Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

ESP Summer : 天国の王国 (Onkonomiyaki, 2020)

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Avouons : Ian Masters est au sommaire du 6e son du grisli papier, à paraître début janvier. On pourra trouver ici l'histoire résumée de Pale Saints telle que publiée dans le livre Pop fin de siècle. Et recommander bien sûr ce nouvel ESP Summer, lathe cut tiré à... 23 exemplaires.  

C’est une drôle de valse qui va d’abord sur deux accords : la guitare à l’avant, la voix – celle de Ian Masters – à l’arrière. Chevrotante, celle-ci dépose des paroles qu’on ne saisit pas tout de suite, occupé que l’on est à craindre pour l’équilibre d’un morceau qui ne fait pourtant que débuter. Comme pour un vieux Cocteau Twins (Blood Bitch, par exemple) ou une lasse danse de Lynch (Pinky's Dream, disons), on attend le mouvement de trop qui fera basculer l’ensemble…

Et puis c’est Masters qu’on réentend. Imposant une chanson qu’on n’attendait plus – c’est l’effet qu’auront fait tous les enregistrements du musicien depuis qu’il a quitté Pale Saints –, enregistrée en compagnie de Warren Defever (His Name Is Alive, entre autres). Kingdom Of Heaven nous chante ainsi le retour d’ESP Summer : un air prétexte et même une mélodie (celle du morceau-titre, qui court d’un bout à l’autre – qu’il soit franchement exécuté ou plutôt évoqué par la rumeur – de ces quatre plages), que Masters et Defever vont défaire, contrarier, réinventer.

Quelques notes passées en kaléidoscope et la lumière qui entre en jeu : la mélodie de Kingdom Of Heaven se délite lentement, peut s’effacer derrière une plage où une boucle de guitare compose avec une flûte et quelques percussions, plus loin revenir pour être aussitôt plongée dans un bain de vapeurs, ailleurs encore céder tout le terrain à une digression bruitiste.

Continuant de s’adonner en renégat à des travaux d’atmosphère qui se passent très bien de paroles – c’était déjà le cas hier sur Mars Is A Ten, album publié par Karina Square, ou plus récemment avec David Rothon sous le nom de Sore & Steal), Ian Masters continue de composer en ange du bizarre et fait de ce nouveau chant de délitement, de cet air à distance, la marque de son éternelle présence.

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ESP Summer : Kingdom Of Heaven
Onkonomiyaki
Edition : 2020.
Lathe Cut : 01/ Kingdom Of Heaven 02/ Noh Insect 03/ Universe 04/ Kingdom Of Taishogoto
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


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Marc Sabat : Gioseffo Zarlino (Sacred Realism, 2020)

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La partition est de Marc Sabat, que l’on pourra lire (ou se faire expliquer) ici. On ira ailleurs en apprendre sur la vie du compositeur et théoricien italien Gioseffo Zarlino auquel renvoie la composition qu’interprète, avec le violoniste, l’Harmonic Space Orchestra, soit : Rebecca Lane (flûte basse), Fredrik Rasten (guitare), Marta Garcia-Gomez (harpe), Thomas Nicholson (orgue), Silvia Tarozzi (violon), Deborah Walker (violoncelle), enfin Catherine Lamb et Yannick Guedon (voix).

C’est un lent balancement de cordes, entamé à deux, que suivent bientôt des voix et un violoncelle, un orgue puis un violon, une guitare alors une flûte basse… La distribution peut-elle être dérangée ? La même composition donner lieu à d’autres interprétations ? à d’autres compositions voire ? Le mouvement est régulier, le pendule qui donne le ton irréprochable. Pour rester moderne, surtout ne pas remonter trop loin, on imaginera cette musique née de l’écoute d’Arvo Pärt, de Morton Feldman, de Meredith Monk aussi, et d’Eliane Radigue pourquoi pas… Le mouvement va toujours.

Et puis il y a les leçons qu’a prises le violoniste canadien de Malcolm Goldstein, Walter Zimmermann et James Tenney. Les préoccupations, enfin, qu’il partage avec Catherine Lamb (qui inaugurait jadis, au côté de Bryan Eubanks, le catalogue Sacred Realism) et Rebecca Lane, avec lesquelles il a monté l’année dernière cet Harmonic Space qui balance encore : microtonalité, couches et relais, équilibre… Les évocations citées plus haut s’éloignent un peu, laissent toute la place à Sabat et à ses compagnons. Qui, de belles influences, auront su faire leur propre musique.

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Marc Sabat, Harmonic Space Orchestra : Gioseffo Zarlino
Sacred Realism
Edition : 2020
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

  

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Harutaka Mochizuki : Flageolet Ni Tokeru Chocolate (Klageto, 2020)

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Ce que je recherche, c’est la perfection. Forcément, la plupart du temps, j’échoue. Ce que je recherche avant tout, en fait, c’est chanter davantage. La confidence date du printemps 2018, et ce nouvel enregistrement solo d’Harutaka Mochizuki, Flageolet Ni Tokeru Chocolate – deux plages datées de 2019 et 2020 – pourrait en être la parfaite illustration.

Progressant toujours comme sur un fil, Mochizuki passe de saxophone en clavier et donne même de la voix : une série d’airs différents, de presque chansons succinctes, passe comme autant de séquences subtilement enchaînées. L’emballement d’une machine peut l’inciter à s’essayer à la poésie sonore quand ce n’est pas la tentation d’une pop naïve qui le travaille. Mais la foucade passée, le musicien retourne au saxophone alto : glisse avec lui le long de pentes légères, engouffre dans l’instrument deux voix presque semblables, tremble enfin jusqu’au silence.

kommissar125Les tergiversations expressives de Mochizuki, qui filent une même poésie, ne datent pas d’hier. C’est ce dont témoigne les trois pièces que le Japonais a déposées sur un vinyle qu’il partage avec les doyens de Negativland (deux récréations passées au collage sans susciter de grand intérêt) et Kommissar Hjuler und Frau (un théâtre inquiet qui convoque respiration souffreteuse et musical antalgique). En 2004 et 2012, Mochizuki chantait déjà : au piano, avec un peu de percussions (à moins que ce ne soit là le grelot agité par un chat), il élabore une chanson qui fait grand cas de distance et de silences. C’est là un art du lâcher-prise qui exprime autant qu’il cache, et qui touche.

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Est-ce cette peur de l’échec qui, malgré tout, conduit Harutaka Mochizuki à s’essayer à d’autres expériences encore ? Sur la compilation 聖みろくさんぶ, on le retrouve ainsi en compagnie du guitariste et chanteur Atsushi Noda (qui présente ici quelques-uns de ses projets personnels) sur deux titres d’une pop instable. Au saxophone et à la voix encore, il œuvre à une chanson qui flotte cette fois entre plages délicates et écueils. Noda a eu raison d’embarquer le saxophoniste : l’étrangeté de sa pratique augmente sa pop désuète (on pense à 800 Cherries) d’autres dissonances, décisives celles-là.

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Harutaka Mochizuki : Flageolet Ni Tokeru Chocolate
Klageto / An'archives
Edition : 2020. 
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Véronique Vilhet, Dominique Grimaud : J'aime tout ce que le ciel fait à n'importe quel moment (InPolySons, 2020)

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C’est, en titre, une citation de Richard Brautigan : J’aime tout ce que fait le ciel à n’importe quel moment. Le disque, quant à lui, renferme des interprétations par Véronique Vilhet et Dominique Grimaud de chants divers et variés : « traditionnel », rengaine minimaliste, chanson française et même hymne indien.

Le disque commence par un blues – Faut pas t’en aller, conseille Vilhet a capella ou presque – et finit sur une promesse – Le temps des cerises, auquel on pourrait maintenant croire ? Sur l’un et sur l’autre, la voix diffuse sa propre poésie avec un naturel confondant : plus que Brigitte Fontaine, c’est Colette Magny, Tamia et Susana Baca confondues qu’elle évoque.

Do Your Thing, enjoint ensuite Moondog au couple de musiciens : les programmations de Grimaud enveloppent alors la voix de motifs tournants qui ici ajoutent un peu d’étrange à son jeu (Travailler c’est trop dur), là augmentent sa fantaisie effrontée (VV5 Boucles, l’une des trois chansons originales du disque), ailleurs encore l’assistent dans son patient travail d’hypnose…

C’est d'ailleurs à ces moments que Vilhet et Grimaud, déjà convaincants, passionnent le plus : au son de l’inquiétante comptine préraphaélite qu’est Metamorphoses, de l’air d’un impertinent Charlie qui joue des épaules ou de l’entêtant Vande Mataram soudain privé de frontières. Le seul reproche que l’on puisse faire au duo, c’est lorsqu’il explique : « Ce nouveau disque est basé sur la voix et le format chanson, mais toujours dans une affirmation expérimentale. »

C’est qu’Etienne Souriau, dans son Vocabulaire d’esthétique, nous avait prévenu : La chanson est une chose qui se répand et qui est faite pour se répandre. Une chanson réussie est une chanson, si l’on peut dire, contagieuse. Comme l’époque est à la contagion, pourquoi alors refuserait-on celle-ci ?

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Véronique Vilhet, Dominique Grimaud : J’aime tout ce que le ciel fait à n’importe quel moment
InPolySons
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros


Jean-François Pauvros, Gaby Bizien : No Man's Land (Souffle Continu, 2017)

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A l'occasion d'une actualité chargée (parution du Martien avec Charles Pennequin, d'A tort et au travers avec Antonin Rayon et Mark Kerr et du concert qu'il donnera avec les mêmes Rayon & Kerr le 3 octobre au Théâtre Dunois à Paris), le son du grisli passe quelques jours avec Jean-François Pauvros. Cette chronique est extraite du troisième volume d'Agitation Frite

Que ce soit pour le label Palm, ou pour Un-Deux-Trois, l’on doit à Jef Gilson d’avoir produit certains des meilleurs disques français de free jazz et d’impro. Mais ce n’est pas tout : on lui doit également d’avoir offert des conditions d’enregistrement idéales permettant à de jeunes talents d’éclore, parmi lesquels Daunik Lazro, André Jaume et Jean-François Pauvros, tous trois ayant réalisé sur l’un ou l’autre label leurs premiers enregistrements – et quels enregistrements ! 

Signé par Jean-François Pauvros (guitare, mais pas que) en compagnie de Gaby Bizien (batterie, percussions, trombone aquatique, balafon, appeaux), et donc produit par l’audacieux Jef Gilson, le bien-nommé No Man’s Land n’a guère d’équivalent en France (et dans le monde) quand il sort en 1976. Radical, libre, primitif, intemporel : il est à l’image de leurs auteurs, qui ne figurent pas pour rien dans la liste d’influences majeures concoctée en 1979 par Nurse With Wound. Ici le vertige des sens ne s’étiquette pas vraiment : tout en fulgurances et jaillissements déchirés, il grouille de crachotements et de scories – de mystère et de vie.

Disons-le tout net : No Man’s Land est LE grand disque d’impro français. À tel point qu’on peine à le croire surgi de nulle part, imaginant forcément ses deux signataires au courant des dernières avancées de la Music Improvisation Company britannique avant de réfléchir à une réplique. Pas du tout ! À en croire les intéressés, ces expérimentations étaient menées dans leur coin, quasiment en secret, dans l’ignorance totale des travaux de l’avant-garde liée à l’improvisation ! Au contraire, ce n’est qu’après la sortie de cet album que Jean-François Pauvros et Gaby Bizien prirent conscience d’une mouvance aux préoccupations proches !

C’est dire le degré d’inventivité de ce disque, que l’on rapprochera volontiers d’autres grands duos du même genre, tels Derek Bailey / Tony Oxley, Fred Frith / Chris CutlerJohn Russell / Roger Turner ou Gary Smith / John Stevens… La variété d’un polyinstrumentisme spécifique et débridé jouant toutefois en faveur des Français !

Jean-François Pauvros, Gaby Bizien : No Man's Land
Souffle Continu
Réédition : 2017.
Philippe Robert © Le son du grisli / Agitation Frite

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros



Jean-François Pauvros, Antonin Rayon, Mark Kerr : A tort et au travers (nato, 2020)

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A l'occasion d'une actualité chargée (parution du Martien avec Charles Pennequin, d'A tort et au travers avec Antonin Rayon et Mark Kerr et du concert qu'il donnera avec les mêmes Rayon & Kerr le 3 octobre au Théâtre Dunois à Paris), le son du grisli passera quelques jours avec Jean-François Pauvros

La chanson ce n’est pas trop mon truc. Alors je me dis que quand quelqu’un qui ne vient pas de là s’essaye à la chanson ça pourrait bien me plaire. Là ce quelqu’un c’est Pauvros, Jean-François de son prénom. Pas la peine de le présenter au lecteur, le guitariste crypto-culte, n’est-ce pas, lecteur ?

J’avoue que ça commence plutôt mal (pour moi). Car ses camarades de jeux que sont Antonin Rayon (aux claviers) et Mark Kerr (aux pecussions) balancent un tapis funkoldschool qui me refroidit sec. Pauvros balance quelques solos de guitare bien sentis et lit sa poésie mais bon… Heureusement, la suite est d’un autre tonneau.

Pas toujours des chansons, la suite (trop tard, j'ai déjà écrit le début de ma chronique). Parfois des interludes fantaisistes ou mystérieux, planant la plupart du temps. Je raccroche les wagons et me voilà qui suit avec enthousiasme l’afrorefrain d’Ailes ou la pop mélancolique (entre Rodolphe Burger et Lee Ranaldo solo) de Wish for Long. Pauvros est là, éternel, bel et bien inspiré quelle que soit la cadence. Nouveaux fracas avec La mer lèche les pieds des enfants oubliés et grande respiration avec Les ponts. C’est foutraque, hors-codes, chatoyant ! 

Jean-François Pauvros, Antonin Rayon, Mark Kerr : A tort et au travers
nato
Edition : 2020.
Pierre Cécile © Le son du grisli

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros


Chomo : C'est illimité (InPolySons, 2020)

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Chomo – né Roger Chomeaux (1907-1999) – vécut en ermite en forêt de Fontainebleau ; là, construisit un œuvre qui ne connaît pas de disciplines (architecture, peinture, sculpture, poésie), et même un monde : Village d’Art Préludien d’où nous arrivent, par l’entremise du label InPolySons, ces « douze expérimentations sonores et poétiques ».

« On porte la musique en soi, on ne l’apprend pas », dit ci-dessus Chomo. Sur d’autres images, l’homme a l’allure de Marshall Allen. Il n’est qu’à tirer sur le rayon pour que sa « musique » évoque alors celle de Sun Ra : « strange strings » ici (Piano) ; là, une invocation au Soleil auquel Chomo semble accroché par cordon ombilical (Universelle prière pour l’humanité) ; ailleurs encore des planètes (Avoir froid à son âme) ou un nouveau langage (Poème en langue inventée).

Et quand il use du français pour s’exprimer d’une autre façon encore, c’est, précise Chomo, en « poète illettré ». Son inspiration n’en développe pas moins une écriture rare, que l’on pourra asseoir entre une ballade de Villon et Les grands cimetières sous la lune : Heureux le pendu oublié qui regrette la nuit (…) Avoir combattu les grandeurs du ciel et se retrouver nu à la porte du cimetière / Avoir senti sa chair se retirer des eaux…

Ailleurs, Chomo converse avec ses animaux : abeilles, coq et poules. Rien de surprenant, seulement tout qui vous dépasse. Il aura fallu que travaillent Laurent Danchin puis Denis Tagu pour qu'on en convienne aujourd'hui – soit vingt années après sa disparition : Chomo a bien fait d’enregistrer les mots qu’il a, comme il dit, « brodés ».

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Chomo
C’est illimité. Expérimentations sonores et poétiques.
InPolySons
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ben Owen : Turning (Winds Measure, 2018)

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Le disque n’est pas vierge, c’est le musicien qui prend son temps : entre son interprétation de Michael Pisaro (Only) et l’élaboration de ses Birds and Water, Ben Owen expérimentait seul. En novembre 2009, il envisageait sur surface rotative des bruits qui pourraient aller à son expression discrète et aussi affûter son art de l’équilibre. 

Ses notes tenues, qui ne peuvent prétendre là au titre de « drone », Owen les arrange avec une délicatesse qui fait que l’auditeur peut se demander combien de temps « tout ça » pourra tenir : un souffle lointain, un aigu fragile, le ronron d’une machine, l’enrayage d’un mécanisme… Celui-ci ne pourra rien contre le mouvement, pas plus que ces larsens qui envahissent la seconde partie de la pièce : Ben Owen tourne et sa musique, encore en formation, tourne avec lui. Turning est ainsi une promesse révélée des années après avoir été faite, après, aussi, avoir été tenue.

Ben Owen : Turning
Winds Measure
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Cette chronique est extraite du cinquième numéro du son du grisli papier. 

Image of le son du grisli #5 [revue]


FUJI||||||||||TA : iki (Hallow Ground, 2020)

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Le long silence qui précède la deuxième pièce d’iki est assez long pour que l’auditeur puisse retrouver son équilibre. C’est que celui-ci a été, dix minutes durant, plutôt « mis à mal » : lentement mais sûrement, ses notes tenues à l’orgue auront fait leur effet.

Ployant, pliant, pleurant même, l’instrument de FUJI||||||||||TA – un orgue à onze tuyaux de sa confection – s’immisce ainsi jusqu’à l’oreille interne de celui qui l’écoute au point de lui dérober bientôt le sol sous les pieds. Un métronome de plomb marque alors de ses mouvements et des ondes que ceux-ci provoquent le temps de l’auditeur autant que celui du musicien.

En lévitation, Yosuke Fujita – c’est là le véritable nom de FUJI||||||||||TA – s’agite pour servir le principal de ses intérêts : la recherche de sons originaux, sinon nouveaux. Il s’était jadis adonné à l’exploration en compagnie d’Akio Suzuki ou d’un Boredoms, Yamantaka Eye. Seul, il compose des pièces où les souffles perdus peuvent soudain épouser un rythme, où les rythmes se fondent dans le paysage, où les paysages souvent stupéfient.

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Hallow Ground
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Birgit Ulher, Franz Hautzinger : Kleine Trompetenmusik (Relative Pitch, 2020)

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On ne redira pas ici la longue expérience de Birgit Ulher ni celle de Franz Hautzinger en matière d’improvisation et de confection de bruits inattendus. L’invitation à jouer ensemble faite par la première au second augmente bien sûr et l’une et l’autre, mais les conforte surtout.

A Hambourg, dans l’appartement d’Ulher, le 28 mai 2018, les deux trompettistes composent une musique « de peu » prête à rivaliser avec combien de grosse. La fenêtre est ouverte – qui permet aux oiseaux d’intervenir ici ou là dans l’échange – et avale les franches expressions une fois fait le tour de la pièce : notes extraites avec prudence, longues ou tremblantes ; alarmes autoritaires ou projections hasardeuses ; souffles brefs ou rafales imposantes.

« Trompeter », dit Le Robert, est aussi « pousser son cri, en parlant de l’aigle. » Ulher et Hautzinger en sont ainsi deux de plus qui, de l’envolée à l’atterrissage, jouent d’orientations multiples et même de dérapages saisissants.

Birgit Ulher, Franz Hautzinger : Kleine Trompetenmusik
Relative Pitch
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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