Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Duo Autinet Marty : Vitesse locale (Musique en friche, 2013)

david audinet sylvain marty vitesse locale

David Audinet est tromboniste, Sylvain Marty est percussionniste. Leur vertu consiste à ne jamais rompre le mouvement et à ne jamais briser la course. En ce sens, le miniature des objets activés sur les peaux par l’un et le souffle zébré de l’autre font plus que débusquer les sons : ils leur donnent vie.

Si ce mouvement, souvent circulaire, ne peut se séparer de sa résonnance (souvent ample et profonde), il admet aussi que tremblements et raclements balaient sa surface. Tels des vents déchaînés, les voici engagés dans de sombres galops, striant et craquelant l’écorce d’une improvisation en de nombreux points passionnante.

Duo Audinet Marty : Vitesse locale (Musique en friche)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Précipitations 02/ Espaces troués 03/ Overdose 04/ Agitation 05/ Moment 06/ Déplacements  07/ Propagation
Luc Bouquet © Le son du grisli



P16.D4 : Passagen (Monotype, 2012)

p16

C’est à un projet complètement fou (donc nécessaire) que s’est attelé le label Monotype : la réédition de la discographie de P16.D4, groupe allemand qui sévit dans les années 1980 et fit grand bruit quels que furent la nature (électronique, électriques, cassettes, bandes) de ses instruments. Si l’on craint pour Monotype la catastrophe industrielle, on se réjouit d’une telle entreprise !

Car elle nous permet de mettre l’oreille sur des enregistrements labellisés Selektion qui étaient devenus rares et qui nous font un effet d’une rare modernité… Ralf Wehowsky (RLW), membre le plus endurant (si je puis m’exprimer ainsi), et ses comparses Roger Schönauer (RS), Ewald Weber (EW) et bientôt Stefan E. Schmidt (SES), pourraient en effet faire passer Throbbing Gristle pour un gentil groupe de hit parade. Dès Kühe in ½ Trauer, leur premier disque enregistré entre 1982 et 1983, tout est dit (ou presque) : instruments traditionnels (piano, guitares, synthétiseurs, orgues, voix…), loops rutilantes, cassettes réemployées à vau-l’eau, arrangent des atmosphères étouffantes : dans un blockhaus fermé à double tour, vous voilà spectateur des frasques des plus cinglés fantômes Dada. Malgré tout, les musiciens respectent encore un format court de chanson estampillé punk.

Après ce coup de maître, le groupe signe Distruct en retouchant des bandes de Merzbow (qui collaborera souvent avec le groupe), Smegma, De Fabriek, The Haters, Nurse with Wound ou encore du guitariste et saxophoniste Yoshiaki Kinno. P16.D4 y donne dans une sorte d’indus pour ensuite casser tous les codes, mis à part peut-être ceux de la musique concrète (il n’y a qu’à entendre le disque suivant, Nichts Niemans Nirgends Nie, et Bruitiste avec Alchim Wollscheid, l’un des Three Projects publiés par RRRecords et Selektion entre 1988 et 1990). Au diable les punks, donc, voici le temps venu des ingénieurs « studio » farfelus.

Comme pour faire le pont, mais a-posteriori, le gruppe concocte en 1987 Acrid Acme [Of] qui regorge de réutilisations d’enregistrements qui datent, eux, de 1981. On reprend des chansons punks et on les taille au cutter comme s’il s’agissait de vieux jean. Et les bouts qui tombent, on se les arrache aux cris de collages de bouts de chants de guitares ou de cymbales,, de déformations de sons d’orgues, de constructions tranchantes … La pratique est la même pour les morceaux que P16.D4 distribuera sur des compilations k7 publiées aux quatre coins du monde, morceaux compilés sur le disque Tionchor.

Pour terminer en beauté, le grand coffret contient un DVD (neuf vidéos de Markus Caspers et Horst Maus diffusés sur scène pendant les prestations du groupe + quatre films tiré des archives de Caspers qui montrent des inscription ou le tapage fait par des musiciens armés de marteaux ou chatouillant un piano ou les murs d’un studio…), un livret (qui reprend une histoire de P16.D4 publiée signée Dan Warburton pour Wire en 2005 et renferme des photos, des chroniques et les discographies de P16.D4 et RLW) et enfin 4 cartes cartonnées (à jouer puisqu’elles pourraient bien être des non-partitions, qui sait ?). Bref, de quoi tenir quelques mois en bonne et bruyante compagnie !

P16.D4 : Passagen (Monotype)
Enregistrement : 1982-1991. Edition : 2012.
5 CD + 1 DVD : CD1/ Kühe in ½ Trauer CD2/ Distruct CD3/ Nichts Niemand Nirgends Nie CD4/ Tionchor LP CD5/ Acrid Acme – DVD / Ethereal Ephemera
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Irene Kurka : Hildegard von Bingen : John Cage (Edition Wandelweiser, 2012)

irene kurka john cage hildegard von bingen

Quand on se rend compte qu'une idée est bonne, on se demande quelquefois si l'on aurait pu l'avoir. C’est ce qui m'est arrivé en écoutant cet enregistrement de la soprano Irene Kurka. Associer la voix profonde d’Hildegard von Bingen et le chant intérieur de John Cage (ou vice-versa), quelle belle idée, n'est-ce pas ?

Et c’est Irene Kurka elle-même qui semble l'avoir eu. Elle qui interprète neuf fois Hildegard et elle qui donne sa version de Sonnekus² (en neuf temps que Je te veux de Satie inspira à Cage). Elle qui mélange, enfin, les dix-huit pièces déjà chantées. Elle qui fait se confondre l’attachement à la foi et le détachement envers toutes choses, le latin et l'élévation qu'il encourage et l'anglais pressé et sa fuite en avant, le sens des mots et le non-sens de leur expression, etc. Elle : Irene Kurka. Qui ressucite une langue morte et cristallise notre modernité. C'est elle, qui a eu l'idée.

Irene Kurka : Hildegard von Bingen : John Cage (Wandelweiser)
Enregistrement : 22 juin 2011. Edition : 2012.
CD : 01-09/ Hildegard von Bingen 10-10/ John Cage : Sonnekus² 19-36/ Hildegard von Bingen, John Cage
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Languages : Live at Vortex (Gaffer, 2012)

languages live at vortex

D’un pas décidé, Colin Webster (sax), Mark Holub (batterie) et Sheik Anorak (guitare) posent quelques conditions : penser la transe de façon stratégique, débloquer l’inutile et ne mener l’assaut qu’après avoir lentement infusée l’harmonie. En différant et ne solutionnant jamais le chaos qui rode et en insistant longuement sur un trait (libre improvisation, accords soyeux, étrange boléro électrique) Languages démine les codes convenus du genre.

Ainsi, le brutal ne sera jamais systématique et à la déconstruction le trio préférera toujours la solidification des chantiers. Soit pour Languages, le cabossé des drailles ancestrales plutôt que la vitesse limitée de nos mornes autoroutes.

Languages : Live at Vortex (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ Il fait chaud 02/ Languages 03/ Speeche 04/ The Last Vord
Luc Bouquet © Le son du grisli


Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured, 2012)

under the carpet

Comme dans les moutons de poussière que l’on glisse discrètement sous la carpette, il y a de tout dans l’Under the Carpet d’Under the Carpet (Stéphane Rives au laptop, Fadi Tabbal à la guitare élec-trique et Ipad, Paed Conca à la basse électrique et à la clarinette) : de l’expérimental, de la pop, du néo folk, de l’ambient, de l’indus mignon, de la proto dance… et tout ça improvisé.

Ca commence d’ailleurs plutôt bien avec des structures rythmiques qui se chevauchent, une belle guitare électrique sur le feu mais on a bien vite l’impression que le groupe se défoule en passant d’un style à l’autre sans avoir de vision d’ensemble de ce que doit être son magma sonre. Peu avant la moitié du CD, on commence à jouer de racks d’effets sans se montrer ni dans le jeu ni dans le son vraiment original. Après ça c’est la grand naufrage, un saxophone branchouilli-free, une boîte à rythmes branchouilli-ringarde, une guitare branchouilli-héroïque ou des bidons-reverses se montrent incapables d’intéresser. On attend quand même la suite, qui sait ?

Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured)
Edition : 2012.
CD : Under the Carpet
Pierre Cécile © Le son du grisli



Enrico Sartori, Tobias Delius, Tristan Honsinger : Baboon (Rudi, 2013)

sartori delius honsinger baboon

Voir associés les noms de Tobias Delius (saxophone ténor, clarinette) et de Tristan Honsinger (violoncelle) c'est, qu'on le veuille ou non, commencer à façonner ses attentes ; c'est convoquer une « mémoire hollandaise » et relier ces musiciens à une famille. Constater ensuite que les compères s'allient, pour ce concert à Munich en janvier 2012, à Enrico Sartori (clarinettes et saxophone alto) c'est espérer que ce dernier les aide à déjouer nos pressentiments et à écarter leurs vieux démons...

Il n'y parvient pas vraiment – et l'auditeur doit se rabattre (sans déplaisir, mais sans excitation, il faut l'avouer) sur ces instant compositions qui mêlent savoir-faire à la désinvolture travaillée et poésie de l'absurde : le set se déroule, dérive à tiroirs, avec ses saynètes, numéros en lambeaux et intermèdes vocaux. Parties de maigres échafaudages, certaines constructions finissent par prendre, s'élever et finalement intéresser, mais justifient-elles la publication de cet enregistrement qui documente un « moment de scène » ?



Enrico Sartori, Tobias Delius, Tristan Honsinger : Baboon (Rudi Records)
Enregistrement : 29 janvier 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Father 02/ Mother 03/ Brother 04/ Sister 05/ Four short stories 06/ Trialogues 07/ Nientese 08/ Fastidi 1 09/ Fastidi 2 10/ Ten, Eleven, Twelve 11/ Paesaggio lunare
Guillaume Tarche © Le son du grisli


John Russell, Fred Lonberg-Holm : Home (Peira, 2012)

john russell fred lonberg-holm home

Home : où le guitariste John Russell improvise à domicile en compagnie du violoncelliste Fred Lonberg-Holm. Une autre histoire de cordes sauvages, et domestique.

Harmoniques toujours inspirantes, arpèges doués pour la répétition, rythme changeant – entre perte de vitesse et précipitations, voilà longtemps que le rythme ne dicte plus aucun couplet digne de ce nom –, le duo fait oeuvres de renfrogné et de retors. Au jeu de l'autisme, Lonberg-Holm sort vainqueur quand Russell dévale en roue libre secondes et même minutes : la paire qui improvise accroche des notes au passage et nourrit ses parasites. L'heure avançant, le duo se fait plus intrépide, conjugue ses obsessions : résultat de la course de deux éléments vrillant, Home se fait en conséquence plus attachant encore.

John Russell, Fred Lonberg-Holm : Home (Peira)
Edition : 2012.
CD : 01/ Emsket 02/ Mioget 03/ Moorit 04/ Shaela
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


RadioMentale : I-Land (F4T, 2012)

radiomentale i-land

I-Land est la première (vraie) sortie du duo RadioMentale, malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, qui ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie.

Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir Biosphere Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de Sinking) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale.

EN ECOUTE >>> I-Land (extrait)

RadioMentale : I-Land (F4T)
Edition : 2012.
CD : 01/ Smooth Operator 02/ Sinking 03/ Gotlander
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Henri Roger : Exsurgences (Facing You / IMR, 2012)

henri roger exsurgences

Dans la pochette de ces deux LP, livrés avec un DVD contenant des films de l’artiste Anne Pesce (en lecture ici), le report d’une interview d’Henri Roger par Philippe Robert nous explique le parcours pour le moins iconoclaste de ce musicien. La pop des années 60, la chanson avec Catherine Ribeiro, l’improvisation jazz avec Paul Rogers et François Méchali

Encore aujourd’hui, ce bouillon de culture travaille Henri Roger. Dans les impressionannts solos de piano d'Exsurgences, on sent avant toute autre chose un véritable amour du jeu libre. D’une touche à l’autre, de gauche à droite et de droite à gauche, le pianiste fait tourner un manège à sensations impressionniste, minimaliste, expressionniste… Avec une aisance de voltigeur, Henri Roger remonte l’histoire de son instrument et les personnages qu’il fait tourner ont pour noms Debussy, Satie, Kremsky, Coltrane, Taylor, Schlippenbach, Jarrett… Et Ran Blake, ô combien. Une galerie que l’on voit défiler comme sous hypnose et qui laisse sur son passage des couleurs qui ne sont autres que celles de ce grand autoportrait d’Henri Roger.

Henri Roger : Exsurgences (Facing You / Instant Music Records / Souffle Continu)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
2 LP + 1 DVD : Exsurgences
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press, 2013)

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Ce n'est pas la première fois que Bruce Russell et Lasse Marhaug collaborent. Mais Virginia Plane – où le label The Spring Press nous promet de la musique concrète, du dub, des power electronics et du free noise – pourrait être à ce jour l'ouvrage le plus concluant qu'ils aient fabriqué ensemble.

Quatre morceaux par face de trente-trois tours gondolé à force de cracher des bruits qui piquent (marteau piqueur ou machine à coudre, M. Marhaug ?), motorisent, grincent, percutent (des bols ou un piano), déferlent en canalisations creusées profond, croulent et explosent sous le chutes de gravats, etc. Musique concrète : ok. Power electronics & free noise : ok.

Pour le dub, il faut attendre les sirènes en rut de Pyjamarama (un nom comme un autre) qui dansent sur du melodica étendu et bien sûr Numberer Dub. Mais, on s'en doutait, ce dub est loin d'en être, car il est plutôt récréation avant qu'un orgue ne revienne en démontrer. Ses drones résistent à l'appel des crépitements sur une conclusion, In A Dream-Home, qui résumerait à elle seule  l'attraction qui fait que Marhaug et Russell jouent régulièrement ensemble : le goût des bruits que tout oppose et qui pourtant s'arrangent au poil.

Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press / Metamkine)
Edition : 2013.
A01/ Both Ends Burning A02/ Remake/remodel A03/ For Your Pleasure A04/ The Numberer B01/ Do the Strand B02/ Pyjamarama B02/ Numberer Dub B03/ In a Dream-home
Pierre Cécile © Le son du grisli



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