Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Henrik Munkeby Nørstebø : Solo (Creative SOurces, 2011)

henrik munkeby norstebo solo

Henrik Munkeby Nørstebø ne manque pas de souffle. Son solo de trombone également. Mais l’élan qui le propulse, parfois, s’enraye. A vouloir donner une forme précise à chaque pièce et en ne s’en éloignant jamais – donc en ne s’offrant ni peur ni reproche ni surprise –, le risque est grand de ne feuilleter qu’un catalogue de théories, plus ou moins bien observées chez les illustres aînés (Lewis, Malfatti).

Si le potentiel du Norvégien semble sans limites, nous aurions aimé qu’il s’investisse plus intensément dans le cambouis d’une improvisation bien plus exaltée. La prochaine fois, sans doute.

Henrik Munkeby Nørstebø : Solo (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Solo 1 02/ Solo 2 03/ Solo 3 04/ Solo 4 05/ Solo 5 06/ Solo 6 07/ Solo 7 08/ Solo 8 09/ Solo 9 10/ Solo 10 11/ Solo 11
Luc Bouquet © Le son du grisli



Steve Lacy : Avignon and After (Emanem, 2012) / Steve Lacy : Estilhaços (Clean Feed, 2012)

steve lacy avignon and after

Dans les notes de présentation de The Gap (disque enregistré le 6 décembre 1972 que publia ensuite America), Steve Lacy explique la manière dont il emmena sa formation sur le titre The Thing : « Les seules indications données sont sorties, entrées, et certaines indications qui concernent surtout des quantités, telles que peu de choses, beaucoup de choses, choses déconnectées, une seule chose, rien, tout. »

Seul sur Avignon & After – enregistrement de concerts donnés au théâtre du Chêne Noir les 7 et 8 août 1972 qu’Emanem publia jadis (Solo Théâtre du Chêne Noir sur LP & Weal & Woe sur CD) et augmente aujourd’hui en le rééditant de pièces inédites enregistrées deux ans plus tard à Berlin (Clangs, plages 13 à 17) –, Lacy suit la même logique, répond aux mêmes attentes, qui sont après tout les siennes. De ces choses attendues, le soprano fit ainsi le prétexte de constructions hétéroclites : cantate enivrante ou réduction de prélude, antienne contorsionniste ou précis de recherche vive et parfois même ardue (la note peut être poussée avant d’être retournée, la mélodie patiemment défaite à coups de bec saillant).

Les « Berlinoises » sont au nombre de cinq, rangées sous appellation Clangs. Ce sont-là des miniatures qui poursuivent les recherches entamées par Lacy sur le matériau et le son, intenses concentrés développés en aires de jeux, dont la découverte obligea à la publication que ce chevillage au solo avignonnais a rendu judicieuse.

Steve Lacy : Avignon & After, Volume 1 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 7 et 8 août 1972 & 14 avril 1974. Edition : 2012.
CD : 01/ The Breath 02/ Stations 03/ Cloudy 04/ Original New Duck 05/ Joséphine 06/ Weal 07/ Name 08/ The Wool 09/ Bound 10/ The Rush 11/ Holding 12/ The Dumps 13/ Clangs : The Owl 14/ Clang : Torments 15/ Clangs : Tracks 16/ Clangs : Dome 17/ Clangs : The New Moon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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C’est naturellement à Clean Feed que revient le « droit » de rééditer ce Live in Lisbon donné il y a quarante ans (28 février 1972) par le Steve Lacy Quintet et publié à l’origine par Sassetti. On y retrouve Stations, cette fois interprété par le saxophoniste aux côtés d’Irène Aebi, Steve Potts, Kent Carter et Noel McGhie. S'il arrive aux micros de défaillir, l’enregistrement n’en reste pas moins d’importance : les passes de saxophones livrées sur les chansons portugaises que capte le poste de radio d’Aebi, le motif de No Baby passant de main en main ou le double archet qui maintient The High Way dans une atmosphère étrange, n’y étant pas pour rien.

Steve Lacy : Estilhaços (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 28 février 1972. Réédition : 2012.
CD : 01/ Presentation 02/ Stations 03/ Chips / Moon / Dreams 04/ No Baby 05/ The High Way
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


de la Mancha : The End* of Music (Karaoke Kalk, 2012)

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Malgré son nom, de la Mancha nous vient de Suède – point commun, mais c’est bien le seul, avec le folkeux Jose Gonzalez. Deuxième disque, premier depuis 2003(!) de la paire Jerker LundDag Rosenqvist (on connait ce dernier pour son side project Jasper TX), The End* Of Music nous dévoile une pop leftfield du plus bel aloi – tiens, elle nous rappelle les meilleures heures du label Own Records.

Chargé d’une émotion qui ne vire jamais au surjoué ou au faux malade, l’univers des deux Scandinaves s’inscrit dans les marges de Red House Painters, tout en n’ignorant pas les effets bénéfiques de Sigur Ros et d’un post-shoegaze qui aurait connu Radiohead. Evidemment au-delà de toute timidité mal soignée, Lund et Rosenqvist ont toutefois l’excellent aplomb de revendiquer leur fragilité, tel un bateau naviguant aux ordres du capitaine David Gilmour où les seconds répondraient aux doux noms de Thom Yorke et Nick Talbot. Et surtout, oui, ils nous évitent l’infâme écueil Coldplay vs. Muse, singé des milliers de fois par tous les neuneus du monde (snif), alors que le genre fréquenté s’y prêtait à profusion. Rien que pour ça, je leur dis un immense et chaleureux merci.

de la Mancha : The End* Of Music (Karaok Kalk)
Edition : 2012.
CD : 01/ Golden Bells 02/ Ursa Minor 03/ Under A Leaden Sky 04/ Hidden Mountains 05/ Willow Lane 06/ Erase 07/ What If Going Back Meant Coming Home? 08/ For Family 09/ At Lands End 10/ Til Gupu
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Charlemagne Palestine, Janek Schaefer : Day of the Demons (Desire Path, 2012)

charlemagne palestine janek schaefer day of the demons

On rêve toujours que deux poésies n’en fassent qu’une, et même une plus grande, quand une rencontre telle que celle-ci est annoncée. Or l’alchimie ne coule pas de source. Charlemagne Palestine et Janek Schaefer ont eu beau placer leur collaboration sous l’égide d’une divinité indienne...

Ni rigoureux (école Pandit Pran Nath) ni inventif (école Terry Riley), le râga qu'ils entament se contente d'un drone (shruti box et harmonica) qu’agrémentent des vocalises à la manière de Wim Mertens. C’est tout, aurait-on envie de dire tellement il manque de ressort à l’exercice. Sur l’autre face du LP, le duo adopte un ton plus expérimental mais marie à la va-vite des field recordings (des paroles surtout), un mélodica et des carillons. Pas de colonne vertébrale, simplement des éléments sonores en surimpression. C’est tout, aurait-on encore envie de dire avant de confirmer : l’alchimie ne coule pas de source, il faut continuer à la rêver.

EN ECOUTE >>> Day of the Demons (Mix)

Charlemagne Palestine, Janek Schaefer : Day of the Demons (Desire Path)
Edition : 2012.
LP : A/ Raga de l’aprés midi pour Aude B/ Fables from a far away future
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Marées de hauteurs diverses (Insubordinations, 2012) / D’Incise / Hennig / Kocher / Sciss (Insubordinations, 2012)

marées de hauteurs diverses

Pour ne pas connaître tous les musiciens invités à remixer les Marées de hauteurs diverses de Diatribes et Abdul Moimême, j’ai dû faire confiance aux intéressés (il leur a bien fallu faire confiance, à eux…) en sachant que les risques étaient faibles vus que l'on peut gratuitement télécharger la chose

Faire confiance, donc... A Francisco López, dont les sons en cascade vont crescendo et disparaissent avant d’avoir atteint le premier plan, ce plan où tout est trop visible. A Herzog aussi, qui compose un puzzle électroacoustique où résonnent des bols et des basse, à Blindhæð dont l’emprise nous coupe le souffle (sur un titre dédié au grand Jacques Sternberg… parenthèse refermée ? parenthèse refermée !) ou encore à Nicolas Bernier dont la batterie martèle jusqu’à notre cerveau. Il y a moins de personnalité, par contre, chez Honoré Ferraille, Mokhuen ou Ludger Hennig, mais pas de quoi bouder cet album de reprises, exercice rarement aussi estimable.   

EN ECOUTE >>> Blindhæð : Un fracas d'asthme >>> Nicolas Bernier : Crustacés

Collectif : Marées de hauteurs diverses (Insubordinations)
Edition : 2012.
CD : 01. Blindhæð : Un fracas d'asthme, de gravier et de ferraille suintante pour Jacques Sternberg 02/ Nicolas Bernier : Crustacés 03/ Honoré Ferraille : The Tide Is Gone On Its Own 04/ Ludger Hennig : Retro Forensic Version 05/ Mokuhen : Poisson Silence 06/ Francisco López : Untitled#279 07/ Herzog : Naufrage (remix)
Pierre Cécile © le son du grisli

d'incise kocher hennig sciss

On retrouve D’Incise et Hennig sur un disque (à télécharger gratuitement lui aussi) enregistré à quatre – les deux autres musiciens sont Jonas Kocher à l’accordéon et Sciss au laptop. Ce qui fait trois laptops contre un accordéon… La bataille n’est pas équilibrée, mais Kocher s’en sort très bien. Face aux bips, aux lignes qui ondulent, à des crissements de rideau de fer, aux décharges de l’électricité noire, l’accordéon opte pour le camouflage et ravit l’ensemble !

EN ECOUTE >>> So zahlreich, daß man sie nicht zählen kann

D'Incise / Hennig / Kocher / Sciss (Insubordinations)
Enregistrement : 7 mai 2011. Edition : 2012.
Téléchargement : 01/ So zahlreich, daß man sie nicht zählen kann 02/ Einen einzigen Schuß abfeuern 03/ Flach auf den Boden, um Maß zu nehmen 04/ Daß die Kruste der Erde sich anschickte, ein Gemenge von disparaten Formen zu werden
Pierre Cécile © Le son du grisli



Michael Muennich : Zum Geleit (Fragment Factory, 2012)

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La réédition de Zum Geleit était inévitable : l’ouvrage signé Michael Muennich fut tiré l’année passée à douze exemplaires seulement.

Ce sont cinquante copies de plus qui s’apprêtent à répandre une musique de grisailles : dix-sept minutes de rafales qui, peu à peu, composent en rythme un grand-œuvre de minimalisme cinglant. S’y amassent des déchirures, jusqu’à ce qu’une boucle autoritaire siffle et sonne la récréation pour une population de rampants fabuleux : les jeux auxquels ils s’adonnent sont faits de lourds matériaux, qui résonnent sous les coups qu’on leur porte.

Comme sur Rugged, Muennich dompte des sonorités hostiles jusqu’à leur faire accepter de rentrer sagement en cage. Soumises, alors elles chanteront.

EN ECOUTE >>> Zum Geleit

Michael Muennich : Zum Geleit (Fragment Factory)
Enregistrement : 27/28 juin 2011. Edition : 2011. Réédition : 2012.  
CD-R (3 pouces) : 01/ Zum Geleit
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Darius Jones : Book of Mae’Bul (AUM Fidelity, 2012)

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Toujours en attente de l’enregistrement qui révélera pleinement Darius Jones (cet enregistrement existe avec le Earth’s Orbit de William Hooker à cette différence près que le saxophoniste n’en est pas le leader), nous voici aux prises avec le nouveau quartet (Matt Mitchell, Trevor Dunn, Ches Smith) de l’altiste.

Comme il existe des mondes parallèles, il existe des harmonies parallèles sans cesse sillonnées par le saxophoniste. Ces harmonies désynchronisées désobéissent à la norme mais ne poussent pas les débats jusqu’au paroxysme attendu. Tout s’arrête en chemin et l’inouï que l’on sent très proche ne s’affirme jamais réellement (My Baby, Roosevelt). Néanmoins, quand les ballades qui hantent la seconde partie de Book of Mae’Bul se retrouvent prisonnières de l’harmonies malade  du saxophoniste, nous percevons (et les concerts de l’altiste sont là pour le prouver) l’immense potentiel convulsif de celui-ci. Oui, quelque chose couve mais ne perce pas. Du moins, pas encore. Be Patient with Me nous précise d’ailleurs Darius Jones. Oui, soyons patients : attendons.

EN ECOUTE >>> The Enjoli Moon >>> Winkie >>> Be Patient With Me

Darius Jones : Book of Mae’Bul (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD: 01/ The Enjoli Moon 02/ The Fagley Blues 03/ Winkie 04/ Be Patient with Me 05/ My Baby 06/ You Have Me Seeing Red 07/ So Sad 08/ Roosevelt
Luc Bouquet © Le son du grisli


Philip Corner, Malcolm Goldstein : Pieces from the Past (Pogus, 2011)

philip corner malcolm goldstein

Les partitions de Philip Corner (qui fût entre autres l’élève de Messiaen et que le label Alga Marghen a beaucoup soutenu) ont la ligne fine. Et des envies d’ascension. Qui mieux que Malcolm Goldstein, son ami, pouvait servir ces cinq compositions écrites entre 1958 et 1985 ?

La plupart du temps seul (Corner l’accompagne au piano sur Gamelan Maya, avec un peu de Charlemagne Palestine dans l’attitude), le violoniste sublime l’art du compositeur. Pour cela, il faut que Goldstein soit funambule (ce qui tombe bien : Goldstein est un funambule), tant Corner parsème ses œuvres de provocations déstabilisantes. L’archet doit se répéter, vriller, résister aux heurts, et parfois décrocher les étoiles pour que ces compositions bouillonnantes deviennent des morceaux de musique fantastique. Après leur écoute, elles vous suivront partout. Et même vous demanderez désormais aux violons que vous croiserez ou de jouer comme Malcolm Goldstein ou de se taire à jamais.

Malcolm Goldstein : Pieces from the Past : By Philip Corner for the Violin of Malcolm (Pogus / Souffle Continu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Philip Corner's Piece For Malcolm Goldstein By Elizabeth Munro 02/ Gamelan Antipode/s With 'Piece For String Instrument #3' 03/ Gamelan Maya  04/ The Gold Stone 05/ Piece For String Instrument #5
Héctor Cabrero © le son du grisli


Gareth Dickson : Quite a Way Away (12k, 2012)

gareth dickson quite a way away

Fidèle client des rubriques électroniques de la terre entière, le label new-yorkais 12K mérite – très – largement de quitter sa niche confidentielle en ce maussade printemps. La cause ou plutôt l’heureux présage ? Un nom, qu’on n’aurait jamais imaginé associé à la structure de Taylor Deupree, j’ai nommé l’icône Nick Drake – ressuscitée pour l’occasion, Dieu qu’elle est belle, sous les traits d’un certain Gareth Dickson. Car, nom de Zeus, quelle magnifique révélation que voilà. Tout en oubliant de fouiller les fonds de tiroir vintage pour y ressortir sa panoplie de chanteur maudit à la guitare sèche, le musicien écossais apporte une touche de modernité stupéfiante à l’auteur de Five Leaves Left, et ce n’est pas un hasard si je cite le premier des trois disques du songwriter anglais.

D’ailleurs, bien des points tragiques rapprochent les deux hommes, au-delà de l’évidence stylistique à laquelle Dickson ajoute un bluffant complément d’âme – une reverb’ comme seule Marissa Nadler sait l’utiliser. Si, on le sait, l’histoire s’est terminée tragiquement pour Drake à l’âge de 26 ans, vaincu par la maladie, la vie de Gareth D., expatrié en Argentine auprès de sa girlfriend, n’est pas exactement de tout repos, entre attaque de clébards, braquage lors duquel une balle s’est perdue (devinez qui l’a reçue) et moteur d’avion en feu dans les Andes. Qu’importe les circonstances, je suis ressorti grandi de sa découverte et ce n’est qu’un début.

Gareth Dickson : Quite A Way Away (12K)
Edition : 2012.
CD : 01/ Adrenaline 02/ Noon 03/ Get Together 04/ Quite A Way Away 05/ This Is The Kiss 06/ Happy Easters 07/ Nunca Jamas 08/ Jonah
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Fritz Hauser : Schraffur (Shiiin, 2012)

fritz hauser schraffur

« Ce que j’aime par dessus tout, c’est la transformation du silence en son. Je viens de jouer en concert Schraffur, une pièce que j’ai écrite pour un petit gong, par accident, alors que j’étais invité à jouer dans une soirée en compagnie de cinq percussionnistes : j’ai compris que ce serait le chaos technique alors j’ai développé cette pièce pour petit gong, je l’ai gratté pendant une vingtaine de minutes : j’ai trouvé cette technique, je ne frappe plus, je gratte, je décide d’étouffements puis je gratte avec des baguettes et ça crée des harmoniques incroyables. » [Fritz Hauser, en octobre 2010, dans ces colonnes]

Avec cette pièce pour gong, le percussionniste suisse apporte à l'œuvre solo qu'il élabore depuis plusieurs décennies une résonance ahurissante ; si l'horizontalité ondulante de Schraffur empêche le qualificatif de « sommet », du moins peut-on parler à son sujet de point haut et d'heureuse surprise : la frappe sèche, directe, verticale à laquelle on associait un peu vite Hauser (alors que son jeu de balais aurait dû nous en garder) est complètement écartée ici au bénéfice de la seule hachure – qui n'est pas exactement un frottement (tel qu'Eddie Prévost pourrait en produire par exemple, à l'archet).

En près d'une heure, en une lente progression crescendo et sa redescente, Schraffur (qu'il ne faudrait pas trop hâtivement rapprocher de la composition de Tenney intitulée Koan : having never written a note for percussion), avec ses « moyens limités » (ceux qui, pour Braque, « engendrent les formes nouvelles, invitent à la création, font le style. »), réinvente le gong : du plus concret, du plus mat, au plus abstrait, au plus envoûtant, par l'obstination modeste du percussionniste, navette en main, tisserand à son métier. Dans son titre même, dans son mot, Schraffur le fait entendre : hachure d'abord, grattage du sgraffite ensuite...

Au cœur du geste et dans ses intensités subtilement variables, des impressions d'accélérations et de décélérations surgissent, concourant à l'animation de la structure de ce morceau au bombé de gong, au bombé de soucoupe sonnante qui s'élève, au bombé de mont : le Niesen que Guillaume « grisli » Belhomme évoque justement dans son beau texte d'escorte – et que Ferdinand Hodler peignit.

Une fascinante expérience d'audition. Un grand disque, qui trouve naturellement sa place dans la deep listening collection du label Shiiin, et dans toute bonne discothèque !

Fritz Hauser : Schraffur. For Gong Solo (Shiiin / Abeille Musique)
Edition : 2012.
CD : 01/ Schraffur
Guillaume Tarche © Le son du grisli



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