Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

William Fowler Collins : Tenebroso (Handmade Birds, 2012)

william fowler collins tenebroso

The Resurrections Unseen sonnait récemment le retour des morts : détrousseur de cadavres et intrigant goûtant la compagnie des ombres, William Fowler Collins révèle en Tenebroso d’autres refrains enfouis.

Passée cette ouverture qu’un piano défait transforme en supplique, le disque enchaîne les provocations – écobuage provoquant la fuite d’oiseaux hurlant, remuement d’orchestre endormis, formules d’épouvante et grand macabre frôlé… En catacombes dont les parois menacent ruine, William Fowler Collins lève des tempêtes de terre, de poussière et d’os. Les présences qu’elles signalent traînent en bandes sur des nappes de guitare et d’orgue jusqu’au moment de réclamer – dernier et terrible cri que consigne Devil – qu’on les ensevelisse une autre fois. A leur suite, le musicien s’engouffre entre soubassement et tombale. A l’auditeur, maintenant.

EN ECOUTE >>> Tenebroso (bonne année !)

William Fowler Collins : Tenebroso (Handmade Birds)
Edition : 2012.
CD : 01/ Scythe 02/ In Valleys 03/ What You Are Now We Used To Be 04/ Tapeta Lucida 05/ What We Are Now You Will Be 06/ Devil
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2013



Hildegard Kleeb, Roland Dahinden : Recall Pollock (Leo, 2012)

hildegard kleeb recall pollock

Au moment où Bryan Eubanks & Catherine Lamb rendent hommage (par un disque sur le label Sacred Realism) à la peintre Agnes Martin, la pianiste Hildegard Kleeb (improvisatrice et formidable interprète de Feldman, Cage ou Wolff) & le tromboniste Roland Dahinden – on aura repéré le couple par exemple dans un projet Braxton publié par Hat – enregistrent une quinzaine d'impeccables petits formats « inspirés par Jackson Pollock »...

Sous le titre Recall Pollock, qui sonne presque comme un impératif, et derrière une pochette qui a le bon goût de ne pas reproduire la moindre toile (on se reportera au Free Jazz d'Ornette pour cela), le duo suisse se garde bien de nous faire le coup du dripping sonore ou du all-over ; en retour, le chroniqueur ne convoquera ni sound-action-painting ni vain rapprochement trans-artistique ! La musique cascade, énergique, découpée ; et si elle songe au peintre, elle ne le singe heureusement pas : elle lui adresse un salut lointain ; à distance, autonome, peut-être a-t-elle, oui, quelque chose du « souvenir », mais c'est de sa propre vivacité qu'elle tire tout son attrait et son inventivité.

EN ECOUTE >>> Recall Pollock (extrait)

Hildegard Kleeb, Roland Dahinden : Recall Pollock (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Recall Pollock 1 02/ Recall Pollock 2 03/ Recall Pollock 1_2 04/ Recall Pollock 2_2 05/ Recall Pollock 3 06/ Recall Pollock 4 07/ Recall Pollock 5 08/ Recall Pollock 6 09/ Recall Pollock 3_2 10/ Recall Pollock 7 11/ Recall Pollock 8 12/ Recall Pollock 9 13/ Recall Pollock 10 14/ Recall Pollock 11
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Hans Koch, Gaudenz Badrutt : Social Insects (Flexion, 2012) / Jonas Kocher, Gaudenz Badrutt : Strategy of... (Insub, 2012)

hans koch gaudenz badrutt social insects

Qui sont ces insectes sociaux (sociables ?) qui sifflent sous nos têtes ? Voilà la question de Gaudenz Badrutt (electronics) et Hans Koch (clarinette basse) : l’un frissonne et l’autre siffle mais les deux donnent dans le sempiternel parallèle entre infiniment petit et difficilement audible…

Et il y a quelque chose d’organique dans ces sons. De petites bêtes passent en soufflant, sifflant, gueulant aussi de temps en temps, et l’instrumentarium est leur terrain de jeu (ils peuvent entrer dans la clarinette et y caracoler). Leur musique peut être concrète, abstraite ou ambient. On pourra qualifier cette ambient de « scientiste » pour parler de la grande découverte que Badrutt et Koch ont faite sur ce CD. Au diable la terminologie, c’est là qu’ils sont le plus original !

EN ECOUTE >>> Social Insects (extrait)

Hans Koch, Gaudenz Badrutt : Social Insects (Flexion)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
CD : Social Insects
Pierre Cécile © Le son du grisli

jonas kaucher gaudenz badrutt strategy

Enregistré à Berlin le 13 octobre 2011, Strategy of Behavious in Unexpected Situations (qui peut être téléchargé ici) pourra être écouté avant ou après Social Insects, dont l’écoute se sera faite avant ou après celle des Duos 2011 de l’accordéoniste Jonas KocherBadrutt et lui y posent une autre question : lequel des deux souffle électronique, et lequel des deux siffle grave à ce point ? Mais on se rend compte que cette question est moins importante que cette autre : comment le rapprochement de deux instruments que tout oppose peut-il faire muer le minimalisme en noise corrosive ?

Gaudenz Badrutt, Jonas Kocher : Strategy of Behavious in Unexpected Situations (Insubordinations)
Enregistrement : 13 octobre 2011. Edition : 2012.
CD : Strategy of Behavious in Unexpected Situations
Pierre Cécile © Le son du grisli


Charlotte Hug, Frédéric Blondy : Bouquet (Emanem, 2012)

charlotte hug frédéric blondy bouquet

Dire, d’abord, combien cette association résonne naturelle, inspirante pour, ensuite, se laisser transporter par leurs doux tourments.  Par leurs éclairs, par leurs crépitements, par leurs vagues de chocs, s’assemble et se rassemble un au-delà du dialogue. Un territoire ?

Aspirés par les sons, anguleux mais jamais inertes, ils biseautent, tranchent le bloc et finissent par le projeter sur leurs murs-stridences. Charlotte Hug et Frédéric Blondy sont des gens d’agilité, des experts des questions-ruptures. Ce sont des musiciens d’attente et de désir. Ils se propulsent en des réseaux où l’anxiété borde la joie pure : ombre fantomale ici (Thor) contre tintamarre flamboyant ailleurs (Œillet parfait). On pourrait aussi dire : accéder  aux sources du plaisir par ses deux faces : l’une lumineuse, l’autre spectrale. Et y indexer mille autres sensibles. S’attendre donc ici à un enregistrement bouleversé et bouleversant.

Charlotte Hug, Frédéric Blondy : Bouquet (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2012.  
CD : 01/ La belle sultane 02/ Œillet parfait 03/ Sombreuil 04/ Cato’s Pink Cluster 05/ Boule de neige 06/ Rosa Moyesii 07/ Zéphirine 08/ Minnehaha 09/ Thalia remontant 10/ Nova Zambla 11/ Double Delight 12/ Thor
Luc Bouquet © Le son du grisli


Jonas Kocher : Duos 2011 (Flexion, 2012) / Udarnik (L'innomable, 2011)

jonas kocher duos 2011

Avant Jonas Kocher, l’accordéon a connu de grands iconoclastes (nos premières pensées vont bien sûr à Pauline Oliveros). Cela aurait pu être d’autant plus dur pour le Suisse de faire entendre sa voix. Or, en quelques disques, il a réussi à nous familiariser avec son langage.

Après un solo du nom de Solo, c’est une compilation de duos (et d’un trio) enregistrés en 2011 du nom de Duos 2011 qu’autoproduit aujourd’hui Kocher. Hans Koch (clarinette basse) & Patricia Bosshard (violon), Christian Wolfarth (cymbales), Gaudenz Badrutt (electronics), Urs Leimgruber (saxophone), Christoph Schiller (épinette) et Christian Müller (clarinette contrebasse) sont les amis qui l’accompagnent sur ce CD. Les échanges comme au coin du feu sont différents selon la couleur des flammes.

Les plus beaux moments sont les flamboyances avec Wolfarth et Badrutt (Kocher tire sur ses aigus comme s’il cherchait à produire des sons électroniques), Leimgruber et Müller (Kocher souffle des graves qui équilibrent sa conversation avec ses partenaires). Soulignons aussi le beau travail de réalisation (et le master de Giuseppe Ielasi) : l’écoute se fait d’une traite sans qu’on y décèle le moindre accroc. Soufflant…

EN ECOUTE >>> Schiller / Kocher

Jonas Kocher : Duos 2011 (Flexion)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CDR : Duos 2011
Héctor Cabrero © Le son du grisli

udarnik

Jonas Kocher grogne au début de cette improvisation de 2010 avec Michel Doneda (saxophone soprano), Tao G. Vrhovec Sambolec (computer) et Tomaž Grom (superbe contrebasse). Les instruments sont différents mais leur mélange se fait naturellement et malgré les éructations, les grognements, les hurlements et les chocs sonores d’autres espèces encore, Udarnik ne parvient qu’à faire l’admiration de l’auditeur. Epoustouflant…

Michel Doneda, Jonas Kocher, Tao G. Vrhovec Sambolec, Tomaž Grom: Udarnik (Zavod Sploh/ L'Innomable, 2011)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Udarnik 1 02/ Udarnik 2 03/ Udarnik 3 04/ Udarnik 4 05/ Konstrukt
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Axel Dörner, Urs Leimgruber, Robert Landfermann, Christian Lillinger (Creative Sources, 2012)

Axel Dörner, Urs Leimgruber, Robert Landfermann, Christian Lillinger

Le 5 octobre 2008, Urs Leimgruber était à Cologne pour donner au Loft un concert en quartette dans lequel on trouvait Axel Dörner (trompette, électronique), Robert Landfermann (contrebasse) et Christian Lillinger (batterie). Si la formation et ses instruments sont d’un commun manifeste, on sait que ce n’est pas le cas des souffleurs qui la composent.

Auxquels s'adjoint Landfermann dès l’ouverture : sa contrebasse semble freiner, refuser l’improvisation programmée. Il faudra que le saxophoniste aille de circonvolutions en invectives adressées à la trompette pour qu’un archet noir se lève et impulse un jeu de questions-réponses claquants opposant cette fois Dörner et Lillinger. Après quoi, soprano et trompette passent de danses lasses en amorces explosives, pour s’opposer ensuite plus franchement : le premier retors, la seconde autoritaire : free jazz à la source et connaissance de tout ce qu’il est arrivé en musique depuis, l’exercice gagne en airs entêtants – solos saillants en guise de refrains ravageurs, imparables.  

Axel Dörner, Urs Leimgruber, Robert Landfermann, Christian Lillinger (Creative Sources)
Enregistrement : 5 octobre 2008. Edition : 2012.
CD : 01-07/ #1-#7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Michel Wintsch, Christian Weber, Christian Wolfarth : The Holistic Worlds of (Monotype, 2012)

michel wintsch christian weber christian wolfarth the holistic worlds of

L'impression que le chroniqueur notait à l'écoute du premier disque du trio, WWW (chez Leo Records) – « jusqu'à faire croire à un répertoire de compositions véritables, nettes et élaborées. Le comble du chic. » – se voit confirmée par la publication de ce beau vinyle enregistré en juin 2011 ; l’association des trois musiciens suisses, dont on a pu suivre les travaux réciproques et indépendants dans des contextes bien différents, s'avère effectivement et curieusement fructueuse.

Poétique, la boîte à musique de Michel Wintsch (piano, synthétiseur), Christian Weber (contrebasse) et Christian Wolfarth (batterie) est toute d'assemblages, posée, articulée, éminemment fondée sur le jeu : et l'interplay et une forme d'humour. C'est en dix saynètes qu'elle nous est délivrée, chantante comme dans la pièce liminaire qui rappelle un Bley en voix ; littéralement élégante (c'est-à-dire choisissant) ; distante (quand elle ne frise pas l'ironie) ; concise dans ses scénarios à combinaisons de cellules.

Michel Wintsch, Christian Weber, Christian Wolfarth : The Holistic Worlds of (Monotype)
Enregistrement : juin 2011. Edition : 2012.
LP : A01/ Singin' Joe A02/ Bells A03/ Mercury Tears A04/ Little People A05/ Space Voices – B01/ Glow in the Dark Teeth B02/ The Towers B03/ Rocket B04/ Carbon Light B05/ Ballad
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Joëlle Léandre : Wols Circus (Galerie Hus, 2012)

joelle léandres wols circus le son du grisli

Les dernières nouvelles données par Joëlle Léandre dataient des suites d’une opération : patte désormais réparée. En attendant le retour sur scène de la contrebassiste, se pencher sur ces travaux composés inspirés des dessins d’Otto Wols. « 12 compositions pour contrebasse d’après 12 gravures de Wols » : voilà le sous-titre de Wols Circus et sa quasi complète explication.

Voir, c’est fermer les yeux, écrivit en son temps le tachiste. Pour avoir bien regardé la douzaine de gravures, Léandre la raconta comme personne le 30 novembre 2011 à la Maison rouge à Paris…  Yeux fermés, la contrebassiste se souvient aussi bien des trajectoires déposées sur le papier que des notes qu’elle accrocha à la partition : microtonale, elle murmure, vibrionne ou laisse venir à elle tous les chants parasites ; d’envergure, elle prend à la gorge un air d’un classique nouveau (Ohr), mélange d’un archet vif des blanches et des noires, donne enfin au fantôme la voix qui lui manquait.

Qui de Wols ou de Léandre a pris possession de l’autre ? Après avoir marié l’urgence de l’improvisation à la folie de son écriture, la contrebassiste crie « assez ! » Le temps que la musique retombe, et voici terminé un enregistrement qui fera – non pas tache mais – date.

Joëlle Léandre : Wols Circus (Galerie Hus / Instant Jazz)
Enregistrement : Edition : 2012.
CD : 01/ Grosse Tache 02/ Grosse Sterntache 03/ Herz 04/ Topographie 05/ Drei Vignetten auf Einem Blatt 06/ Kleiner Fleck 07/ Stadtzentrum 08/ Ohr 09/ Dunkle Stadt 10/ Baumhaftes 11/ Gesicht 12/ Die Stadt-quer
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Mike Majkowski : Tremolo (Avant Whatever, 2012)

mike majkowski tremolo le son du grisli

Echappé de Blip, Mike Majkowski donnait seul un concert à Sidney le 15 mai 2011. Trente-cinq minutes reprises par Tremolo – pièce-projet qui occupe le contrebassiste depuis quelques années.

C’est en couturière que Majkowski envisage d’abord sa contrebasse, machine à coudre dont le bras est l’archet, qui pique manche et chevalet pour en extraire des plaintes. La démonstration est saisissante : les rebonds insatiables n’en finissent pas de mettre à mal les cordes quand le bois commence à craquer sous l’effet des attaques. A l’arrière, on repère aussi la ligne d’un feedback que Majkowski ne cesse de redessiner.

Une pause enregistrée ensuite, un silence qui laisse coi l’assistance. Puis une scie, qu’effrayera l’envergure d’un grave régulièrement répété. L’archet fait son retour au son de phrases interrompues sans cesse mais portées encore un peu par la courte résonance de l’endroit. C’est en couturière que Majkowski ré-envisage alors sa contrebasse, mais dans les graves maintenant. A force, il finit de percer l’instrument et s’y engouffre. A l’intérieur, il conclura ce solo de trémolos d’un esprit on ne peut plus nouveau.

Mike Majkowski : Tremolo (Avant Whatever)
Enregistrement : 15 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Tremolo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Branche, Chrysakis, Soloveitzik, O' Sullivan, Vidal, Wigens : Magnetic River (Aural Terrains, 2012)

thanos chrysakis magnetic river

Magnetic River – du groupe formé de Sébastien Branche et Tom Soloveitzik (saxophones ténor), Thanos Chrysakis (laptop, electronics, piano), James O’Sullivan (guitare) et Jerry Wigens (clarinette) – est ce genre de musique improvisée que l’on dirait écrite sur du papier millimétré, où les queues des notes n’en finissent pas de faire des lignes et des graphiques. Mais de la feuille les dessins parviennent à se libérer.

Avec eux, arrivent jusqu’à nous des mélopées d’instruments que l’on reconnaît rarement, ou plutôt de leur image que renverraient des miroirs déformants. Des bourdonnements, des résonances, des vibrations, des sons parallèles et des sons diffus / informes / multiformes, viennent tous au secours du minimalisme des liens qui l’attachent à sa trop sévère définition : ici abstrait, là mélodique, là rythmique et là languissant. D'impressionnants graphiques dessinés sur du papier transparent.

EN ECOUTE >>> Magnetic River

Sébastien Branche, Thanos Chrysakis, Tom Soloveitzik, James O' Sullivan, Artur Vidal, Jerry Wigens : Magnetic River (Aural Terrains)
Enregistrement : avril 2011. Edition : 2012.
CD : 01-05/ I-V
Héctor Cabrero © Le son du grisli 



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