Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


Vers TwitterAu grisli clandestinVers Instagram

Archives des interviews du son du grisli

Lucas Niggli, Peter Conradin Zumthor : Spiegel (Therme Vals, 2012)

niggli zumthor spiegel

Enregistrés en septembre 2011, Spiegel serait un CD à cinq faces dont les deux premières, interprétations de compositions de Barry Guy et Fritz Hauser, ont été commandées par les Thermes de Vals aux percussionnistes Lucas Niggli et Peter Conradin Zumthor – dont Profos avait était ici célébré.

Pour utiliser un motet de Monteverdi interprété par Mark Padmore (voix) et Elizabeth Kenny (théorbe), la pièce de Barry Guy a des accents d’œuvre noire et fantastique : ponctuant déjà l’enregistrement, Niggli et Zumthor inscrivent en plus dans la roche ses sons gonflés par la résonance de l’endroit – c’est dire la force que la tâche demande. Après avoir rempli de musique l’architecture des mêmes lieux (Sounding Stones), voici Hauser chanté par ses comparses de Trio Klick! sur l’air de Spiegel, œuvre de réflexion et de réverbération qui attendrit un rythme à coups de baguettes surfins : c’est cette fois le temps que l’on inscrit dans la matière, et là l’effet « miroir » des thermes investis.

Trois plages à la traîne : Bubble Ballad (ballade aquatique élaborée par Niggli), Joch (frappes différemment appuyées par Zumthor enfilant un lot de prières empressées) et Water, Wood and Stone (deux mouvements signés Niggli où des baguettes interrogent leur bois et la pierre avant de travailler à l’apaisement). Plus libres d’aspect, elles sont autant de récréations qui recèlent de trouvailles et invitent à la visite de la boutique du lieu – d’autant que l’achat du disque pourra être couplé à celui d’un engageant Valser Nosstorte.

Lucas Niggli, Peter Conradin Zumthor : Spiegel (Therme Vals)
Enregistrement : septembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Nig(ra) Z(s)um (Barry Guy) 02/ Spiegel (Fritz Hauser) 03/ Bubble Ballad (Niggli) 04/ Joch (Peter Conradin Zumthor) 05/ Water, Wood and Stone (Niggli)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Anthony Coleman : The End of Summer (Tzadik, 2013)

anthony coleman the end of summer

Ici, six facettes de l’Anthony Coleman compositeur. Ici, quelques clés du CD.

- Matter of Operation : Anthony Coleman dirige cuivres, cordes et percussions. Un coulis de cuivres tournoie avant apparition d’une voix percée d’inquiétude. Fusent quelques dérèglements ligetiens. Les motifs sont courts mais s’obstinent à obscurcir le cercle. Douleurs, cris et hurlants appels au secours pour finir.

- Whorfian Hypothesis : Coleman, en pianiste solitaire, caresse les distances. Joue avec les nerfs. Ne garde que le seul squelette de sa blafarde composition.

- The Taste of Saury : Coleman s’entoure de deux saxophones alto (Ashley Paul, Michael Attias) et d’un trombone (Randall Pingrey). Dépayse et détimbre l’harmonie. Fait se désunir l’unisson. Et caresse toujours les distances.

- Kohayagawa-ke No Aki : Coleman dirige à nouveau et instaure une permanence : répétitions de motifs détrempés, lugubres menaces.

- Aioli : Coleman fait subir à son piano quelques traitements cagiens. Petite ballade lasse où se caressent à nouveau les distances.

- Zendegi va digar hich : Coleman dirige encore son drôle de big-band. Bringuebale et décale ses gluants motifs. Puis fait se dégager le ciel. Grand soleil avent reprise des frayeurs. La délivrance n’est pas pour demain.

Anthony Coleman : The End of Summer (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Matter of Operation 02/ Whorfian Hypothesis 03/ The Taste of Saury 04/ Kohayagawa-ke No Aki (The End of Summer) 05/ Aioli 06-09/ Zendegi va digar hich (And Life Goes On)
Luc Bouquet © Le son du grisli


Zeitkratzer : Songs / Helium Clench : Sieve (Bocian, 2012)

zeitkratzer songs

Un intérêt pour le format ou l’exercice n’arrive pas toujours à changer un musicien adepte d’expérimentations en convaincant faiseur de chanson. N’empêche : avec la même ardeur qu’il mit à envisager la musique folklorique (Volksmusik), le Zeitkratzer de Reinhold Friedl s’essaya au genre lors de concerts donnés en 2011 en Slovénie et Croatie.

Passée une introduction d’une électronique démontée que dompte avec aplomb la voix de fausset de Mark Weiser, les arbres reproduits sur la pochette du disque révèlent l’existence d’oiseaux fabuleux : pic-vert narcoleptique et germanophone en quête d’Existenz ou coucou à bosses estampillé (sous les sous-caudales) Frank Gratkowski.

Engageant, l’enregistrement peine malheureusement à tenir ses promesses. C’est que l’étrangeté –  la rareté voire – des premiers sillons laisse peu à peu la place à un proto-folk sans entrain qu’alourdira encore un penchant pour le carnaval ou la grimace tribale. Tant pis.

Zeitkratzer : Songs (Bocian)
Enregistrement : Avril 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ Krrr A2/ Bieps A3/ Children A4/ Sweet – B1/ Loop B2/ Waltz B3/ Sweet B4/ Groove
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

helium clench sieve


Autre référence Bocian, Sieve est l’œuvre du duo australien Helium Clench (David Brown et Tim Catlin). Guitares de tout acabit, préparées ou non, y servent une improvisation expérimentale qui crache, expectore ou grince à force d’interroger cordes grêles et mobiles rouillés. Comme l’ensemble manque de cohérence, le premier disque du duo en appelle un second.

Helium Clench : Sieve (Bocian)
Edition : 2012.
LP : 01/ Helium Clench 02/ Itchy 03/ Cork Interlude 04/ Destroy Occipital 05/ Fuzz Factory 06/ Sand Sellers 07/ Kitten's Dream 08/ Ring Accretion 09/ Wet Bells 10/ Wind Sieve 11/ Gathering of Shades 12/ Headstock Interlude
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Roscoe Mitchell : Duets with Tyshawn Sorey and Special Guest Hugh Ragin (Wide Hive, 2013)

roscoe mitchell duets with tyshawn sorey and special guest hug ragin

De silences introspectifs en grand charivari, Roscoe Mitchell, Tyshawn Sorey et Hugh Ragin démontrent qu’un disque n’a aucunement obligation d’unité. Quand on espère la souplesse des futs de Sorey c’est un piano qui déboule. Un piano fait de braises et de cendres. Un piano pour se brûler les ailes. Roscoe Mitchell, parfait décomposeur d’habitudes, insiste sur de scintillants carillons avant de convoquer un spectre de souffles allant du plus grave au plus aigu. Et Ragin, de trancher dans le vif des ses aigus mordants.

Et les styles n’ont plus le moindre besoin de s’énoncer. Ils s’agitent et forent de nouvelles pépites. Désirez-vous du free, des songes intérieurs, de modernes motets, des zébrures appuyés, du répétitif fluet ? N’en doutez pas : vous allez être servis.

Roscoe Mitchell : Duets with Tyshawn Sorey and Special Guest Hugh Ragin (Wide Hive / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ The Horn 02/ The Way Home 03/ Bells in the Air 04/ Out There 05/ Scrunch 06/ A Cactus and a Rose 07/ Chant 08/ Meadows 09/ A Game of Catch 10/ Waves 11/ Windows with a View
Luc Bouquet © Le son du grisli


Patrick Thinsy : Disappearances (Tanuki, 2013)

patrick thinsy disappearances

Voilà une cassette qui ne me fait pas regretter d’avoir rebranché ma vieille platine (Sony, désolé). Non pas parce qu’elle est dorée, ni parce qu’elle se glisse dans un étui carton (lui-même protégé par une gaine noire) avec du papier d’Arménie tamponné « For Nina », mais parce qu’elle m’informe de l’existence de Patrick Thinsy.

En fouillant bien, je suis tombé ici, où j’ai appris que Thinsy a déjà collaboré avec Ignaz Schick, z’ev ou Martin Tétreault, et qu’il semble vénérer Phill Niblock. Bonnes références, donc, qui n’étonneront pas les chanceux qui pourront mettre la main sur l’un des cinquante exemplaires de sa cassette. Car la première face accouche d’un drone fragile mais qui ne s’oublie pas comme ça. Comme un brin de chromosome, il fait des tours et des détours au milieu d’autres sons, aussi fragiles et subtiles que lui.

La face B se contente d’un buzz, de coups de burin et de clics : est-elle moins originale pour autant ? Eh bien non, car une voix de femme fait son entrée. Son enregistrement est découpé et ajoute à la bizarrerie de son message en français et de sa diction. C’est donc une tout autre atmosphère... et une tout autre réussite. Patrick Thinsy, enchanté !

Patrick Thinsy : Disappearances [For Nina] (Tanuki Records)
Edition : 2013.
K7 : Disappearances [For Nina]
Pierre Cécile © Le son du grisli



PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer, 2012)

prszr equilirium

Vétéran de la musique expérimentale made in Österreich, Pure aka Peter Votava s’associe au duo Hati (soit Rafal Iwanski et Rafal Kolacki) pour former en 2008 PRSZR (lisez Pressure). Première étape discographique du trio, Equilirium montre à quel point le label suisse Hinterzimmer compte en la présente rubrique – rappelons-nous des excellentissimes albums de Lubomyr Melnyk et de Strotter Inst., dans le Top 10 de leur année respective de sortie.

Ici entre ambient sourdement inquiétante, jazz aux percussions mutantes et musique concrète post z’ev, le disque met un temps pour installer ses ambiances particulières. Passé le premier titre, d’un intérêt frisant la banalité, un voyage aux antipodes du tout-venant nous est proposé, il évolue entre pulsation rythmique siphonnée du bulbe, bruitages zinzins qui déboitent et tentatives überferroviaires échappées de Charlie Chaplin. Embarquement immédiat pour les tracks 2 à 5.

EN ECOUTE >>> I >>> II

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer)
Edition : 2012.
CD : 01/ I  02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Max Johnson : Quartet (Not Two, 2012)

max johnson quartet

Six compositions de Max Johnson font le matériau du premier enregistrement du contrebassiste : Quartet. Dans la formation qu’il y emmène, trouver Steve Swell (trombone), Mark Whitecage (saxophone alto et clarinette) et Tyshawn Sorey (batterie) – tous partenaires rassurants lorsqu’il s’agit d’improviser un peu au sein de structures mouvantes.

Ainsi la verve roublarde de Swell guide-t-elle Elephant March, morceau de jazz pétri de soul autant qu’Iset-Ra le sera de candeur exotique – l’alto de Whitecage rappelant les expériences ambigües de Dolphy auprès du Latin Jazz Quintet – quand les changements d’allure de Sorey (moins « agaçant » qu’à l’ordinaire) se chargeront de remodeler sans cesse les expérimentations et excentricités des solistes sur 60-66.

C’est alors Lost & Found et Atonement qui disent, davantage encore, la singularité de Johnson : respectivement au son d’un archet qui s’exprime dans la convulsion et sur l’air d’un joli thème rappelant l’art of the song de Charlie Haden et qu’emporte lentement la clarinette de Whitecage. Voilà de quoi retourne ce Quartet engageant.

Max Johnson : Quartet (Not Two / Products from Poland)
Edition : 2012.
CD : 01/ Elephant March 02/ Lost & Found (for Henry Grimes) 03/ Disharmony in 5 Notes of Less 04/ 60-66 05/ Atonement 06/ Iset-Ra
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird, 2013)

ceramic dog your turn

-    Moins performant, Marc Ribot, sur ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Possible !

La raison serait une triple perte sèche : d’humour (alors que le trio que le guitariste forme avec Ches Smith et Shahzad Ismaily pensait en avoir un minimum), de repères (à force de multiplier les clins d’œil, d’Hendrix à T-Rex, et les resucées, de la pop indé sous-Morphine au power rock en passant par la reprise du Take 5 de Dave Brubeck) et surtout, surtout, de distance avec son sujet : la musique.

Car Ribot et ses comparses (que rejoignent à l’occasion Arto Lindsay à la guitare, Eszter Balint à la voix, Dan Willis au hautbois ou Keefus Ciancia aux samples) donnent l’impression de s’amuser entre eux sans vraiment chercher à lier contact avec nous. On e-bowe et on fuzze, on gimmicke à foison, on déroule du free solo au mètre ou on singe une musique exotique : rien n’y fait…

-    Dispensable ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Ôuch que oui !

Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lies My Body Told Me 02/ Your Turn 03/ Masters of the Internet 04/ Ritual Slaughter 05/ Avanti Populo 06/ Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 07/ Bread and Roses 08/ Prayer 09/ Mr. Pants Goes to Hollywood 10/ The Kid is Back! 11/ Take 5 12/ We Are the Professionnals 13/ Special Snowflake
Pierre Cécile © Le son du grisli


Michel Lambert : Journal des épisodes (Jazz from Rant, 2013)

michel lambert journal des épisodes

« Défier le temps linéaire et montrer que la continuité musicale était conséquente des cycles temporels journaliers », tel était le projet de Michel Lambert pour ce Journal des épisodes. Entre le 1er janvier et le 1er juillet 1988, le percussionniste québécois composa 92 épisodes pour orchestre symphonique (dont il reste quelques traces ici).

De 2010 à 2012, Michel Lambert, le pianiste Alexandre Grogg et le contrebassiste Guillaume Bouchard enregistrent ces 92 épisodes dont le plus long dépasse à peine les trois minutes. Si l’amorce est séduisante (prometteuse surtout), la frustration est grande (immense !) de n’avoir, ici, que préludes et jamais développement(s). L’auditeur – chroniqueur et fidèle admirateur de Michel Lambert que je suis – rêverait de voir évoluer ces brides de thèmes en des temporalités plus importantes. Une curiosité, mais sans doute que cela.

Michel Lambert : Journal des épisodes (Jazz from Rant)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01-92/ Journal des épisodes
Luc Bouquet © Le son du grisli


Dedalus : Dedalus (Potlatch, 2013)

dedalus

Fenêtres ouvertes, c'est au bruissement du monde que se tresse la musique des trois pièces composées par Antoine Beuger et Jürg Frey, qu'interprète l'Ensemble Dedalus de Didier Aschour (guitare) – pour l'occasion, en cette fin avril 2012, à Montreuil : Cyprien Busolini (alto), Stéphane Garin (percussion, vibraphone) et Thierry Madiot (trombone), rejoints par les auteurs, respectivement à la flûte et à la clarinette.

Un calme souffle qui bâtit ses arches douces en « canons incertains », évoquant autant les trios pour flûte, percussion et piano de Feldman que le Darenootodesuka de Malfatti ; un pouls sans métronome ; un continuum où se fondent pâles rumeurs et touches subtiles, tenues et tuilages. Entre les mains de Dedalus (et après son disque consacré à Tom Johnson), vingt ans après la formation du collectif Wandelweiser, l'esthétique (aux « canons ouverts ») élaborée s'épanouit pleinement, essaime (en séduisant Potlatch après Another Timbre) et passionne qui s'y immerge.

Ensemble Dedalus : Dedalus (Potlatch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Méditations poétiques sur quelque chose d'autre (Beuger) 02/ Canones incerti (Frey) 03/ Lieux de passage (Beuger)
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Commentaires sur