudemment. C’est la découverte d’un paysage dévasté par le tremblement d’ouverture : abîmes – « ce qui est sans fond, le monde des profondeurs ou des hauteurs indéfinies », dit le dictionnaire Chevalier & Gheerbrant – qu’il faut combler de nouveaux sons : notes tenues, percussions fragiles, charmes de sirènes ou rauquements de dragons, graves démontés, étrange langage codé… Chassant toute inquiétude, la résolution de La Morte Young va son chemin – N’est-ce pas toi qui a desséché la mer, les eaux du Grand Abîme, pour faire du creux de la mer un chemin ? – et, cheminant, met au jour une somme de chants fabuleux.


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La Morte Young : A Quiet – Earthquake Style
Doubtful Sounds
Enregistrement : 2015. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 

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