Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Dimitri Grechi Espinoza, Tito Mangialajo Rantzer : When We Forgot the Melody (Rudi, 2012)

espinoza rantzer when we forgot the melody

La dédicace à Lee Konitz et Red Mitchell est tout à fait justifiée ici. Et si l’improvisation de Dimitri Grechi Espinoza et Tito Mangialajo Rantzer remplace les standards de leurs deux illustres aînés, la finalité ne change pas : lignes claires et sobres arabesques pour peu d’escarmouches.

Moins volubile que Konitz, Espinoza frôle parfois la microtonalité mais ne s’y implique jamais totalement. De même, la contrebasse de Rantzer ne s’égare jamais des harmonies abordées et ne résiste pas longtemps aux appels répétés de son ami saxophoniste à réintégrer le rang. Restent de soyeux phrasés, en poursuite ici, en contrepoint ailleurs, et l’envie de revenir à une source west-coast amoureusement évoquée ici.

Dimitri Grechi Espinoza, Tito Mangialajo Rantzer : When We Forgot the Melody (Rudi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ When We Forgot the Melody 02/ 2nd Time We Forgot the Melody 03/ 3rd Time We Forgot the Melody 04/ 4th Time We Forgot the Melody 05/ 5th Time We Forgot the Melody 06/ 6th Time We Forgot the Melody 07/ 7th Time We Forgot the Melody 08/ 8th Time We Forgot the Melody 09/ 9th Time We Forgot the Melody
Luc Bouquet © Le son du grisli



Josh Berman : There Now (Delmark, 2012)

josh berman there now

Le Gang du cornettiste Josh Berman aime à s’incarner selon son humeur en une fanfare dixie (Liza), en un orchestre swing (I’veFound a New Baby), en un combo bebop (Sugar) ou, encore,en un groupe de blues (Mobile and Blues).  Mais, à chaque fois, sitôt le thème exposé (ou parfois déjà lors du dévoilement de ce thème), les membres du Gang malmènent ce dernier, le dévoient, le corrompent, se jouent de lui. Car, si ses membres maîtrisent l’art d’Armstrong, Ellington, Parker ou Muddy Waters, ils ont aussi assidument fréquenté Eric Dolphy, Rahsaan Roland Kirk et Lester Bowie. Alors, respect et irrévérence, de faire bon ménage ici.

De son amour de la tradition et de son refus de la nostalgie, le cornettiste Josh Berman nous avait déjà entretenus dans le bien nommé Old Idea qui paraissait voici 3 ans sur le label Delmark. Sur ce même label, historique firme chicagoane, Berman en octet propose aujourd’hui There Now. Et nous convainc tout autant : l’esprit frondeur et facétieux, la pertinence des musiciens, complices de longue date de Berman (mention spéciale au contrebassiste Joshua Abrams et au vibraphoniste Jason Adasiewicz) emportent totalement l’adhésion.

One Train May Hide Another, troisième morceau de l’album au titre-programme, pourrait en servir d’exemple. La machine bien huilée roule tranquillement jusqu’à son mitan, pour soudain exploser en route et révéler brisures cuivrées, éclats boisés, métaux épars. La mécanique ainsi démontée finira cependant par se rassembler et repartir tant bien que mal, mais en conservant cette légère claudication symptomatique de ce que le Gang de Berman pourrait désigner comme sa propre conception du swing.

Josh Berman & His Gang : There Now (Delmark)
Edition : 2012.
CD : 01/ Love Is Just Around the Corner 02/ Sugar 03/ One Train May Hide Another 04/ Cloudy 05/ Jada 06/ Liza 07/ I've Found a New Baby 08/ Mobile and Blues.
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Annette Krebs, Anthea Caddy, Magda Mayas : Thread (Another Timbre, 2012) / Magda Mayas, Anthea Cady : Schatten (Dromos, 2011)

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Rôdée, l’association Magda Mayas (piano) / Anthea Caddy (violoncelle) est ici augmentée d’Annette Krebs (guitare préparée, objets…) – rôdée aussi, la paire que celle-ci forme avec Caddy. Sur disque, la rencontre est faite d’acoustique surtout – instruments piqués au vif, rumeurs balançant entre deux notes, bourdons rivalisant avec une voix radiophonique – et d’un peu d’électronique.

L’abstraction, que l’on peut dire constructiviste, gagne au fil des minutes en déséquilibre et ce déséquilibre fait justement son charme : sifflements-trajectoires, chansons captés sur larsen, gimmick de piano accompagnant le renoncement d’un grave de guitare : toutes propositions timides, inquiètes presque de leur avenir, plutôt que de fières expressions amassées. Au nombre des musiques indicibles, le trio Krebs / Caddy / Mayas a ajouté sa pierre de taille à l’édifice, et son copeau de bois et son morceau d’onde.

Annette Krebs, Anthea Caddy, Magda Mayas : Thread (Another Timbre)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Sands 02/ Shore
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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L’ombre (Schatten) portée de Magda Mayas et d’Anthea Caddy adopte la forme d’un appareil à sons irrités : ses cordes tremblent sous les frottements, sa caisse de résonance laisse flotter en elle des râles, son bois respire au son de notes fines et allongées. A la fin, les effets de perturbations dansent sur grincements : c’est là qu’arrive Schatten, là que Mayas et Caddy voulaient en venir.

Magda Mayas, Anthea Cady : Schatten (Dromos)
Edition : 2011.
CD-R : 01/ Lucidity 02/ In the Shadows Lay 03/ Shatter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Spill : Stockholm Syndrome (Al Maslakh, 2012)

spill stockholm syndrome

Deux extraits de concerts donnés par Magda Mayas et Tony Buck en 2010 (à Helsinki et Oslo) font aujourd’hui ce Stockholm Syndrome de leur Spill (nom que l’association prit après la sortie d’un premier disque : Gold, Creative Sources).

Rideau de pluie levé à l’intérieur du piano – cordes pincées ou grinçantes –, implications minuscules, notes étouffées et coups portés aux instruments sans véritable intention « musicale », composent là un paysage de densité : Mayas y trouve replis et recoins qu’elle transforme en auditoriums périphérique que Buck s’empresse de combler de résonances. Plus loin, c’est un jardin anglais que le duo dessine, soumis bientôt aux effets d’une atmosphère grondant : sombres et insaisissables, les notes qui s’en dégagent suivent le pas d’un tambour-major agissant sur caisse-claire. Entre vagabondage et recadrage, Stockholm Syndrome aura fait œuvre de beau contraste.

Spill : Stockholm Syndrome (Al Maslakh)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Helsinki 02/ Oslo
Guillaume Belhomme @ le son du grisli


Chris McGregor : In His Good Time / Blue Notes : Before the Wind Changes (Ogun, 2012)

chris mcgregor in his good time

Parlons au présent. Oublions que ce «bon temps» date de l’hiver 1977. Parlons de ce dénuement, de cet ivoire qui ne vise que l’essentiel. Parlons de ce blues qui suinte et déborde. Parlons de ce clavier d’où s’échappe l’Afrique des partages. Parlons de ces hymnes courtois et merveilleux, de cette aisance à gambader follement et librement.

Au fil des minutes, la balade se fait course, le trait s’émancipe, la transe s’annonce. Et l’on danse de joie, hypnotisés par les mélopées d’un Chris McGregor alors au sommet de son art. Un Chris McGregor euphorique devrait-on plutôt écrire. Ne parlons plus, n’écrivons plus : écoutons.

EN ECOUTE >>> Sweet As Honey

Chris McGregor : In His Good Time (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18 novembre 1977. Réédition : 2012. 
CD : 01/ Green Hymn 02/ Kwa Tebugo 03/ Sonia 04/ Call 05/ Raincloud 06/ Umhome 07/ Burning Bush 08/ Shekele 09/ Yikiti 10/ Mngqusho 11/ In His Good Time 12/ The Bride 13/ Ududu Nombambula
Luc Bouquet © Le son du grisli

blue notes before the wind changes

Enregistré le 1er juillet 1979 en Belgique, ce concert des Blue Notes consigne le grand art de McGregor, Pukwana, Dyani et Moholo : verbe haut sur mélange de swing et de folklore sud-africain, échappées en improvisations individuelles (Pukwana redresseur sur Funk Dem Dudu d’un free altier et sans façons), musique enfin qui bat piano, tambour et cuivres, en un mot : la chamade.

Blue Notes : Before the Wind Changes (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1er juillet 1979. Edition : 2012.
01/ Ithi Gui 02/ Mange 03/ Lonta Uyagula [The Poor Child Is Sick] 04/ Lakutshona Ilanga 05/ The Bride 06/ Funk Dem Dudu 07/ Wish You Were Sunshine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Dogmatics : The Sacrifice for the Music Became our Lifestyle (Monotype, 2012)

the dogmatics the sacrifice for music became our lifestyle

Au rythme des rencontres qui le changent un peu de The Necks, Chris Abrahams parvient à faire dire autre chose à son piano. Malgré tout, comme son partenaire Tony Buck, il décide souvent du caractère que chaque nouvelle expérience devra adopter (récemment encore en Culture of Un). A cette quasi règle, The Sacrifice for the Music Became Our Lifestyle semble faire figure d’exception.

C’est que Kai Fagaschinski – clarinettiste qui compose aussi ce Dogmatics – arrive à en imposer assez pour ne pas donner avec le pianiste dans la sempiternelle (et avouons-le souvent efficiente) progression allant crescendo : ainsi la moitié de The International Nothing – de combien de projets à suivre Fagaschinski est-il la moitié ? – presse-t-elle Abrahams de s’essayer à l’improvisation de réserve : notes répétées à distance, délicatesses valant nuances, silences qui pullulent et harmoniques qui tracent des perspectives nouvelles sur la feuille de route écrite à même le chemin. Parfois, les passes laissent la place à des passages où les musiciens agissent l’un après l’autre sans plus réagir : c’est alors le moment qui comble leur propos commun de toutes ses vérités, de toute son évidence.

EN ECOUTE >>> Eternity is a Long Time >>> The Role of the Sun Lay at the Heart of the Problem

The Dogmatics : The Sacrifice for the Music Became our Lifestyle (Monotype)
Edition : 2012.
LP : A1/ The Role of the Sun Lay at the Heart of the Problem A2/ A Reconstruction of the Sequence of Events Which Has Brought It into Being A3/ The Land that Wields It Does Not Bear Down as Hard A4/ Snakes and Eagles – B1/ ...and those Melodies Proved to be Invulnerable Again B2/ Schnecken und Igle B3/ Eternity is a Long Time
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Robert Piotrowicz, C. Spencer Yeh : Ambient (Bocian, 2012)

robert piotrowicz c spencer yeh ambient

C’est une seule et unique face de trente-trois tours (et vingt-quatre minutes) qu’investissent ensemble Robert Piotrowicz (récemment entendu sur Wrestling en compagnie de Kevin Drumm et Jérôme Noetinger, ici au synthétiseur analogique et à l’électronique) et C. Spencer Yeh (à l’électronique et au violon). Si leur propos est d’Ambient, leur musique s’en distingue.  

En concert le 9 avril 2011, les deux hommes s’emparèrent d’un vocabulaire noise arrêté (parasites, larsens, micro-contacts, drones…) pour le mettre à ébullition. C'est-à-dire qu’en subtiles, ils surent accorder leurs intérêts bruitistes tout en ménageant une tension inspirée : l’oreille tendue et en attente d’artifices, l’auditeur viendra venir à lui un archet salvateur : ricochets et bariolages coloriant alors une boucle de masse. La coalition est de qualité, au point que l’entêtement qu’elle provoque fera perdre connaissance aux deux musiciens trimant.

Robert Piotrowicz, C. Spencer Yeh  : Ambient (Bocian / Metamkine)
Enregistrement : 9 avril 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Ambient B/ (Rien)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tag Trio : Discovery of Mysteries (Setola di maiale, 2012)

tag trio discovery of mysteries

Entre nonchalance et nostalgie vogue le TAG Trio. Et cela est magnifique. Il y a d’abord les calmes envolées de la clarinette basse ou contrebasse d’Ove Volquartz. Ne crispant jamais la matière, elle suit sur le fil la bavarde et décomplexée contrebasse de Jean Demey. Cette contrebasse sait ce qu’elle doit au jazz et à ses paradoxes. En cela, et en fausse timide, elle maîtrise les débordements et, toujours, maintient le cap choisi.

Il y a ensuite le piano de Yoko Miura. Ici, il est errant et coloriste. C’est un piano de petites touches et de tendresse rentrée. On pourrait le croire en périphérie de l’improvisation : il en est le centre même. Et il y a enfin – et surtout – la musique du TAG Trio. Captée le 26 juin 2011 à l’Archiduc de Bruxelles, elle déshabille le flux ici, désorganise la symétrie ailleurs. Elle sait agencer les motifs, insister sur l’attente et tout offrir de la nonchalance citée en début de chronique.

TAG Trio : Discovery of Mysteries (Setola di Maiale)
Enregistrement : 26 juin 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ The Deepness 02/ Reluctance 03/ Going into Heat 04/ Strange Travels 05/ Quiet Disturbances 06/ Songline 07/ Delicates 08/ Somewhere Else 09/ Deeptown Mysteries 10/ Lines in Water 11/ Wondering 12/ Clouds with a Blue Edge
Luc Bouquet © Le son du grisli


Empan : Entraxes inégaux / Tankj : Craquer les liants (Trace, 2012)

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Deux rééditions d’un coup, avec des « bonux traques » ! A chaque fois, c’est Jean-Noël Cognard en 2009 avec un trompettiste (entre autres) : Jac Berrocal dans Empan (dont je ne dirais malheureusement pas plus de bien ici que jadis) et avec Serge Adam dans Tankj (qui me permet de ne pas toujours dire de mal)…

Nouvelle chronique pour d'Entraxes inégaux ? Allez !… Une trompette milesienne qui roule sur des jeux de mots, un free rock prêt-à-porter, un synthé cracheur de sons cabots-ringards, bref le retour des années 80 organisé dans ta maison alors que tu n’avais rien demandé. De toute façon, si vous (tu) faîtes l’acquisition de la réédition Tankj, vous pourrez gratuitement jeter une oreille sur la chose. Une musique de cauchemar qui fait mal…

Dans Craquer les liants de Tankj, il y a un quartette qui fournit un bien (plus) bel effort de musique électroacoustique, libre, délurée, concrète... Les percussions peuvent lui donner des tons (que l’on dira) marocains, la contrebasse de Titus Oppmann sortir des aigus que les effets-borborygmes de Jérôme Noetinger accueilleront avec félicité, la batterie mener la danse d’une troupe de zombies… Une belle musique de cauchemar qui fait du bien !  

Empan : Entraxes inégaux / Tankj : Craquer les liants (Trace)
Enregistrements : 2009. Réédition : 2012.
2 CD : CD1 : Empan : Entraxes inégaux – CD2 : Tankj : Craquer les liants
Pierre Cécile © Le son du grisli


Michel Doneda, Nils Ostendorf : Cristallisation (Absinth, 2012)

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A Tanus, Chapelle de Las Planques, Michel Doneda et Nils Ostendorf improvisèrent quatre heures les 26 et 27 avril 2010. De ces séances, Cristallisation a retenu une dizaine de moments.

Agissant comme un troisième interlocuteur, la Chapelle renvoie les notes et prolonge donc le discours : de saxophones et de trompette aux souffles mesurés quand ils ne sont pas impétueux, d’harmoniques en diable, d’interférences et de surimpression, de recherches faites dans le corps de l’instrument, d’éclats d’aigus et de phrases inclinées formant au sol un labyrinthe, en l’air des volutes qui s’évanouissent. L’endroit se chargeant de la cristallisation promise, Doneda et Ostendorf s’y installèrent pour en tirer artifices.

Michel Doneda, Nils Ostendorf : Cristallisation (Absinth)
Enregistrement : 26 et 27 avril 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Saline 02/ L’etier 03/ Bossis 04/ Guiffres 05/ Œillet 06/ Ladure 07/ trémet 08/ Vasière 09/ Adernes 10/ Fares
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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